l t ^-t'7.<-^ ^ ' -N; KWrK#1w S. M -.if m^-m&'f^h. 4:-3^y»s^Vï ,r^^^Sfr-^^:v^'i.^N. ■i ^. >^<^ ^,Ï*P^,.»«W ;;kt^îiS- 35S -^@^a£4<©' Victor de), à Porto Alegre, province de Rio Grande do Sul (Brésil). 1879 BRUMAULD DE MONTGAZON (D-" Alphée). 1883 BRUSINA (D"" S.), professeur à l'Université, directeur du Musée national zoologique, à Agram, Croatie (Autriche-Hongriej. F BUREAU (D"" Louis), directeur du Musée, professeur à l'École de méde- cine, 15, rue Gresset, à Nantes (Loire-Inférieure). 1883 CALMELS, à l'IIôtel-Dieu, à Paris. 1880 CAMERANO (D"" Lorenzo), au Musée zoologique de Turin (Italie). 1880 CAMPBELL (John M.), Kelvingrove Muséum, à Glasgow (Ecosse). 1881 CAZANOVE (Joseph de), ornithologiste, à Avize (Marne). 1879 CERTES (A.), inspecteur général des finances, 21, rue Barbet-de-Jouy, à Paris. 1883 CHABAUD (Dr Félix), à Cannes (Alpes-Maritimes). 1886 CHABRY (D"" Louis), 2, rue Mirbel, à Paris. 1877 CHAPER (Maurice), ingénieur, 31, rue Saint-Guillaume, à Paris. 1883 GHATIN (D*" Joannès), professeur-agrégé à l'École de pharmacie, maître de conférences à la Faculté des sciences, 128, boulevard Saint-Ger- main, à Paris. 1884 CHEVREUX (E.), sur le Port, au Groisic (Loire-Inférieure). 1884 CHICHATSKY (M'"« Marie), Maison du D'' Gortinsky, à TschernigofT (Russie). 1883 CHRISTMAN (Daniel), étudiant en médecine, 2, rue Mirbel, à Paris. 1882 CHUDZIXSKI (Théophile), [)r6parateur au laboratoire d'anthropologie de l'Ecole des Hautes-Études, licencié ès-sciences naturelles de l'Univer- sité de Moscou, 5, rue du faubourg Saint-Jacques, à Paris. 1883 CLADO, interne des hôpitaux, 1, rue Dolomieu, à Paris. 1881 CLEMENT (A. L.), (Membre à vie), dessinateur, 3 4, rue Lacépède, à Paris. 1876 COLLARDEAU DU HEAUME (lïïarie-Philéas), 6, rue Halévy, à Paris. F GOLLIN DE PLANCY (V.), interprète à la légation française, à Pékin (Chine). 1883 CONTA (M"'' Pulcheria), étudiante en médecine, 99, boulevard Saint- Michel, à Paris. 1880 CORY (Chas.-B.), Esq., 8, Arlington street, à Boston, Mass. (États-Unis). 1878 COSSON (D'), membre de l'Institut, 7, rue La Boëtie, ;i Paris. X LISTE DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ 1 881 COTTEAU (G.), juge honoraire, à Auxerre (Yonne). 1882 COUSIN (Auguste), 61, rue du Rendez-vous, à Paris. 1879 COUTAGNE (Georges), ingénieur à la Poudrerie nationale de Saint- Chamas (Bouches-du-Rii6ne). F CRETTÈ DE PALLUEL (Albert), 41, rue Cambon, à Paris. 1883 CRIÉ(D'' Louis), professeur à la Faculté des sciences, à Rennes (Ille-et- Villaine). 1881 CUSTAUD (Dr L.), médecin civil, à Akbou (Algérie). 1878 DALGLEISH (John- James), B. 0. U., propriétaire, 8, Atholl crescent, à Edimbourg (Ecosse). 1886 DANYSZ (Pierre-Jean), licencié ès-sciences, préparateur au laboratoire d'anatomie comparôe, 24 bis, rue de la Glacière, à Paris. 1884 DAUTZENBEUG (Philippe), 213, rue de l'Université, à Paris. F DAVID (l'abbé Armand), missionnaire en Chine, 9o, rue de Sèvres, à Paris. 1883 DEBIERRE (D""), professeur-agrégé à la Faculté de médecine, 5, quai Claude Bernard, à Lyon (Rhône). 1881 DELAHAYE (Luc-Josopli), peintre d'histoire naturelle, 1'2, rue Lamar- tine, à Paris. F DELÂMAIN (Henri), négociant, à Jarnac (Charente). 1876 DEMAISON (Louis), 9, rue Rogier, à Reims (Marne), 1882 DEMBO (D"" Isidore), 64, quai du Canal Catherine, à Saint-Pétersbourg (Russie). 1883 DEMETZKY (Jules de), IV, Kigvo ûtcza, 1, à Budapest (Hongrie). 1881 DENIKER (J.), 19, rue Berlhollet, à Paris. 1883 DENIS (D-- Clément), d'Haïti. 1879 DESFOSSES (D-" Léonce), à Boussac (Creuse). 1877 DESGUEZ (Charles), attaché au Muséum d'histoire naturelle, à Paris. F DESLONGCHAMPS (Eudes), professeur à la Faculté des sciences, 28, rue de Geôle, à Caen (Calvados). 1880 DEYROLLE (Emile), 23, rue de la Monnaie, à Paris. 1884 DODIEAU (René), étudiant en médecine, 130, rue de Rivoli, à Paris. F DOLLFUS (Adrien), directeur de la Feuille des jeunes naluralisles, 33, rue Pierre-Charron, à Paris. 1876 DOUAI (Musée d'histoire naturelle de), à Douai (Nord). 1877 DOUVILLÉ, professeur à l'Ecole des mines, 207, boulevard Saint-Ger- main, à Paris. 1876 DUfiOIS (D'" Alphonse), conservateur du Musée royal d'histoire naturelle de Belgique, 91, rue des Rentiers, à Etlerbeck-Bruxelles (Belgique). 1882 DUBOIS (D"" Raphaël), préparateur du cours de physiologie à la Sorbonne, 3, rue d'Ulm, à Paris. 1882 DUVAL (D-" Mathias), professeur à l'École d'anthropologie, à l'École des beaux-arts et à la Faculté de médecine, membre de l'Académie de médecine, 1 1 , cité Malesherbes, à Paris. 1877 ÉBRARD (Sylvain), aux aciéries d'Unieux (Loire). LISTE DES MEMBRES DE LA SOCIETE XI F ELLIOT (P.-G.), (Membre à vie), Esq., F. Z. S., etc., à Staten island, près New- York (États-Unis). 4881 FABRE-DOMERGUE (Paul), licenciées-sciences naturelles, 20, rue de la Clef, à Paris. 1876 FATIO (Victor), 4, rue Massot, à Genève (Suisse). 1877 FAUQUE (A.), au jardin d'acclimatation, Bois de Boulogne, à Paris. 1881. FAUROT (D-- Lionel), 121 , rue de Rennes, à Paris. 1886 FERNANDEZ (Hipolito), à Manille (Philippines). 188.5 FERRÉ (D-" Gabriel), chef des travaux histologiques à la Faculté de médecine, à Bordeaux (Gironde). 1886 FILHOL (H.), sous-directeur du laboratoire de l'École des Hautes-Études (zoologie) au Muséum, 90, boulevard Saint-Germain, à Paris. 1881 FISCHER (D'' Paul), aide-naturaliste au Muséum, 68, boulevard Saint- Marcel, à Paris. 1884 GACHE (Henri), 105, avenue Victor Hugo, à Paris. 1881 GADEAU DE KERVILLE (Henri), 7, rue Dupont, à Rouen (Seine- Inférieure). 1881 GARDILLlOxN (D'' Louis), à Goderville (Seine-Inférieure). 1880 GARMAN (Samuel), assistant of Ichthyology and Herpetology at Ihe Muséum of Comparative Zoôjogy, at Harvard Collège, à Cambridge, Mass. (États-Unis). 1885 GAUTHIER (Dr Vicente) , préparateur à l'Institut de thérapeutique expérimentale, 6, vico Belledone, à Chiaia, à Naples (Italie). 1878 GAY (Octave), professeur-agrégé à la Faculté de médecine, piiarmacien en chef de l'hôpital Laennec, à Paris. 1879 GAZAGNAIRE (J.), 39, rue de la Clef, à Paris. 1881 GERVAIS (D"" Henri), aide-naturaliste au Muséum, 13, rue de Navarre, à Paris. 1879 GIARD (A.), professeur à la Faculté des sciences, à Lille (Nord). 1883 GIBERT (D''), 41, rue de Séry, au Havre (Seine-Inférieure). 1885 GIRARD (Albert), au Musée zoologique, à Lisbonne (Portugal). 1881 GIRARD (D"" Maurice), professeur, 28, rue Gay-Lussac, à Paris. 1886 GREZ (Paul), pharmacien, 6, rue Fromentin, à Paris. 1885 GUBB (D''), médecin à l'hôpital franrais, Leiscester scpiare, à Londres (Angleterre). 1879 GUERMONPREZ (D'' Fr.), professeur à l'Université catholique, à Lille (Nord). 1880 GUERNE (J. de), licencié ès-sciences, 2, rue Monge, à Paris. 1881 GUESDE (Dr Dominique), 53, rue de Varenne, à Paris. 1886 GUITEL (Frédéric), licencié ès-sciences, au laboratoire Arago, à Banyuls (Pyrénées-Orientales). 1884 HAHN (D"" Philippe), médecin -major de la Romanche, au Ministère de la marine, à Paris. F HAMONVILLE (Baron Louis d'), (Membre donateur), conseiller général • de Meurthe-et-Moselle, au château de Manonville, par Noviant-aux- Prés (Meurthe-et-Moselle). XII LISTE DES MEMBRES DE LA SOCIETE 1883 HARVIE-BKOWN (John, A.), F. R. S. E., F. Z. S., Président of Ihe Nalural History Society of Glasgow, Dunipace House, à Larbert, N. B. (Ecosse). F HÉRON-ROYER, négociant, 22, rue de Cléry, à Paris. 1886 HÉROUARD (Edgard), licencié ès-sciences, au laboratoire Arago, à Banyuls (Pyrénées-Orientales). 1882 HERVÉ (D"" Georges), professeur-adjoint à l'École d'anthropologie, 49, rue La Bruyère, à Paris. 1877 HONNORAT (Edouard F.), quartier des Sièyes, à Digne (Basses-Alpes). 1883 HUET (C L.), maître de conférences à la Faculté des sciences, 7, place de la Mare, à Caen (Calvados). F HUGO (Comte Léopold), (Membre do7iateur), statisticien au Ministère des travaux publics, 14, rue des Saints-Pères, à Paris. 1883 HYADES (D""), médecin de première classe de la marine, 6, rue Oudinot, à Paris. 1884 JANVIER (C Louis Joseph), 4, rue de l'École de médecine, à Paris. 1882 JOUBIN (D"" Louis), préparateur à la Faculté des sciences, 44, boulevard Saint-Michel, à Paris. 1881 JOURNÉ (Camille), mail des Tauxelles, à Troyes (Aube). F JOUSSEAUME (D"' Félix), (Membre à vie), 6, rue de Vanves, à Paris. 1880 JOUSSET (de Bellcsme) (D--), 12, rue Ghanoinesse, à Paris. 1883 JOYEUX-LAFFUIE (Dr J.), professeur à la Faculté des sciences, à Caen (Calvatlos). 1880 JULL\NY (Joseph), 12, place de l'Hùtel-de-Ville, à Manosque (Basses- Alpes). 1879 JULLIEN (D'' Jules), 30, rue Fontaine, à Paris. 1880 JUMEAU, ingénieur, 23, rue Rôtisserie, à Béziers (Hérault). 1879 KEMPEN (Van), 12. rue Saint-Bertin, à Saint-Omer (Pas-de-Calais). 1879 KÙNGKEL D'HERCULAIS (Jules), aide-naturaliste au Muséum d'histoire naturelle, 20, villa Saïd, à Paris. 1881 KUNSTLER (J.), maître de conférences à la Faculté des sciences, à Bordeaux (Gironde). F LACROLX (Adrien), 1, rue Clémence-Isaure, à Toulouse (Haute-Garonne). 1880 LAFFONT (D>- Marc), 245, rue Saint-Honorc, à Paris. 1876 LALALN-CHOMEL (Emmanuel de), 22, rue de l'Arcade, à Paris. 1880 LALLEMANT, pharmacien, a l'Arba, près Alger (Algérie). 1886 LAMY (Ernest), 12, rue de l'isly, à Paris. 188o LANDOWSKI (D-" Paul), 36, rue Blanche, à Paris. 1880 LANGEASSE (René), 42, quai National, à Puteaux (Seine). 1883 LARCHER (Dr Oscar), membre de la Société de Biologie, 93, rue de Passy, à Paris. 1877 LARGUIER DES BANCELS (D'), conservateur du Musée de zoologie ck Vaud, à Lausanne (Suisse). LISTE DES MEMBRES DE LA SOCIETE XIII F LE BRETON (André), secrétaire de correspondance à la Société des Amis des sciences naturelles, 43, boulevard Cauchoise, à Rouen (Seine-Inférieure). 4 880 LEMETTEIL (Pierre-Eugène), propriétaire, i, rue de la Barrière, à Bolbec (Seine-Inférieure). 1883 LEAIOINË(D'' V.), professeur à l'École de médecine, 49, boulevard des Promenades, à Reims [Marne). 4 882 LENNIER (G.), directeur du Muséum d'histoire naturelle, 2, rue Ber- nardin de Saint-Pierre, au Havre (Seine-Inférieure). 1880 LE RICHE (J.-B.), instituteur, à Lamolte-en-Santorre, par Marcelcave (Somme). F LESGUYER (F.) , à Saint-Dizier (Haute-Marne). 1879 LILLE (Faculté des sciences de), à Lille (Nord). \ 884 LOYE (Paul), préparateur du cours de physiologie à la Sorbonne, 51 , rue Claude-Bernard, à Paris. F LUBOMIRSKI (le prince Ladislas), (Membre à vie), 25, allée d'Osejar- dofï, à Varsovie (Pologne). F LUNEL (Godefroy), conservateur du Musée d'histoire naturelle, aux Bastions, à Genève (Suisse). 1882 MAGAUD D'AUBUSSON (Louis), 36, rue Poussin, à Paris. 1882 MAGGI (Leopoldo), professeur d'anatomie et de physiologie comparées à l'Université de Pavie (Italie). 1886 MAGNE (Alexandre), {Membre donateur), 41, lue Pasquier, à Paris. 1884 MAGNIN (D-^Paul), 34, rue de Laborde, à Paris. 1877 MAILLES, 9, rue du^Pont Louis-Pliilippe, à Paris. 1884 MALHERBE (D'' Aimé), 63, rue du Bac, à Paris. 1877 MALLOIZEL (Godefroy), sous-bibliothécaire au Muséum d'histoire natu- relle, 3, boulevard Arago, à Paris. 1884 MAN (D-- J.-G. de), à Middelbourg (Hollande). 1882 MANOUVRIER (D'' L.), professeur-adjoint à l'École d'anthropologie, 1 5, rue de l'École-de-Médecine, à Paris. 1883 MANRIQUE (D-" Juan) , à Paris. 1877 MARCHAND (Jean-Albert), cloître Notre-Dame, à Chartres (Eure-et-Loir). F MARCHE (Alfred), voyageur naturaliste, 72, rue de Rennes, à Paris. 1879 MARION, professeur à la Faculté des sciences, à Marseille (Bouches-du- Rhône). F MARMOTTAN (D""), 31 , rue Desbordes Valmore, à Paris. 1885 MARTIN (René), avocat, au Blanc (Indre). 1885 MASSALONGO (D-- Robert), à l'hôpital, à Vérone (Italie). 1886 MAURICE (Jules), licencié ès-sciences, rue des Blancs-Mouchons, à Douai (Nord). 1879 MAUXION (Abel), étudiant en médecine, 34, rue Saint-Jacques, à Paris. 1879 MÈGNIN (P.), 19, rue de l'Hôtel-de-ville, à Vincennes (Seine). XIV LISTE DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ 1884 MELLO (D"" Guedes de), à Paris. 4 884 MENZBIER (D'' Michel), professeur d'anatomie comparée à l'Université, à Moscou (Russie). i882 MÉREJKOWSKY (Constantin de), à l'Université, à Saint-Pétersbourg (Russie). 4 883 MERLE, propriétaire, à Bourbon-Lancy (Saône-et-Loire). 1879 MILLIARD (Charles), à la Ferté-Aleps (Seine-et-Oise). 1883 MINOR (D"" L.), rue Pokrowka, maison Sirotinin, ii Moscou (Russie). 1876 MOLLIÈRE-LABOULAYE, avocat à la Cour d'appel, 2 bis, boulevard du Temple, à Paris, 1884 MONIEZ (D"" Romain), professeur d'histoire naturelle à la Faculté de médecine, à Lille (Nord). 1883 MORGAN (Jacques de), 7, avenue de Villars, à Paris. 1 883 MOTT (D"" Walker), Lecturer à la Faculté de médecine, 65, Grove Street, à Liverpool (Angleterre). 1876 NICHOLSON (Francis), Esq., The Grove, Oldfield, Altrincham, Cheshire (Angleterre). 4 880 NINNI (D"" Al.-P.), membro del comitato direttivo del civico Museo di Venezia, 3392, S. Lorenzo, à Venise (Italie). 1876 OBERTHUR (Charles), imprimeur, à Rennes (lUe-et-Yillaine). 1 880 OLIVE (Gaspard), 3, rue de la Pyramide, à Marseille (Bouches-du-Rhône). 1879 OUDRI, major du 3^ tirailleurs algériens, à Constantine (Algérie). 1884 OUSTALET (D"" Emile), aide-naturaliste au Muséum, 1, rue du Bois, il Yincennes (Seine). 1883 PARIZE (Pierre) , directeur de la Station agronomique, à Morlaix (Finistère). 4 878 PARKIN (Thomas), F. R. G. S., F. Z. S., à Halton Vicarage, Hastings (Angleterre). 1882 PARTRIDGE (William Daniel), administrateur de la Station maritime de physiologie et de l'aquarium, 143, rue de Paris, le Havre (Seine- Inférieure). 1881 PARVEX DE MURAZ, 48, rue Notre-Dame de Nazareth, à Paris. 1880 PAUCHON (D'" A.), professeur à l'Ecole de médecine, 60, rue du Tapis Vert, à Marseille (Bouches-du-Rhône). 1879 PÊCHEUR (Ch. -Marie-Jules), 13, Grande-Rue, Vieille-Ville, à Nancy (Meurthe-et-Moselle). 1876 PELLETIER (A. -J. -Horace), avocat à la cour d'appel de Paris, à Madon, commune de Condé, par Blois (Loir-et-Cher). 1880 PELLETIER (Xavier), industriel, à Elbeuf (Eure). 1877 PELZELN(August von), Custos am Naturaliencabinet, Vienne (Autriche). F PENNETIER (D"" Georges) , directeur du Musée d'histoire naturelle de Rouen, professeur à l'École de médecine, 9, rue Alain-Blanchart, à Rouen (Seine-Inférieure). 4 884 PERRAVEX (Eugène), préparateur à la Faculté des Sciences, 1, rue Rameau, à Dijon. LISTE DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ XV 1882 PERRONCITO (Dr Edouard), professeur à l'École vétérinaire et à l'Uni- versité de Turin (Italie). 1882 PETIT (Louis), naturaliste, 10, rue Monsieur le Prince, à Paris. 1879 PIERSON (Henri), 6, rue de la Poterie, à Paris. 1884 PILLIET (Alexandre), 1, rue des Ecoles, à Paris. 1884 PINTO (D'' Cerqueira), professeur-agrégé à la Faculté de médecine, à Bahia (Brésil). 1879 PLATEAU (Félix), professeur à l'Université, 64, boulevard du jardin zoologique, à Gand (Belgique). 1882 POUGNET (Eugène), à LandrofT (Lorraine). 1886 PROUHO (Henri), ingénieur, préparateur au laboratoire Arago, à Banyuls (Pyrénées-Orientales) , 1883 PUGA BORNE (D'' Federico), directeur du Muséum, à Valparaiso (Chili). 1884 RABOT (Charles), 1 1, rue de Condé, à Paris. 1876 RAFFRAY (Achille), consul de France, à Tamatave (Madagascar). 1882 RAILLIET (A.), professeur d'histoire naturelle à l'École vétérinaire, à Alfort (Seine). 1879 REGNARD (D'' Paul), professeur à l'Institut national agronomique, directeur-adjoint du laboratoire de physiologie de la Sorbonne, 46, boulevard Saint-Michel, à Paris. 1884 REY (D"" Philippe), médecin-adjoint à l'asile de Ville-Évrard (Seine-et- Oise). 1877 RIGHET (D"" Charles), professeur-agrégé à la Faculté de médecine, 15, rue de l'Université, à Paris. 1876 ROCHEBOUET (Fernand de), au château de Rouwolts, à Chaumont (Maine-et-Loire). F ROTHSCHILD (le baron Edmond de), (Membre donateur), 19, rue Laffitte, à Paris. 4 880 ROTROU (Alexandre), pharmacien, à la Ferté-Bernard (Sartlie). 1886 ROUCH (Dr G.), 2, rue Hospice Saint-Jean, à Béziers (Hérault;. 1880 SALEM (Aziz), étudiant en médecine, 34, rue d'Ulm, à Paris. 1886 SALMON (Alphonse), 10, boulevard Arago, à Paris. 1882 SANGHEZ (D'' Jésus), professeur de zoologie ù l'Université, directeur du Musée national, à Mexico (Mexique). 1876 SAUNDERS (Howard), Esq., F. Z. S., F. L. S., etc., 7, Radnor place, Gloucester square, à Londres (Angleterre). 1884 SAUVAGE (D'" Emile), directeur de la station aquicole, 9, rue Tour Notre-Dame, à Boulogne (Pas-de-Calais). 1881 SAUVINET (L. -Ernest), préparateur au Muséum, 15, rue de Buffon, à Paris. 1886 SCHLUMBERGER (Charles), ingénieur de la marine, 54 bis, rue du Four Saint-Germain, à Paris. F SÉDILLOT (Maurice), 20, rue de l'Odéon, à Paris. 187G SEMALLÈ (René de), (Membre donaleur), propriétaire, 1, rue de l'Ermitage, à Versailles (Seine-et-Oise). XVI LISTE DES MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ 1879 SEOANE (V. Lopez), avocat et propriétaire, 58, calle Real, àlaCorogne (Espagne). 1876 SHELLE Y (captain Georges-Ernest), (Membre à vie), F. Z. S., etc., 6, Interden street, Hanover square, à Londres (Angleterre). 1883 SICARD (Dr Henri), doyen do la Faculté des sciences, 2, place Kléber, à Lyon (Rhône). F SIMON (Eugène), entomologiste, 16, villa Saïd, à Paris. 1885 SMITH (Joseph), licenciées-sciences naturelles, 41 , avenue des Gobe- lins, à Paris.. 1882 SOLIRÈNE (Alexandre), pharmacien, 17, rue Soufflet, à Paris. 1877 STEINDACHNER (D^ Frantz), directeur du Musée royal de Vienne, 20, Kohlmarkt, à Vienne (Autriche). 1878 TALAVERA (D-^ .loachim), 70, calle Prat, à Valparaiso (Chili). 1884 TERQUEM, 78, rue de la Tour, à Passy-Paris. 1883 TESTUT (D"" Léo), Professeur à la Faculté de médecine, à Lille (Nord). 1883 THOMAS (D"" Llewelyn) , 15, Weymonth street, W., à Londres (Angleterre). 1881 THOMAS (Ph.), vétérinaire en ler^ membre de la mission scientifique de Tunisie, à Tunis. 1878 TIRANT (D"" Gilbert), administrateur des affaires indigènes, Cochinchine. 1879 TOURNEUX (D"" Frédéric), professeur à la Faculté de médecine, 57, rue Brùlemaison, à Lille (Nord). 1883 TRAMOND, naturaliste, 11, rue de l'École-de-Médecine, à Paris. 1879 TRUTAT (Eugène), conservateur du Musée d'histoire naturelle, à Tou- louse (Haute-Garonne). 1886 VARIGNY (Henri de), docteur en médecine, docteur ès-sciences, 33, quai Voltaire, à Paris. F VIAN (Jules), (Membre donateur), 42, rue des Petits-Champs, à Paris. 1876 VIAN (Paul), 3, rue Turbigo, à Paris. 1876 VILEMAREST (le baron de), 3, rue de Mailly, à Paris. 1882 VILLENEUVE-ESCLAPON- VENGE (Mi^ de), 27, avenue Marceau, à Paris. 1886 VIRON (D"" Louis), professeur à l'Institut dentaire, pharmacien en chef de l'hospice de la Salpétrière, à Paris. 1877 WAGA (C Antoine), à Varsovie (Pologne). 1880 WAVRIN (marquis de), 49, boulevard du Régent, à Bruxelles (Belgique). 1880 WEBER (D"" Max), professeur à l'Université, à Amsterdam (Hollande). 1884 WEISGERBER (D^ H.), 262, faubourg Saint-Honoré, à Paris. 1880 WIEDERSHEIM (D-- Robert), professeur à l'Université de Fribourg en Brisgau (Allemagne). 1876 WRZESNIOWSKI (Auguste), professeur à l'Université, 15, rue Widok, à Varsovie (Pologne). 1883 ZANNELLIS (D-"), à Mouliherne (Maine-et-Loire). EXTRAIT DES PROCES-VERBAUX SOCIIÎTÉ ZOOLOGIQUE DE FRANCE AXJ. *-»:, >■ (-Ijc- Séance du 12 janvier 1886. 3 R A PRÉSIDENCE DE HM. MÉGNIN ET FISCHER. La séance est ouverte à huit heures et demie. Le procès-verbal de la der- nière séance est lu et adopté. M. Mégnin, président sortant, ouvre la séance et prononce l'allocution sui- vante : « Messieurs, » En quittant le fauteuil de la présidence, permettez-moi de dire quelques mots sur l'année qui vient de s'ajouter à celles que compte déjà notre Société. » Je paierai d'abord un tribut de regret à M. le Professeur Charles Robin, membre honoraire de la Société, que nous avons perdu récemment. » Si maintenant nous jetons les yeux sur les travaux de l'année, nous n'a- vons rien à vous dire qui ne soit satisfaisant. Nous avons publié : deM. Juliien une monographie remarquable des Bryozoaires d'eau douce ; de M. Kiinstler un type tout à fait nouveau de Protozoaires ciliés, alliés aux Radiolaires et vivant en parasites chez les Annélides lubicoles, c'est le Dtimontia opheliarum ; de M. J. de Morgan, un travail sur les Mollusques du royaume de Pérak avec 5 planches et un nombre considérable d'espèces nouvelles ; de M. Simon les Arachnides de la faune asiatique méridionale ; enfin, de M. Ghaper, des travaux variés sur des Mollusques nouveaux de provenances diverses. Voilà pour la zoologie systématique. » La zoologie anatomiquc n'a pas été négligée. Parmiles travaux de ce genre, nous avons à signaler : celui de M. Ferré, sur le nerf auditif ; de M. Pilliet, sur l'intestin des Poissons ; de M. Pilliet et M"e Bignon, sur les glandes lacrymales d'une Tortue. » Enfin, comme travaux de physiologie : un premier mémoire d'une série : Rôle des palpes des Insectes, par M. Plateau. Et à cette occasion, nous tenons 4 II PROCÈS-VERBAUX DE LA SOCIÉTÉ à faire remarquer combien la collaboration de savants étrangers, de la valeur de M, Plateau, est précieuse pour la Société. » L'année écoulée marque, comme on voit, parmi les plus fécondes: le Bulletin est bien rempli, et par des mémoires essentiellement divers traitant de la zoologie à tous les points de vue. En même temps que le nombre, la valeur des mémoires augmente ; malheureusement, le nombre des membres reste stationnaire. Nous avons dû changer de local pour cause d'extension de la Bibliothèque, d'où un surcroit de charges ; et pour y satisfaire, nous invitons les membres à faire delà propagande. 11 ne faut pas que la Société Zoologique de France reste ainsi ii piétiner sur place I Son but est noble, elle s'adresse à tous les travailleurs pour l'aider dans son essor. Elle a déjà dix ans d'exis- tence et il peine 250 membres. Cependant, il n'y a pas d'esprit de coterie, tous y sont reçus avec égards et condescendance. » A l'œuvre donc, et espérons en l'avenir. » M. le D'" P. Fischer, président pour l'année 1886, monte au fauteuil pré- sidentiel et prononce l'allocution suivante : « i\lESSIEURS, » Laissez-moi d'abord vous remercier de l'honneur insigne que vous m'avez fait en m'appelant à présider la Société Zoologique de France. Cet honneur m'impose de grandes obligations, et je ferai tous mes efforts pour me rendre digne de votre choix par mon zèle et mon assiduité. » Je crois être l'interprète de tous mes collègues en adressant l'expression de notre vive gratitude à notre président sortant, M. Mégnin, qui, malgré son éloignement et ses occupations pressantes, nous a donné les gages du plus complet dévouement aux intérêts de la Société^ secondé d'ailleurs par notre Secrétaire général et les autres membres du Bureau dont l'éloge n'est plus à faire ici. » Parlons maintenant de notre chère Société qui va bientôt terminer le dixième volume de ses Bulletins. » Elle a eu une enfance difficile et agitée ; arrivée aujourd'hui à la période d'adolescence, elle montre une vitalité qui permet de bien augurer pour sa carrière future. » Ses publications prennent plus d'importance, et si la situation financière, excellente sans doute, mais modeste, le permettait, elle pourrait augmenter le nombre de ses planches, imprimer des mémoires plus étendus et oifrir ainsi aux naturalistes des facilités de publication qui leur manquent trop souvent. Il est donc nécessaire d'accroitre nos ressources, et à cet effet je vous recom- mande une propagande active parmi les hommes de science qu'il faut recruter et intéresser aux progrès d'une Société où ils seront accueillis avec les senti- PROCÈS-VERBAUX DE LA SOCIÉTÉ II ments d'estime, de cordialité, de bonne confraternité qu'inspirent toujours l'amour du travail et le sentiment d'une véritable indépendance scientifique. » MlM. Joubin et Blanchard présentent M. Louis Boutan, 4, rue de l'Odéon, à Paris. MM. Pierson et Blanchard présentent M. Alexandre Magne, 41 , rue Pasquier, à Paris. En l'absence de l'Archivisle-bibliothécaire, le Secrétaire général dépose son rapport sur l'état des archives et de la bibliothèque pendant l'année 1885. Ce rapport comprend la liste des publications périodiques reçues en échange du JhiUetin. EUROPE FRANCE Paris. La Nature. N°s 607-655. Annales des Sciences naturelles. Zoologie. (6), XVI, 1883; XVII, 1884; XVIII, 4884; XIX, n°* 1-3, 1883. Le Tour du Monde. N°s 1254-1302. Société d'acclimatation. Bulletin mensuel, (4), I, nOM1-12, 1884 ; II, n^^ i.y, 4885. Feuille des jeunes naturalistes. NOS J72-182. Société de Géographie. Compte-rendu, n^^ 1-6, 9-13, 15-18, 4 885. Bulletin, (7), VI, trimestres 1-3, 1885. Société de Géographie commerciale. Bulletin, VII, supplément, 1884-1885; VII, n^^ 1-4, 1885. Académie des Sciences. Comptes-rendus, XCIX, table; C, moins la table; CI, moins la table. Société géologique de France. Bulletin, XII, feuilles 50-55; XIII, feuilles 4-41. IV PROCÈS-VERBAUX DE LA SOCIÉTÉ Paris. Société PhilomaU)ique. Bulletin. (7), VIII, n° 4 ; IX, n°M-2. Société d'Anthropologie. Bulletin, (3), VII, 11°^ 4-3 ; VIII, n°M-3, Institut national agronomique. Revue scientifique. 1er semestre -1885 ; 2^ semestre 188'ô. Revue des travaux scientifiques. IV, n°« M -12, '1884 ; V, n^^ 1-7, 1885. Comité des travaux historiques et scientifiques. Liste des membres titulaires , honoraires et non rési- dants du Comité, des correspondants. Paris, 1883. Le Naturaliste. 7e année, n°* 1-24. Aix. Académie des sciences. Séance publique, 1884. Mémoires, XIII, no 1, 1883. Angers. Société d'études scientifiques. Auxerre. Société des sciences liisloriques et naturelles de rVonne. XXXIX, 1883. Béziers. Société des sciences naturelles. Bordeaux. Société d'anthropologie de Bordeaux et du sud-ouest. Bulletin, I, n°« 1-3, 1884. Société linnéenne. Actes, (4), VIII (XXXVIII), 1883. Caen. Société linnéenne de Normandie. Chalon-sur-Saône. Société des sciences naturelles de Saùne-et-Loire. Mémoires, II, n^ 4 ; III, n° 5 ; V, no 4 ; VI, n» 1 . Grenoble. Société des sciences naturelles du sud-est. Bulletin, II, 1883 ; III, 1884. Lille. Bulletin scientifique du département du Nord. VII-VIII, n" 1-6, 1884-1885. Lyon. Société linnéenne. PROCÈS-VERBAUX DE LA SOCIÉTÉ V La Rochelle. Société des sciences naturelles de la Charente-Inférieure. Annales, XX, 1883. Amiens, Société linnéenne du nord de la France. VI, feuilles 9-24 ; r-" sept. 1 882-1 «'" déc. 1883. Montpellier. Académie des sciences et lettres. Mémoires de la section des sciences, X, n° 3, 1884. Nantes. Société académique. Annales, (6), V, 1884. Nîmes. Société d'études des sciences naturelles. Bulletin, n"'' 10-12, 1884 ; n»' 1-3, 188o. Rouen. Société des amis des sciences naturelles. Bulletin, rr et 2^ semestres 188 4 ; (2), XX, 2° se- mestre ; XXI, lergeniestrc. Semur. Société des sciences historiques et naturelles. Toulouse. Société d'histoire naturelle. Académie des sciences. Mémoires, (8), VI, 1'='" et 2° semestres 188 4. ALLEMAGNE Berlin. Akademie dor Wissenschaften. Monatsherichte, n°^ 40-54, 188i ; n^s i-39, 1885. Gesellschaft naturforschender Freunde, 1884. Brème. Naturforschende Gesellschaft. Ahhandlnmjen, IX, n" 2. Dresde. Naturforschende Gesellschaft « isis». Juli-Dezember 1884. Festschrift zur Feier des 50 juhrigen Bestehens. Erlangen. Biologisches Centralblatt. Physikalisch-medicinische Societset. XVI, 188 4. Francfort-sur-le-Mein. Senckenbergischo naturforschende Gesellschaft. BerichI, 1884. VI PROCÊS-VERBAUX DE LA SOCIÉTÉ Freiburg i/Br. Naturforschende Gesellschaft. Festschrift der 50. Versammliinrj deulscher Natur- forscher und JErzte, 4 883. Halle Naturforschende Gesellschaft. K. Leopoldiniscli-Carolinisclie deutsche Akademie der Na- turforscher. Novaada, XLV-XLVI, 1884. Naturwissenschaftlicher Verein fiir Sachsen und Thliringen. Zeitschrift filr Naliinvissenschaften, (4), III, n°^ 4-6, 1884 ; IV, n°« 1-4, 1885. Hambourg. Naturwissenschaftlicher Verein von Hamburg-Altona. Abhandlimgen. VIII, n^M -3, 1884. Heidelberg. Naturhistorisch-medizinischer Verein. Verhandlimgen, (2), Ilî, n° 4. lena. Medicinische-naturwissenschaftliche Gesellschaft. lenaische Zeischrift, XVIII, n°^ 2-4. Leipzig. Zoologischev Anzelger, VIII, 1885. Munich. K. bayerische Akademie der Wisscnschaften. Stuttgart. Verein fiir vaterlândische Naturkundc in Wiirttemberg. Jahreshcfle, XLI, 1885. Wiesbaden. Nassauischer Verein fiir Naturkundc. XXXVn, 1884. AUTRICHE-HONGRIE Budapest. Kir. Magy. természettudomânyi tarsulat tilkâri hivatala. 1°BuzaJ., Les maladies des ])lantes cultivées. ln-S° de 132 p., 1879 (en hongrois). 2° Daday E., La littérature zoologique hongroise dans les années lSlO-1'^80. Gr. in-S^ de 186 p., 1882 (en hongrois). 3° Gruber L., Instructions pour déterminer les posi- tions géographiques. In-8° de 304 p., 1883 (en hongrois). 4*^ Kosutany Th., Les diverses sortes de Tabac hongrois, In-4° de 47 p., 1882 (en allemand). PROCÈS-VERBAUX DE LA SOCIÉTÉ VII Cracovie. Graz. Prague. Vienne. 5° Schenzl G., Instriiclions pour les mesures du magné- tisme terrestre. ïn-8° de 321 p., 1884 (en hongroisj. G° Hazslinszky F., Flore des Lichens de Hongrie. In-8° de 304 p., '1884 (en hongrois). 7° Frohiich J,, Mathematische und naturtvissenschof- tliche Berichte fnw Ungarn, 1, 1882-'! 883. 8° Barstch S., Rotatorin Hurigaricc. In-4" de 52 p., '1877 (en hongrois). 9° Herman 0., Ungarns Spinnen-Fauna. 3 vol. in-4°, 1876-1879. 10° Maderspach L. , Magydrorszâg vasèrczfe'khelyei. In-4° de 111 p., 1880 (mémoire de géologie). 11° Stahlberger E. , Die FÈbe und Fluth in der Rliedc von Fiume. In-4° de 109 p., 1874, 12° Kerpely Antal, Magyarorszâg vaskovei es vaster- ményei... In-4° de 83 p., 1 877 (mémoire sur le fer). 13° Szinnyei J., Bihliolheca hungarica hisloriœ natu- raliset matheseos, 1 472-1 875. Gr. in-8° de 1 007 p., 1878 (en hongrois). Académie des sciences. Pamietnik akademii umiejelnosci to Krakowie, I-IX 1877-1884. Sprawodzanie komisyi fizyjographicznéj... , XVIII , 1884. Rozprawy, XI, XII, 1884. Naturwissenschaftlicher Verein fiir Steiermark. Mittheihingen, XXI, 1884. K. bœhmische Gesellschaft der Wissenschaften. K. k. Akademie der Wissenschaften. Sitzungsberichte der math. -nul. Classe, LXXXVIII , nos 4.5^ 4 883 ; LXXXIX, n°^ 1-5, 1884. K. k. zoologisch-botanische Gesellschaft. Verha7ullungen, XXXIY, 1884 ; XXXV, n° 1, 1885. BELGIQUE Bruxelles. Académie royale des sciences de Belgique. Annuaire, LI, 1 885. Bulletin, (3), VIII, n° 12 ; IX, W" 1-(i ; X, n°^ 7-10. VIII PROCÈS-VERBAUX DE LA SOCIÉTÉ Bruxelles. Société entomologique de Belgique. XXVIII, 1884 ; XXIX, x\° 1, 1885. Société malacologique de Belgique. Procès-verbal, p. cix-cxLVii, H aoûl-lor (](5c, 1883; p. i-civ, 1884 ; p. I-Lxxx, 1885. Annales. (2), V (xv), n° 1, 1880 ; (3), I (xix), 1884; (3), III (xviii), 1883. Musée royal d'histoire naturelle. Bulletin, III, n"' 2-4, 1884. Annales, IX, 4'' partie, texte et planches; XI, 5° partie, texte et planches. DANEMARK Copenhague. Naturhistorisk Forening. Det k. danske videnskabernes Selskab. Oversùjt, n° 3, 1 884 ; nM , 1 883. ESPAGNE Madrid. Sociedad espafiola de liistoria natural. A7iales, XIII, n« 3 ; XIV, n°s 1-2. FINLANDE Helsingfors. Societas pro fauna et flora fcnnica. GRANDE-BRETAGNE Dublin. Royal Dublin Society. Scientific Proceedings, (2), IV, n°^ 5-6. Sclentific Transactions, (2), III, n"* 4-6. Edimbourg. Royal Society of Edinburgh. Royal Physical Society. Proceedings, session 1884-1885. Glascow. Natural history Society. Proceedings and Transactions, V, n° 3, 1882'-1883 ; (2), I, n° 1, 1883-1884. PROCÈS-VERBAUX DE LA SOCIÉTÉ IX Londres, Amsterdam. Harlem. Leyde. Bologne. Gênes. Modène. Naples. Padoue. Royal Microscopical Society. Journal, (2), V, n«^ -1, 3-6, 1885. The Zoologist, IX, n'"- 97-108. Linnean Society. /0Hî7ia/, XVI!, n" 103, -1884; XVIII, n°' lOi-IOT, 1884-1880 ; XIX, n" 108, 188.5. List of the Linnean SocieUj. HOLLANDE Académie des sciences. Jaarhoek voor 1 883. Vei'slagen en mededelingen. Afd. naluurkimde, (3), XIX, XX, 1884. Nederlandsch tijdscluHfl voor de dierkunde, I-IV, 18G4- 1 873 ; V, n» 1 . Archives néerlandaises des sciences exactes et naturelles. XIX, n°5 4-5, 1884 ; XX, n°'' 1-3, 1885. Société hollandaise des sciences exactes et naturelles. Nederlandsche dierkundige Vcreeniging. Tijdschrift, \l, n°s 2-4, 1882-1885; (2), I, n^' 1, 1885. Notes from the Leyden Muséum, I-VI, 1879-1884. ITALIE. Accademia délie scienze deU'lstitulo di Bologna. Memorie, (4), V, n«^ 1-4, 1884. Museo civico di storia naturale. Società dei Naturalisli. Atti, (3), I, p. 1-88, 105-140. Memorie, (3), II, 1 883 ; III, 1884. Mitlheilungen ans der zoologischen Station. VI, no^ 1-3, 1885. Società veneto-treuLina di scienze nalurali. Atti, IX, n'' 1 . Bullettino, III, n" 3. Pavie. Rome. Turin. Venise. Luxembourg, Christiania. Lisbonne. Dorpat. Kasan. PROCÈS-VERBAUX DE LA SOCIÉTÉ Bollettino scicntijîco, VII, n°' 1-2, 1885. Accademia dei Lincei, Rendiconti, (4), I, nos \^27, 188.5. Osservazioni metcorolorjiche, juillet-décembre 1884. Accademia reale délie scienze. Alli, XX, n°* 1-6, 188.5. Reale Istituto veneto di scienze, lettereed arti, LUXEMBOURG Institut royal grand-ducal do Luxembourg. Section des sciences naturelles. NORVÈGE Den norske nordhavs-Expedition. Zoologi. — XII. Pennalulida, vcd D. C. Daniclsscn og J. Koren. — XIII. Spongiadœ, vcd G. Armauer Hansen. — XIV. Crustacea , ved G. 0. Sars , fasc. 1-2. Nyt magazin for naturvklenskaberne . XXIX, n»^ 2-4, 188.5. Arkio for mathemaiik og naturvidenskab. PORTUGAL Academia real das sciencias. RUSSIE Naturforschende Gesellschaft. Archiv fur die Naturkiinde Liv-, Ehsl- und Kurlands, (2), X, nM, 1884. Sitzungsberlchte, VII, no 1, 1883, Schriften, n» 1 , 1884. Société des naturalistes. Prolokoîy, année 1884-1883. Troudij, XIV, nOM-4, 1883. Isviestia i outchenia zapiski imp. Kazanskago Ouniversiteta. Moscou. PROCÈS-VERBAUX DE LA SOCIÉTÉ Société impériale des naturalistes. Bulletin, n°^ 2-3, 1884. XI Saint-Pétersbourg. Académie impériale des sciences. Mélanges biologiques, XII, n*^ 1, 1884. Mémoires, XXXII, nos 9, -] 2, 1 3, 1 884. Stockholm. Berne. Genève. Lausanne. Neuchâtel. Bône. Calcutta. SUÈDE Entomologisk Tidskrift, V, nos 3.4^ 4 884. SUISSE Naturforschendc Gesellschaft. Mitiheilungen , nos 1092- MOI, fasc. 3, 1884; n°' 1103-1118, fasc. 1, 1885. Recueil zoologiqiie suisse, II, I880. Société vaudoise des sciences naturelles. Bulletin, (2), XX, n» 91 ; XXI, n° 92. Société des sciences 'naturelles. Bulletin, XIV, 1884. AFRIQUE ALGÉRIE Académie d'Hippône. Bulletin, XX, n"* 2-4 ; XXI, nos i_2. ASIE INDES Asiatic Society of Bengal. Proceedings, n"» 7-11, 1884 ; n°s 1-4, 6-8, 1885. Journal, part I, LUI, n*^ 2, 1884; LUI, spécial number, 1884; LIV, n°^ 1-2, 1885. — Part II, LU, table, 1883; LUI, n°^ 2-3, 1884; LIV, no« 1-2, 1885. Centenarij review , 1784-1883. Un vol. in-8o. Cal- cutta. 1885. XII PROCÈS-VERBAUX DE LA SOCIÉTÉ AM ÉRIQUE BRÉSIL Rio de Janeiro. Dulledii astro)iomique et. météoroloijiquc de l Observatoire impérial. ÉTATS-UNIS Boston. Society of Nalural History. Proceedings , XXII, nos 2,4^ 1882-1883; XIII, no 1, 'I880. Memoirs, II, part m, n° 4, 1874 ; II, part iv, n°s 1-4, 1875-1876 ; III, no« 8-1 1 , 1884-1885. American Academy of Arts and Sciences. (2), XII, 1885. Brookvillc. Society of Natiiral History. Bulletin, n" 1, 1885. Cambridge, Mass. Muséum of Comparative Zoology at Harvard Collège. 2j^'i A^mual lieport of the Curator, 1884-1885. Bulletin, VII, nos 2, 3, 5-8, 11 ; XI, n" U ; XH, nos ^.2_ Memoirs, XI, part 1 . Tlliistrated Catalogue, VIII, n*^ 2, 1875. Mihvaukeo. Public Muséum of tlie City of Milwaukee. Second annual Report of the Board of Trustées, 1884. New-York. New-York Academy of sciences. AnnalSj, III, n°* 3-6. American ^luseum of Naturai History. Annual Report of tlie Trustées for ièVS'i-iSSô. New-York Microscopical Society. Journal, I, no 2, 1885. ■ Philadelphie. Academy of naturai sciences. Proceedings, n° 3, 1884 ; n"' 1-2, 1885. American Naturalist, XIX, n^* 1-4, 6-12, 1885. Zoological Society. i,3^'* annual Report of the Board of Direclors of the Zoological Societji of Philadelphia. PROCÈS -VERBAUX DE LA SOCIÉTÉ XIII American Pliilosophical Society. Proceedimjs, XXI, n" -116, 1884 ; XXII, n'>^ 1 17-120, 1883. Saint-Louis, Miss, Acadcmy of sciences. Salem, Mass. American Association for the advancement of science. Proceedings, XXII, Minneapolis, Minn., 1884 ; XXYII, Sainl-Louis, 31iss., 1878. San Francisco. California Acadeniy of sciences. Bullelin, I, nos 2-3, 1885. Wasliinf^lon. Smithsoniaii Institution. American Monlhhj MicroscopicalJonrnal . VI, n"^ Ml, 1885. U. S. Commission of Fisli and Fisheries. Bulletin, n"s 2-6, 1883-'! 884; IV, 1884. U. S. Geoiogicai Survey. Third anniial Report, 1881 -1 882. Foiirlh annual Beporl, 1882-1883. MonograpliSj, III- VIII. MEXIQUE Mexico. Sociedad mexicana do liistoria natuial. RÉPUBLIQUE ARGENTINE Buenos-Aires. Museo publico. Cordoba. Academia nacional do ciencias. Bolelin, VI, no 4 ; VII, n^^ 1-4 ; VIII, n» I . OCÉANI E AUSTRALIE Brisbane. Royal Society of Quecnsland. Proceedings, l, n^^ 2-4, 1884-1885. Melbourne. Royal Society of Victoria. Transaclions and Proceedings, XXI, 1885. XIV PROCÈS-VERBAUX DE LA SOCIÉTÉ Sydney. Linnean Society of New Soulh-Wales. Proceedings, IX, n°^ 3-4 ; X, n°' 1-2. Royal Society of New South-Wales, JAVA Batavia. Natimrkundig Tijdschrift voor Nederlandsch-Indi'é, (8), V (xLiv), 1885. Catalogus der Bibliothek, 1884. M. Blanchard donne lecture d'un mémoire de I\r. René Martin, intitulé : Catalogue des Oiseaux de la Brenne. Ornithologie de l'arrondissement dît Blanc. Renvoi à la Commission de publication. En l'absence du Trésorier, empêché, M. Pierson donne communication de l'état des finances de la Société à la fin de l'exercice 1885. MM. Certes et Fabre-Domergue sont désignés pour procéder à l'examen des comptes. La séance est levée à neuf heures et demie. Ouvrages offerts. Fabre-Domergue, Note sur les Infusoires ciliés de la baie de Concarneaii. Journal de l'Anatomie, 1885. L. Joubin, Recherches sur l'anatomie des Brachiopodes inarticulés. Archives de Zoologie expérimentale, (2), IV, 1885. J. Chalande, Recherches anatomiques sur l'appareil respiratoire chez les Chilopodes de France. Bull, de la Soc. d'Hist. nat. de Toulouse, 1885. Séance du 26 janvier 1886. PRÉSIDENCE DE M. FISCHER. La séance est ouverte à huit heures. Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté. M. le professeur Alph. Milne-Edwards, élu membre honoraire dans la der- nière séance du Conseil, adresse à la Société l'expression de sa reconnais- sance. PROCÈS-VERBAUX DE LA SOCIÉTÉ XV MM. L. Boulan et Magne, présentés à la dernière séance, sont élus membres de la Société, MM. Joubin et Blanchard présentent M. Henry de Varigny, docteur en mé- decine et docteur ès-sciences, 33, quai Voltaire, à Paris; M, Henri Prouho, ingénieur, licencié ès-sciences naturelles, préparateur au laboratoire Arago, à Banyuls (Pyrénées-Orientales) ; M. Charles Hérouard, licencié ès-sciences naturelles, au laboratoire Arago, à Banyuls ; M. Frédéric Guitel, licencié ès-sciences naturelles, au laboratoire Arago, à Banyuls. MM. de Guerne et M"'^' Bignon présentent M. le D^^L. Ghabry, 2, rueMirbel, à Paris. MM. de Guerne et Blanchard présentent M, le D'" G. Roucli, 2, rue Hospice Saint-Joseph, à Béziers (Hérault) ; M. Jules Maurice, licencié ès-sciences naturelles, rue des Blancs-Mou- chons, à Douai (Nord) et 130, rue de la Boëtie, à Paris. MM. Fischer et Oustalet présentent M. Filhol, sous-directeur du laboratoire de l'École des Hautes-Études (Zoologie) au Muséum. M'"^ Bignon et M. Boulart présentent M. Pierre-Jean Danysz, licencié ès- sciences naturelles, préparateur au laboratoire d'anatomie comparée, 24 bis, rue de la Glacière, à Paris. MM. Jullien, Hyades et Blanchard présentent M. Paul Grez, [)harmacien, 6, rue Fromentin, à Paris. S. A. le prince héréditaire de Monaco assiste à la séance. M. J. de Guerne fait une communication sur la faune pélagique de la mer Baltique. H décrit notamment les Copépodes du golfe de Finlande, péchés au filet fin par le prince de Monaco et donne la description d'une espèce nouvelle à laquelle il attribue le nom de Ceniropages Grimaldii. La séance est levée à dix heures. Ouvrages offerts. Héron-Royer, Observations relatives à la ponte du Bufo vuUjaris et aux couches protectrices de l'œuf des Batraciens. Bulletin de l'Acad. de Belgique, (3), X, 1883. 11. Boulart et A. Pilliet, Note sur V orçjane folié de la langue des Mammifères. Journal de l'Anatomie, 1885. J. M. F. Bigot, Diptères nouveaux ou peu cosinus, 27^ partie. Aimalcs de la Soc. entomol. de France, ISSS. XVI PROCÈS-VERBAUX DE LA SOCIÉTÉ Offert par M. Ch. Richet : Archives slaves de biologie, I, n" 1 , 1886. Offert par M. Certes : • G^"' Bergouën, La vibration vitale. Tours, in-'12 de 180 p., 4 885. Séance du 9 février 1886. PRÉSIDENCE DE M. FISCHER. La séance est ouverte à huit heures. Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté. M. J. Vian et M"" F. Bignon s'excusent de ne pouvoir assister à la séance. M. Magne adresse sa photographie pour la Société et se fait inscrire comme membre donateur. MM. H. de Varigny, H. Prouho, Edgar Hérouard, F, Guitel, L. Chabry, G. Rouch, J. Maurice, Filhol, P.-J. Danysz et P. Grez, présentés à la der- nière séance, sont élus membres de la Société. M"*^ F. Bignon et M. Blanchard présentent M. le D'" Louis Véron, profes- seur à l'Institut dentaire, pliarmacien en chef de la Salpôtrière, à Paris. Le 6 février, la Société a célébré par un banquet sa dixième année d'exis- tence. Avaient répondu à l'invitation du Conseil : MM. Assaky, A. Berge, Bo" Billaud, D"" R. Blanchard, prince Roland Bonaparte, Bovier-Lapierre, A. Certes, D'" Chabry, A.-L. Clément, Cotteau, Ph. Dautzenberg, J. Deniker, D'" R. Dubois, Fabre-Domergue, D"" P. Pischer, J. Gazagnaire, J. de Guerne, Héron-Royer, D"" Hyades, D''F. Jousseaume, D"" Jousset, D"" J. Jullien. J. Kiinc- kel d'Herculais, D"" Landowsky, Dr 0. Larcher, Magne, P. Mégnin, J. de Morgan, H. Pierson, Ch. Rabot, professeur Railliet, D"" Ph. Rey, E. Simon, Tramond et J. Vian. On s'est séparé fort tard, mais non sans avoir décidé la fondation d'un banquet annuel. M. Certes donne lecture du rapport de la commission pour l'examen des comptes pendant l'exercice \SS'6. Les conclusions du rapport sont adoptées et des remerciements sont adressés à M. le Trésorier. M. Blanchard donne lecture d'une note de M. leB^n d'Hamonville, intitulée: Description de divers états de 2)lwnage du Canard sauvage et variétés de cette espèce. Renvoi au Bulletin. La séance est levée à dix heures. PROCÈS-VERBAUX DE LA SOCIÉTÉ XVII Ouvrages offerts. H. Gadeau de Kerville, Causeries sur le transformisme. — //. Historique et progrès de la doctrine transformiste. Elbeuf, in-'12 de 41 p., 1886. D"" P. Hallez, Sur un nouveau Rhizopode (Arcyothrix Balbianii, nov. gen., nov. sp.). Mém. de la Soc. des sciences de Lille, (4), XIV, 1885. Id., Recherches sur l'embryogénie et sur les conditions du développement de quelques Nématodes. Ibidem, (4), XV, 1886. D' P. Delplanqiie, Études tèratologiques. — /. Des difformités congénitales produites sur le fœtus par la contraction musculaire (les Veaux à tête de Chien, ou niatas). Paris, in-4° de 123 p., 1885. Offert par le ministère de l'Instruction publique : Exploration scientifique de la Tunisie. — Élude sur les Crustacés terrestres et fluviaiiles, par Eug. Simon. Paris, in-8o do 21 p., 1883. Séance du 23 février 1886. PRÉSIDENCE DE M. FISCHER. La séance est ouverte à huit heures. Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté. MM. Guitel et Prouho, élus membres de la Société à la dernière séance, remercient do leur admission. M. le D"" Viron, présenté à la dernière séance, est élu membre de la Société. MM. Fischer, Terquem et Certes présentent M. Schlumberger, ingénieur de la marine, 54 bis, rue du Four-Saint-Germain, à Paris. MM. Simon et Blanchard présentent M. Jules Bourgeois, président de la Société entomologique de France, 28, rue de l'Échiquier, à Paris. M. J. Vian fait une communication sur les Poussins des Oiseaux d'Europe et présente un grand nombre de spécimens tirés de sa collection. M. Héron-Royer fait une communication sur les dents palatines des Batra- ciens anoures. La séance est levée à dix heures. Ouvrages offerts. J.-I. de Armas, Les crânes dits déformés. La Havane, 1885. XVIII PROCÈS-VERBAUX DE LA SOCIETE J.-M.-F. Bigot, Diagnoses de quatre genres nouveaux de Diplères. Bull, de la Soc. entomol. de France, ISSo. A.-P, Ninni, Cenno critico supra il recentissimo scritto del comm. de Betta intilolalo : Sulle diverse forme delta Rana temporaria in Europa e piii parli- colarmente nell'Italia. Alli délia Soc. ital. di se. naturali, XXVIII, 4 886. Offert par l'éditeur : H. Vialianes, La photographie appliquée aux études d'anatomie microsco- pique. Paris, Gauthier-Villars, in-12 de G6 p., 1886. Séance du 9 mars 1886. PRÉSIDENCE DE M. FISCHER. La séance est ouverte à huit heures. Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté. ^ MM. Schlumberger et Bourgeois, présentés à la dernière séance, sont élus membres de la Société. MM. Blanchard et Berge présentent M. Alphonse Salmon, étudiant en médecine, 10, boulevard Arago, à Paris, MM. Math. Duval et Blanchard présentent M. Ernest Lamy, 12, rue de risly, à Paris. M. Timothée Rey, de Nissan (Hérault), adresse la note suivante : « Le 25 juin -1884, un chasseur m'a remis un bel exemplaire de Coulicou noir et blanc (Cuciilus glandarius Lin.), qu'il \ena\l de tuer. C'était un mâle adulte. J'ai eu occasion de présenter cet Oiseau au Musée de Toulouse, ainsi qu'un Bruant brun. » A la fin de mai 1885, j'ai regu de Pézenas (environs de Béziers), un tout jeune Coulicou, échappé récemment du nid et que je crois être un mâle. Les auteurs mérodionaux, P. Roux, Crespon, Lapommeraye, etc., qui ont eu l'oc- casion de se procurer cet Oiseau et qui le décrivent, nous apprennent qu'il est très rare et seulement de passage. Une note de V Ornithologie italienne dit qu'eu 1739 un couple de cette espèce nicha aux environs de Pise. Je viens relater à mon tour que cet Oiseau a niché dans nos contrées l'année dernière. Ne peut-on pas admettre qu'il niche communément dans le midi de la France? » M. Terquem adresse une Note sur les Foraminifères et les Ostracodes do l'Islande. La séance est levée à neuf heures. PROCÈS-VERBAUX DE LA SOCIÉTÉ XIX Ouvrages offerts. J. Stccnstrup, Notœ teiUhologicœ. Oversigt over d. k. d. Vidcnsk. Selsk. Forh., 4882 og 4885. Voilollier, Uincuhatlon artificidle et la basse-cour, traité complet cVélevage pratique. Paris, i'^ éd., in-4 2do 3 H p., 4 886. F. Plateau, La classification des types Immains an point de vue de l'enseigne- ment élémentaire. Le Guide scientifique, 4 885. Séancs du 23 mars 1886. PRÉSIDENCE DE M. FISCHER. La séance est ouverte à huit heures. Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté. MM. Salmon et Lamy, présentés à la dernière séance, sonl élus membres de la Société. MM. Bourgeois et Schlumbcrger, élus membres de la Société, remercient de leur admission. M. Bourgeois adresse on outre sa photographie pour l'album de la Société. MM. Jousseaumc et Marche présentent M. Hipolito Fernandez, à Manille (Philippines). M. L. Taczanowski adresse une Liste supplémentaire des Oiseaux recueillis dans le sud-ouest du pays oussourien. M. Vian donne lecture d'une note de M. le Baron d'Iiamonville intitulée : Nouveautés ornithologiques. Colibris (2^ article) . M. Certes décrit un procédé de M. Tempère pour le montage dans le baume des organismes microscopiques délicats et pour fixer directement des Infusoi- rcs par certaines couleurs d'aniline. « J'ai l'honneur de présenter à la Société diverses [iréparalions microscopi- ques do Protozoaires montés dans le baume par un habile préparateur de Paris, M. Tempère. Les préparations d'Infusoires que je mets sous vos yeux ont plus d'un an de date; ce sont des Ophryoscolex et des Ualanlidium de la panse des Ruminants, (pic j'avais préalablement fixés à l'acide osmique et co- XX PROCÈS-VERBAUX DE LA SOCIÉTÉ lorés au picro-carminate de Ranvier, Les Bryozoaires, les Éponges^ les Sys- tolides ont été fixés par M. Tempère lui-môme. » Le parfait état de conservation des organismes, leur transparence, à laquelle la coloration des tissus et des noyaux ne nuit en rien, enfin les garan- ties de durée que présente l'emploi du baume, tels sont les avantages du pro- cédé de M. Tempère. D'après les résultats acquis, le ralatinement des tissus, qui est à redouter, peut être évité, chaque fois que l'on opère sur des orga- nismes convenablement fixés et colorés par les méthodes usuelles, si d'ailleurs on a le soin d'observer les précautions ci-dessous : » 1° Faire passer successivement les organismes, déjà fixés et colorés, dans de l'alcool à 36°, puis à 70°, et enfin à 93° (alcool absolu). Ce dernier devra être renouvelé au moins deux fois suivant la grosseur des objets qui doivent y être maintenus pendant vingt-quatre heures environ. » 2° La seconde opération consiste à remplacer l'alcool absolu par du benzol pur. A cet effet, on enlève avec une pipette un dixième de l'alcool ab- solu dans lequel se trouvent les organismes, et on le remplace par la même quantité de benzol. Cette opération est répétée dix fois à des intervalles va- riant de dix à trente minutes, suivant l'objet à préparer. Il faut avoir soin, en outre, d'assurer le mélange à chaque addition de benzol, en retournant douce- ment, à plusieurs reprises s'il est nécessaire, le tube qui le renferme. Après un instant de repos, le dernier mélange est décanté et on lui substitue du ben- zol pur. » 3° Après vingt-quatre ou quarante-huit heures de séjour dans le ben- zol, suivant les objets, on ajoute par cinquième, du baume de Canada dissous dans le benzol pur, en ayant toujours soin de laisser un intervalle de quinze à trente minutes entre chaque opération. Ceci fait, ou peut, ou conserver les organismes en tube pour des préparations ultérieures, ouïes monter immédia- tement. On doit seulement s'assurer, au moment de monter, que la proportion du liquide au solide n'est pas excessive, ettju'après avoir agité le tout, chaque goutte tient en suspension une quantité sufiisante d'organismes. Cette goutte déposée sur le slide ou mise dans une cellule, suivant le cas, est recouverte d'un couvre-objet. Il est préférable de la laisser se dessécher spontanément et pour assurer la durée des préparations, de les sceller au bout de quelques jours, avec deux ou trois couches de ciment à la laque. » Tous les micrographes sauront gré à M. Tempère d'avoir bien voulu m'au- toriser à publier le procédé par lequel il obtient ses merveilleuses préparations au baume. » M. Certes fait encore la communication suivante : « La Revue scientifique du 20 février dernier a donné une analyse étendue d'un récent travail de M. Rav Lankester sur la viridité des Huîtres. Anecon- PROCÈS-VERBAUX DE LA SOCIÉTÉ XXI sulter que ce travail, bien que l'Huître verte soit un produit exclusif de nos côtes, les observateurs français n'auraient pas su résoudre définitivement le problème zoologique et physiologique qui leur était posé. » Il n'en est rien. Dès 1880, dans une Notice sur la cause du verdissement des Huîtres (I), M. G. Puységur avait démontré par des expériences de labo- ratoire, entreprises en collaboration avec M. Bornet, et par des cultures en grand dans les parcs du Groisic qu'il a créés, la réalité de l'Iiypothèse qui attri- bue la viridité do l'Huilreau pigment d'une Diatomée dont elle fait sa nour- riture. Bien avant M. Ray Lankester, M. G. Puységur a très exactement décrit et figuré cette Diafomée (Navicula fusiformis ostrearia Griinow) dont a le liquide cellulaire, au lieu d'être incolore, est d'un très beau bleu d'azur ». Il n'a nullement négligé l'examen du tube digestif et a trouvé de nombreuses ca- rapaces de Navicula. » C'est après avoir accumulé des preuves de toute nature de l'action de la Navicula sur l'Huître, que Puységur conclut qu'il y a lieu d'éliminer définili- vement « toutes les autres causes auxquelles des conjectures laborieusement enfantées avaient attribué ce phénomène si simple. » « Il est évident, de plus, ajoute Puységur, que l'absorption par le Mollusque de la matière colorante est directe et que le phénomène se passe dans l'inté- rieur même de l'être. Si, en effet, il y avait dissolution de la matière colo- rante dans l'eau salée, l'eau se colorerait pendant que les Diatomées se décolore- raient. Or il n'en est rien. Dans l'eau douce, au contraire, la dissolution de la matière colorante, et, par suite, la décoloration des corpuscules est immédiate. Une seule goutte d'eau, jetée sur le porte-objet du microscope, en fait dispa- raître immédiatement la couleur. Enfin, si l'on trempe dans de l'eau douce où l'on a déposé de ces Diatomées colorées un morceau de papier à filtrer et qu'on le fasse ensuite sécher, il présente absolument la coloration des Huîtres vertes. » » Cette dernière expérience, qui appartient en propre à Puységur, est tout à fait démonstrative. » Il n'y a donc de vraiment nouveau, dans le travail de M. Ray Lankester, que l'étude hisiologique des tissus colorés de l'Huîlre et l'hypothèse que cer- taines cellules épitliéiiales des branchies, cellules migratrices à mouvements amiboïdes, bien connues de tous ceux qui ont étudié l'Huître et le contenu de son tube digestif, sont le lieu d'élection de la matière colorante qu'elles extrai- raient du sang de l'animal. ï A ce propos, il me sera permis de rappeler que j'ai déjà signalé à la So- ciété Zoologique de France (2) que l'on pouvait faire absorber à des Huîtres, (1) Revue maritime et coloniale, février 1880. (2] Bulletin de la Société zool. de France, séance du 28 avril 1885, procès-ver- baux, p. xxxi, et Bulletin scientifique de l'Université royale de Pavie, juin 1885, p. 54. XXII PROCÈS-VERBAUX DE LA SOCIÉTÉ sans les tuor, cerlaines couleurs d'aniline et même des substances médicamen- teuses, telles que l'iodure de potassium. Dans les Huîtres vertes, bleues, vio- lettes, colorées artificiellement, comme dans les Huitres vertes de Marennes, la coloration se localise dans les branchies et dans les tentacules buccaux. » Quoiqu'il en soit, la lacune que présente le travail de M. Ray Lankesler, en ce qui touche les recherches de G. Puységur, se comprend d'autant moins que la notice de ce dernier a été analysée tout au long dans le journal anglais Nature ('I) et qu'elle figure dans la bibliographie donnée, en 1881, dans un travail classique sur l'Huître, par la Station zoologique néerlandaise (2), » M. J. Gazagnaire fait une communication sur des glandes nouvelles qu'il a découvertes dans la cavité buccale des Coléoptères. Ces glandes sont généra- lement unicellulaires et répandues dans tous les Insectes de cet ordre en nom- bre d'autant plus grand que le régime de l'animal est plus manifestement herbivore et qu'il est privé de toute glande salivaire. Chez les Hydropliilidœ, ces glandes unicellulaires se groupent et forment des organes glandulaires composés, de véritables glandes alors s'ouvrant dans la cavité buccale par des orifices propres (paroi ventrale du labre, bord antérieur : Hijdrophilus piceiis, Hydrochains, Hydrobius, etc.). Simultanément, dos glandes unicellulaires ou des organes composés de môme nature, à orifice propre, peuvent se ren- contrer sur la paroi dorsale de la lèvre inférieure, sur les faces buccales des mâchoires et des mandibules. M. J. Gazagnaire considère ces glandes comme des glandes salivaires, ou du moins comme leurs homologues. Leur situation, leur présence dans les es- pèces herbivores et leur développement plus grand chez les individus qui sont privés de toute glande sali\aire différenciée, sont les arguments sur lesquels il s'apppuie. Il résulte de ces faits nouveaux que les Coléoptères, qui dans leur ensemble, sauf de rares exceptions, étaient considérés comme privés de glan- des salivaires ne font pas exception aux notions générales que nous possédons sur les glandes salivaires dans l'ordre des Insectes. M. le D"" Jousseaume fait une communication sur les Mollusques rapportés du Haut-Sénégal par le D'' Bellamy et décrit un grand nombre d'espèces nou- velles. Ouvrages offerts. Ch. van Bambeke, Pourquoi nous ressemblons à nos parents. Bull, de l'Acad. de Belgique, (3), X, n° 12, 1885. (1) The Grecn colour ofOyster, by H. M. C. — Oct.7, 1880, XX, p. 519. (2) Overzicht van de litcratuur op de Ocster en haar culfunr betvckkinri hebbcndc. Uitggeeven door de Commissië voor het Zoologisdi Station der nederlandsche dier- kundige vereeniging. Leiden, 1881, p. 69. PROCÈS-VERBAUX DE LA SOCIÉTÉ XXIII Id., Contribution pour seroir à l'histoire de la vésicule germinative . Commu- nication préliminaire. Ibidem, XI, 1886. Héron-Royer, Note sur les amours, la ponte et le développement du Disco- glosse, suivie de quelques remarques sur la classification des Anoures Bull, de la Soc. zool. de P^rance, X, 1885. J. M. F. Bigot, Diagnoses de trois genres nouveaux de Diptères. Bull, de la Soc. entomol. de France, 13 janvier 1886. Séance du 13 avril 1886. PRÉSIDENCE DE M. IISCHEU. La séance est ouverte à huit heures. Le procès-verbal do la dernière séance est lu et adopté. M. II. Fernandez, présenté à la dernière séance, est élu membre de la So- ciété. M. le Df Jullien décrit quelques organes des Bryozoaires et établit une clas- sification nouvelle de ces animaux. M. Boulenger adresse une note sur la position de l'orifice anal chez les têtards des Batraciens d'Europe. M. Gazagnaire continue sa communication de la précédente séance sur les glandes annexes de la bouche des Coléoptères. M. Certes fait une communication sur l'emploi du bleu C2B pour l'étude du pédoncule contractile des Yorticelles. La séance est levée à dix heures. Ouvrages offerts. Oiïcrt par le ministère de l'Instruction publique : Exploration scientifique de la Tunisie. Note sur la flore de la Kroumirie cen- trale, par E. Cosson. Paris, in-S» de 33 pages. Offert par le Muséum de Bergen : Fr. Nansen, Bidrag til Myzostomernes anatonii og histologi. Bergen, in-4"de 80 pages et 9 pi., 188:>. XXIV PROCÈS-VERBAUX DE LA. SOCIÉTÉ Séance du 11 mai 1886. PRÉSIDENCE DE M. FISCHER, PRÉSIDENT. La séance est ouverte à huit heures. Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté. A l'occasion des fêles de Pâques, la Société n'a pas tenu séance le mardi 27 avril. Le Secrétaire général annonce le décès de M. Abel Mauxion, membre de la Société depuis 1879. M. Mauxion a été secrétaire pendant les années 1880- 1883 et était membre du Conseil depuis 1884. MM. Colteau et Héron-Royer présentent M. Emile Deschamps, à la Régie des tabacs, à Constantinople (Turquie). MM. de Guerne et Blanchard présentent M. Paul de Sède de Liéoux, 33, boulevard Arago, à Paris. M. Pilliet fait part de ses recherches sur le développement des os dermiques chez les Tortues et les Tatous. M. Héron-Royer présente des Bufo musiciis reçus récemment de New-York et communique les observations qu'il a pu faire sur les mœurs de ces Batraciens. M. Héron-Royer parle ensuite des différences qu'il a observées dans le déve- loppement des Discoglosses d'Algérie et d'Espagne. M. Deniker fait hommage de la note sur les sacs laryngiens des Anthro- poïdes qu'il a publiée en commun avec M. Boulart et résume ses observations à cet égard. M. le D-- Jullien communique ses observations en vue d'une monographie des Bryozoaires du genre Steginopora d'Orbigny et décrit quelques espèces nou- velles. M. J. Gazagnaire fait connaître à la Société les résultats de ses recherches sur les organes de la gustation chez les Insectes coléoptères. La famille des Dyticidœ est signalée comme possédant les organes les mieux différenciés et pouvant fournir, par leur étude anatomo-histologique, une détermination assez rationnelle du rôle physiologique. Chez les nombreux individus qu'il a observés, répartis dans 1 3 genres de la faune parisienne (1), il a toujours rencontré dans la cavité buccale, à la (1) Hyqrobia, Hydroporus, Hyphydrus, Copelatus, Agabus, Hybius, Rhcmtus, Co- lymbetes Byticus, Hydaticus, Cybister,Laccophilus, Noterus. Des espèces exotiques ont été observées. Les différenciations sexuelles, spécifiques, génériques ont une va- leur très limitée. PROCÊS-VERBAUX DE LA SOCIÉTÉ XXV face ventrale du labre et de l'épistome, deux renflements, chacun surmonté d'un petit bouton chitineux. Ces renflements et leur bouton font saillie dans la cavité buccale de chaque côté de la ligne médiane. Ces organes, mus par des muscles propres, offrent une mobilité remarquable. Sur chaque renflement, à son contour interne, il existe un groupe de poils articulés. 11 en est encore ainsi à la même région pour les boutons chitineux : on peut même dire que tout le contour interne et l'extrémité libre de ces bou- lons sont couverts de poils articulés. Le conduit chitineux dans lequel le poil se loge a la forme d'un verre de Champagne. Fr. Leydig, pour les conduits chitineux de certains poils des antennes, a représenté des formes à peu près identiques. Des glandes unicellulaires très nombreuses, à réservoir et conduit excréteur chitineux, lubrifient les poils articulés. Les conduits excréteurs affectent des dispositions remarquables dans leurs rapports avecles poils (1). Un nerf spécial pair (7ierf gustatif), branche interne du nerf du labre, donne des ramifications aux poils articulés des renflements et se termine par 5 ou 6 filets qui pénètrent dans la lumière du bouton chitineux. Le rapport des filets nerveux avec les poils articulés s'établit très certaine- ment par l'intermédiaire de cellules nerveuses. Ces organes avaient déjà été représentés chez Dylicus et Colymbetes, par J. C. Schiodte, en 1841, dans son travail classique sur la faunedu Danemark Brullé, trois ans après, en 1844, crut les avoir découverts et les signala au point de vue morphologique. Si l'auteur insiste sur ce point, c'est que l'erreur com- mise de bonne foi par Brullé est transmise consciencieusement dans le mémoire de M. J. Chatin : Morphologie comparée des pièces maxillaires, mandibulaires et labiales chez les Insectes broyeurs, 188^, mémoire qui n'est qu'une amplification du beau travail de Brullé. La valeur morphologique de ces organes est loin d'être prouvée par le mé- moire de M. J. Chatin. Leur rôle physiologique était complètement méconnu Dans la famille des Hydrophilidœ, la manière d'être de ces organes diffère Les renflements sont moins saillants, et les boutons chitineux font complètement défaut. Il y a eu fusion fort probablement, cette tendance se laissant entrevoir déjà dans la série des Dyticidœ et des Haliplidœ que l'auteur a observée De la fusion des boulons avec les renflements, il résulte que les poils gustatifs sur ces derniers sont beaucoup plus nombreux que chez les Dyticidœ Ces poils varient légèrement de forme. Chez les Gyrinidœ, il existe une disposition de forme assez semblable. Du reste, c'est cette disposition qui paraît se géné- raliser chez les Coléoptères, du moins dans le cadre des observations de a) Voir pour plus amples détails : J. Gazagnaire, Du siège de la gustation chez les Insectes coléoptères. Comptes-rendus de l'Académie des sciences, 15 mars 1886. 3 XXVI PROCÈS-VERBAUX DE LA SOCIÉTÉ M. J. Gazagnaire, bien qu'on ne doive pas perdre de vue que le labre, dans son bord antérieur, peut localiser un certain nombre de poils gustatifs, surtout chez les individus où la paroi dorsale, et par suite la paroi ventrale, est peu chitinisée, les grands poils qu'on y rencontre ne détenant, selon l'auteur, qu'une fonction tactile. Si l'on tient bien compte des rapports de ces organes, de leur structure ana- tomo-histologique et des expériences ingénieuses du professeur F. Plateau sur les autres appendices de la bouche, mandibules, mâchoires, lèvre inférieure, dont la fonction simplement tactile semble avoir été démontrée, on ne trouvera pas trop hypothétique l'idée de considérer ces ori^anes comme des organes gustatifs. En résumé, des recherches de M. J. Gazagnaire, il résulte que : 1" La gustation chez les Insectes coléoptères se fait par l'intermédiaire de poils articulés en rapport avec les nerfs (nerfs gustatifs) et lubrifiés par des glandes unicellulaires. Des muscles propres mettent en jeu l'ensemble de l'organe. 2° Le siège de la gustation doit être localisé dans la cavité buccale, sur les faces ventrales du labre et de l'épistome. 3° Enfin, sur les régions indiquées, les groupements de poils gustatifs, con- sidérés dans leur répartition comme dans leurs rapports avec les faces ven- trales du labre et de l'épistome, ont une valeur zoologique de famille. La séance est levée à dix heures et demie. Ouvrages offerts. H. Gadeau de Kerville, Causeries sur le transformisme. — ///. De V évolu- tion des animaux et des plantes. Elbeuf, in-1 2 de 60 p., 1886. Deniker et Boulart, Note sur les sacs laryngiens des Singes anthropoïdes. Journal de l'anatomie, 4 886. Offert par le Ministère de l'Instruction publique : Mission scientifique au Mexique et dans l Amérique centrale. — Recherches zoologiques. 3*^ partie. Études sur les Reptiles et les Batraciens, par Aug. Dumé- ril et Bocourt, 10" livraison. — Recherches botaniques. 2'^ partie. Graminées, par E. Fournier, S'' livraison. PROCÈS-VERBAUX DE LA SOCIÉTÉ XXVII Séance du 25 mai 1886. PRÉSIDENCE DE M. LE D"" FISCHER, PRÉSIDENT. La séance est ouverte à huit heures. Le procès-verbal de la dernière se'ance est lu et adopté. MM. Deschamps et de Sède, présentés à la dernière séance, sont élus mem- bres de la Société. MM. Saimon et J. de Guerne présentent M. Lacaze, étudiant en médecine, 4-17, boulevard Voltaire, à Paris. M. Fabre-Domergue présente à la Société, de la part de M. Maggi, les cinq brochures suivantes : 1° Saggio d'una dassificazione protistologica degli esseri fermenli. Dans ce travail, l'auteur a tâché de fixer la terminologie des divers ferments, termino- logie qui, pour les noms génériques surtout, présente une confusion extrême et bien propre à faire naîlre des erreurs. Certains ferments et, pour ne prendre qu'unjexemple, le ferment acétique, ont jusqu'à 5 noms de genre se rapportant tous à un seul nom spécifique : aceti. 2** Settimo programma d'analomia e fisiologia comparate coll' mdirizzo mor- fologico. L'auteur commence par étudier les corps simples et les lois de consti- tution du corps animal. Il passe de là à l'étude des diverses substances plasmiques, étudie les causes efficientes de l'élaboration de ces substances, leur structure, leur individualité et leur transformation en organes physiologiques. Suivent enfin les modifications graduelles de ces organes dans l'échelle animale. 3° Sulla distinzione morfologica degli organi degli animali. Considérations sur l'homologie des organes. 4° Di alcune funzioni degli esseri inferiori a contribuzione délia morfologia dei Metazoi. 5° La priorila délia Batterioterapia. M. J. Vian donne lecture d'une note de M. le Bo" d'Hamonville intitulée : Nouveautés ornithologiques. Paradisiers. M. R. Blanchard donne lecture de deux mémoires. L'un, par M. le professeur Plateau, a pour titre : Expériences sur le rôle des palpes chez les Arthropodes maxillés. — Deuxième partie : Palpes des Myriapodes et des Aranéides. L'autre, par M. le professeur R. Meniez, a pour titre : Description du Distoma ingens no», sp., et remarques sur quelques points de Vanatomie et de Vhistologie com- parées des Trématodes. La séance est levée à dix heures. XXVIII PROCÈS-VERBAUX DE LA SOCIÉTÉ Ouvrage offert. J. (le Morgan, Exploration dans la presqu'île malaise. Linguistique. Bulletin de la Société normande de géographie. Rouen, 1886. Séance du 8 juin 1886. PRÉSIDENCE DE M. LE D'' FISCHER, PRÉSIDENT, La séance est ouverte à huit heures. Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté. M. Lacaze^ présenté à la dernière séance, est élu membre de la Société. MM. Certes et Blanchard présentent M. Blavy, avoué, 4, rue Barralerie, à Montpellier (Hérault). MM. Boutan et Deniker présentent M, François, préparateur à la Faculté des sciences de Poitiers. M"*^ Bignon et; MM. Th. Barrois, Blanchard, Dautzenberg, Fischer, de Guerne, Héron-Royer, Jousseaume, Jullien et Pierson déposent une demande tendant à conférer le titre de membre correspondant à M. le D"" Alfred Dugès, consul de France à Guanajuato (Mexique), MM. Dubois et Manouvrier présentent M. Wielowieski, professeur à l'Uni- versité de Lemberg (Autriche). M. Wielowieski assiste à la séance. M. Simon dépose un mémoire sur les Arachnides recueillis en 1882-1883 dans la Patagonie méridionale par M. Lebrun. M, E. Dugès adresse une Note sur la classification desMéloïdes du Mexique. M. le D"" Jullien décrit le système nerveux de quelques Bryozoaires marins. M. Jullien parle encore d'une jeune Chèvre chez laquelle il a observé l'ab- sence congénitale de l'une des deux mamelles. M. le D"" R, Dubois présente à l'appréciation de la Société un nécessaire zoologique, construit d'après ses indications par M. Mathieu. M. Dubois rend compte de ses expériences sur l'origine et la nature de la lumière des Élatérides. MM. Wielowieski, Jousseaume, Gazagnaire et Kiinckel d'Herculais pren^ nent part à une discussion à cet égard. La séance est levée à dix heures. PROCÈS-VERBAUX DE LA SOCIÉTÉ XXIX Ouvrages offerts. Prof. P. Albrecht, Sur la non-homologie des j)oumons des Vertébrés pulmonés avec la vessie natatoire des Poissons. Paris et Bruxelles, 1886. Id., Zur Zioischenkieferfrage. Fortschritte der Medicin, III, i885. Id., Ueber die Wirbelkôrperepiphysen wul Wirbelkorpergelenke zioischen dem Epistropheus, Atlas und Occipitale der Sàugethiere. Comptes-rendus du 8û congrès médical international, 1884. Id., Anatomische Schriften des Prof. D'' Paul Albrecht. A. Railliet, Éléments de zoologie médicale et agricole. Paris, in-8° de 1 053 pages avec 705 figures, 1886. Offert par M. R. Blanchard : Bulletin de la Société d'Anthropologie de Lyon, IV, 1885. Séance du 22 juin 1886. PRÉSIDENCE DE M. LE D"" JULLIEN, VICE-PRÉSIDENT. La séance est ouverte à huit heures. Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté. M. le Président s'excuse de ne pouvoir assister à la séance. M. Ém. Deschamps adresse sa photographie pour l'album de la Société. MM. Blavy, Wielovvieski et François, présentés à la dernière séance, sont élus membres de la Société. MM. Certes et Blanchard présentent M. Louis de Fesquet, 16, rue Saint- Roch, à Montpellier; M. Etienne Mares, place Castries, à Montpellier; M. Fernand Anduze, avocat, 27, rue Maguelone, à Montpellier. MM. J. Vian et Collardeau du Heaume présentent M. Xavier Raspail, à Gouvieux (Oise). MM. Salmon et Berge présentent M. Paul Marmion, étudiant, 14, rue Gay- Lussac, à Paris. MM. R. Dubois et de Guerne présentent M. Léon Berthoud, licencié ès- sciences naturelles, pharmacien en chef des hôpitaux, 50, rue Gay-Lussac, à Paris. Conformément à l'article X des statuts et à l'article 5 du règlement, la demande déposée à la dernière séante par un certain nombre de membres et XXX. PROCÈS-VERBAUX DE LA SOCIÉTÉ tendant à conférer à M. Alfred Dugès le litre de membre correspondant, a été renvoyée à l'examen du Conseil. Le secrétaire général, chargé de faire un rapport verbal, expose les titres de M. Dugès, les services rendus par lui à la science et conclut en émettant un avis favorable. La Société consultée élit M. Dugès membre correspondant. M. C. Schlumberger fait une conimunication sur les Foraminifères du genre Adelosiria. M. J. Gazagnaire signale une méprise importante de la part d'un observa- teur consciencieux, M. H. Viallanes. Il démontre que le prétendu « nouveau type de tissu élastique », signalé par M. H. Viallanes dans les Comptes-rendus 1881 et dans les Annales des Scien- ces naturelles 1885, doit être rayé du cadre histologique. Ce tissu trouvé dans le tube caudal stigmatifère de la larve d'Eristalis, ne saurait être comparé, comme le fait M. H. Viallanes, au tissu élastique des Vertébrés, pour la rai- son toute simple que les prétendues « cellules élastiques » de M. H. Viallanes ne sont et ne peuvent être que des glandes unicellulaires, de même nature que celles qui sont connues dans la science depuis 1 8i6. M. le D"" Jousseaume fait part d'observations nouvelles sur les Limicolaria du Haut-Sénégal, d'après des exemplaires recueillis par M. le D"" Colin. M. le D"" Jullien [fait une communication sur des Bryozoaires fossiles de la craie de Meudon appartenant à la famille des Stéginoporidés. La séance est levée à dix heures. Ouvrage offert. Offert par M. H. Pierson : H. Frey, Précis d'histologie, Paris, in-18 de 384 p., 1878. Séance du 13 juillet 1886. PRÉSIDENCE DE M. LE D»" JULLIEN, VICE-PRÉSIDENT. La séance" est ouverte à huit heures. Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté. M. le Président s'excuse de ne pouvoir assister à la séance. MM. de Fesquet, Mares, Anduze, Raspail, Marmion et Berthoud, présentés à la dernière séance, sont élus membres de la Société. PROCÈS -VERBAUX DE LA SOCIÉTÉ XXXI M. Deniker, on offrant à la Société son ouvrage sur l'anatomie et l'embryo- logie des Singes anthropoïdes, expose brièvement les résultats de ses recher- ches qui s'y trouvent consignés. Ces recherches se rapportent principalement au développement des Anthropoïdes, dont l'étude a été négligée jusqu'à ces derniers temps. Un des faits intéressants signalés par l'auteur est que, dès la deuxième moitié de la vie fœtale, les caractères distinctifs du Gorille sont déjà nettement dessinés, mais le développement des différentes parties du corps Suit à peu près la même marche que chez l'Homme jusqu'au moment de l'ap- parition des premières molaires de lait. Ce n'est qu'à partir de celle époque que les divergences commencent et ne font que s'accentuer avec l'âge. M. J. Vian lit une notice sur les espèces asiatiques du genre Pouillot [Phyl- lopseuste) capturées dans l'île d'Helgoland. M. le D'' Sauvage adresse une note sur la nourriture de la Sardine. M. le D"" R. Blanchard fait une communication sur le Txnia nana et sur une nouvelle anomalie des Cestodes. La séance est levée à neuf heures et demie. Ouvrages offerts. ,1. deJIorgan, Géologie de laBohêîne. Paris, in-8o de 167 p., -1882. Id., Map of the Perak valletj, july 4 885. Deux feuilles in-folio. De Sélys-Longchamps, Rcvision du synopsis des Ayrionines. — i''» partie : Pseudostigma, Podagrion, Platycnemis et Prolonevra. Mémoires couronnés de l'Académie de Belgique, 1886. J. Deniker, Recherches anatomiques et embryologiques sur tes Singes anthro- poïdes. Thèse de la Faculté des sciences de Paris, 1 886. X. Raspail, Histoire naturelle des Merles. Paris, in-S" do 48 p., 1878. Id. Monographie du Rossignol. Paris, in-8o de 17 p., 1879. G. Tirant, Les bois odoriférants de la Cochinchine. Bulletin de la Société des éludes indo-chinoises de Saigon, 1885. Offert par le Ministère de l'Instruction publique : Mission scientifique au Mexique et dans l'Amérique centrale. Recherches zoo- logiques. — 7^ partie. Etudes sur les Mollusques terrestres et fluviatiles, par P. Fischer et H. Crosse, 9'^ livraison. Exploration scientifique de la Tunisie. Émimération des Hémiptères.,, suivie de la description des espèces nouvelles, par A. Puton. Paris, 1886. XXXII PROCÈS-VERBAUX DE LA SOCIÉTÉ Séance du 27 juillet 1886. PRÉSIDENCE DE M. LE D"" JULLIEN, VICE-PRÉSIDENT. La séance est ouverte à huit heures. Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté. M. H. Fernandez, élu membre de la Société à l'une des précédentes séances, remercie de son admission. M. l'Archivisle-bibliothécaire annonce qu'il vient de terminer le catalogue sur fiches des périodiques français et des livres et brochures non périodiques. Il espère que le catalogue des périodiques étrangers sera dressé complètement pour la rentrée. M. G. A. Boulenger adresse une note sur les Grenouilles rousses d'Asie. M. Héron-Royer fait une communication sur la transmission héréditaire de l'albinisme chez les Batraciens anoures. M. le D"" Jousseaume fait une communication sur des Mollusques des genres Proserpinella et Guesteria, reçus récemment de M. Cousin. La séance est levée à dix heures. Ouvrage offert Héron-Royer, Notices sur les mœurs des Batraciens, 2' fascicule. Bulletin de la Soc. d'études scientifiques d'Angers, 1885. Séance du 12 octobre 1886. présidence DE M. LE D'" FISCHER, PRÉSIDENT. La séance est ouverte à huit heures. Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté. M. le D"" Alf. Dugès adresse le dessin en couleur d'un Lépidoptère nouvean du Mexique. Ce Papillon appartient au genre Ophideres, mais constitue une espèce nouvelle, que M. Dugès dédie à M. le D'' Raphaël Blanchard, Secrétaire géné- ral de la Société, et dénomme Ophideres Raphaïi. Une courte description accompagne l'envoi du dessin. MM. A. Certes et H. Fernandez adressent leur photographie pour l'album de la Société. PROCÈS-VERBAUX DE LA SOCIÉTÉ XXXIII M. le Dr Jousseaume transmet une lettre par laquelle la Société linnéenne de la Charente-Inférieure, à Royan, demande à être inscrite au nombre des membres de la Société. MM. Th, Barrois, R. Blanchard et G. Ferré présentent M. le D^ B. Nabias, professeur-agrégé d'histoire naturelle à la Faculté de médecine de Bordeaux. MM. Jullien et R, Blanchard présentent M. Prosper Thélohan, étudiant en médecine, à Redon (Ille-et-Vilaine) ; M. J.-F. Heymans, docteur en sciences et en médecine, 29, rue des Récol- lets, à Louvain (Belgique). M. Bigot adresse un mémoire sur des Diptères nouveaux ou peu connus. M. Héron-Royer fait une communication sur les Grenouilles rousses d'Eu- rope. M. le Dr Jousseaume fait connaître à la Société les observations faites à Quito (Equateur) par M. A. Cousin sur lo Borus Garcia Moreni Miller. M. le D"" J. Jullien fait une communication sur certains Bryozoaires de Roscoff et de Concarneau, et fait remarquer notamment que l'Amathia semic onvolula Joliet n'est pas autre chose que la Bowerbankia cUrina Hinks. La séance est levée à dix heures. Ouvrages offkrts. Th. Barrois, Les glandes du pied et les pores aquifères chez les Lamellibran- ches. Un vol. in-4°, Lille, 1885. J. Bolivar, Artrôpodos del viaje al Pacifico verificado de 1862 à 1865 por una comision de naturalistas enviada por el gobierno espanol. — Insectos neurô- pteros y ortôpleros. Madrid, in-4° de M 4 p. et 3 pi., 1884. Ant. del Caslillo y Mar. Barcena, Antropologia mexicana. El hombre del Penon. Noticia sobre el hallazgo de un hombre prehislôrico en el valle de Mexico. Mexico, in-8° de 20 p. et .3 pi., 1885. H. Gadeau de Kerville, Évolution el biologie des Bagous binodulus Herbst et Galerucella nymphose L. Annales de la Soc. entomol. de France, 23 sept. 1885. Id., Noie sur Valbinisme imparfait unilatéral chez les Lépidoptères. Ibidem, 9 déc. 1885. Id., Les Myriapodes de la Normandie ("2* liste) suivie de diagnoses d'espèces et de variétés nouvelles (de France, Algérie et Tunisie) par le D^ Robert Latzel. Bull, de la Soc. des amis des se. nat. de Rouen, 2" semestre 1 885. XXXIV PROCÈS-VERBAUX DE LA SOCIÉTÉ Id., La Société des amis des sciences naturelles de Rouen en 1885. Compte- rendu annuel. Ibidem. Id Noie sur un hybride bigénère de Pigeon domestique et de Tourterelle a collier, suivie de la récapitulation des hybrides uni- et bigénères observes jus- qu'alors dans l'ordre des Pigeons. Ibidem. Id., Compte-rendu de la 2i« réunion des délégués des Sociétés savantes a la Sorbonne. 1886 {Sciences naturelles). Ibidem, l"-- sem. 1886. Id La faune de Vesluaire de la Seine. Annuaire normand, -1 886. Anton Fritsch, Naturgeschicte der Vôgel Europas. Prag, in-8° de 506 p., /1853-1870. ., ^ ^^^, Id Les Oiseaux de l'Europe. Allas in-4" de 61 pi. coloriées. Prague, 1 871 . Id.^ Cephalopoden der bohmischen Kreideformation. Prague, m-4^ de 51 p. et16pl., 1872. . Id., Die Reptilien und Fische der bohmischen Kreideformation . Prague, in-4 de 46 p. et 10 pi. ,1878. U.,Fauna der Gaskohle und der Kalksteine der Permformation Bohmens. 1er vol. in-4° de 182 p. et 48 pi. en couleur ; Prague, 1879-1884.— 2e vol. en 2 parties; in-4° de 64 p. et 22 pi. en couleur; Prague, 1885. J. V. Barboza du Bocage, Replis e Amphibios de S. Thomé. Jornal de scien- cias mathem., phys. e naturaes, n" XLII, 1886. Id., Reptiles et Batraciens nouveaux de l'île de St Thomé. Ibidem. Id.', Note additionnelle sur les Reptiles de S« Thomé. Ibidem. Gh.' van Bambeke, Des déformations artificielles du noyau. Archives de bio- logie, VII, 1886. Offert par l'éditeur : Ern. Bellecroix, Guide pratique du garde-chasse. Paris, Firmin-Didol, in-18 de 324 p., 1886. Offert par M. R. Blanchard : Viaiid-Grand-Marais, De la léthalité de la morsure des Vipères indigènes. Association française pour l'avancement des sciences, 1875. Séance du 26 octobre 1886. PRÉSIDENCE DE M. LE D^" P. FISCHER, PRÉSIDENT. La séance est ouverte à huit heures et demie. Le procès-verbal de la der- nière séance est lu et adopté. M. le D^ J. de Bedriaga fait hommage à la Société de son ouvrage sur La PROCÈS-VERBAUX DE LA SOCIÉTÉ XXXV famille des Lacertiens et expose quelques considérations sur la division des genres et la distribution géographique. MM. Thélohan, Nabias et Heymans, présentés à la dernière séance, sont élus membres de la Société. La Société linnéenne de la Charente-Inférieure est éga- lement élue. M. Héron-Royer fait une communication sur le chant de la Salamandra atra. M. J. Gazagnaire dit que le chant de la Salamandra maailosa est bien connu des paysans du Cher; lui-même l'a entendu. M. de Bedriaga a entendu parler, à Lucerne, du chant de la Salamandre noire; lien a vu un exemplaire qu'un enfant avait trouvé sur le Pilate, guidé _par son chant. M. le D"" J. Deniker rend compte de ses observations sur les Anthropoïdes du Brilish Muséum. M. Pilliet communique les observations qu'il a faites avec M. R. Boulart sur la structure de l'estomac de l'Hippopotame, du Paresseux, du Dauphin et du Kanguroo. • La séance est levée à dix heures. Ouvrage offert. D"" J. de Bedriaga, Beitràge zur Kenntniss der Lacer Uden-Familie (Lacerta, Algiroides, Tropidosaura, Zerzumia und Bettaia). Abhandlungen der Sencken- berg. naturf. Gesellschaft, XIV, 1886. Séance du 9 novembre 1886. PRÉSIDENCE DE M. LE D'' P. FISCHER, PRÉSIDENT. La séance est ouverte à huit heures. Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté. M. Dautzenberg fait hommage à la Société de trois notes relatives à des coquilles. M. le D"" Th. Barrois adresse une note sur le Palxmoneles varians. Ce tra- vail est accompagné d'une planche dont M. Barrois prend à sa charge la litho- graphie et le tirage. XXXVI PROCÈS-VERBAUX DE LA SOCIÉTÉ M. le D"" Jousseaume fait une communication sur des Mollusques envoyés de l'Equateur par M. Cousin. Il décrit un certain nombre d'espèces nouvelles. M. le D"" R. Dubois dit avoir fait des observations et des expériences qui lui démontrent que l'œuf du Lampyre est lumineux par toute sa substance et non à la surface, comme le pense M. de Wielowyeski. M. le D"" Fischer a étudié huit exemplaires d'une Coronule qui vit en para- site sur la Chelonia imbricata et'se loge au-dessous des écailles des membres. Ce sont des animaux larges de 6 à 8 millimètres environ et gros comme un pois ; ils forment un genre nouveau que M. Fischer appelle Siephanolepas . La Chelonée sur laquelle ils ont été trouvés provenait de Poulo-Condor. M. le D"" R. Rlanchard fait une communication sur certaines tumeurs épider- miques observées sur la queue d'un Lézard vert. Ces tumeurs, de taille considé- rable, étaient causées par un Champignon dont le mycélium rabougri se déve- loppait dans les parties les plus profondes de l'épiderme, au contact même du derme et produisait des spores qui se retrouvaient en quantité innombrable entre les lamelles épidermiques hypertrophiées. Le développement de ces spores a pu être suivi et le Champignon a été étudié à toutes l'es phases de son évolution au moyen de cultures sur gélatine peptonisée. M. le D"" J. Deniker communique la nouvelle annoncée dans la séance du 13 septembre de la Société de géographie à Saint-Pétersbourg, relative à une décou-verle de Uammonlh [Elephas jjrimigenius) sur les bords de l'Océan gla- cial. On se rappelle qu'en 1884, le Dt" Rounge, un des membres de la mission russe à la station circumpolaire de l'embouchure de la Lena, avait annoncé l'existence de restes d'un Mammouth dans le delta de ce grand fleuve. Celte nouvelle fit le tour de la presse sans qu'on ait eu longtemps de renseignements précis sur le sujet. Aujourd'hui, nous savons d'après le compte-rendu de la mission russe (1), que, malgré toutes les recherches, M. Rounge n'a pu trouver que quelques os brisés et le contenu de l'estomac du Proboscidien quaternaire : les Yak'outes ont mangé le lard, la marée et les bêtes fauves s'étant chargé du reste. Inutile d'ajouter que tout ce qui a été trouvé par M. Rounge fut soi- gneusement conservé et remis à son retourau musée de l'Académie des sciences de Saint-Pétersbourg; on ne tardera pas certainement de faire bientôt l'élude de ces restes précieux. Depuis, le même D'' Rounge fut nommé, en 1885, chef d'une nouvelle expédition arctique, organisée par le gouvernement russe et ayant pour but d'explorer l'extrémité nord de la Sibérie orienlale, entre les fleuves Yana et Indighirka. Or, c'est un des membres de cette expédition, le naturaliste baron Toll, qui a réussi à trouver récemment un autre Mammouth (1) « Isvestia » de la Société russe de géographie, XXI, 1885. PROCÈS-VERBAUX DE LA SOCIÉTÉ XXXVII « in situ » sur les bords d'un des affluents du fleuve Tchendon, tributaire de la Mer glaciale, à une centaine de kilomètres à l'est du village Kasaichié, sur la Yana. 11 est parti au commencement de l'année courante avec une corvée d'hommes pour procédera l'extraction du gigantesque animal. Malheureusement, une lettre de M. le D'" Bounge, datée du 26 février et reçue par la Société de géographie d'Irkoutsken août, dit que M. Toll a trouvé l'animal bien en place mais sans les parties molles; néanmoins il espère recueil- lir plusieurs données intéressantes relativement à la conservation des animaux fossiles dans le sol gelé de la Sibérie (1). La séance est levée à dix heures. Ouvrages offerts. G. Hartlaub, Description de trois nouvelles espèces cVOiseaux rapportées des environs du lac Tanganyka (Afrique centrale) par le capitaine Em. Slorjus. Bulletindu Musée royal d'hist. nat. de Belgique, IV, iSSG. A. -P. Ninni, Sul l'roteo anguineo. Atti del 11. Istiluto veneto, (6), IV, 1886. Id., Sui iempinei quali gli Anfibi anuri del Veneto entrano in amore. Ibidem. Id., Note sull' erpetologia del Veneto. Atti délia Soc. ital. dl se. nat., XXIX, 18S6. E. Faurot, Voyage au golfe de Tadjoura (Obock, Tadjoura, Goubbet-Kha' rab). Revue de l'Afrique française, 4 886. A. Pilliet et R. Boulart, Sur l'estomac de V Hippopotame, du Kanguroo de Bennett et du Paresseux ai. Journal de l'anatomie, 1 886. A. Pilliet, Structure des glandes œsophagiennes chez VOctopus vulgaire. Ibidem. Ph. Dautzenberg, Note sur fAddisonia lateralis Requien. Journal de con- chyoliologie, 1886. là.. Nouvelle liste de coquilles de Cannes. Feuille des jeunes naturalistes, 1886. G. Dollfus et Ph. Dautzenberg, Élude préliminaire des coquilles fossiles des falîins de la Touraine. Ibidem. Séance du 23 novembre 1886. PRÉSIDENCE DE M. LE D'' P. FISCHER, PRÉSIDENT, La séance est ouverte à huit heures. Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté. (1) Revue orienlale, n° 33, 1886 (en russe). XXXVIII PROCÈS-VERBAUX DE LA SOCIÉTÉ M, le professeur Nabias, élu membre de la Société à l'une des précédentes séances, remercie de son admission et adresse sa photographie. MM. Blanchard et Crié présentent M. Louis Lecourl, étudiant en médecine, 52, rueMonge, à Paris; M. Emile Émery, étudiant en médecine, 22, rue de l'Odéon, à Paris, M. J. Perravex, de Dijon, fait connaître à la Société le décès de son fils, membre de la Société depuis 1884. M. le Président annonce en ces termes la mort de M. Paul Bert : « Vous avez tous appris la mort si regrettable de notre éminent collègue, M. Paul Bert. La Société Zoologique lui avait décerné le titre de Membre hono- raire et cette rare distinction était justifiée non seulement par l'éclatant mérite du savant dont nous déplorons la perte prématurée, mais aussi par les témoignages sympathiques qu'il avait donnés à notre Société dans des temps difficiles. « Je ne puis malheureusement apprécier ici les nombreux travaux physiolo- giques de Paul Bert et j'espère que cette lâche sera remplie dignement par un de nos collègues naturellement désigné par son titre d'élève et d'ami. Mais vous n'oublierez pas que Bert avait toutes les qualités d'un excellent natura- liste et que plusieurs de ses publications sont consacrées à la zoologie des- criptive et à la répartition géographique des animaux. J'ai pensé n'être que le fidèle interprète des sentiments qui vous animent tous, en adressant à la mé- moire de notre cher confrère l'expression de nos regrets les plus vifs. » M. Cotteau fait une communication sur des Échinides nouveaux ou peu connus. La séance est levée à neuf heures et demie. Ouvrages offerts. Th. Barrois, Rôle des Insectes dans la fécondation des végétaux. Thèse d'agrégation. Paris, -1886. Lescuyer, Les étangs de Baudonvilliers. Modificaiion de la flore et de la faune selon que les étangs sont en eau ou à sec. Rôle des Hirondelles. Bulletin de l'Assoc.scientif. de France, (2), XIV, p. 17, 1886. P. Albrecht, « Herr Paul Albrecht zum Ictzten Maie. » Anticort auf den gleichnamigen Aufsatz des Herrn Geheimrathes Prof. D^vonKôlliker. Sitzungs- ber. der Wiirzburger pliys.- med. Gesellschaft, 1886. Id., Ueber denmorphologischen Sitz der Hasenscharten-Kieferspalte. 'Bio\og. Centralblatt, VI, no3, 1886. PROCÈS-VERBAUX DE LA SOCIÉTÉ XXXIX Id,, Uebe7' die morphologische Bedeutung der Penischisis, Epi- und Hypospa- die des Menschen. Ibidem, no 7. Id., Zur Diskussionder die Hasenschavien und schràgen GesichtspaUen betref- fenden Voriràge der Herrn Biondi und Morian. Centralblalt fur Chirurgie, no 24, Beilage, 1886. Id. , Ueber den morphologischen Werth ûberzàhliger Finger und Ze/je». Ibidem. Id., Ueber die morphologische Bedeutung von Penischisis, Epi- und Hypo- spadie. Ibidem. Id., Ueber eine in zwei Zipfel auslaufcnde rechtsseilige Vorderflosse bei einem Exemplare von Protoplerus annectens Ow. Sitzungsber. der k. preuss. Akad. derWiss. zu Berlin, n» 32, 1886. J. G. de Man, Anatomische Untersuchungen iiber freilebende Nordsee-Nema- toden. Leipzig, in-folio de 82 p. et 13 pi., 1886. Séance du 14 décembre 1886. PRÉSIDENCE DE M. VIAN, DOYEN d'aGE. La séance est ouverte à huit heures. Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté. M. le D"" Fischer, président, s'excuse de ne pouvoir assister à la séance. MM. Lecourt et Emery, présentés à la dernière séance, sont élus membres de la Société. MM. Fabre-Domergue et Chabry présentent M. Henri Viallanes, Docteur en médecine, Docteur ès-sciences, 9, rue du Val-de-Griice, à Paris. MM. L. Joubin et R. Blanchard présentent M. Henri Dominici, licencié ès- sciences naturelles, 4, rue Castiglione, à Paris. M. le Dr L. Joubin adresse une note sur l'anatomie des Brachiopodes arti- culés. M. le professeur Railliet, d'Alfort, adresse une note sur une espèce nouvelle d'Acarien parasite des Oiseaux de basse-cour. M. le Prof. V. Lemoine, de Reims, offre à la Société un certain nombre de brochures et insiste sur la description du squelette du Simœdosaure. M. le D'" J. Jullien fait une communication sur le développement des jonc- turies chez les Brvozoaires. XLII PROCÈS-VERBAUX DE LA SOCIÉTÉ Mâle. — Yeux ronds et noirs. Antennes semblables à celles de M. versicu- lakis. Quatrième article de la première paire de pattes thoraciques prolongé en pointe aiguë atteignant aux deux tiers de la longueur de l'article suivant; bord inférieur légèrement dentelé ; cinquième article beaucoup moins large que le quatrième; bord inférieur garni, à partir de la griffe, d'une grosse dent obtuse, suivie de trois petites ; griffe aussi longue que le bord inférieur du cinquième article, et se croisant avec le prolongement du quatrième. Deuxième paire de pattes plus faible que la première ; premier article long et large; bord antérieur ondulé, finement dentelé, et débordant fortement sur le second ; cinquième article quadrangulaire, aussi long et aussi large que le quatrième; bord antérieur armé d'une dent aiguë à sa partie inférieure ; griffe un peu plus longue que le bord antérieur. Pattes suivantes, telson et uropodes semblables aux parties correspondantes de M. versiculatus. Femelle. — Ressemble beaucoup aux autres femelles de Microdeulopus ; on peut cependant la reconnaître avec un peu d'attention, car on retrouve chez elle, bien que beaucoup moins accentué que chez le mâle, le caractère du premier article de la seconde paire de pattes thoraciques, qui déborde forte- ment sur le bord supérieur du second. Couleur jaune avec des bandes transversales brunes. Longueur 4 mill. Dragué dans le N.-E. de Basse-Kikerie, par 18 met., Vase molle, gr. M. J. de Guerne communique ensuite la note suivante : Sur quelques Amphipodes marins du nord de la France, Par Jules de Guerne. Les Amphipodes du littoral des départements du Nord et du Pas-de-Calais sont encore peu connus. Sans m'être livré spécialement à la recherche de ces Crustacés, j'ai pu cependant, à diverses reprises, en recueillir un certain nombre aux environs de Boulogne et dans la rade de Dunkerque. Vu l'insuffi- sance des données actuelles sur la distribution géographique de ces animaux le long des côtes septentrionales de France, je crois utile de publier dès aujour- d'hui, bien qu'elle soit fort courte, la liste des espèces qu'on y a rencontrées jusqu'ici. Plusieurs sont nouvelles pour la faune française. La plupart de mes spécimens ont été examinés par M. Chevreux. D'un autre côté, le D"" Théodore Barrois, Professeur agrégé à la Faculté de médecine de Lille, a bien voulu revoir ceux que j'avais récoltés en compagnie de mon excellent collègue le D"" Sauvage, directeur de la Station aquicole de Boulogne, et qui font partie de la collection de cet établissement. Depuis mon dernier séjour à Boulogne, en 1883, le D"" Sauvage a pu faire quelques nouvelles recherches, notamment sur les bouées. Grâce à l'obligeance du D' Th. Barrois, je puis PROCÈS-VERBAUX DE LA SOCIÉTÉ XLIII également donner ici le nom des espèces qui y ont été trouvées. Enfin, le même zoologiste, ayant en cours de publication un travail sur les Orcheslia du Pas-de-Calais, m'a envoyé avec un empressement dont je ne saurais trop le le remercier, le nom de plusieurs formes qu'il a observées au cours de ses études sur les Orcheslia (1). Amaihilla Sabinei Leach. Dragué dans le port en eau profonde de Boulogne, 6 à 10 mètres. Commun à la côte, Amphithoe podoceroides Rathke. La Roche Bernard à Boulogne (2). — - rubricata Mont, avec le précédent, plus commun. Aora gracilis Sp. Bâte. Dunkerque, dragué par 20 à 30 mètres de profondeur, sur le banc d'Huîtres du Dyck et entre celui-ci et le Snou\v,la Roche Bernard. Atylus Swammerdami M.-Edw. Dunkerque, dragué par 20 mètres de pro- fondeur, entre les feux flottants du Dyck et du Snouvv; commun. Bathyporeia pelagica Sp. Bâte. Wimereux. Calliopius lœviusculus Krôy. La Roche Bernard (3). Caprella sequilibra Sp. Bâte. La Roche Bernard, sur les Hydraires. — linearis Lin. Dunkerque, dragué par 20 à 30 mètres de profondeur sur le banc d'huîtres du Dyck; la Roche Bernard. Corophium grossipes Lin. Wimereux, bassin de l'ancien port. Dexamine spinosa Mont. Commun partout à la côte dans les Algues. Dryope crenatipalmata Sp. Bâte. Dunkerque, dragué par 20 à 30 mètres de profondeur sur le banc d'Huîtres du Dyck (4). Gammarus locusta Lin. Commun sur le sable, à la limite des hautes mers. — mariniis Leach. Avec le précédent. Hyperia galba Mont. Dunkerque, Boulogne, Groffliers, dans les Rhizostoraes. Janassa variegata Leach. Rade de Dunkerque, sur le Hillsbank; bouées du port de Boulogne (D"" Sauvage), voir plus loin la note relative au Podocerus falcatiis. (1) Ce travail, actuellement sous presse et qui paraîtra dans les premiers jours de janvier 1887, est intitulé : Note sur quelques points de la morphologie des Orches- ties, suivie d'une liste succincte des Amphipodes du Boulonnais (Lille, irap. Danel). (2) C'est la forme verte dont parle M. Yves Delage (Catal. des Crust. obs. à Ros- cofT, Arch, zool. exp., vol. IX, 1881). M. Chevreux l'a signalée sous le n" 26, Amphitoe sp. (Assoc. fr. av. se. Congr. Blois 1884, page 314), comme très abon- dante au Croisic. (3) Espèce signalée pour la première fois, en France, par le D"' Th. Barrois. C'est une forme arctique et boréale qui n'a pas encore été trouvée, à ma connaissance, aussi loin dans le Sud. M. Chevreux a recueilli au Croisic Calliopius norvégiens Rathke, espèce très voisine de C, lœviusculus et qui n'est peut-être qu'une variété méridionale de celle-ci. (4) Espèce peu connue dans la mer du Nord où elle a été signalée pour la pre- mière fois en 1875 par Metzger. fZoolog. Ergebn. der Nordseefahrt Jahresber. d. Commis, z. wiss. Unters. d. deutsch. Meere 2' et 3' année). XLIV PROCÈS-VERBAUX DE LA SOCIÉTÉ Lysianassa Costie M.-Edvv. Assez commun sur les cotes du Boulonnais. Melita jjalmata Mont. Baie d'Aulhie, Grollliers (Dr Barrois). — obtusata Mont. Dunkerque, espèce répandue dans toute la rade; Hills- bank, banc d'Huîtres du Dyck, fonds de 20 met. entre le Dyck et le Snouw. Metopa Alderi Sp. Bâte, La Roche Bernard, rare (1). — longimana Bœck. Rade de Dunkerque sur le Hillsbank (2). Orchesiia Deshayesi Aud. Baie d'Authie, Grofïliers (D^ Barrois) (3). — litloren Mont. Commun sur toutes les plages de sable. Podoceropsis rimapalmata Sp. Bâte. Rade de Dunkerque, Hillsbank. — excavata Sp. Bâte. Rade de Dunkerque, dragué par 20 mètres de profondeur, entre les feux flottants du Dyck et du Snouw, rare (4). Podocerus falcaias Mont. Dunkerque, Bouées de la rade; Boulogne, bouées du port (D'" Sauvage) (5). Prolo ventricosa Millier, Dunkerque, Hillsbank; la Roche Bernard. Sunamphithoe haniulus Sp. Bâte. La Roche Bernard, assez rare. Talitrus locusta Lat. Commun partout. Urollioe marinus Sp. Bâte, Ambleteuse, dans le sable. La liste qui précède, malgré son insuffisance, démontre cependant deux choses : 1° Que la recherche sérieuse des Amphipodes sur les côtes septentrionales de France sera certainement couronnée de succès. 2" Que la faune de ces Crustacés, en ces parages, malgré le petit nombre d'espèces actuellement connues, accuse d'une manière très nette un caractère boréal. Il est procédé au dépouillement du vote pour la nomination du Bureau et des membres du Conseil pour l'année 1 887. (1) Espèce signalée pour la première fois, en France, par le D' Th. Barrois; forme boréale. (2) Espèce nouvelle pour la faune française -. n'est pas signalée dans la mer du Nord par Metzger. (3) Espèce signalée pour la première fois sur les côtes françaises de la Manche par le D''Th. Barrois. M. Chevreux m'informe qu'il a trouvé Orcliestia Deshayesi au Croisic, mais toujours en petit nombre. (4) Espèce nouvelle pour la faune française ; forme boréale. (5) Dans mon travail sur la topographie zoologique de la Rade de Dunkerque f Revue scient., 14 mars 1887, page 327), j'ai donné des détails sur les colonies innombrables de Podocères qui couvrent les bouées. Ces animaux y sont désignés sous le nom de P. pulchellux Leach. C'est une des nombreuses formes qui doivent, d'après Nebeskî (Beitr. zur Kennt. Amphip. der Adria, Arbeit. zool. Inst, Wien, tome III, 1880), être confondus sous le nom de P. fakatas; d'après le même auteur, Janassa variegata, cité plus haut, et pris par Bœck fSkand, og Ark. Amphip.) comme type du genre nouveau Janassa, serait la femelle adulte de cette espèce. PROCÈS-VERBAUX DE LA SOCIÉTÉ XLV Le scrutin donne les résultats suivants, sur 88 votants : Président MM. A. Certes par 8G voix. ,. „ , .j , ( J. Jullien — 87 — Vice-Presidents l ^ ^ ( G. Cotteau — 86 — Secrétaire général R. Blanchard. .. . — 87 — / M"" Bignon — 83 — Secrétaires ] J. Gazagnaire ... — 88 — ( L. Manouvrier. . . — 88 — Trésorier Héron-Royer. ... — 88 — Archiviste -bibliothécaire H. Pierson — 88 — J. Kiinckel — 88 — De Guernc — 87 — Membres du Conseil { „ , „ „ Hyades — 80 — G. Schkimberger . — 85 — Par suite du passage de M. G. Cotteau à la vice-présidence, une vacance s'est produite parmi les membres du Conseil. M. E. Oustalet est élu par 17 voix sur 17 votants. La séance est levée à dix heures. Ouvrages offerts. P.-J. Danysz, Contributions à l'élude de la multiplication des Euglénes. Compte-rendu de la Société de Biologie, 1886. Id., Un nouveau Péridinien et son évolution. Ibidem. Offert par IM. Danysz : Notice sur la station zoologique d'Arcachon. (Société scientifique dWrcachon), 1886. ERRATA Page 300, lignes 4 et 3 en remontant, lire : ... au-delà delà vulve, f; en arrière, ils s'arrêtent au niveau du ÇiT crochet. Pages 336, 337 et 338, en tête du tableau, lire : Distribution des espèces, au lieu de Description des espèces. Page 597, ligne 15, lire : « Tubercule métatarsien interne assez fort, ovale, mousse, comme chez Rana agilis; un petit tubercule métatarsien externe, » au heu de « Tubercule métatarsien externe. » ESPECES ET GENRES NOUVEAUX DÉCRITS DANS LE BULLETIN DE 1886 PROTOZAIRES Pages, Orbulina nitida 0. et E. Terquem 330 Lagena semi-ornata Terq 330 L. costifera Terq 330 L. ornata Terq 331 Frondicularia affiyxis Terq 331 Rotalina horealis Terq 332 Truncatulina glohulosa Terq 333 Anomalina irregularis Terq 333 Bulimina doliolum Terq 333 Polymorphina racemosa Terq 333 P. inflata Terq 335 Quinqueloculina implexa Terq 335 Gymnospora R. Moniez, n. g 587 G. nigra R. Mon 587 ÉCHINODERMES Coraster G. Gotteau, n. g 708 C. Vilanovse G. Gott 709 Ornithaster G. Gott., n. g 710 0. Evaristei G. Gott 711 Brissopneustes G. Gott., n. g 712 B. Vilanovx G. Gott 713 Microsoma G. Gott., n. g 715 M. Croizieri G. Gott 716 Salenia Janeti G. Gott 716 Cœlopleurus Rousseli G. Gott 718 Ghjphoci/phus ataxensis G. Gott 725 TRÉMATODES Distoma ingens R. Moniez. 531 XLVIII ESPÈCES ET GENRES NOUVEAUX NÉMATOUES Pages. Ankylostoma Box R. Blanchard 295 Rktularia Bovieri R. Bl 297 BRYOZOAIRES Costula J. Jullien, n. g 604 Mumiella J. Jull. , n. g 605 Barroisina J. Jull. , n. g 605 Reginella J. Jull. , n. g 605 Lyrula J. Jull,, n. g 606 Becurtaria J. Jull., n. g 606 Collarina J. Jull-, n. g 607 Puellina J. Jull., n. g 607 Jolietina J. Jull., n. g 608 Figularia J. Jull., n. g 608 Murinopsia J. Jull. ,n. g 608 Ubaghsia J, Jull., n. g . . . 610 U. arcifera J. Jull 618 Thoracophora J. Jull., n. g 610 Colletosia J. Jull., n. g . . 610 Scorpiodina J. Jull., n. g 611 Steginopora ineudonensis J. Jull 614 St. ocellata J. Jull 614 St. de Morgani J . Jull 615 MOLLUSQUES Limicolaria Bellamgi F. Jousseaume 475 L. Hyadesi Jouss 477 Bellamya Jouss., n. g 478 B. bellamya Jouss 479 Reneus Jous., n. g 481 R. reneus Jouss » 482 R. Faidherbei Jouss 483 R. fouladougouensis Jouss 485 Pharaonia Bellamyi Jouss 486 Mutelina complanata Jouss 489 Spatha Bellamyi Jouss 491 Sp. Renei Jouss 492 Sp. Rochebrunei Jouss 494 ESPÈCES ET GENRES NOUVEAUX DÉCRITS XLIX Pages. Sp. Mahillei Jouss 495 Sp. tristis Jouss 497 Spathella Adansoni Jouss 498 CRUSTACÉS Centropages Grimaldii J. de Guerne 276 Ptiloclieirus tricristatus Ed. Cbevreux xl Microptopus longimayms Ed. Ghev XLI Microdactopus armatus Ed. Ghev XLi ARACHNIDES Thiratoscirtus Eug. Simon, n. g 559 Th. patagonicus E. Sim 560 Th. niveimanus E. Sim 561 Lycosa nigricans E. Sim 563 L. patagonica E. Sim 563 Peirichus E. Sim., n. g 564 P. marmoratus E. Sim 565 Storena Lehrunei E. Sim 566 Microctenus ravidus E. Sim 567 Trachelas sericeus E. Sim 568 Tr. cingulïpes E. Sim 569 Philisca obscura E. Sim 569 Gayoma trîdcntata E. Sim 570 Tomopisthes Lehrunei E. Sim 570 T. tasniatus E. Sim 571 Aporoptychus E. Sim., n. g 572 A . austraJis E. Sim 572 Stenoterommata Goiinellei E. Sim 573 St. guttulatum E. Sim 573 St. segne E. Sim 574 Mitrura E. Sim., n. g 574 M. caudicula E. Sim 575 Damon australis E. Sim 575 BATRACIENS Eana Camerani JBoulenger 597 R. amurensis Boul 598 R. Martensi Boul 599 TABLE DES MATIERES PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE D'AUTEURS Pages. Th. Barrois. — Note sur le Palœmonctcs varians Leach, suivie de quelques considérations sur la distribution géographique de ce Crustacé (PI. XXII)... 691 R. Blanchard. — Notices hehninthologiques (Première série) (Pi. X; 294 — — Réponse à la critique de M. G. -A. Boulenger 322 G. -A. Boulenger. — Note sur la position de l'orifice anal chez les têtards des Batraciens d'Europe 319 — — Quelques mots en réponse à la note de M. le W R. Blan- chard sur la classification des Batraciens 320 — — Note sur les Grenouilles rousses d'Asie 595 El). Chevreux. — Description de trois espèces nouvelles d'Amphipodcs du sud-ouest de la Bretagne xl G. CoTTEAU. — Échinides nouveaux ou peu connus, 5= article (PI. XXIII et XXIV) 708 R. Dubois. — Contribution à l'étude de la production de la lumière par les êtres vivants. — Les Ëtatérides lumineux, avec 29 figures dans le texte (PI. I-IX et une planche frontispice) 1 EuG. DuGÈs. — Note pour servir à la classification des Méloïdes du Mexique . 578 — — Addition à ma note pour servir à la classification des Méloïdes du Mexique 680 J. Gazaonaire. — Note sur un prétendu « nouveau type de tissu élastique, observé par M. H. Viallanes chez la larve de ÏEristalis. » 583 .1. DE Guerne. — Description du Coilropagcs Grimaldii, Copépode nouveau du golfe de Finlande 276 — — .Sur quelques Amphipodes marins du nord de la France.... xlii d'Hamonville. — Description de divers états de plumage du Canard sau- vage et variétés de cette espèce 286 — — Nouveautés ornithologiques 311. 503 HÉRON-RovER. — Sur les apophyses dentifornies développées sur l'us palatin fies Batraciens du genre Bufo (avec 2 figures) 324 — — Sur la reproduction de l'albinisme par voie héréditaire chez l'Alyte accoucheur et sur l'accouplement de ce Batracien . 671 — — A propos de la question des Grenouilles rousses soulevée en Italie par Edoardo de Betta. — Bana fiiaca et Rana agilis et des principaux caractères qui les différencient à la période embryonnaire et branchiale (PI. XXI) 681 F. .loussEAUME. — Coquilles du Haut-Sénégal (Pi. XII-XIVj 471 J. JuLLiEN. — Les Costulidées, nouvelle famille de Bryozoaires (PI. XVII à XX) 601 LU TABLE PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE D AUTEURS Pages. R. MoNiEZ. — Description du Distoma inrjcns nov. sp. et remarques sur quel- ques points de l'anatomie et de l'histologie des Trémalodes (PI. XV) 531 R. MoNiEZ. — Note sur le genre Gymnospora. type nouveau de Sporozoaire, avec 10 figures dans le texte 587 A. PiLLiET. — Sur la texture de la tunique musculaire de l'utérus dans la série des Mammifères 420 — — Sur les plaques osseuses dermiques des Tortues et des Tatous, et sur l'ossification par la moelle des os en général 623 F. Plateau. — Expériences sur le rôle des palpes chez les Arthropodes niaxillés, deuxième partie. — Palpes des Myriopodes et des Aranéides, avec 2 figures dans le texte 512 G. Rouen. — D'un nouveau mécanisme de la respiration chez les Thalasso- Chéloniens 461 E. Sauvage. — La nourriture de la Sardine sur les côtes du Boulonnais 621 C. Schlumbergek. — Note sur le genre Adclosina, avec 8 figures dans le texte (PI. XVIj 544 E. SiMOX. — Arachnides recueillis en 1882-1883 dans la Patagonie méridio- nale, de Santa-Cruz à Punta-Arena, par M. E. Lebrun, attaché comme natu- raliste à la mission du passage de Vénus, avec 7 figures dans le texte 558 L. Taczanowski. — Liste supplémentaire des Oiseaux recueillis dans le sud- ouest du pays Oussourien 305 0. etEoM. Terquem. — Foraminifères et Ostracodes de l'Islande et du sud de la Norvège (Pi XI) 328 .1. Vian. — Monographie des Poussins des Oiseaux d'Europe qui naissent vêtus de duvet (Ptilopœdss Sundevall) 340 — — Notice sur les espèces asiatiques du genre Pouillot [Phyllopseiiste] capturés dans l'île d'Heigoland 6.52 TABLE PAR ORDRE DE MATIÈRES Pages. Bureau et Conseil de la Société Zoologique de Fi'ance pour l'année 1886 ii Liste des Membres honoraires v Membres correspondants vi Membre donateur décédé vi Liste des Membres de la Société au l^' avril 1886 vu Raphaël Dubois, — Contribution à l'étuda de la production de la lumière par les êtres vivants. — Les Élatérides lumineux, avec 29 figures dans le texte (Pi . I-IX et une planche-frontispice) 1 Jules de Guerne. — Description du Centropages Grimaldii, Copépode nou- veau du golfe de Finlande 276 L. d'Hamonville. — Description de divers états de plumage du Canard sau- vage et variétés de cette espèce 286 Raphaël Blanchard. — Notices helminthologiqucs (Première série) (PI. X)... 294 L. Taczanowski. — Liste supplémentaire des Oiseaux recueillis dans le sud- ouest du pays Oussourien 305 L. d'Hamonville. — Nouveautés ornithologiijues 311 G. -A. Boulenger. — Note sur la position de l'oritice anal chez les têtards des Batraciens d'Europe 319 G. -A. BouLENGEH. — Quelfjues mots en réponse à la note de M. le D' R. Blan- chard sur la classification des Batraciens 320 R.4.PHAËL Blanchard. — Réponse à la critique de M. G. -A. Boulenger 322 HÉRON-RoYER. — Sur les apophyses dentiformes développées sur l'os palatin des Bati-aciens du genre Bufo (avec 2 tlgures) 324 0. Ter(iue.m et Edm, Terquem. — Foraminifères et Ostracodes de l'Islande et du sud de la Norvège (PI. XI) 328 J. Yl4.\. — Monographie des Poussins des Oiseaux d'Europe qui naissent vêtus de duvet fPtilopxdes Sundevall) 340 Alexandre Pilliet. — Sur la texture de la tunique musculaire de l'utérus dans la série des Mammifères 420 . RoucH. — D'un nouveau mécanisme de la respiration chez les Thalasso- Chéloniens 46L F. Jousseaume. — Coquilles du Haut-Sénégal (PI. XII -XIV) 47L L. d'Hamonville. — Nouveautés ornithologiques 503; FÉLIX PL.4TEAU. — Expérlenccs sur le rôle des palpes chez les Arthropodes maxillôs, deuxième partie. — Palpes des Myriopodes et des Aranéides. avec 2 figures dans le le.xte 512 LIV TABLE PAR ORDRE DE MATIÈRES Pages. R. MoNiEZ. — Description du Distoma ingens nov. sp. et remarques sur quel- ques points de l'anatoniie et de l'histologie des Trématodes (PI. XV) 531 C. ScHLUMBERGER. — Notc sur le genre Adelosina, avec 8 figures dans le texte (PI. XVIj 544 E. Simon. — Arachnides recueillis en 1882-1883 dans la Patagonie méridio- nale, de Santa-Cruz à Punta-Arena, par M. E. Lebrun, attaché comme natu- raliste à la mission du passage de Vénus, avec 7 figures dans le texte 558 Eugène Dugès. — Note pour servir à la classification des Méloïdes du Mexique. 578 J. Gazagn.\ire. — Note sur un prétendu « nouveau type de tissu élastique, observé par M. H. Viallanes chez la Larve de VEristalis. » 583 R. MoNiEZ. — Note sur le genre Gymnospora, type nouveau de Sporozoaire, avec 10 figures dans le texte 587 G.-A. BouLENGER. — Note sur les Grenouilles rousses d'Asie 595 J. JuLLiEN. — Les Costulidées, nouvelle famille de Bryozoaires (Pi. XVII à XX) 601 H.-E. Sauvage. — La nourriture de la Sardine sur les côtes du Boulonnais . . 621 Alexandre Pilliet. — Sur les plaques osseuses dermiques des Tortues et des Tatous, et sur l'ossification par la moelle des os en général 623 J. Vian. — Notice sur les espèces asiatiques du genre Pouillot fPhyllopseusteJ capturées dans l'île d'HolgoIand 652 HÉRON-RoYER. — Sur la reproduction de l'albinisme par voie héréditaire chez l'Alyte accoucheur et sur l'accouplement de ce Batracien 671 D' EuG. DuGÈs. — Addition à ma note pour servir à la classification des Mé- loïdes du Mexique 680 Héron-Royer. — A propos de la question des Grenouilles rousses soulevée en Italie par Edoardo de Betta. — Raua fusca et Ratia agilis et des princi- paux caractères qui la différencient de la période embryonnaire et bran- chiale (PI. XXI) .' 681 Th. Barrois. — Note sur la Palsemonetes variam hQ?LÇ,\\, suivie de quelques considérations sur la distribution géographique de ce Crustacé (Pi. XXII)... 691 G. Cotteau. — Échinides nouveaux ou peu connus, 5= article (PI. XXIIi et XXIV). 708 Procès-verbaux pour l'année 1886 i Ed. Chevreux. — Description de trois espèces nouvelles d'Amphipodes du sud-ouest de la Bretagne ■ xl J. de Guerne. — Sur quelques Amphipodes marins du nord de la France... lu Errata du tome XI XLVi Table des espèces et genres nouveaux décrits dans le Bulletin de 1886 xlvii Table des matières par ordre alphabétique d'auteurs li Table par ordre des matières nui Le présent volume a été publié en trois parties : 18 mars 1886. Fascicule 1-3, comprenant les feuilles 1 à 27, les planches I àXI et la planche-frontispice, la feuille de titre et de liste des membres, ainsi que la première feuille de procès-ver- baux. 10 septembre 1886. Fascicule 4, comprenant les feuilles 28 à 41, les planches XII à XX et la feuille 2 des procès-verbaux. 30 janvier 1887. Fascicule 5-6, comprenant le reste du volume. Le Secrétaire général, gérant. Prof. Raphaël BLANCHARD. Meulan, inip. de A. Masson. CONTRIBUTION A L'ÉTUDE DE LA PRODUCTION DE LA LUMIÈRE PAR LES ÊTRES VIVANTS LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX PAR RAPHAËL DUBOIS « Ce sont comme de petits Astres animez, qui dans les nuicts les plus obscures remplissent l'air d'une infinité de belles lumières, qui éclairent et brillent avec plus d'éclat que les Astres qui sont attachez au Firmament. » Dltertre, Hist. des zAntilles françaises. 1667. INTRODUCTION Sur presque tous les points du globe, des myriades d'animaux lumineux émettent des clartés singulières, parfois même des feux d'une incomparable beauté, qui sont comme les rayons de la vie elle-même, puisqu'ils les tirent de leur propre substance, qui vit et meurt en les engendrant. Ces animaux luisants naissent et se multiplient non seulement à la surface de la terre, dans les bois, dans les prés, mais encore jusqu'au sein des mers et dans les grandes profondeurs. Les explorations sous-marines ont révélé, au fond des abîmes, l'existence de véritables forêts de Polypiers lumineux : le sol lui- même est couvert d'un tapis de feu, et, dans ces féeriques et mystérieux séjours, au milieu des créatures aux vives couleurs, 1 2 RAPHAËL DUBOIS aux formes étranges, des Poissons bizarres, dont la tête est pour- vue de puissants fanaux et dont le corps est tout enguirlandé de perles étincelantes, sillonnent l'espace à des centaines de brasses au-dessous du niveau des mers. Cette faculté de produire de la lumière dans les milieux les plus divers et plus particulièrement là où celle des astres fait défaut, n'est pas l'apanage exclusif des animaux. Les mycéliums, qui habitent les sombres galeries des mines, semblent aussi vouloir suppléer à la privation de la lumière du jour par leur vive phosphorescence. Beaucoup de végétaux sont pourvus de cette propriété; mais, presque tous appartiennent aux degrés les plus inférieurs du règne végétal. La lumière physiologique resserre encore les liens de parenté qui unissent les animaux aux végétaux. Les manifestations les plus grandioses de ce phénomène vital s'observent précisément chez les intiniment petits, chez les Psychodiaires ou Protistes, comme on les a appelés, qui forment, pour ainsi dire, le tronc commun d'où partent en divergeant les deux branches animale et végétale. Les effets d'ensemble produits par ces infimes activités parti- culières sont si considérables, que l'on peut dire, avec Ehren- berg, que la voie lactée traverse le monde des Vibrions et des Infusoires ! D'ailleurs, la production de la lumière par les êtres vivants est peut-être plus commune qu'on ne le suppose généralement. Nos sens imparfaits ne nous révèlent l'existence de l'électricité animale que par l'application d'instruments délicats, si ce n'est dans q-uelques cas particuliers, chez les Poissons électriques, par exemple, où cette force atteint une intensité suffisante pour nous impressionner directement. On en pourrait dire autant de la calorification, de la sensibilité, de la motilité et de tous les mouvements moléculaires dont l'en- semble permet, jusqu'à un certain point, de distinguer ce qui vit de ce qui ne vit pas. La lumière physiologique a peut-être une importance plus grande qu'on ne le pense, et, dans tous les cas, on comprend fa- cilement qu'une aussi belle manifestation de la vie ait pu de tous temps préoccuper les savants. Aussi voyons-nous, depuis Aristote et Pline, dont les œuvres nous sont plus particulièrement connues, le nombre des investi- LES ÉLATÉKIDES LUMINEUX 3 gateurs aller sans cesse en augmentant et sans cesse aux faits connus s'ajouter des faits nouveaux. On peut diviser en deux groupes les savants qui se sont occupés de cette question. Le premier, de beaucoup le plus important, comprend ceux qui ont observé et relaté des faits particuliers donnant lieu toujours ou presque toujours à des remarques intéressantes à divers titres, selon les aptitudes spéciales et les moyens d'investigation mis en œuvre. Tour à tour, la zoologie et la botanique, l'anatomie et l'his- tologie, la physique et la chimie ont apporté leur tribut ; mais, en examinant avec attention les résultats obtenus, on éprouve le regret que toutes ces sciences ne se soient pas prêté un mutuel concours, en mettant simultanément à profit les ressources dont chacune d'elle dispose pour arriver à la connaissance de la vérité. Le second groupe se compose des esprits généralisateurs, sou- vent dominés par une conception théorique à j^nori. Ceux-ci in- terprètent des faits qu'ils n'ont pas observés directement et se laissent souvent entraîner à les façonner au moule d'une hypo- thèse à laquelle ils donnent, sans preuves suffisantes, la valeur d'une notion scientifiquement acquise. A ce groupe appartiennent encore quelques simples compilateurs dont le rôle plus modeste n'est pas toujours le moins utile. Cependant, l'étude de la production de la lumière par les êtres vivants est essentiellement du domaine de la physiologie géné- rale, puisqu'il s'agit d'un phénomène commun aux animaux et aux végétaux ; aussi, avions-nous pensé tout d'abord qu'il était nécessaire d'avoir recours à la méthode qui est propre à cette branche supérieure des sciences biologiques. Nous avions réuni et coordonné le plus grand nombre de faits possible ; mais, le seul enseignement qui résulte de ce travail, c'est qu'une généralisation prématurée serait sans valeur, plutôt contraire aux véritables intérêts de la science. Alors, il nous a semblé qu'il était à la fois plus utile et plus prudent de borner nos efforts à l'étude aussi approfondie que possible d'un seul groupe d'êtres lumineux, en nous promettant toutefois de tenter pour tous les autres successivement l'appli- cation de la méthode adoptée dans ces recherches, si les moyens d'action dont nous disposons actuellement ne nous font pas défaut. Le groupe que nous avons choisi est celui des Élaté rides lumi- neux. 4 RAPÎIAKL DUBOIS Ces brillants Insectes, les Pyrophores américains surtout, sont, de tous les êtres terrestres, les plus richement dotés sous le rap- port de la production naturelle de la lumière. A l'intensité et à la pureté de leur luminosité, ils joignent une grande force de résistance, une exquise sensibilité et une organi- sation suffisamment élevée, pour qu'il soit possible d'analyser avec fruit toutes les manifestations de leur organisme suscep- tibles d'avoir quelqu'influence sur la fonction photogénique. Déjà, nous avions pu faire au Laboratoire de Physiologie mari- time du Havre des observations physiologiques un peu superfi- cielles, il est vrai, sur un de ces curieux Coléoptères, arrivé vivant de l'Amérique méridionale, après avoir navigué pendant plusieurs mois dans un navire chargé de bois de Gampêche. L'Insecte ayant résisté pendant plus de trois semaines, nous avons pensé que l'on pouvait tenter en France une étude appro- fondie, à la condition de posséder un nombre suffisant d'indi- vidus . Notre espoir n'a pas été trompé, grâce aux généreux efTorts de M. William Partridge, administrateur de la Station maritime de Physiologie du Havre, et au dévouement à la science de M. Guède, secrétaire de la Société d'horticulture de la Guadeloupe, bien connu déjà par ses belles recherches en Ethnologie. Nous avons reçu des Antilles, par envois successifs, quelques centaines de Pyrophores, au moyen desquels nous avons pu, pendant plusieurs mois, entreprendre des expériences physiolo- giques qui n'avaient pas encore été tentées . Dans le bois pourri que renfermaient les boîtes contenant les Insectes parfaits se trouvaient des œufs, qui nous ont permis d'assister à l'éclosion et au développement des larves jusqu'alors inconnues, ainsi que nous en avons acquis la certitude par l'étude attentive des travaux publiés antérieurement sur ce sujet. Mais, si les matériaux nécessaires à nos recherches ne nous ont pas manqué, nous avons eu à vaincre plus d'une difficulté résul- tant de l'état peu avancé de la Physiologie et de l'Anatomie même des Coléoptères : des lacunes considérables existaient particuliè- rement dans l'étude des deux groupes des Élatérides et des Mala- codermes, auxquels appartiennent presque tous les Insectes lu- mineux connus. Or, il est bien évident qu'il n'est possible de tenter avec quel- ques chances de succès une recherche physiologique qu'autant que le terrain sur lequel en opère est bien connu. LES ÉLATEKIDES LUMINEUX 5 L'anatomie descriptive des Pyrophores n'existait pas : quelques points de détails seulement avaient été signalés, en passant, par des histologistes et encore plusieurs d'entre eux étaient-ils erronés, ainsi que nous avons pu nous en convaincre par les recherches entreprises sous la savante et sympathique direction de M. Kûnc- kel d'IIerculais, Aide-naturaliste au Muséum, dans le Laboratoire de M. le Professeur Emile Blanchard. Nos premières recherches nous ayant fait comprendre tout l'intérêt qui s'attachait à l'étude approfondie de l'Anatomie com- parée des Élaterides et des Lampyrides lumineux, ainsi que des espèces voisines non lumineuses, nous avons sollicité et nous avons été assez heureux pour obtenir la collaboration de M. Kûnc- keld'Herculais, dont les beaux travaux sur l'Anatomie des Insectes font assez comprendre qu'il s'agit, pour nous, bien plus d'une précieuse initiation scientifique pratique que d'une simple colla- boration. Du travail entrepris en commun, nous avons détaché ce qui est relatif à l'anatomie descriptive du Pyrophore, bien que cette partie intéressante n'ait pas reçue tous les développements qu'elle comportera plus tard, mais seulement parce qu'elle nous a permis d'entreprendre avec assurance des expériences impor- tantes et que son exposition était indispensable pour permettre de comprendre et de discuter les résultats de quelques-unes des nombreuses recherches pl^ysiologiques auxquelles nous nous sommes livré dans le Laboratoire de notre excellent Maître, M. le Professeur Paul Bert, dont les savants conseils et la bien- veillante sollicitude ne nous ont jamais fait défaut. PLAN DE CE MÉMOIRE PREMIÈRE PARTIE Observation. Chapitre I. Littérature. Si. — Bibliographie. § 2. — Historique. Chapitre IL Zoologie. § I. — Caractères généraux des Élaterides. 6 RAPHAËL DUBOIS § 2. — Caractères généraux des larves. — Métamorphoses des Élatérides. g 3. — Des Pyrophorites. — Caractères généraux. — Classifi- cation. § 4 — Distribution géographique des Élatérides lumineux. § 5. — Caractères spécifiques du Fyrophorus noctilucus. S 6. — Développement. — Métamorphoses du Pyrophorus nocti- lucus. Chapitre 111. Anatomie descriptive. Si. — Du squelette. S 2. — De l'appareil digestif. S 3. — De l'appareil circulatoire. § 4. — De l'appareil respiratoire. S 5, — Du système nerveux. § 6. — Des organes génitaux. Chapitre IV. Organes lumineux. § 1. — Historique. § 2. — Développement. — Structure et texture des appareils lumineux des Larves. § 3. — Histologie et texture des appareils lumineux de l'Insecte partait. DEUXIÈME PARTIE , EXPÉRIMENTATION Chapitre I. Propriétés physiques de la lumière des pyrophores S 1. — Nature des rayons éclairants. S 2. — Photométrie et spectrophotométrie. § 3. — Longueur d'onde moyenne. § 4. — Propriétés organoleptiques de la lumière des Pyrophores. § 5. — Recherche de la lumière polarisée. § 6, — Rayons chimiques. — Photographie par la lumière ani- male. — Action sur la chlorophylle et sur diverses substances fluorescentes et phosphorescentes. S 7. — Rayons calorifiques. — Radiomètre. — Appareil thermo- électrique. S 8. — État électrique. LES ELATERIDES LUMINEUX 7 Chapitre II. Influence des agents mécaniques et physiques sur LA PRODUCTION DE LA LUMIÈRE. S 1. — xlction des agents extérieurs agissant mécaniquement; vibrations du diapason. § 2. — Action du l'roid; congélation. S 3. — Action de la chaleur. § 4. — Action de l'électricité. S 5. — Action de la lumière. § 6. r- Dépression barométrique. Chapitre III. Action des agents chimiques et des substances TOXIQUES et venimeuses SUR LA PRODUCTION DE LA LUMIÈRE. § 1, — Eau : a, à la pression normale; p, sous les hautes pressions. g 2. — Corps oxydants : Oxygène à diverses pressions; Ozone. — Chlore. — Acide hypoazotique. — Vapeurs d'acide osmique. g 3. — Gaz inertes : Azote. — Hydrogène. § 4. — Agents réducteurs : Acide sulfureux. — Acide sulfhydrique. — Hydrogène phosphore. — Aldéhyde éthylique. — Paraldéhyde. — Nitrite d'amyle. S 5. — Agents anesthésiques : Acide carbonique. — Protoxyde d'azote. — Alcool. — Ether. — Chloroforme. — Benzine. — Sulficre de cay^hone. § 6. — Poisons non gazeux : Curare. — Strychnine. — Cocaïne. — Atropine. — Digitaline. — Morphine. — Kairine. — Sels métal- liques. — Venins. Chapitre IV. — Étude des diverses fonctions et de leurs RAPPORTS AVEC LA PRODUCTION DE LA LUMIÈRE. § 1. — Mœurs des Pyrophores. — Champ d'éclairage. — Organes des sens. § 2. — Alimentation. — Digestion. § 3. — Sang et circulation. § 4. — Des muscles. — Appareil du saut. § 5. — Innervation. § 6. — Respiration. Chapitre V. Chimie. § 1. — Analyse spectrale. — Analyse qualitative (renseigne- ments fournis par 1'). — Réactions histochimiques. 8 RAPHAKL DUBOIS § 2. — Réduction de la l'onction photogénique à un phénomène chimique. Chapitre VI, Conclusions. Nous pensons que l'extension que nous avons cherché à don- ner à ces recherches trouvera sa justification dans ces paroles du grand Maître de la Physiologie française : « Si, à l'aide de l'analyse expérimentale, on décompose l'orga- » nisme vivant en isolant ses diverses parties, ce n'est pas pour » les concevoir séparément. Quand on veut donner à la propriété )) physiologique d'un organe ou d'un tissu toute sa valeur et sa » véritable signification, il faut toujours le rapporter à l'organisme » et ne tirer de conclusion sur elle que relativement à ses effets )5 dans l'ensemble organisé. Il faut reconnaître en un mot que le » déterminisme dans les phénomènes de la vie est non seulement » un déterminisme très complexe, mais encore un déterminisme » harmoniquement subordonné. Les phénomènes physiologiques, » si compliqués chez les animaux élevés, sont constitués par » une série de phénomènes qui s'engendrent les uns les autres » en s'associant et en se continuant vers un but final commun. » Cl. Bernard {La Science expérimentale, p. 69, Paris. 1878). PREMIÈRE PARTIE OBSERVATION Chapitre 1. Bibliographie et historique. g 1 . — Bibliographie des Elatérides lumineux. 152G. OviEDO Y Valdes Gonzalo fernandez. De summario de la natural y gênerai Istoria de las Indias. Toledo, 1526. Id. Historia gênerai y natura de las Indias Islas y Tierra firme del mar Oceano, puhlicada por la real Academia de la Historia. part. 1, II, Madrid, 1851, (Liv. XV, chap. n, p. 52). 1536. Anghiera (Pietro Martire d'). Décades oftheNew World. — De rébus Oceanio et orbe nova Décades. Paris, 1536. 1634. Moufet, Disectorum sive minimoriim animalium theatrum. LES ÉLATÉHIDES LUMINEUX 9 1635. JOANNÈS EUSEBIUS NlEREMBERGIUS, lUst. nat., lib. XIII, C. III. 1647. Thomas Bartholin , De luce cmimalium, lib. III. Lugd. Batav., ex officiaa Francis! Hackii, p. 20o. 1667. DuTERTRE, Histoire générale des Antilles françaises, p. 280. Paris. 1667. Stubbes, a continuation of tlie Voyage to Jamàica. Philosoph. Trans., n° 36, p. 699 (Mem. of the Royal Society, 2° éd., 1745,p. 131). Id., Journ. d. Sçav., 1667. 1668. NoRWOOD, Observations in Jamaïca. Philosoph. Trans., n°41, p. 824 (Mem. of the Royal Soc, I, p. 152. London). 1725. Sloane, a Voyage to the Islands, Madera, Barbades, Nieves, St-Christophers and Jamaica, etc., Il, p. 206. London. 1742. Melchior Johan. Alb., De Noctilucis {Lampyris, Elater). Fra- nequerai. Dissert, philosoph. inaiig. (Bibl. de Lacordaire). 1756. Brown, The civil and natural history of Jamaïca. London. 1763. Gronov, Zoophylacium Gronovianum. Lug. Batav., p. 152, n° 474. 1764. Linné, Muséum S. R. M. Lud. Ulr. Reg. Holmiœ, 1764, p. 83, et Syst. nat., éd. 12'', t. I, part. ii. Holmiœ, 1767, p. 651. 1766. Fougeroux de Boi^iDAUOY, Mémoire sur t^n Insecte de Cayenne appelé Maréchal et sur la lumière qu'il donne. Mém. Acad. d. Se, p. 339. 1774. De Géer, Mémoires pour servir à l'Histoire des Insectes. Stoc- kholm, IV, 1774, p. 160-161. 1790. Olivier, Entom., II, p. 15. 1805. Palisot de Beauvois, Insectes d'Afrique et d'Amérique. Paris. 1807. Illiger, Monographie der Elateren (Elateren mit leuchtenden Flescken auf dem Ilalsschilde). 1809. Azara, Voyage dans l'Amérique méridionale 1781-1801, l, p. 114. Paris, 18U9, 4 vol. in-8o et atlas. 1810. Macartney, Observations upon luminous animais. Fini. Trans., p. 277-79. V. 100. 1814. IIumboldt et Bonpland, Voyage au Nouveau-Cotitinent, III, p. 482. — HuMBOLDT, Relation historique, I, p. 79 et 533. — Humboldt, Tableaux de la Nature. II, p. 69. Paris 1851. 1817. KiRBY AND Spence, Introduction to Entomology, p. 513 et Note abrégée de Morren, 7'' éd., 1856, p. 503 et suiv. 1823. Si'ix et Martius, Reisen in Brasil et Travels in Brasil, 1817- 1820. 1827. Curtis, Account of Elater noctilucus of the Westindies Zool. jouru., III, p. 379-382. 10 RAPHAËL DUBOIï^ 1830. Lacoruaire, Mémoire sur les habitudes des Insectes Coléoptères de l'Amérique méridionale. Ami. d. Se. nat., XX, p. 241 et Introduction à V Entomologie. 1832. BuRMEiSTER, Handbucli d.er Entornologie, I, p. 535. 1832. Latreille, Voyage de de Hurnboldt, Recueil d'observations de zoologie et d'anatomie comparée faites dans un voyage aux Tropiques dans les années 1799-1804, Y. Paris, 1811-1832. — Insectes, I, p. 127-304, pi. xv à xxv, II, p. 9 à 138. 1841. Heward (Robert), Mémoire ofthe fire-flies of Jamdïca [Vers- cheindenheit in émission des Lichtes bei Elater und Lampyris.) The Entomologist, p. 42-43. 1841. Morren, Sulla fosforescenza délie Lampiridi noctiluca e splen- didula ; Atti terza riiinione Scienz. Ital. Fizenze, 1841, p. 366. Isis, VII, p. 412,1843. 1841. Germar, Beitrdge zu einer Monographie der Gattung Pyro- l^horus. Gerraar's Zeits. d. Entom., III, p. i, 1841. — Bemer- kungen iXber Elateriden. Germar's Zeits. Entom., IV, p. 43, 1843; V, p. 133, 1844. 1841. Erichson, Of Pyrophorus from Cuba. Wiegmann's Archiv., I, p. 87. 1844. Reiche, Note sur les propriétés lumineuses du Pyrophorus nyc- tophanes. Ann. de la Soc. ent. franc., (2), IL Bull., p. 63-67. 1848. Gosse, Of the Insect of Jamaica et Ueber das Leuchten von Pyrophorus noctilucus. Ann. and Magazine Nat. Hist., (2), I, p. 200. 1850. BuRNETT, On the luminous spots of the great Fire-fly of Cuba {Pyrophorus phosphorus). Proceed. Boston Soc. Nat. hist. m, p. 290-291. 1853. DE Lacaze-Duthiers, Recherches sur l'armure génitale femelle des Insectes, Ann. d. Se. nat., (3), XIX, pi. 3, %. 6, 7, 8, 9, 1853. 1853. Reinhardt (J.-T.), Twende Jagttagelser af phosphorisk Lysning hos en Fisk og en Insectlarve. Vidensk. Meddel. fra. d. Na- turhist. Foren. Kjœbenh. for 1854, p. 60-65. — Transact. entom. soc. Londou, (2), III, 1854 (Proceed. p. 5-8). — Zeit- schriftf. d. gesammt. Naturw,V, 1855, p. 208-212. 1855. VxVN DER Hoeven, Einige Woorden over het Lichten van den Zuid-Amerikaanschen Springkever. Album der Natur, 1855; aflev. 7, p. 205-212. 1860. MoNTROUZiER, Essai sur la Faune entomologique de la Nou- velle-Calédonie. Ann. Soc. Entom. Fr., p. 2o8. LES ËLATÉRIDES LUMINEUX il 1864. Pasteur, Sur la lumière émise par les Cucujos. Compt. rend. Acad. d. se, (2), LIX, n^ 12, p. 509. 1864. Blanchard (E.), Compt. rend., LIX, p. 510, 1864. — iV/eYa- morphoses, mœurs et instincts des Insectes, p. 537. Paris, 1868. Gomp. rend.. LXXVII, p. 333, 1873. 1865. Milne-Edwards, Leçons d'Anat. et de Physiol., VllI, leç. 68°. Paris. 1863-65. Candêze, Monographie des Élatérides; Mém. de la Soc. roy. d. se. de Liège, XVII, p. 1-76, 1863. — Sep., iV, Élatérides vrais, p. 76, pL i, fig. 3 et fig. 5 à 23. Id., Élatérides nouveaux. Mém. couron. de l'Acad. Roy. de Belgique, XVII, p. 51, 1865. 1867. 'Perki'ss {G.- A..), Bespricht den « Cucujo y> oder Westindischen Leuchtkàfer {Elater noctilucus). Amer Natiir., VIII, p. 442-443. 1868. Andrew Murray, 0)ian undescribed light giving Coleopt. larva. Soc. Linn., VIII, p. 74, pi. i. 1869. Smith, Larve von Pgrophorus ofUrugag. Proceed. entom. Soc. Lond., p. XV, 1869. 1870. Phipson, Pliosphorescence or the Emission of Light hy Minerais, Plants, and Animais. London, p. 146 et suiv. 1871. BuRMEiSTER, Kàfer-larve von Parana. Proced. Linn. Soc, XI, p. 416 ff. 1872. Leprieur, Soc. entom. de France, Bull., p. 68, à propos d'un passage du Voyage à la Nouvelle-Grenade du D"" Saffray, Tour du monde 605^ liv. 1872. Heinemann (Garl), Untersuchungen ûber die Leuchtorgane der hei Vera-Cruz vorkommenden Leuchtkàfer. Erste Mitthei- lung. Arch. f. mikrosk. Anat., VIII, p. 461. 1873. De DOS Hermanas, Sur les Cucujos de Cuba. Gompt.-rend., t. LXXVII, p. 333. 1873. Girard, Les Taupins Imnineux. La Nature, l""*^ année, p. 337. 1873. Robin et Laboulbène, Appareil lumineux.des Cucujos. Gompt. rend. Acad. d. Se, LXXII, p. 511. 1874. Towend Glover, Report of Entomologist and Curator of the Muséum, p. 152-169, fig. I à 10. Habits and Luminosity of Pyrophorus j)hysoderus (fig. 3) cotnpared loith P. noctilucus (fig. 4) and Photinus pyralis. K : A luminous elaterid ? larva. Psyché, V, I. 1874. Beach (A.), The Science record for 1874. A compendium of scientifîc Progress and Discovery during the past Year, with illustrations, VIII, p. 598, avec fig. New-York. 12 RAPHAËL DUBOIS 1875. Darwin, Voyage cVun naturaliste autour du monde. Paris. 1875. Pickman Mann's, Note on the luminous Larve of Elateridœ {Asaphes Memnonius). Psyché, I, p. 89. 1876-77. Weyenbergh (H.), Eine leuchtende Kà fer-larve. HoraeSoc, Rossicae, XII, p. 177, fig., tab. iv, B. 1876. Richard Napp, Cours sur les Arthropodes de la faune de la République Argentine {Lampyrides et Élatérides), p. Weyen- bergh. Die argentinische Repubhk. 1881. Gadeau de Kerville (Henri), Les Insectes ^phosphorescents, Rouen. 1881. Candèze, Élatérides nouveaux. Mém. Soc. d. Se. de Liège, IX, (2). 1882. BowLES, On luminous Insects. Rep. Entom. Soc. Ontario, p. 34-37, fig. 16 (figure représentant un Pyrophore). 1884. Dubois (R.) et Aubert, Sur la lumière des P y rophor es. Compt. rend. Acad. d. Se. Paris, 1884. 1884. Dubois (R.), Note sur la Physiologie des Pyrophores. Soc. de biolog., (8), I, n°40. Paris. 1885. Dubois (R.), Fonction photogénique des Pyrophores. Soc. de biolog., (8), II, n° 30, p. 559. Paris. § 2. — Historique. « Je n'ai rien vu dans toute l'Amérique digne à mon jugement « d'estre admiré, comme les Mouches luisantes. Ce sont comme « de petits astres animez, qui dans les nuicts les plus obscures « remplissent l'air d'une infinité de belles lumières, qui éclairent « et brillent avec plus d'éclat, que les Astres qui sont attachez a au firmament. » C'est en ces termes qu'en 1667, le R. P. Dutertre, de l'ordre des FF. Prêcheurs de Saint-Louis, auteur de l'Histoire des Antilles françaises, exprimait son admiration pour les charmantes créa- tures qui font l'objet de cette étude. Aussi n'est-on pas surpris.de voir les hardis investigateurs qui, les premiers, eurent le bonheur de faire la conquête scientifique du Nouveau-Monde, consacrer parfois plusieurs pages de leurs précieux recueils aux Mouches lumineuses qui d'ailleurs parais- saient jouer un rôle relativement important dans la vie des Indiens. Tout d'abord Oviedo (1526), qui s'intitule le premier chroni- LES ÉLATÉl\IDES LUMINEUX 13 qiieur du Nouveau-Monde, nous raconte, avec l'élégante simplicité du vieux langage castillan, des choses qui remplissent tout un chapitre intitulé : Les Mouches ou Insectes et Animaux semblables qui volent et brillent la nuit et en j^articulier sur Vun d'eux qui est en cette île {Haïti) et que les Indiens appellent « Cocujo. » « Il existe, « dit-il, » dans toutes ces îles, beaucoup de Mouches, d'Insectes et de Scarabées qui brillent la nuit en marchant et en volant, comme ceux qui, en Gastille, portent le nom de Lucier- negas et que l'on voit se mettre en mouvement au printemps et en été. Dans ces contrées, on les trouve presque en tout temps, parce qu'il y a peu de différences du jour à la nuit et que le cli- mat est tempéré : il y a peu de chaleurs excessives, peu de varia- tions suivies de froid : on ne le ressent que rarement quand le vent vient du nord ou bien dans certaines chaînes de montagnes où il souftle avec violence. Il existe beaucoup de Luciernegas (Lucioles, Vers luisants), mais ils sont petits : on en trouve cepen- dant une espèce qu'il est important de noter pour beaucoup de raisons. « C'est un animal très connu dans cette île espagnole et dans toutes celles qui l'entourent, sorte de iScara&e'c presque aussi gros que le pouce ou quelque peu moins. Il possède deux ailes dures au-dessous desquelles on en trouve deux autres, mais plus déli- cates, qu'il préserve et cache au moyen des deux supérieures, quand il cesse de voler. Il a les yeux resplendissants comme des chandelles, de sorte que, là où il passe en volant, il rend l'air aussi lumineux que le pourrait faire le feu seulement. » Dès que la nuit tombe, si l'on porte un Cocujo dans sa main, on voit souvent ceux qui ont besoin d'allumer une chandelle venir pour y prendre du feu : enfermé dans une chambre obs- cure, il est assez lumineux pour que l'on puisse lire et écrire une lettre. » Si l'on rassemble quatre ou cinq de ces Cocujos et qu'on les suspende en les entilant, ils peuvent servir autant qu'une puis- sante lanterne, dans la campagne et dans la montagne, pendant une nuit obscure. >) Lorsqu'on était en guerre à Haïti et dans les autres îles, les Chrétiens et les Indiens se servaient de ces feux pour ne pas se perdre les uns les autres ; les Indiens, en particulier, fort habiles à prendre ces animaux, s'en faisaient des colliers, quand ils voulaient se faire voir à une lieue de distance et plus loin encore. » Dans la campagne comme dans la nase, ceux qui les possèdent 14 RAPHAËL DUBOIS font avec ces Cocujos ce qu'ils veulent pendant la nuit, sans que l'air, la violence du vent ou aucune pluie puisse les priver de lumière et les empêcher de voir par quelque temps que ce soit. » Quand les chefs de guerre font des marches de nuit dans cette île, l'officier, le capitaine ou le guide, qui va devant en sondant l'obscurité, porte sur la tète un Cocujo et sert de phare à toute la troupe qui le suit. » La clarté qui existe dans les yeicx de cet animal se montre aussi dans le dos quand il entr'ouvre ses ailes pour voler. Pendant le vol, il donne encore plus de clarté en montrant ce que cachent ses ailes : cette clarté est la même que celle des yeux et pendant qu'il vole, l'une s'ajoutant à l'autre, l'éclat est plus intense. » On a l'habitude d'enfermer ces Cocujos dans des cages et de les conserver pour travailler dans les maisons ou pour souper, pendant la nuit, en se servant de leur lumière, sans qu'il soit nécessaire d'en avoir une autre. Quelques Chrétiens agissaient de même, afin d'épargner l'argent qu'il aurait fallu pour acheter de l'huile pour alimenter leurs lampes, soit parce qu'elle était très chère, soit parce qu'il n'y en avait pas. » Dès que l'on s'apercevait que les Cocujos commençaient à dépérir ou que l'ennui de leur prison les faisait languir et qu'alors la faculté de briller diminuait, on les rendait à la liberté et on en prenait d'autres pour s'en servir pendant quelque temps. » Les Indiens se frottaient la poitrine avec une pâte qu'ils fai- saient avec les Cocujos, au moment des fêtes ou quand ils voulaient se divertir en faisant peur à ceux qui ne savaient de quoi il s'agis- sait : il semblait alors que tout ce qui avait été frotté avec la substance du Cocujo était embrasé. » Ceux qui ont besoin de Cocujos sortent le soir, au crépuscule, tenant à la main un tison enflammé et montent sur une émi- nence, afin d'être vus des Insectes : ils les appellent en s'agitant dans tous les sens et en criant très haut : « Gueule 1 Gucuie t » » Le menu peuple indien pensait que ces Insectes aimaient la compagnie, parce qu'ils venaient volontiers, par troupes nom- breuses, en volant avec beaucoup de vitesse et d'empressement, lorsqu'on les appelait ; mais ils font plutôt diligence vers la lumière du brandon, parce que les essaims de Moucherons y volent également et qu'ils les dévorent pour se nourrir {sic). » Quelques Cocujos suivent le tison et brillent sur le sol, il est alors aisé de les prendre, comme un promeneur peut, s'il en a besoin, prendre un Hanneton marchant avec ses ailes fermées. LES ÉLATÉKIDES LUMINEUX 15 » Pour s'amuser, plaisanter ou effrayer ceux qui sont épou- vantés par chaque ombre, on dit que certains sauvages farceurs étalent sur leur visage, pendant la nuit, la chair des Cocujos qu'ils tuent, dans le but de se montrer brusquement à leurs voisins avec un visage enflammé, à la manière des jeunes espiègles qui se font des mâchoires magiques pour effrayer les enfants et les femmes qui tremblent facilement. » A mesure que l'animal dépérit, la lumière s'éteint peu à peu, puis complètement, mais elle ne se transforme jamais en aucune autre lumière. » Oviedo termine ainsi son récit: «Gela est suffisant, car, par rapport aux Luciernegas et autres Vers lumineux, ceux-ci sont, comme il a été dit, de beaucoup les plus importants. » Il était indispensable de rapporter presque textuellement les paroles d'Oviedo, car plusieurs auteurs qui ont écrit depuis sur le même sujet lui ont emprunté jusqu'à ses erreurs, sans le citer et sans rien ajouter à ce qui était connu de son temps. Diverses remarques originales et observations intéressantes sont dues également à Pietro Martire (d'Anghiera) (1), contempo- rain d'Oviedo : c'est à ces deux auteurs, ainsi qu'à divers témoins oculaires qu'il ne nomnie pas, que Moufet emprunte les curieux détails consignés dans son Théâtre des Insectes, àpropos des Cucu- jos (2) auxquels il donne le nom de « Ks^xlolocij.'Ktç » pour les dis- tinguer des Vers luisants dont les organes lumineux siègent sur l'abdomen. D'après Moufet, les Indiens se servaient de cet Insecte pour débarrasser leurs demeures des Moustiques nocturnes ; ils les utilisaient pour chasser, en se les attachant aux doigts de pieds, et aussi pour pêcher (3). Il décrit à peu près de la même manière qu'Oviedo la façon dont se fait la chasse aux Cucujos : « Quand, par suite de l'absence de lumière, les Indiens se voient obligés de passer leurs nuits dans l'inaction, ils sortent avec un tison allumé et se mettent à (1) Pietro Martire a écrit d'après les manuscrits originaux de Christophe Colomb et les relations envoyées au Conseil des Indes dont cet auteur était membre. (2) La plupart des auteurs qui écrivent après Oviedo remplacent la lettre o par la lettre H : le mot Cocujo devient Cucujo. (3) Nos pêcheurs se servent parfois d'un ou plusieurs Vers luisants enfermés dans un petit flacon de verre pour attirer le poisson dans leurs filets, moyen prohibé d'ailleurs en raison de sa trop grande efficacité. 16 l^APHAKL DUBOIS crier : « Cucuje, Cucujc ! » remplissant l'air de leurs cris perçants jusqu'à ce que les Insectes arrivent, soit qu'ils volent vers la lumière qui les attire, soit qu'ils fuient le froid. On les fait tomber à terre avec des branches de feuillage ou bien on se sert de filets faits exprès et on peut ensuite les saisir à la main. Moufet raconte encore que lorsque le noble Thomas Gandisius et le Chevalier Robert Dudley, fils du célèbre Comte Robert de Leicester, mirent les premiers le pied sur la côte des Indes occi- dentales, où ils abordèrent dans la nuit, ils aperçurent dans la forêt avoisinante une quantité innombrable de lumières sem- blables à des torches allumées qu'ils virent se rapprocher d'une façon imprévue : ils se réfugièrent rapidement sur leurs vaisseaux pensant que les Espagnols s'étaient établis dans les bois, avec leurs arquebuses, mèches allumées. Joan. Eus. Nierembergius (1635) reproduit, en grande partie d'après Pierre Martire, des faits déjà connus. 11 croit à l'existence de quatre miroirs très lumineux, dont deux seraient placés dans les yeux et deux autres dans les flancs, cachés dans une gaîne. Les indigènes croient que les Cucujos aiment les chants et s'exercent à suivre dans les fêtes les mouvements des danseurs, mais Nierembergius pense que les divers circuits qu'ils exécutent n'ont pour but que d'atteindre les Moustiques, dont ils se nour- rissent. Il sait également que la substance lumineuse extraite du corps de l'animal continue à briller pendant quelques instants. La lumière est due, d'après cet auteur, à une humeur luisante renfermée dans une substance délicate qu'il croit de nature vola- tile et dont le siège serait sous la peau de l'Insecte. Thomas Bartholin (1647), dans son traité « de Luce animalium », le premier ouvrage de généralisation ayant trait à cette question, fournit également divers renseignements empruntés, en majeure partie, aux auteurs cités antérieurement. Il mentionne l'existence au Mexique d'une espèce analogue à celle des Antilles, mais plus petite, lisse, mince, « brillant d'une admirable façon dans l'obscu- rité » ; il a soin d'ajouter que chez nous elle est aussi rare que le Corbeau blanc et que Cardan, sachant que la lumière persistait après la vie, avait promis d'en retirer une liqueur lumineuse que des praticiens de cette époque auraient songé à employer pour rendre la vue aux aveugles ! Les observations de Dutertre, consignées dans son Histoire des LES élaïf:rides lumineux 17 Aiitillcs françaises (1667), ne nous apprennent pas des choses bien nouvelles, mais elles méritent d'être reproduites textuellement en raison de la beauté du style dans lequel elles sont écrites : « De jour, ces bêtes rendent hommage à ce bel astre, duquel toutes choses lumineuses empruntent ce qu'elles ont de splen- deur et d'éclat, car elles savent si bien cacher leur lumière que ceux qui ne les connaissent pas les prendraient pour de vils escarbots : elles se retirent dans les bois pourris jusqu'à ce que le soleil soit couché. Et alors elles prennent leur vol qui de çà qui de là, et il semble que ce soit autant de chandelles allumées, por- tées par des mains invisibles le long des forests et des habita- tions. Je ne sais si c'est l'amour ou l'envie qui les fait courir avec tant d'ardeur, après les choses qui brillent et esclatent tant soit peu ; mais il ne faut que poser une chandelle, un tison de feu, ou une mèche allumée, pour les faire approcher, et faire tant de tours aux environs de ces lumières étrangères, que bien sou- vent elles y éteignent la leur, en s'y brûlant comme des Papillons à la chandelle. » Ces petites chandelles suppléent souvent à la pauvreté de nos Pères, ausquels la chandelle et l'huile manquent la plupart de l'année : quand ils sont dans cette nécessité, chacun se saisit d'une de ces Mouches elne laisse pas de lire matines aussi faci- lement que s'ils avaient de la chandelle. » Si ces Mouches estoient incorruptibles comme les pierreries, et que leur lumière les survequit, il est certain que les diamans et les escarboucles perdraient leur prix : mais cette lumière est tellement attachée à la disposition de l'animal, que lors- qu'elles sont en pleine santé, elles font feu de toutes parts ; et quand elles sont malades, cette lumière s'affaiblit, et elle se perd entièrement, lorsqu'elles meurent. Gela se remarque faci- lement par ceux qui en veulent conserver en vie, car elles ne vivent que quinze jours ou trois semaines estant ainsi prises. » 11 ajoute que le S"" de Bochefort rapporte que les sauvages se frottent le corps de la liqueur luisante; mais c'est un conte fait à plaisir. C'est a tort également que cet observateur aurait prétendu qu'elles ne vivaient que de Heurs : d'après Dulertre elles se nour- rissent de bois pourri et celles que l'on trouve à la Guadeloupe ne semblent pas vivre d'autre chose. Le P. Dutertre en aurait observé à la Martinique une espèce toute diilerénte et guère plus grosse que la Mouche commune : « Celles-cy font briller en un moment dans l'air dix à douze petits 18 RAPHAËL DUBOIS éclairs d'un fou doré, le plus agréable du monde, puis elles s'arrêtent et cachent leur feu tout-à-coup, et à un moment de là elles recommencent et vont ainsi voltigeant toute la nuit, faisant paraître à chaque démarche un petit échantillon de leur gloire. Cette clarté est attachée à une certaine substance blan- che, de laquelle elles sont toutes remplies, et la font paraître par les incisions de leur peau quand il leur plaît. » Stubbes (lb67) fait remarquer que les Mouches lumineuses de Cuba et de la Jamaïque diffèrent par leur taille : elles peuvent diminuer leur lumière ou l'augmenter pendant le vol et continuent à briller après leur mort. Une observation de Norwood, publiée vers la même époque, confirme l'exactitude des faits avancés par Stubbes : cet obser- vateur pouvait lire un imprimé et même écrire facilement avec la lumière que ces Insectes émettaient encore après leur mort, Sloane, qui écrit en 172o, donne pour la première fois une des- cription des caractères morphologiques de ces Insectes ; il croit, avec Cardan, que l'on pourrait en retirer par distillation une eau merveilleuse et mentionne, comme Nierembergius, l'existence de quatre foyers lumineux. Il est également question de ces Elaters lumineux dans un travail de Melchior qui fit partie de la bibliothèque de Lacordaire, mais nous n'avons pu retrouver ce document qui fut imprimé en 1742. Brown (17.56) s'est surtout appliqué à déterminer les caractères extérieurs de ce Coléoptère et il décrit avec soin l'appareil singu- lier que l'on retrouve chez les Insectes non lumineux, du même fenre, qui habitent nos contrées et qui leur permet, étant placés sur le dos, de faire des bonds de plusieurs pouces de hauteur pour retrouver leur position normale, ce qui leur serait impossible en raison du peu de longueur de leurs pattes. La lumière jaillit naturellement quand l'Insecte est éveillé, mais il l'interrompt à volonté et alors les glandes (sic) chargées de la produire devien- nent opaques. Il pense que toutes les parties internes de l'Insecte sont lumineuses, mais que l'imperméabiUté des téguments em- pêche la lumière de paraître à une autre place que celle où on LES ÉLAÏÉHIDES LUMINEUX li) l'observe d'ordinaire ; ce qni, selon Brown, prouve qu'il en est ainsi, c'est qu'en forçant les anneaux qui recouvrent les diffé- rentes parties du corps à s'écarter, on peut observer la lumière qui s'échappe évideriiment des entrailles de l'animal. « On les voit, » dit-il, « i-arement dans le jour, mais le soir ils s'éveillent et conti- nuent à briller et à se mouvoir une partie de la nuit. Ils se ser- vent de leur lumière pour se reconnaître entre eux , se réunir et provoquer ainsi les conditions les plus favorables à la con- servation de l'espèce. Les Nègres, qui savent cela, mettent à profit l'instinct qui les porte à se rassembler : ils placent un de ces Insectes entre leurs doigts et lui font exécuter des mouve- ments de haut en bas et de bas en haut : les autres Cucujos attirés par la lumière volent vers celui qui l'émet et ne s'aper- çoivent pas toujours à temps du piège qui leur est préparé. » C'est au mois de septembre de l'année 1766, que le premier Ciccujo. observé vivant en Europe, fit inopinément son appari- tion dans le faubourg Saint-Antoine, à Paris. Fougeroux de Bondaroy nous raconte ainsi ce petit événement qui fit alors sensation dans ce quartier où l'Insecte était sans doute arrivé avec quelque chargement de Bois des lies : « Le temps était doux et serein, deux femmes virent descendre et se reposer sur une croisée une lumière qu'elles comparèrent pour son éclat à ces feux que le vulgaire connaît sous le nom d'éioUes coulantes : on reconnut qu'un Insecte donnait cette lumière dont les yeux avaient peine à soutenir la vivacité » Dans la communication qu'il fit à Tx^cadémie des Sciences, Fougeroux de Bondaroy dit seulement à propos des métamor- phoses de cet Insecte : « On sait qu'avant de devenir Scarabée, il reste longtemps sous la forme de Ver, qu'il se nourrit du bois qu'il ronge et dans lequel il s'est introduit jeune. » Il émet l'opinion que l'on pourrait l'acclimater sans qu'on put appréhen- der que sa multiplication fit un grand tort à nos récoltes. En 1790, Olivier, dans son grand traité d'Entomologie, signale et décrit avec soin trois espèces de Taupins lumineux. Le pre- mier habite l'Amérique méridionale et les Antilles, c'est YElater noctilucus; le second se rencontre h Surinam et est désigné sous le nom d'Elater phosphoreus ; enfin il fait connaître une troisième espèce originaire des mêmes localités et qu'il appelle Elnter ignitius. 20 RAPHAËL DUBOIS Selon Palisot de Beauvois (1805), qui donne une belle figure de VElater phos]:-)horeus , la description de cet Insecte par Olivier est défectueuse et il reproche à Brown et à Sloane de l'avoir confondu avec VElater noctilucus. Palisot, qui a plusieurs fois ouvert de ces Insectes, a trouvé dans l'intérieur du corps une matière onctueuse et lumineuse comme du })hospliore. La lumière que répand le Taupin phosphorique est moins vive, plus verdàtre, plus terne et moins abondante que celle de VElater noctilucus ; qua- rante à cinquante de ces derniers, enfermés dans un ilaeon de verre blanc, donnent une lumière suffisante pour permettre d'écrire la nuit, mais il faut quatre fois autant d'individus de l'es- pèce du Taupin phosphorique pour produire le même résultat. Les Nègres de Saint-Domingue les nomment « Coucouilles ». Ils sont recherchés par les petits négrillons qui courent après ces Insectes dans la savane en les appelant par leur nom; ceux-ci, effrayés du bruit et du mouvement, cherchent un refuge en se posant sur les arbres ; quelquefois ils sont si étourdis qu'ils se précipitent sur les cheveux des personnes qu'ils rencontrent et même de ceux qui les poursuivent. Les Nègres pensent, comme autrefois les Indiens, que ces Insectes entendent leur nom et viennent à l'appel qu'ils leur font (1). Illiger publie, en Io07, une monographie des Élatérides qui portent des plaques lumineuses sur le thorax et décrit seize espèces différentes. Les premières recherches anatomiques sur la structure des organes lumineux sont dues à Macartney qui, en I8I0, reconnaît que les organes lumineux situés dans le corselet sont constitués par une substance jaune particulière, placée derrière une partie transparente du tégument, qui permet de voir la couleur naturelle de cette substance pendant le jour (Voir l''" part., chap. IV). De Humboldt et Bonpland, pendant un voyage au nouveau continent qui a duré plusieurs années et dont la relation a été publiée en 1814, ont eu l'occasion d'observer ces intéressants (1) On ne doit pas être surpris de l'existence de cette croyance, car, encore aujourd'hui, à Haïti, les indigènes ont des Taupins les ménies idées supersti- tieuses que celles qui se sont conservées dans nos campagnes relativement aux feux follets : comme ceux-ci, les Taupins hantent souvent les cimetières et l'on croit dans certaines localités que c'est l'âme des morts que l'on voit reparaître sous la forme de ces lumières vivantes. LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 21 insectes. La première et la seule expérience connue, relative à l'inQuence du système nerveux sur la production de la lumière chez les Pyrophores est due à de Humboldt « On peut d'ailleurs, » dit celobservàlenv dunsles Tableaux delà Nature, « se convaincre faci- lement par des expériences que la phosphorescence des animaux vivants est due à rirritabilité des nerfs. J'ai tiré une lumière très vive d'un EJater noctilucus qui était mourant, en touchant le gan- glion d'une de ses pattes antérieures avec du zinc et de l'argent. » De Humboldt aurait également, d'après Perty, constaté que les larves des Élaters lumineux vivaient dans la racine de la Canne à sucre ; mais, nous n'avons pa retrouver le passage où il est question de ces larves. En passant dans le chemin qui conduit au port de la Trinida.d le célèbre voyageur fuf, dit il, singulièrement frappé du spectacle qu'un séjour de deux ans dans la partie la plus chaude des tropi- ques aurait dû lui rendre familier : « Nulle part ailleurs je n'ai vu cette innombrable quantité d'Insectes phosphorescents (Cucujo, Elater noctilucus); les herbes qui couvraient le sol, les branches et le feuillage des arbres, tout brillait de ces lumières rougeâtres et mobiles dont l'intensité varie à la volonté des Animaux qui les produisent. On aurait dit la voûte étoilée du firmament abattue sur la savane. » Dans la case des habitants les plus pauvres de la campagne, une quinzaine de Cucujos^ placés dans une Calebasse percée de trous, servent à chercher les objets pendant la nuit. Il suffit de secouer fortement le vase pour exciter l'AnimAl à augmenter l'éclat des disques lumineux qui se trouvent placés de chaque côté de son corselet. Le peuple dit, avec une vérité d'expression très naïve, que les Calebasses remplies de Cucujos sont des lan- ternes qui sont toujours allumées ; elles ne s'éteignent en effet qu'avec la maladie ou la mort des Insectes qu'il est aisé de nourrir au moyen d'un })eu de Canne à sucre. Une jeune femme nous racontait à la Trinidad de Cuba que, pendant une longue et pénible traversée à la Terre-Ferme, elle avait tiré parti de la phosphorescence des Cucujos chaque fois que de nuit elle don- nait le sein à son enfant, le capitaine du navire ne voulant pas, à cause de la crainte des corsaires , qu'on allumât d'autre lumière à bord. « Pendant un voyage au Brésil qui dura trois années (1817-1820^, Spix et Martius ont eu fréquemment l'occasion d'observer des Pyro- 22 UAPIIAËL DUBOIS pliores. lis rapportent que les espèces « phosphoriques » sont nom- breuses jusqu'à Bonaria et qu'on en trouve également dans le royaume du Chili. On les voit rarement pendant le jour; mais, à la nuit tombante, elles envahissent en grand nombre les arbustes au milieu desquels elles volent en troupes serrées, les branches sont, alors embrasées de feux d'émeraude qui otTrent aux yeux le spec- tacle le plus agréable; tant que les lueurs phosphoriques vibrent, elles s'élèvent rarement plus haut. Leur vol est plus rapide et plus continu que celui des autres Élaters. Ces auteurs indiquent qu'il existe seulement trois points lumineux, mais placent la plaque abdominale « à la partie postérieure du mésothorax, dans une cavité triangulaire aplanie revêtue d'une membrane très fine jusqu'à une ouverture très petite recouverte de substance cornée : cette membrane contient la matière phosphorique; » mais, ils ajoutent que « lorsque l'Insecte vole, le mésothorax se sépare du métathorax. w La lumière de l'Insecte est à volonté diminuée ou éteinte totalement. Après la mort, la lumière décroît peu à peu ; mais, l'eau bouillante la ranime. Les Indiens, disent-ils, les aiment et les vénèrent. Curtis, qui cependant écrit en 1827 c'est-à-dire vingt ans après la publication du travail d'Illiger, ne compte que les six espèces d'Élaters lumineux énumérées par Schonher, il donne divers détails sans grand intérêt que l'on trouve d'ailleurs dans les auteurs qui l'ont précédé. Il sait que la larve est xylophage, que l'Insecte se nourrit de Canne à sucre et que la luminosité peut être ranimée par le frottement, même après la mort. Il rapporte qu'à la Havane on conserve ces Insectes dans des cages en ayant soin de leur faire prendre des bains d'eau tiède; les dames en font provision, pour s'en servir dans les soirées : elles les fixent dans les boucles de leur chevelure, sous le voile qui recouvre leur tête et relèvent ainsi l'éclat de leur beauté de celui de ces terres- tres étoiles. Lacordaire (1830) fait remarquer que le vol des Pyrophores, qu'il a observés dans l'Amérique méridionale, est plus rapide et phis soutenu que celui des Élatérides ordinaires; leurs espèces sont assez nombreuses et on les rencontre jusqu'à Buenos-Ayres et au Chili, localité qui lui a fourni deux espèces nouvelles. Il combat l'opinion de Brown cité par Latreille, et de quelques autres auteurs qui prétendent que l'Insecte entier est lumineux. LES ÉLATÉUIDES LUMINEUX 23 Selon Lacordaire, les réservoirs sont au nombre de trois ; rem- placement est bien nettement indiqué, en ce qui concerne les plaques du prothorax; mais, il place l'appareil abdominal à la partie postérieure du mésothorax : « lorsque l'animal vole, le mésothorax se sépare du métathorax et il jette par là une lumière moins brillante que celle des ta-ches du corselet, mais qui paraît plus considérable de loin. » Le célèbre entomologiste ajoute entin : « Le plus grand de tous et le plus commun est VElater noctiluciis (L'mn.) dont i\ eut ])d.Y\é àiins les plus anciennes relations de voyage et sur lequel on n'a pas encore donné de renseignements exacts. » Ce qui montre combien de points incertains existaient encore à cette époque dans l'histoire de ces Insectes, c'est ce que Bur- meister écrit deux ans plus tard (1832) dans son manuel classique d'Entomologie. Il émet des doutes sur l'exactitude de l'opinion de Pietro Martire, en faisant remarquer que les Taupins ne sont pas carnivores et ne peuvent manger les Moustiques, puisqu'ils vivent du nectar des fleurs : « Cependant, » dit-il, « en raison des détails fort circonstanciés donnés par Pietro Martire, il y a lieu de faire certaines réserves, car il existe des Carabides et des Coccinelles qui sont végétariens alors que le reste de la famille est Carnivore ». Il nous paraît convenable de clore ici cet exposé historique, déjà fort long, parce que, dès à présent, il approche suffisamment du but que nous nous sommes proposé d'atteindre en l'écrivant. Nous avons cru nécessaire d'avoir toujours recours aux textes originaux afin de débarrasser l'histoire de ces Insectes de récits dictés trop souvent par l'imagination, en dehors de toute obser- vation directe. L'origine de la découverte des Élatcrs lumineux étant acces- sible, puisqu'elle ne remonte pas au-delà de la conquête du Nouveau-Monde, on pouvait se proposer de rassembler, sinon toutes, au moins presque toutes les observations publiées depuis cette époque et faire connaître, par un exposé aussi complet que possible, à qui revenait le mérite de l'exactitude et à qui incom- bait la responsabilité des notions erronées. D'ailleurs, bien que nous soyons convaincu qu'il est moins difficile de voir la nature telle qu'elle est que de la reconnaître telle qu'on nous la présente ^BufTon), nous ne nous sommes pas cru autorisé à dédaigner les observations consignées par des 24 RAPHAËL DUBOIS savants, dont plusieurs ont acquis dans la science une grande notoriété, d'autant mieux que la plupart ont pu observer, dans leur pays natal, en pleine liberté sous les tropiques, ces curieux Insectes que nous n'avons possédés qu'à l'état de captivité. Pourtant, on verra par la suite combien d erreurs peuvent résul- ter d'une observation passagère et incomplète, quelque soit d'ail- leurs la valeur de celui qui observe et l'on demeurera convaincu qu'une étude complète et minutieuse de ce sujet était absolument indiquée. A partir de 1832 les observations publiées prennent un carac- tère moins général, plus précis. A l'exception de quelques auteurs qui rééditent avec plus ou moins d'exactitude des faits depuis longtemps connus, la plupart donne des renseignements pouvant servir de fondement à une discussion véritablement scientifique ; et, ce sont ces renseignements qui nous serviront à établir l'his- torique des matières qui sont traitées à un point de vue spécial dans chacun des chapitres de ce travail. Grâce à la disposition chronologique adoptée dans l'exposé bibliographique, il sera toujours facile de trouver les sources où nous avons puisé, quand il s'est agi uniquement des Élatérides lumineux. Les indications bibliographiques mises en remarque au bas des pages se rapportent exclusivement aux recherches que nous avons dû faire parallèlement ou comparativement et qui ne font partie que d'une manière accessoire de l'étude des Élatérides lumineux. CHAPITRE II ZOOLOGIE. S 1. Caractères généraitx des Elatérides. Le groupe des Pyrophorites. auquel apparliennent les Gacujos, fait partie de la famille si curieuse des Élatérides désignés vulgai- rement sous le nom de Scarabés à ressorts. Les caractères généraux zoologiques et anatomiques établissent les plus grandes affinités entre les Coléoptères confondus autre- fois sous le nom de Malacodermes et les Élatérides. Ce sont surtout les Lampyrides qui servent de trait d'union. LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 25 Ces liens de parenté sont encore resserrés par la propriété que possède un grand nombre d'espèces de ces deux familles d'émettre de la lumière, et, circonstance plus singulière encore, de mono- poliser, pour ainsi dire, dans le monde des Insectes, la production de cette lumière (1). Les Élatérides auxquels on donne encore les noms de Maré- chaux, Taupins, Forgerons, pris dans leur ensemble, sont des Insectes de taille médiocre, bien que ceux des pays chauds soient plus grands que ceux qui habitent dans nos contrées. Ce n'est pas en général par la couleur de leurs téguments qu'ils se font remarquer, car celle-ci est d'ordinaire uniforme et peu brillante. La tète fortement enchâssée dans le corselet, est généralement très inclinée ; elle est le plus souvent recouverte au-dessous par une pièce pectorale, prolongement du prothorax qui forme men- tonnière; les antennes de 11 à 12 articles, insérées sur le bord antérieur de la tète en avant des yeux sont dentées, souvent pec- tinées chez le mâle et quelquefois aussi filiformes : la lèvre supé- rieure est distincte : chaque lobe de la mâchoire est lamelliforme et cilié : la languette est sans paraglosse. La cavité qui sert d'insertion aux hanches antérieures reste ouverte en arrière; ces hanches sont presque globuleuses; les hanches postérieures très petites sont en partie cachées par le bord postérieur du métasternum. Les jambes linéaires portent de courts éperons terminaux et les tarses de cinq articles sont pourvus en dessous de lamelles. On distingue cinq segments à l'abdomen. Les Insectes de cette famille sont principalement caractérisés (1) Les Elatérides et les Lampyrides fournissent en effet les exemples les plus remarquables et les plus nombreux d'espèces douées de la propriété de produire de la lumière; mais pour de nombreuses raisous que nous ne pouvons exposer ici, sans sortir des limites que nous nous sommes imposées, nous pensons que cette propriété est beaucoup plus générale qu'on ne l'a supposé jusqi-'à présent. Elle a été signalée chez d'autres Coléoptères, en particulier chez un Bupreste de l'Inde (Bupreslis oceUata), par Latreille. Parmi les Orthoptères on l'a observée sur des individus appartenant au geni'C Anurophoras, chez les Diptères dans les genres Culi-x et TIvjreophora, et chez les Hémiptères du genre Fulgore. Ajoutons que certains Insectes qui sont, à l'état adulte, dépourvus d'organes lumineux en possèdent au contraire à l'état de larves, fait important sur lequel nous aurons l'occasion de revenir. Nous n'insistons pas davantage sur les divers points que nous venons de signaler en passant et qui seront traités avec tous les développe- ments qu'ils comportent dans l'étude complète des Insectes lumineux qui sera publiée ultérieurement. 2/j RAPHAËL DUBOIS par le siiiguliur appareil saltaloire auquel ils doivent le nom à'Élatériens (du mot élax'ho qui pousse, qui meut, élastique). La description de cet appareil sera donnée avec l'anatomie descriptive du Pyrophore noctiluque et l'explication de son mé- canisme trouvera mieux sa place dans le chapitre consacré à la Physiologie, en raison de l'influence qu'il exerce sur la produc- tion de la lumière. g 2. Des métamorphoses. — Caractères généraux des larves. Si les entomologistes, examinant les apparences extérieures, ont considéré les Élatérides et les Buprestides comme devant être rapprochés dans la classification naturelle, l'élude seule des larves démontre le peu de valeur qu'il faut accorder aux carac- tères extérieurs, surtout quand ils sont envisagés superficielle- ment. Tout examen approfondi du système tégumentaire et appendi- culaire conduit forcément à l'éloignement des deux types Êlater et Bupreste; mais, à elle seule, l'étude des larves suffit à démon- trer le peu de rapports réels qui existent entre les Élatérides et les Buprestides. Voici d'après le travail d'Erichson (I), dont les résultats sont reproduits dans l'ouvrage de MM. Chapuis et Candèze (2), les ca- ractères généraux des larves d'Élatérides. On en possède actuellement dix à douze bonnes descriptions seulement dont les caractères peuvent se résumer de la façon suivante : Tête cornée, plane en dessus et en dessous, à bouche dirigée horizontalement. Ocelles nuls (3). (1) Erichson. Wiegmann's Arch., I, p. 85, 1811. (2) Chapuis et Candèze. Catalogue des larves de Coléoptères. (3) Remarque. — D'après Perris (a), aucun auteur ne signale les yeux: Lucas n'a pu en découvrir que sur celles de VAgripnus. Mais, sur les larves de couleur claire de Melanofus et celles d' Elater et sur les jeunes larves d'Athous on observe sur- tout, en les examinant au grand jour et par transparence, un petit point noir sur chaque joue, un peu au-dessous de l'antenne. Sur la larve de l'Agriostes segetis ce i'X) Perris, Insectes du Pin maritime. Ann, soc. entom. franc, II, p. 151 et suiv., 1851. LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 27 Antennes très courtes de trois articles, articulées sur les côtés de la tète, près des mandibules. Plaque sus-céphalique sans chaperon distinct fermant la bouche en haut. Lèvre supérieure non visible. Mandibules courtes, assez fortes, tantôt simples, tantôt den- tées, se recouvrant un peu au repos. Mâchoires formées d'une seule pièce basilaire, très allongées, soudées au menton et enclavées avec lui dans une échancrure de la plaque sous-céphalique, si profonde qu'elle atteint presque la base de la tête, soudure des mâchoires avec le menton, disposées de telle manière qu'elles ne peuvent en aucune façon se rappro- cher, par suite de l'interposition de la lèvre inférieure : leur lobe interne est peu développé, cilié en dedans : le lobe externe est formé de deux articles, avec un palpe court de quatre articles. La lèvre inférieure est formée d'un menton très allongé, soudé, immobile entre les mâchoires , tantôt de forme quadrangu- laire allongée , tantôt triangulaire , lorsque les mâchoires se réunissent à leur base. Ce menton corné à sa base est par- cheminé à son extrémité : pièces palpigères libres, totalement soudées entre elles : palpes labiaux courts, de deux articles, pas de traces de languette. Le thorax est formé de segments semblables aux segments abdo- minaux; le prothorax plus long, recouvert de téguments cornés plus solides; pattes courtes très rapprochées l'une de l'autre, formées d'une hanche cylindrique, dirigée obliquement en bas, d'un troclianter court, d'une cuisse et d'une jambe un peu plus longue et d'un tarse consistant en un ongle simple et crochu. Les segments abdominaux sont au nombre de neuf, presque comfdètement protégés en dessus et en dessous, de même que les segments thoraciques, par des écussons cornés écailleux; les inférieurs moins larges que les supérieurs : celui de l'arceau dor- sal du dernier segment plus dur, souvent déprimé et diversement figuré. Anus porté sur un prolongement conique servant à la progression. Les stigmates sont au nombre de neuf paires, dont huit situées point est très apparent, de quelque uianière que l'examen se fasse. Mais, dans tous les cas, le point est peu régulier, il est entièrement noyé dans les tissus, et ne correspond à aucune saillie, à aucun tubercule externe. Quoique Perris soit dis- posé à y voir un ocelle, il n'ose pas se prononcer sur ce point. En raison de sa couleur roussàtre, il a été pris à tort par Blisson pour un stigmate. 28 RAPHAËL DUBOIS sur les huit premiers segments abdominaux, sur les bords laté- raux des lergites, le neuvième sur le mésotliorax également sur le tergite, mais sur un plan inférieur auxaulres. Ericlison, Candèze et Cliapuis ainsi que Perris insistent sur les singulières particularités que présente la bouche de ces larves, que l'on ne retrouve dans aucune autre famille, si ce n'est dans le groupe des Glythridcs, parmi les Chrysoméiides, et celui des Peltides, parmi les Nitidulaires. D'après Perris, c'est à tort qu'on les a comparées aux larves des Ténébrionides : « non seulement» dit cet auteur « il n'est pas permis de les confondre mais même de les comparer. Cette assimilation a été la conséquence irréfléchie de leur couleur, de leur contexture généralement cornée et même de leur forme qui, dans les larves cylindriques de Melanotus, d'Elater. de Luclius et d'Agriotes les rapproche de la plupart des Mélasomes. Elles ont de plus cette ressemblance que leur corps a une certaine raideur, par suite de la dureté des téguments et qu'il n'est guère suscep- tible d'extension et de contraction. » Les larves de Cardiophorus font exception à la règle. Ce sont des Vers blancs délicats membra- neux sauf la tète et le prothorax qui sont colorés et cornés, dont le corps longitudinalement cannelé est presqu'absolument glabre et susceptible de telles contractions et extensions que son diamètre et sa longueur peuvent varier du simple au double, l'abdo- men pouvant paraître avoir jusiiu'à 23 segments, les sept premiers étant susceptibles de se diviser en trois. Les caractères généraux particuliers à ces larves sont surtout constitués par la forme si étrange des mandibules et si étroite des mâchoires, du menton, de la lèvre inférieure, dans l'insertion des antennes au-dessus des mandibules, dans la situation des ocelles, de sorte qu'il serait bien difiicile de les confondre avec d'autres larves. Elles se distinguent encore de celle des Ténébrionides par la forme déprimée de la tête ; le corps est tantôt cylindrique, tantôt légèrement aplati et dans ce cas plus raccourci. La couleur la plus ordinaire est le jaune clair ou rougeâtre : quelques espèces sont d'un brun noir ou purpurin, par exception d'un blanc jaunâtre. Dans un grand nombre, le dernier segment est aplati, à bords diversement dentés ou épineux, ce qui pourrait servir peut-être à caractériser beaucoup d'entre elles. Les petites espèces se trouvent communément dans le gazon ; LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 29 d'aul.res, dans les Champignons ou les détritus de bois décomposé, d'autres entin sous les écorccs et dans les galeries creusées par les Xylopbages. Celles de ces larves qui vivent dans les cultures ou les potagers y font souvent de grands ravages, comme cela se voit pour les larves à'Agriotcs. Elles paraissent être en général phytophages ; mais, certaines espèces seraient carnassières, soit d'une manière habituelle ou accidentellement; MM. Chapuis et Gandèze pensent qu'il peut bien en être ainsi, en raison de la conformation de leur bouche. Ces mêmes observateurs ont confirmé l'exactitude du fait relaté par Dufour : ils ont vu en automne 1849, une larve d'Elater occupée à dévorer une larve de Diptère dans un Cham- pignon en décomposition. Ratzeburg et Dufour les avaient déjà vues, en efïet, manger diverses larves et même des larves de leur propre espèce. Perris également a pu confirmer la réalité de ces appétits car- nassiers en nourrissant en captivité des larves d'Élatérides avec des larves de Longicorues : il pense, qu'à défaut de ces larves, elles se nourrissent d'excréments et de dépouilles qu'elles trou- vent en abondance dans les vermoulures où elles vivent ; aussi, Perris recommande-t-il de ne pas chercher à les élever dans la sciure, mais dans les vermoulures de bois : les Elaters en particu- lier n'aiment que les bois travaillés. Perris pense que ces larves se développent en deux années dans notre pays, peut-être dans une seule à la condition qu'elles soient nées à une époque convenable. Il paraît surpris que le volume de la larve au moment de l'éclo- sion soit beaucoup pLis considérable que celui de l'œuf d'où elle sort, mais ce n'est pas un fait particulier aux larves d'Élatérides. Tous ceux qui se sont occupés de la Physiologie des Insectes, savent en effet, que cet accroissement subit de volume est géné- ral et tient à la pénétration de l'air dans l'appareil respiratoire. Cette remarque a une certaine importance relativement au rôle de la respiration dans la production de la lumière et nous aurons l'occasion de revenir sur ce point. La métamorphose a lieu dans le séjour cach' où vit la larve. La nymphe élancée, très mobile, qui en résulte, repose dans une loge ménagée dans la terre ou le bois pourri et d'où certai- nement rinsecte parfait sort au bout d'un temps très court. Selon Perris, peu de temps après que la larve s'est renfermée dans la cellule, elle devient immobile, son corps se raccourcit un 30 RAPHAËL DUBOIS peu et se dilate au milieu. Cette dilatation fait tous les jours des progrès par l'extension des membranes latérales qui séparent les arceaux supérieurs des arceaux inférieurs et il arrive un moment où la forme ballonnée devient elliptique. Les flancs sont alors très bombés et blanchâtres, ce qui la rend méconnaissable. Bientôt après, la peau se fend sur le thorax et sur une partie de l'abdomen, le long de la petite suture médiane que l'on observe dans la larve, la nymphe paraît et en quelques instants elle re- foule son maillot à l'extrémité de son corps. Cette nymphe contrairement à celle des Buprestides est mobile ; à l'aide des épines de son dernier segment et des ondulations de son corps, elle peut facilement se retourner dans sa cellule. L'étude de ces larves a une grande importance, parce qu'elle permet d'assigner aux Élatérides une place plus exacte dans le monde des Coléoptères, condition nécessaire pour déterminer, par l'étude comparée des Taupins lumineux avec les espèces les plus voisines, la signification morphologique des organes lumineux. Elle sépare nettement les Buprestides des Élatérides qui avaient été réunis sous le nom de Sternoxes en raison des analo- gies du faciès. Les organes de manducation les font remonter aux plus hauts degrés de l'échelle, puisqu'elles les rapprochent des Garabides : elles ont, comme elles, des mandibules arquées, acérées, quoique moins longues et moins crochues, les palpes maxillaires de quatre articles, le lobe des mâchoires bi-articulé ou paraissant l'être, l'épistôme et le labre soudés, ainsi que le menton et les mâchoires. Bien plus, les larves d'Agrypnus et dJAthous ont la forme de celles des Carabes. Les cornes même du dernier segment présen- tent une certaine analogie. Il existe sans doute des différences, car les larves de Carabes sont plus agiles, plus molles, ont cinq articles aux antennes, les yeux et les pattes sont autrement con- formés, mais ce qu'il y a de remarquable, c'est qu'elles ont plus de ressemblance avec les larves d'Athous qu'avec tout autre. (Perris). Ajoutons que les divisions établies dans l'ancien genre Elater, basées sur les caractères de l'Insecte parfait, trouvent également leur justification dans l'étude des larves. Les détails précis dans lesquels nous sommes entré dans ces généralités nous dispenseront d'établir une diagnose différentielle pour chacune des larves qui ont été décrites à tort comme appar- tenant aux Pyrophorites, par les auteurs qui nous ont précédé. LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 31 S 3. — Des Pyvophoi'ites. Caractères généraux, classification. Les Pyropliorites ne constituent qu'une sous-tribu (ii° sous- tribu) dans l'excellente classification de M. le D"" Candèze qui s'est acquis une si juste notoriété par ses beaux travaux sur les Êlatérides; il les place dans la septième tribu, parmi les Élaté- rides vrais, qui en forment la deuxième section. Tout travail ayant trait à l'étude zoologique de ces Coléoptères doit prendre pour base la monographie du D"" Candèze qui est de beaucoup la plus récente et la plus complète. Celle-ci, qui date seulement d'une vingtaine d'années, avait été précédée de deux autres monographies spéciales des Pyro- phores. La première, due à llliger a été publiée en 1807; elle comprend seulement seize espèces. Celle de Germar, écrite il y a plus de quarante ans (1841), renferme jusqu'à soixante-neuf types spécifiques. Ce nombre a été réduit dans le premier travail (1863) de M. Candèze à une cinquantaine d'espèces, auxquelles il a ajouté des espèces nouvelles importées eu Europe depuis le travail de Germar, ce qui donne un nombre à peu près égal à celui qui avait été fixé par cet auteur. Ce nombre a été porté cà soixante- treize par la découverte récente de quatre nouvelles espèces. Les espèces de la deuxième section des Êlatérides vrais, dont les Pyrophorites forment le premier groupe, se distinguent par leur front dépourvu en avant, au moins sur la ligne médiane, de crête transversale ou carène, en deçà du bord qui donne inser- tion au labre : il est carré, généralement concave, les crêtes sus- entennaires fortes, transversales dans leur portion interne. Dans l'immense majorité des cas on trouve des vésicules phosphores- centes vers les angles postérieurs du prolhorax. Ldi sous-tribu des Pi/rophorites est formée presque entièrement du genre Ptjrophorus 111, à l'exception de deux espèces qui représentent le genre Photophorus et sont également lumi- neuses (1). (1) Ces deux espèces sont le P. Janoni et P. Bokcwelli : la première, habite les îles Viti et la seconde les nouvelles HJbrides. Le P. Montrouzier a également signal'3 un grand Elater lumineux habitant les îles Lifu, auquel il a donné le nom lie Niclerylampia Lifuaniis : il paraît appartenir à la môme sous-tribu. 32 RAPHAËL DUBOIS Genre PYROPHORE. Pyrophorus 111. . 1809 (1). Synonymie : Keça/.oÀ^i^y.Trt; Moufet, 1634 ; Hypsiophtalmus Latr., 1805; Belania Lap., 1840 ; Stilpnus Lap., 1840 ; PJianophorus Sol., ISol. Ce genre est, d'après Lacordaire, en apparence seulement, l'un des plus tranchés de la famille, mais, en réalité, c'est un de ceux qui prouvent le mieux V excessive variabilité des organes chez les Élaté- rides. Il ny a en effet rien de constant chez ces insectes, pas même V existence des vésicules phosphorescentes qui constituent leur caractère essentiel. Les uns Ggurent parmi les plus grands Élatérides d'autres sont tout au plus de taille moyenne, le reste varie dans la même proportion. On ne saurait d'ailleurs en dire rien de général à moins d'entrer dans des détails infinis (Lacord., Gênera). Le D'' Gandèze insiste également sur les difficultés que présente ce genre au point de vue de la classification : « Plusieurs espèces » ont le prothorax dépourvu de vésicules phosphorescentes et » leur faciès seul indique qu'elles rentrent dans le genre Pyro- » phorus. Il en est qui perdent même ce faciès, bien que cepen- » dant certaines raisons obligent à les rapporter à ce genre. Je » citerai spécialement le P. marginicolUs (Brésil), qui est privé de » vésicules phosphorescentes et qui s'écarte par son système de » coloration de la généralité des espèces, mais son affinité avec » le P. cincticollis, du même pays, lequel a des vésicules bien dis- » tinctes, indique incontestablement sa place réelle. On doit donc y> admettre que dans certains cas, Vabsence ou la présence de taches » phosphoriqucs perdent de leur valeur caractéristique . » Germar avait placé quelques-unes des espèces aberrantes parmi les Pristilophus (Corymbites) : il eût dû, suivant M. Gandèze, pour être conséquent avec lui-même, y placer aussi les Pyro- phorus hebes et cœcus, qui n'ont pas de vésicules et qui n'en sont cependant pas moins, pour l'œil, de véritables Pyrophores. Il est regrettable qu'il ne soit fait mention que de la présence (1) ttD^, feu ; (pepoj, je porte. LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 33 OU de l'absence des organes lumineux du prothorax: il serait inté- ressant de rechercher si l'absence de vésicules prothoraciques entraîne la perte du foyer ventral. Ces Pyropliorus éteints ne se distinguent plus des Corymhites^ aussi le D"" Candèze fait-il rentrer dans le genre Pyrophore tous les Corymbites propres au Brésil ou plutôt à la région intertropi- cale de l'Amérique. Les rapports que les Pyrophorites affectent avec les Athous sont presqu'aussi intimes. Nous nous bornerons à rappeler ici les caractères les plus sail- lants indiqués par le D'' Candèze. La tête est de grosseur très variable, plus ou moins engagée dans le prothorax, le front subquadrangulaire ou rétréci par les yeux, concave, quelquefois même profondément encavé : les yeux généralement bien développés, parfois très gros : les mandibules simples ou échancrées. Les antennes sont de longueur variable, tantôt faiblement, tantôt fortement dentées en scie, le deuxième article générale- ment petit, le troisième parfois aussi court, parfois semblable au quatrième, le plus souvent d'une taille intermédiaire : le der- nier muni à l'extrémité d'un faux article. Le prothorax et les élytres sont de forme variable, le premier offrant, vers les angles postérieurs, deux tâches jaunes plus ou moins saillantes, arrondies, lumineuses pendant la vie de l'ani- mal et appelés, pour cette raison, vésicules phosphorescentes ou lu- mineuses. Le prosternum est muni d'une saillie arrondie bien développée, et d'une pointe postérieure droite un peu fléchie ; les sutures latérales sont obliques et reclilignes. Le mésosternum est déclive, sa facette petite et à bords dépri- més, les hanches postérieures à lame extérieure linéaire ou à peu près et faiblement élargie en dedans. Les pattes sont médiocrement longues, leurs tarses filiformes, comprimés à articles de 1 à 4, diminuant graduellement de lon- gueur, revêtus en dessous, tantôt de poils courts épars, tantôt d'une pubescence foncée et formant velours. Le corps est parfois tomenteux, parfois simplement pubesceut, plus rarement complètement glabre. Germar n'a pu trouver de ditférences sexuelles extérieures pour beaucoup de Pyrophores, et le D"" Candèze est plutôt porté à penser qu'elles sont si grandes, qu'elles ont conduit à faire des genres spéciaux pour des individus d'un sexe différent. Pour cet .} RAPHAËL DUBOIS LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX LOCALITES 1" Sectios 2" Section =5. 3' Section 4- Section ■„],«! vésicolsires posté 5 t P."lir du troisième S *, conimo dans la sec- "m précédoolo. 5' Section G" Section T Section routes les espS«», '"^^^s' iÏÏSrJ!°enTr.*»0-%l isoi lon^'idiJe. Taille grande; antennes courtes à troisiùmo article plus petit que le quatrièmi- ; prolhoras aussi ou plus large que long, à vésicules latérales et sail- lantes. Taille moyenne, formes sveltes; antennes longues, prothorax allongé, ses vésicules do for- mes diverses, latérales ou angulaires, parfois peu, ex- ceptionnelleiuent pas appa- rentes. Taille moyenne, corps allons svelle, vésicules lalé,.S ou angulaires; an lennoiH,; lees on icio à partir™, troisième article, lequel ei semblable au suivant. Tachos viïsiculaires posto - til iliipriinô ; jinluones Jori- Wos 011 sric i partir du ((ua- Irièino article, le iriiisiemo plus lourt qui3 CL'Iui-ci. Taclios vèsiculaires posiér. ; ant. mcd. dentées; troisième article aussi long que le qua- Inéine, mais plus liiroil ; les maies, mais no débordanl pas le prothorax sur les cotés. Vé-icules postiîrieuros ; yeux globuleux 1res saillants (cbez les mâles au moins), debor- dAot latéralement le pro- thorax qui est fort rétréci au sommet ÉUKs-CalB M' L. N.;.. P. pby^oderw!. —^ Heilioc '30-20 N.) P. strakus. P.slelh.P.onmmfiilum P. Gerinari. «ntilica (23-n N.) P pUtfjioithtalmas. P. hcKpcrus. P. lumiiiosus, lyelimis. lychnifmii, caiisliriis. Vcoeiiicla (10-SN.).... P. riliiiclus. P. }nelaniixuiilhiis. Biiyanne 10-10 N.) P, iiiJudnfdis. P. melaimrm. P. ("iin*:fi. P. fiilgin-ans [Caycnno]. P. om////r. est signa- lée une espèce qui, d'après Alexandre Fry, auteur d'une histoire des Coléoptères, serait inconnue. Murray pense qu'il est douteux que l'on connaisse bien la forme larvaire de la Firefly : il ajoute que si certains arguments peuvent servir à prouver qu'il s'agit de la larve d'une Firefly, il en est d'autres qui semblent contraires à cette opinion. Cette première larve aurait déjà été vue antérieurement par trois observateurs, aux descriptions desquelles elle correspond. En premier lieu, par M. Fry, qui, retournant un soir à Rio de Janeiro, à cheval, aperçut une barre lumineuse brillante rampant devant lui an travers de la route. L'ayant prise dans sa main il constata que la tête produisait une brillante lumière rouge, « comme une lanterne de chemin de fer» ; elle était persistante et spécialement visible en haut, sur la face dorsale de la tête. A. la partie inférieure, sur les côtés du corps, on voyait une suc- cession de points extrêmement brillants ; ils n'étaient pas tous visibles à la fois et à tout moment, « la lumière émanait des stig- mates, » courant de la tête à la queue, suivant les mouvements de l'Insecte qui progressait comme une Chenille. Il y avait égale- ment une autre lumière à cette extrémité terminale, elle était aussi forte, mais non persistante. M. Fry tenta en vain d'élever cette larve : elle mourut au bout de deux jours. Le même auteur en a rencontré une semblable, dans Rio, à Sainte-Thérèse, mais il n'a pas noté ce qui lui était particulier. La description de M. Fry se rapporte aussi à une larve entrevue par Franck Miers et qui portait sur la tête des foyers de lumière grenat. Une autre larve lumineuse, mais différente de celle-ci par la taille et par la forme extérieure, fut encore remise à M. Miers au mois de juin ; elle avait un pouce de long environ et un peu mais manifestement plus courts que les cinq derniers qui diffèrent quelque peu en- tre eux : la partie abdominale des huit premiers segments est divisée en cinq par- ties au moyen de quatre sillons: celui du milieu est le plus large et les deux de chaque côté sont étroits : de sorte que l'on peut se figurer la portion ventrale du corps comme couverte, à la différence du dos, non par un, mais bien par cinq bou- cliers cornés. Il y a de chaque côté neuf stigmates : le premier se trouve sur le côté inférieur du métathorax, tout près du reboi'd extérieur du segment ; les huit autres sur les huits premiers segments de l'abdomen, où ils sont situés sur le bouclier dorsal, tout à fait au point où celui-ci s'infléchit sur le côté ventral. LES ÉLATFÎRIDES LUMINEUX 49 moins d'un demi-pouce de largeur : peut-être s'agissait-il seu- lement de deux états de développement d'une seule et même espèce de larve. Il semble qu'il soit question d'une larve analogue aux pré- cédentes dans le récit du lieutenant Olivier relatif à celle qu'il a observée, en 1867, au Nicaragua, sur la route de Dundee : « La nuit , les Mouches lumineuses étaient magnifiques nous avons vu également un ravissant Ver luisant avQC une lumière semblable, mais plus petite : quand on le touchait, une série de petites étincelles, comme des perles scintillantes, se montrait dans toute sa longueur, sur deux rangs. La larve était pleine de matière lumineuse qui paraissait rouge sur la tête par son passage au travers de ï enveloppe chitineuse. On voyait la couleur naturelle de sa lumière lorsque l'animal, dans ses mouvements respira- toires, entr'ouvrait ses stigmates. » D'après cet observateur, on ne distinguait pas la lumière dans les autres points du corps à cause de l'épaisseur des téguments et des couches muscu- laires. Quant à Murray, il pense que la larve dont il donne la descrip- tion dans sa note est bien une larve de Pyrophore, parce qu'au Brésil on ne connaît pas d'autres Insectes lumineux que ceux-ci et les Lampyrides dont les larves sont également lumineuses. Pourtant, il reconnaît qu'elle diffère du type normal des Élatérides : elle est convexe au-dessus seulement, le dessous est aplati, plus mou que le dessus, la tête est en partie cachée par le segment pro- thoracique et les segments s'emboîtent comme les pièces d'un télescope; d'ailleurs, cette larve ne possède pas les caractères que l'on rencontre à la partie postérieure de celles des Élatérides, pa- pilles, pseudopattes, etc., etc.. En comparant attentivement la description détaillée donnée par Murray, dans sa note, avec celle qui a été publiée antérieurement par Reinhardt, on est conduit à considérer ces deux larves comme très voisines, sinon identiquement semblables. Il n'est pas nécessaire de reproduire ici les caractères donnés par Murray pour établir les différences profondes qui existent entre cette larve et celles des Élatérides ; la figure qu'il en donne (fig. i) suffit à montrer qu'elle se rapproche beaucoup plus d'une larve de Lampyride que d'une larve d'Élatéride, et Murray n'a point raison en disant qu'elle se rapproche plutôt d'une larve d'Élatéride que de toute autre larve de Goléoptère : il pense néan- moins que, pour la classer avec certitude, il faudrait connaître les Î30 RAPHAËL DUBOIS caractères de l'Insecte parfait : aussi, propose-t-il de lui donner provisoirement le nom d'Astraptor illuminator (âizpaTvr]^ éclair). Fig. III. Tête vue en dessous. Fig. I. Astraptor illuminator. Fig. II. Tète vue en dessus. A propos de la note de Murray, M. Roland Trimen a fait con- naître qu'une larve analogue, sinon identique, avait été observée à Buenos-Ayres, par M. Ogilvie, principal du Collège de Cape- Town; elle venait des États de Montevideo. Cette larve avait un peu moins de deux pouces de long et le dos était de couleur brune. Lorsqu'elle traversait la table, elle ressemblait à un train de che- min de fer en miniature, la tête était lumineuse en dessus et brillait d'une lumière rouge, tandis que la lumière du corps était verte : on voyait, à chaque point d'attache des segments, un petit globe lumineux. Elle ne ditierait de la larve de Murray que par la taille plus grande et par la lumière qui était verte au lieu d'être blanchâtre. Selon M. Trimen, la différence de taille est expli- quée, par la présence dans ces parages du plus grand des Pyro- phores, du Pyrophore noctiluque ; quant à la lumière, elle est tou- jours verte, s'il n'y a pas de substance interposée. M. Smith a fait également connaître une larve trouvée dans l'Uruguay, présentant les mêmes caractères et qu'il suppose être une larve de Pyrophore. M. Townend Glower, en 1874, a donné des renseignements sur LES ÉLATÉRIDE3 LUMINEUX 51 la lumière et les habitudes du Pyropliorus phr/soderus, qui habite les États-Unis. Il a décrit et figuré également une larve qu'il pense, sans pouvoir toutefois Taffirmer, appartenir au genre Pyrophore. L'étude attentive de la note publiée, en 1875, par Pickmann, Sur une larve lumineuse d'Élatéride, montre que l'on doit être très réservé quant à la désignation du genre dans lequel doit prendre place l'insecte parfait, qui n'est pas connu de l'auteur de cette note. L'habitat et la manière dont se comportent en liberté, les indi- vidus qu'il a observés, leur couleur, tantôt jaune, tantôt brune (1) et les caractères morphologiques indiqués par l'auteur ne per- mettent pas de les considérer avec certitude comme des larves d'Élatérides ; cependant, au dire de cet observateur, elles difTè- reraient peu de la troisième espèce de larves inconnues décrites par Osten-Sacken (2). Or, dans une note ultérieure (3), cet auteur établit que la larve qu'il a décrite, comme émettant une douce lumière verte, est une larve de Melanotus (Élatérides). Quoi qu'il en soit, comme il n'y a pas, d'après M. Pickmann, identité absolue eutre la larve qu'il a observée et celle qui a été décrite par Osten-Sacken, nous croyons devoir reproduire som- mairement la description qu'il en donne, en faisant remarquer toutefois que, d'après les conseils de M. Austin, M. Pickmann pense qu'il s'agit de larves de VAsaphes memnonius (4). Il) Les larves de Lampyrides indigènes sont brunes, tandis que les nymphes sont jaunes ; les deux variétés décrites par Pickaiann sont très probablement des états différents de développement. (2) Oslen-Sacken, Proceed. of entom. Soc. of Philad., I, p. 129. (3) Osten-Sacken, Proceed of ent. Soc. of Philad., IV, p. 8-9. (4) Pickmann man's, Psyché, I, p. 89. Remarque. — Les larves de M. Pickmann ont été trouvées à Newton Centre, Weston, dans le Cambridge, près Ausburn. entre West Roxburg et Dedham et dans cette localité mémo. Il y en a deux variétés, l'une jaune et l'autre brune. Les larves jaunes ont une lumière persistante, celle des brunes est intermittente. La longueur est en général de SS"™ ; la forme est allongée, les cinq anneaux qui suivent la tète deviennent successivement plus larges, les trois derniers sont bien plus insensiblement rétrécis. Le dernier anneau est uniformément arrondi, de consistance molle. Les côtés des anneaux abdominaux, quelquefois ceux du thorax et du ventre entier, le front et le bord postérieur des segments thoraciques sont jaunes. La tête est rétractile, bien sortie pendant la marche, transversalement dilatée dans la partie postérieure moyenne, qui est d'un brun foncé, qujlquefois noire, plus pâle sur le bord. Le bord supérieur de la tôte bisinué entre la base des mandi- 52 RAPHAËL DUBOIS M. Burmeister dit avoir observé à Paranà, capitale de la Répu- blique Argentine, une larve analogue à celle qui a été décrite par Murray (fig. iv), laquelle avait été vue également par M. Ogilvie douze ans auparavant. Il pense que cette larve est la même que celle d'Azara et de Reinhardt. Fig. IV. Larve lumineuse figurée par Burmeister. Cependant, si l'on compare les descriptions données par ces au- teurs avec celle de Burmeister, on ne peut admettre qu'elles se rap- portent à un animal de même espèce. La figure (fig. iv) donnée bules, la concavité de la courbe étant centrale et les parties latérales en projec- tion. Directement au-dessous de la bouche, le bord inféiieur est tronqué, entaillé au centre. Le labre n'est pas séparément distinct ; le troisième segment des antennes est cylindrique, le second aussi large que long, le troisième aussi long que le second : dans beaucoup de cas, on ne trouve pas trace du quatrième segment. Les mandibules sont fortement incurvées : ce que l'on appelle le second appen- dice des mâchoires n'est pas distinct. Le troisième et le quatrième segment des palpes maxillaires, ordinairement plus petits, sont aussi longs que larges. Le prothorax, dans l'extension, aussi large antérieurement que la tête : le méso- thorax et le métathorax sont égaux en longueur, le dernier cependant un peu plus long. Ils sont plus mous que le prothorax. La ponctuation du thorax est presque nulle. L'extrémité du trochanter n'est pas très rapprochée et elle est plus éloignée dans les membres postérieurs : les jambes postérieures ne sont pas plus élargies que les autres et ont à peu près les mêmes dimensions, elles sont toutes épineuses et hérissées ; mais, avec un anneau incomplet. Les segments abdominaux ne diffèrent guère par leur longueur. Les pseudo- podes ont la forme de troncs de cône, leur texture est molle homogène, les pointes externes sont bituberculées et bifurquées. LES ÉLATfiRIDES LUMINEUX î)3 par Burmeister montre d'ailleurs qu'il ne s'agit pas d'une larve d'Élatéride, bien qu'elle soit tout à fait différente de celle qui représente l'Insecte désigné provisoirement par Murray sous le nom d'Astraptor illuminator. Nous sommes bien certainement en présence d'une espèce nouvelle, mais qui n'appartient pas au groupe des Élatérides (1). (1) Description de BnrmeUler. — Cette larve avait une longueur de deux pouces et un quart de pouce de largeur. Le corps était composé de la tête et de treize anneaux, le plus large près de la tête, le plus petit portant le tube court suppor- tant l'anus. La couleur était d'un brun jaunâtre, la tète plus obscure. Une grande partie du corps et surtout les parties intersegraentaires et la face inférieure du corps était jaune pâle, et la peau, en ces endroits, était mince et molle. A la partie supérieure du deuxième segment, immédiatement en arrière de la tête, existaient deux petites plaques cornées de couleur jaune brunâtre, une de chaque côté du vaisseau dorsal. Le segment prothoracique et le pénultième sont entièrement couverts de plaques cornées continues d'une couleur plus obscure, et le petit segment latéral a une écaille latérale brune plus foncée de chaque côté du corps. Celui-ci est garni de poils courts et hérissés placés sur les plaques cornées dorsales avec les pointes dirigées en dehors, le reste des segments étant lisse et nu. La tête est petite, en comparaison du large segment prothoracique, et quelque peu rétractée dans l'intérieur de ce segment; elle est recouverte d'une peau écail- leuse obscure et a une forme transversalement ovale. Le cou est court et s'encastre dans le commencement antérieur du segment prothoracique. Sur les parties latérales proéminentes de la tête sont situés les yeux qui sont noirs.- Sur le front se trouvent des antennes formées de quatre segments. La lèvre supérieure, plus large que longue, est émargente dans le milieu du bord libre. Sur le côté de cette lèvre supérieure sont situées les antennes. Les mandibules sont formées de forts crochets cornés de couleur très foncée, avec une pointe courbe déliée et très aiguë et un angle denté dans le milieu de la partie interne. Au-dessous des mandibules sont les mâchoires, unies avec les parties intermé- diaires de la lèvre inférieure, en un fort plateau corné, divisé par deux crêtes en trois parties. Les mâchoires, larges à leur base, s'effilent à leur extrémité, où se trouve un petit appendice cylindrique qui paraît être la palpe maxillaire. Burmeister n'a pu, malheureusement, examiner l'intérieur de la bouche qui était rétractée dans l'intérieur de l'animal, celui-ci ayant été perdu avant qu'il fôt mort. La languette était molle, non cornée et non transparente, différant en cela de la pièce basilaire de l'antenne et du palpe. Le corps de la larve n'est pas parfaitement cylindrique, mais plutôt déprimé, ayant un contour elliptique avec un bord tranchant. Il est de consistance molle avec plaques cornées sur chaque segment. Ces plaques soutiennent de fort poils et de courtes soies décrites antérieurement. Le segment qui vient après la tête est long, plutôt trapézoïdal, avec des bords courbes et entièrement couverts par une plaque cornée unique. Les deux segments suivants sont les plus mous de tous ; ceux qui leur succèdent sont un peu accrus 54 RAPHAËL DUBOIS Cette larve émettait une lumière visible même pendant le jour; mais, elle était plus constante pendant la nuit ; l'animal pouvait à volonté en augmenter ou en diminuer l'éclat. Cette lumière pré- sentait également le caractère indiqué partons les auteurs pré- cédents; elle était de deux couleurs. La lumière de la tête était entièrement rouge, comme un char- bon ardent, mais celle du corps était blanc verdâtre, comme celle des Vers luisants ou comme celle du phosphore. Cette lumière partait de dix points du corps correspondants aux espaces intersegmentaires membraneux. Il y avait également une petite tache lumineuse, en arrière des plaques dorsales, sous la peau molle qui les réunit. Le segment situé en arrière de la tête et celui qui précède le tube anal, sont recouverts tous deux par une plaque cornée non divisée et n'ont pas de points lumineux ; mais, la peau, réunis- sant la tête et le segment contigu, émet une brillante lumière rouge. Lorsque l'on regarde cette larve placée à une petite distance, on distingue vingt petits points de lumière blanc verdâtre, de la grosseur de la tête d'une forte épingle, suivant en deux séries parallèles une lumière rouge placée <à leur tête. Malgré la grande analogie existant dans la disposition des points lumineux et malgré sa ressemblance avec les larves dé- crites antérieurement, Burmeister pense que celle-ci est bien réel- lement une larve de Pyrophore, tandis que celle que Murray a fait connaître, sous le nom à'Astt-aj)tor iUuminator, serait une larve de Lampyride. Ni l'une ni l'autre de ces larves ne présente les caractères que nous avons indiqués dans le paragraphe relatif aux caractères généraux des larves d'Élatérides. en longueur jusqu'à ce que l'on arrive au dernier qui est presque trapézoïdal, étant atténué en arrière. Il porte un tube anal très mobile. Les caractères des membres donnés par Burmeistor s'éloignent notablement de ceux qui sont propres aux larves d'Élatérides. Les stigmates apparaissent sous la forme de neuf points noirs sur chaque côté du corps. Le premier est situé sur le segment prothoracique, près du bord, en arrière de la première paire de pattes; les autres, immédiatement en avant du bord inférieur des plaques cornées. La larve de Burmeister avait été trouvée dans du bois pourri, elle était très agile, se défendant des attaques par de rapides mouvements, mordant tout ce qu'on lui présentait et perforant facilement l'épiderme des doigts. Dans ses mouvements de défense, elle lançait de côté et d'autre, vers l'agresseur, l'extrémité de son corps, expulsant par l'anus une liqueur claire, rouge-brun, corrosive. LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 55 La description de la larve trouvée par le professeur Weyenbergh, au mois de décembre 1872, sur la route de Cordôba (République Argentine) et la figure qu'il en donne nous ont convaincu qu'il ne s'agissait pas d'une larve d'Élatéride ; et, à fortiori, d'une larve de Pyrophore, comme l'admet cet observateur en s'appuyant sur cet argument, d'ailleurs insuffisant, qu'il n'existe pas dans cette ré- gion d'autres insectes lumineux que ceux qui appartiennent aux Lampyrides et aux Élatérides. M. Ph. Bertkau (1), qui a également étudié la description et la figure données par Weyenbergh, déclare que cette larve n'offre que très peu de ressemblance avec les larves d'Élatérides qu'il connaît et, qu'elle présente, au contraire, les plus grandes analo- gies avec une larve de Téléphoride. M. Weyenbergh, qui ignorait l'existence des faits signalés par les observateurs qui l'ont précédé, fut très surpris de constater que tandis que la tête et l'anneau suivant émettaient une lueur de feu extraordinaire, les autres anneaux brillaient avec une phosphorescence bleuâtre des plus belles et des plus éclatantes, qui, de temps en temps, passait par une clarté plus jaunâtre. Il est regrettable que M. Weyenbergh n'ait pas donné de cette larve une description plus complète ; d'autant plus, que la figure qui accompagne son observation ne peut donner qu'une idée très vague de la conformation extérieure de l'animal. Toutefois on peut être certain qu'elle se rapproche beaucoup plus de la larve décrite par Burmeister que de celle de Murray; mais, elle diffère par certains points de l'une et de l'autre, sans pourtant se rapprocher, en aucune façon, des larves d'Élatérides. Il serait utile que le spécimen identique à celui de M. Weyen- bergh, rapporté depuis par le professeur Stelzner, devint l'objet d'une étude nouvelle. Toutes ces incertitudes ne pouvaient prendre fin qu'en se pla- çant dans les conditions qui m'ont permis d'observer, le premier, le développement d'un œuf pondu par un Pyrophore. Larve du Pyrophorus noctilucus. Premier âge. —Au sortir de l'œuf, la larve du Pyrophorus7iocti- lucics présente déjà les caractères qui permettent de distin- (l) Bericht d. Entom , fur 1875-70. Berlin, 1878, p. 198. 56 RAPHAËL DUBOIS guer les larves d'Élatérides de toutes les autres larves de Coléop- tères (PL I). D'une taille moyenne de trois millimètres, le corps élargi en avant, aminci en arrière, est constitué par douze zonites, sans compter la tête. La présence, entre les mandibules, d'un chaperon ou épistome tridenté (PL 1 et II, ep), la forme du dernier an- neau pourvu d'un pseudopode, au centre duquel s'ouvre l'anus, anneau muni également d'appendices armés, suffisent pour les déterminer avec certitude et les classer à côté des larves de Chal- colepidius et à'Alaus, si bien représentées par Schiodte (1). La tête aplatie, presque triangulaire, se distingue du corps qui est blanc grisâtre par sa couleur jaune ambrée. Elle est armée de puissantes mandibules (PL 1 et II, m) très saillantes et très arquées qui cachent en partie les pièces maxillaires et labiales; le bord interne de chacune d'entre elles est très tranchant et porte, en son milieu, une petite dent; à la face de la région basi- laire sont situés quatre poils disposés en arc de cercle à convexité tournée en dedans. Entre la base des mandibules s'étend transversalement le cha- peron (PL I et II, 673) présentant en son milieu trois dents, une médiane subaiguë et deux latérales à pointes inclinées en dehors. Au fond de la concavité qui se trouve entre chaque dent on aperçoit quelques très petites spinules; en arrière des trois dents, sont situés quatre petits poils disposés sur une ligne transversale. De part et d'autre, le chaperon porte trois poils d'inégale longueur, disposés en triangle , l'interne étant très allongé ; à sa face interne, le chaperon, au-dessous du trident, est revêtu de fines et délicates spinules : il porte une paire de poils très petits ; de chaque côté, près de l'angle interne de la mandibule, est im- planté un long poil. Le labre masqué par le chaperon n'est pas apparent ; d'ailleursi Schiodte ne le mentionne, ni ne le figure dans ses belles études sur les larves d'Élatérides. Au-dessous du chaperon et entre la base des mandibules, s'é- tend une pièce orbiculaire, réunion du menton et des mâchoires; des sillons indiquant seuls les limites des pièces. Cette coales- cence dans les pièces buccales se retrouve, au même degré, dans l'insecte parfait. (1) J.-C. Schiodte, De metamorphosi eleutheratorum observationes , I, pars V (Elateres;. Copenhague, 1861-1872. LES ÉLATÉR1DE3 LUMINEUX 57 Le menton s'étend entre les mâchoires, sous la forme d'un triangle dont la pointe serait tournée vers le bas ; sa base sup- porte la lèvre inférieure (PI. I, l), munie d'une paire de petits palpes (PI. I, pi) à deux articles, dont le dernier est le plus long. Les mâchoires sont constituées uniquement par des tiges : on ne distingue aucun des lobes qui entrent ordinairement dans la composition des mâchoires d'un très grand nombre de Coléoptères. Elles portent un palpe externe de quatre articles (PI. I, pme) dont le dernier est plus allongé et un palpe interne (PI. I, pmi) de deux articles égaux, le dernier surmonté d'un poil; ce palpe re- présente le lobe externe ou galea. Les mâchoires sont garnies de tilameats piliformes, chitineux, insérés sur leur face interne. En arrière de la base du bord externe des mandibules s'insère une antenne de trois articles, dont la longueur est à peu près moitié de celle de ces appendices (PI. I et II, a). Le premier article, le plus gros, est un peu renflé à son extré- mité; le second article, assez court, est surmonté d'un autre article plus long que le basilaire et porte au côté externe de celui-ci un petit appendice oviforme ; il est orné aussi de quelques petites épines ; le troisième article supporte un long style dont la base est entourée de trois grêles spinules. Un peu en arrière du point d'insertion des antennes, sont si- tués les ocelles (PI. I et II, y), en forme de triangle curviligne, tranchant sur le fond jaunâtre de la tète par leur teinte brunâtre assez foncée. Elles sont situées sur les côtés de la tête, à la partie supéro-externe. Sur le milieu de la tête, une ligne claire (PL I et 11), visible surtout par transparence, dessine, à partir du bord interne de la base de l'antenne, une section caliciforme dont les figures seules peuvent donner une idée exacte. Par transparence, on aperçoit également, du côté interne de la base de l'antenne, une pièce chitineuse curviligne (PI. I et 11) dans laquelle s'emboîte l'extrémité articulaire de la mandibule. Quelques très longs poils sont disposés symétriquement sur les deux faces latérales de la tête (PI. 1). Les douze anneaux, qui constituent le corps proprement dit, ont tous une même coloration uniformément blanche et sont transparents : les trois premiers anneaux, presque cylindriques, ont une consistance plus molle que la tète. 58 RAPHAËL DUBOIS Comme sur la tête, quelques longs poils sont disposés symétri- quement. C'est sur ces anneaux que s'insèrent les pattes. Ces pattes au nombre de trois paires sont courtes, constituées par une hanche ramassée, un large et court tranchanter, une cuisse trapue, une jambe courte et épaisse et par un tarse réduit à un seul crochet. Trochanter, cuisse, jambe, sont garnis du côté interne de très fortes épines : le crochet du tarse est entouré à sa base d'une série de fines spinules ; on ne constate aucune ditTérence appré- ciable entre les trois pattes, au point de vue de la structure. Les anneaux suivants jusqu'au douzième, sont exactement sem- blables, mais vont en s'atténuant peu à peu et ne s'emboîtent nullement les uns dans les autres, caractère qui s'observe dans les larves de Lampyrides. De môme que les antérieurs, ils portent quelques longs poils disposés régulièrement. Le douzième anneau vu en dessus (Pi. I, 12), présente des dis- positions caractéristiques qui, à elles seules, méritent d'être par- ticulièrement étudiées. De forme conique, plus long et plus étroit que les précédents, il présente, à l'union des deux tiers antérieurs avec le tiers posté- rieur, un étranglement d'autant plus accusé qu'il est précédé de deux boulons surmontés chacun d'une longue soie raide et très effilée à sa pointe (PI. I, m), à la base de laquelle se trouve une petite pièce cornée irrégulière. Deux paires de petits mamelons (PI. I, m' et m"), situés latéra- lement, précèdent la forte saillie mamelonnée que nous venons de décrire : les deux mamelons de la paire antérieure portent un long style, les deux autres en sont dépourvus. En arrière de l'é- tranglement, l'anneau terminal se bifurque en deux parties symé- triques, qui, à leur tour, se divisent en pointes triangulaires (PLI, pt, p't',) : les deux internes [p't'] plus petites, dirigées parallèle- ment, sont presque accolées par leur bord interne; vers le milieu de leur bord externe, elles portent une saillie d'où part une très longue soie. Les deux externes(/50. P^^s larges et plus longues, sont dirigées en arrière et en dehors : leur bord interne est curviligne et régu- lier ; leur bord externe porte à sa base une éminence dont se détache un long style. Vue de côté, l'extrémité terminale présente un aspect particu- lier : les deux grandes pointes terminales sont dressées en des- LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 59 SUS, les internes plus petites dirigées presque horizontalement, la pointe un peu tournée en haut. Le pseudopode anal se dessine sous la forme d'une saillie co- nique, portant à sa face postérieure une paire de forts crochets dirigés en bas. Le dernier anneau porte en outre des poils disposés régulière- ment à la façon des grands anneaux qui le précèdent. Les stigmates sont situés sur ^les bords latéraux. Dirigés un peu en haut, de haut en bas et d'avant en arrière, ils occupent la partie antérieure de l'anneau. Ils sont au nombre de neuf de chaque côté : un sur l'anneau mésothoracique et les huit autres sur les huit premiers anneaux abdominaux. L'anneau prothora- cique, l'anneau métathoracique et le douzième anneau en sont dépourvus. Deuxième AGE. — Après la première mue, la larve mesure cinq millimètres : elle peut atteindre 15 ou 20 millimètres de longueur et peut-être au-delà, car l'évolution des larves que nous élevons au Laboratoire de physiologie expérimentale de la Faculté des sciences de Paris n'est pas assez avancée et nous n'avons pas encore assisté à la troisième mue. La forme générale n'est pas modifiée, chez les larves qui ont atteint la plus grande taille; la partie antérieure du corps est seulement un peu plus élargie. La coloration de la partie antérieure de la tête et du premier anneau va en s'accentuant de plus en plus au fur et à mesure que la chitinisation augmente. La distribution des poils sur l'ensemble du corps est toujours la même, ils sont seulement un peu plus allongés et plus nette- ment colorés. A la tête, les trois pointes du chaperon sont devenues égales en longueur et de forme identique; sur les mandibules, la dent interne a disparu. Sur les plus grandes larves, la ligne dessinant une section cali- ciforme, sur le milieu de la tête, dans le premier âge, limite au second, une pièce saillante, nettement ditTérenciée, analogue à celle que Schiodte a décrite et représentée chez les larves d'Éla- térides appartenant aux genres Chaleolepidius et Alaus. Un sillon médian parcourant toute la partie dorsale commence à s'accentuer et va en s'accusant de plus en plus. Chez les individus les plus chitinisés, le bord du premier anneau 60 RAPHAËL DUBOIS prend la forme d'une collerette à stries antéro-postérienres. recti- lignes, parallèles et très rapprochées. L'extrémité du corps est beaucoup plus nettement définie. La parlie bifurquée terminale présente un écartement résul- tant de l'éloignement des deux pièces latérales qui la cons- tituent; les pointes chitineuses qu'elles portent en dehors sont plus développées, leur extrémité est redressée et plus nettement accusée et, en se chitinisant de plus en plus, elles commencent à acquérir, chez les plus grandes larves, l'aspect si caractéristique des grandes larves d'Élatérides {Chalcolepidius, Alaiis). Le pseudopode a pris une forme arrondie et les deux crochets qu'il porte se sont développés : les poils qui le revêtent sont devenus plus spinuleux. Plus tard, les mamelons deviennent chitineux comme les pointes et l'ensemble prend une coloration uniforme ; le pseudopode s'accentue de plus en plus, les crochets, de même que les épines, sont devenus plus robustes. Les larves des Pyrophores sont xylophages et lucifuges, elles vivent dans les débris humides du bois pourri très tendre, dans lequel des larves lignivores plus puissantes ont antérieurement creusé des galeries. C'est au mois d'avril 1885 que j'ai trouvé les premiers œufs et vu éclore les premières larves ; mais, les femelles de Pyro- phore que j'ai reçues de la Guadeloupe, au mois de septembre de la même année, contenaient encore des œufs sur le point d'être pondus et la boîte dans laquelle elles me furent ex- pédiées renfermait de toutes jeunes larves, en grand nombre, qui avaient dû éclore pendant la traversée. Il m'est impossible de dire actuellement quelle est la durée normale des diverses phases du développement, en raison des circonstances tout à fait parti- culières dans lesquelles mes insectes se sont trouvés placés; mais, j'espère qu'il me sera facile de combler ultérieurement cette lacune. On sait déjà (v. p. 40) que la jeune larve, en quittant l'œuf, em- porte avec elle toute la substance lumineuse. La production de la lumière continue à se manifester après l'éclosion; mais, chez les larves du premier âge, on ne peut guère l'observer que lorsqu'on les excite mécaniquement. La luminosité des larves de deux millimètres de longueur est assez forte pour qu'on puisse la distinguer à un ou deux mètres de distance, dans l'obscurité absolue ; elle n'est pas suffisante pour être perçue dans les endroits très éclairés. LES ÉLAÏÉRIDES LUMINEUX 61 Elles font, pour ainsi dire, plus de lumière qu'elles ne sont grosses, car on a une peine infinie à les découvrir en plein jour, au milieu des débris de bois jaunâtre qu'elles habitent, tandis que la nuit ou bien dans le cabinetnoirpendantlejour,on arrive assez facilement à les trouver et à les saisir, grâce à la lumière qu'elles émettent d'une manière irrésistible, quand on les excite en remuant les petits fragments de bois avec lesquels elles sont en contact. Je ne les ai vues éclairer spontanément que la nuit ; mais, on peut les forcer à montrer leur lumière quand on veut, soit, comme nous venons de le dire, en les touchant, soit en les excitant par l'électricité, sur un porte-objet muni de deux petites lames de papier d'étain mises en contact avec les deux pôles d'une machine d'induction produisant un faible courant à intermittences peu rapides. Le plus sur moyen cependant et le moins dangereux consiste à élever progressivement leur température à 35 ou 38° G. Le procédé le plus commode consiste dans l'emploi de la pla- tine chauffante, à température constante, imaginée par M. Vignal pour les observations microscopiques. Grâce à cet appareil, aussi simple qu'ingénieux, nous avons pu, M. Vignal et moi , déterminer , au Laboratoire d'Histologie du Collège de France, le point précis où se produit la lumière chez ces toutes petites larves et j'ai pu ainsi vérifier d'une manière très heureuse l'exactitude de mes premières observations. Dans celles-ci, l'apparition de la lumière était provoquée par le choc ou le passage du courant électrique, mais elle était de courte durée et ce manque de persistance, ainsi que les mouvements de l'insecte, rendaient l'observation très difficile. La lumière émise par la larve du Pyrophore, dans le premier âge, a une teinte bleuâtre qui se rapproche plutôt de celle du Lampyre que de la belle clarté verdàtre du Gucuyo : elle est fixe et continue tant que dure l'excitation, dont l'action paraît s'épui- ser rapidement; d'où il résulte que l'intensité lumineuse passe par des maxima et des mininia, sans pour cela être véritablement intermittente. Nous trouverons plus loin l'explication du phéno- mène dont nous parlons. (V. 2^^ Pari., Chap. IV.) La lumière émane d'une région située entre le bord postérieur de la tête et le bord antérieur du premier segment thoracique, au niveau de la partie membraneuse qui les réunit (PI. II). Ge siège peut se déplacer très légèrement, selon les mouve- 62 RAPHAËL DUBOIS ments de l'insecte, tantôt un peu en avant, tantôt un peu en arrière, empiétant toujours plus ou moins sur les régions cépha- lique et prothoracique. Le foyer afTecte, quand il atteint son maximum de développe- ment, la forme d'un accent circonflexe à sommet dirigé en avant (PI. II, ap. l] : l'apparition de la lumière a lieu tout d'abord au sommet de cette figure et va en s'étendant de proche en proche, comme une véritable injection de matière lumineuse liquide, symétriquement à droite et à gauche, vers les extrémités laté- rales. Grâce à des alternatives d'éclairage et d'extinction, on peut, en examinant par transparence au microscope ces larves translu- cides, se convaincre que cette région lumineuse correspond à un point dans lequel on constate uniquement la présence de deux organes accolés, sans analogue dans les autres segments (F. Structure des appareils lumineux, U^ part., chap. IV). En nous plaçant dans les conditions les plus variées, il nous a été impossible de découvrir sur d'autres points du corps la moindre trace de luminosité. Il n'en est plus de même chez les larves du second âge. Après la seconde mue, chez celles qui ont atteint une longueur de douze à quinze millimètres, on voit apparaître dans la région abdomi- nale, depuis le premier segment jusqu'à l'avant-dernier inclusive- ment, des points brillants, dont les contours sont d'abord mal limi- tés; mais, dès que la taille des larves a atteint 15 à 18 millimètres, les endroits d'où s'échappe la lumière sont mieux circonscrits et se trouvent bientôt rangés en séries parfaitement régulières. Le foyer éclairant primitif situé à l'union de la tête et du pre- mier segment thoracique a persisté ; mais sa forme s'est un peu modifiée: elle affecte alors celle d'un 1 avec deux points plus brillants et bien délimités à l'extrémité des branches postérieures: ces deux points éclairent parfois isolément. On ne voit se produire aucune luminosité dans le thorax. Les huit premiers anneaux de l'abdomen portent chacun trois points brillants : deux latéraux très éclairants, et un médian plus faible, qui semble n'être que le reflet des deux autres vu par transpa- rence. Ces points sont disposés en trois séries longitudinales s'éten- dant depuis le bord postérieur du premier anneau abdominal jusqu'au bord antérieur du neuvième segment de la même région. Ce dernier anneau ne contient qu'un point lumineux plus gros et LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 63 plus brillant que ceux de l'abdomen; mais, moins puissant que celui'de l'espace céphalo-thoracique. Quand la larve est éclairante et immobile, on pourrait la com- parer à un bracelet ouvert formé de trois rangées parallèles de perles lumineuses et portant sur chaque fermoir un foyer unique plus'^brillant. Les points abdominaux latéraux correspondent à de petites saillies mamelonnées du tégument dont on fera connaître la signi- fication ultérieurement (F. Structure et développement de l'appareil lumineux). Ces mamelons sont situés à l'extrémité postérieure des bords latéraux de chaque segment, en arrière des stigmates avec lesquels ils n'ont aucun rapport direct. Ce fait peut être facilement constaté en injectant les trachées qui correspondent à ces stigmates, soit en soumettant les larves immergées dans du picro-carminate d'ammoniaque, pen- dant quelques minutes aux énormes pressions de 600 à 700 atmosphères que l'on obtient facilement avec la pompe de M. Cail- letet ; soit encore, en rétablissant brusquement la pression nor- male, après avoir fait le vide dans un tube contenant des larves plongées dans une liqueur colorante. On voit alors que les deux troncs qui partent en divergeant de chaque stigmate contournent les mamelons en formant à leur base un cercle complet, mais qu'ils ne pénètrent pas dans leur intérieur. On ne peut constater à la surface de ces mamelons, ou dans les points voisins, aucune trace d'ouverture autre que celle des stig- mates. Faisons remarquer, dès à présent, que la tête et le segment pro- thoracique, c'est-à-dire les parties les plus voisines de l'appareil lumineux primitif, unique chez la larve du premier âge, sont précisément dépourvues de stigmates. Il en est de même pour le neuvième segment abdominal qui cependant, chez la larve du second âge, possède l'organe le plus brillant après celui de l'es- pace céphalo-thoracique. La lumière a la même couleur dans tous les points éclai- rants, au moins dans les larves du second âge : celle de l'espace céphalo-thoracique est plus stable et se montre ordinairement la première : lors de l'extinction, c'est elle qui disparaît en dernier lieu. L'apparition de la luminosité ne se fait pas simultanément dans 64 RAPHAËL DUBOIS tous les points du corps, elle va en se propageant d'un bout du corps à l'autre ou par places isolées, selon la nature des mouve- ments de l'insecte. Toute excitation, toute irritation provoquée ou spontanée de l'Insecte augmente l'intensité de la lumière : celle-ci ne se pro- duit parfois que dans le point excité; mais, elle se généralise d'or- dinaire et s'exagère avec les mouvements de l'insecte principale- ment pendant la marche, quand il cherche à fuir, à franchir un obstacle ou à se défendre d'une attaque. On ne peut mieux comparer ce qui se passe dans ces conditions qu'à ce que ce que l'on voit se produire sur une rampe extérieure portant des becs de gaz assez rapprochés : quand l'air est agité, on voit les petites flammes bleues et vacillantes s'éteindre succes- sivement ou se rallumer suivant la direction du vent. Rien n'est plus singulier et plus merveilleux que l'étrange illu- mination de cet être bizarre, dans les entrailles duquel semble circuler un métal en fusion. On se figure difficilement l'impression que pourrait produire sur l'imagination l'apparition inattendue d'un être semblable cinquante fois plus long seulement et large en proportion. Il y aura lieu de rechercher quelle est la signification de cet embrasement presque général du corps de la larve au second âge : car, il est bien évident qu'à la suite de la première mue des modifications anatomiques et physiologiques importantes se sont produites dans le jeune insecte. Arrivées à ce degré de développement, les larves commencent à creuser des galeries dans le bois le plus tendre. Je ne saurais dire si elles sont à l'occasion carnivores et si parfois elles se dévorent entre elles, comme cela se voit (F. Géné- ralités sur les larves (JC Élatérides , p. 29) chez certaines espèces appartenant à des genres voisins ; mais ce qu'il y a de bien cer- tain c'est qu'elles se livrent quelquefois des combats acharnés pendant lesquels on les voit faire feu de toutes parts : chaque choc fait jaillir des gerbes d'étincelles et rien n'est plus curieux à observer que cette lutte du feu contre le feu, au milieu de la nuit ! ^^A**.**»^^ ^•'.4 k LIB R AR Y,5 LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 63 CHAPITRE III. ANATOMIE DESCRIPTIVE DU PYROPHORUS NOCTILUCUS (l). § 1 . Du squelette. Considéré dans son ensemble, le squelette des Pyrophores pré- sente les caractères généraux de celui des Coléoptères qu'il est inutile de rappeler; mais il possède, en outre, les particularités curieuses qui sont propres au groupe des Élatérides et sur les- quelles nous aurons l'occasion de revenir à propos de la physio- logie du Pyrophore, en raison des relations qui existent entre l'appareil du saut et ceux qui produisent la lumière. Darwin (2) dit que l'appareil du saut qu'il a observé sur les Pyrophores du Brésil n'a pas été suffisamment étudié : Brown en avait cependant donné une assez bonne description ; mais, elle a plutôt trait à la façon dont le saut s'exécute qu'à la des- cription exacte des pièces de ce curieux appareil. L'appareil du saut (PI. III) est constitué dans ses parties essentielles par une pointe chitineuse (p) prolongement mé- dian du sternum du prothorax qui prend naissance à la base des pattes de la première paire. Ce prolongement sternal, d'abord renflé, se termine par une pointe mousse à face externe rugueuse et couverte de poils qui est susceptible de se loger librement dans une gouttière {g) du sternum du mésothorax. Cette gouttière, qui s'étend sur la ligne médiane jusqu'à la nais- sance de la deuxième paire de pattes, a la forme d'une cavité allongée dont la concavité présente en creux le moule de la pointe thoracique. Sa surface interne est lisse et brillant^ ainsi que la face de l'épine avec laquelle elle est en contact. A la partie antérieure de la gouttière, de chaque côté, se trou- vent deux épais bourrelets chitineux destinés à en assurer la solidité. (1) Remarque. — Ces recherches analomiques, sans lesquelles une étude expé- rimentale comme celle que nous avons entreprise eût manqué de fondements so- lides, ne porte que sur les points qu'il était indispensable de consigner ici. Dans un travail plus général, fait avec la savante collaboration de M. Kiinckel d.'HercuIais, comprenant toute l'anatomie descriptive et comparée des' Insectes lumineux, les parties complémentaires seront traitées avec tous les détails qu'elles comportent. (2) Darwin. Voyage d'un Naturaliste autour du Monde. Paris 1875, p. SCT-Sr. . ■ 66 RAPHAËL DUnOIS Les rapports des diverses pièces de cet appareil sont conserves grâce à la présence, de part et d'autre de la gouttière mésotho- racique, d'une sorte d'arête incurvée [ar] susceptible de se loger dans une concavité correspondante (c) du bord postérieur de la partie basilaire des grandes pointes prothoraciques. Tout le squelette offre une résistance considérable qui protège efficacement l'animal dans les sauts souvent énormes, par rap- port à sa taille, qu'il exécute, dans certaines circonstances, un grand nombre de fois de suite. Cette dure carapace offre en outre un point d'appui solide, au moment de la détente, et une élasticité plus grande quand le corps touche le sol. (V. 2" partie, cliap IV, g 4). Faisons remarquer, en passant, que la mise en évidence de la plaque ventrale (p v) concorde avec la déhiscence des élytres ; dans la position ordinaire, elles ne permettent pas le mouvement de relèvement de l'abdomen. Mais, quand les élytres sont volon- tairement écartées ou entr'ouvertes par un effort violent, la pointe postérieure de l'abdomen peut alors se relever entre les ailes et par son relèvement amener la disjonction des segments, sans laquelle la plaque ventrale n'est pas visible. Pour bien se rendre compte de la façon dont s'opère le mouve- ment, il importe de fixer d'abord très exactement la position ana- tomique de la plaque ventrale. On conçoit facilement que les observateurs qui pensaient, pour les raisons que nous avons indiquées plus haut, à propos de la luminosité des œufs, que tout le corps était lumineux, n'aient pas cherché à préciser exactement les points par lesquels, dans leur esprit, la lumière s'échappait. Mais, on a lieu d'être surpris de voir Lacordaire, qui s'élève précisément contre le défaut d'exactitude des observateurs qui l'ont précédé, placer le troisième foyer à la partie postérieure du mésothorax, alors que le mésothorax et le métathorax sont unis d'une manière intime. M. Gandèze, qui n'a peut-être pas eu l'occasion d'examiner des Pyrophores vivants, partage l'erreur de Lacordaire et place éga- lement la plaque ventrale à l'union du métathorax avec le méso- thorax. Heinemann dit que « chez le mâle l'organe occupe la coupe « transversale de l'abdomen, c'est-cà-dire qu'il remplit le grand <( espace qui est laissé libre à la partie inférieure. » MM. Laboulbène et Robin ne sont guère explicites et se con- LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 67 tentent d'indiquer que « cet appareil se trouve situé sur la face ventrale du corps, entre le thorax et l'abdomen, dans l'espace in- terthoraco-abdominal, entre les segments emboîtés du méta- thorax et du segment abdominal. » En réalité, l'appareil lumineux ventral n'a aucun rapport avec le thorax, il est une dépendance absolue du premier segment abdominal : il occupe la région intermédiaire du sternite du pre- mier zonite de l'abdomen (PI. I, lab). Le tégument de la région qu'il occupe est moins chitinisé que celui de la région avoisinantc, de façon à demeurer transparent. Ainsi formulée, cette détermination ne peut laisser prise à aucune hésitation, à aucune incertitude. La position des organes lumineux prothoraciques, variable d'ailleurs, suivant l'espèce, a été suffisamment indiquée dans le chapitre « Zoologie », en raison de son importance au point de vue de la d 'termination des espèces et de leur groupement, pour qu'il soit inutile d'y revenir ici. § 2. — Appareil digestif. L'appareil digestif des Élatérides a été peu étudié. Léon Dufour seul (1) a décrit et figuré sommairement le canal alimentaire de deux Élatérides indigènes [Elater [Lacon] murinus ; Elater [Agrio- tes\ gilvellus). L'appareil digestif du Pyrophore (PI. IV) rappelle par ses dis- positions générales celles qui no.is sont connues et présente une grande simplicité. Les pièces buccales (PL III) sont constituées par un labre ou lèvre sup^'rieure {ï) masqué par un chaperon ; quand on regarde l'animal en dessus, dans sa position naturelle, le labre est arrondi en avant et saillant entre les mandibules (md). Celles-ci sont assez robustes, bidentées à leur extrémité. Les mâchoires (m a) lamelliformes font corps avec le menton et la lèvre inférieure : elles sont ciliées sur leur face interne et portent un palpe de quatre articles {pm) : le premier est extrême- ment court et le dernier est sécuriforme ; la lèvre inférieure, arrondie en avant, porte un palpe de trois articles (pZJ. le dernier également sécuriforme. Nous ferons remarquer que la coalescence qui existe entre les (1) L. Dufour. Ann. d. Se. nat., 18i?l. 08 RAPHAËL DUBOIS mâchoires et la lèvre inférieure existait déjà dans la larve, mais dans l'Insecte parfait elle s'est exagérée à telle point que le palpe interne indiquant l'existence du lobe interne maxillaire a disparu. Cette disposition des pièces buccales nous enseigne le régime de l'animal que les anciens auteurs croyaient Carnivore et qui est bien évidemment un insecte lécheur. En arrière de la bouche se trouve un très grêle et très court œsophage (PL IV, œ) qui se renfle en une ampoule ovoïde plus large à sa partie postérieure, représentant un jabot rudimentaire (PLIV,j). Cette partie est suivie d'une brusque dilatation du tube digestif (PI. IV, e) affectant la forme d'un cône allongé dont la surface irrégulièrement bosselée est couverte de renflements diversement distribués. La partie amincie de ce cône correspond au mésothorax. A son entrée dans le métathorax, le tube digestif va en s'élar- gissant progressivement pour constituer le reste de l'estomac ou intestin moyen (1) qui est représenté par un long fuseau (PI. IV. é) dont l'extrémité postérieure atteint le niveau du premier anneau abdominal. La surface de l'estomac ou intestin moyen présente des replis transversaux formant des sillons circulaires (PL IV, c) déterminés par la rétraction de ses bandelettes annulaires musculeuses, ce qui lui donne un aspect très différent de celui de la région anté- rieure. A partir du premier anneau abdominal, il prend la forme d'un tube cylindrique régulier (PL IV, e") jusqu'à l'insertion des quatre canaux déférents des tubes.de Malpighi (PL IV, it). Ici commence l'intestin, proprement (\\\, intestin terminal (PL IV, (1) Selon M. Plateau, le nom d'estomac doit être supprimé parce que cet organe est caractérisé chez les animaux supérieurs par une sécrétion acide qui ne se ren- contre pas chez les Articulés (V. inirtie expérimentale, chap. IV, § 2). Adoptant les idées de Gegenbaur, M. Plateau propose de remplacer les termes ù'eRtomac ou ventricule chylifique, par le nom d'intestin moyen qui n'entraîne avec lui qu'une idée anatomique de la position. Le même genre de considérations conduit cet auteur à désigner sous le nom commun d'intestin terminal tout le reste inférieur du tube digestif, depuis l'inser- tion des tubes de Malpighi : cet intestin terminal, se subdivise en intestin termi- nal grêle et intestin terminal large (Plateau, Recherches sur la digestion chez les Insectes. Bruxelles. 1871.) LES ÉLATÉUIDES LUMINEUX 69 m), dont le diamètre plus grand que celui du tube précédent se replie sur lui-même un certain nombre de fois, formant une sorte de spirale irrégulière. Cet intestin terminal grêle va déboucher dans un rectum (PL IV, r) ou intestin terminal large se dilatant gra- duellement jusqu'à sa partie moyenne pour se rétrécir légèrement dans sa partie postérieure. Comme la seconde partie de l'intestin moyen ou estomac, il laisse voir à sa surface de fins plissements déterminés par la contraction des faisceaux musculaires circulaires logés dans sa paroi. Les appareils annexes du tube digestif se réduisent aux tubes de Malpighi qui sont au nombre de quatre paires, enchevêtrés en pelotons, formant deux masses, dont la première (PI. IV, tm) en- toure la partie terminale du deuxième renflement stomacal et dont la seconde masse (PL IV, t'm') occupe plus particulièrement la région de l'intestin. Le développement des appareils génitaux, surtout chez les femelles, modifie la situation relative des tubes de Malpighi par rapport au tube digestif. § 3. — Appareil circulatoire. Il est constitué comme chez tous les Insectes par uù cœur ou vaisseau dorsal traversant le corps entier, depuis le dernier anneau abdominal jusqu'à la tête (PL V). La région du cœur située dans Labdomen est la plus élargie : elle est maintenue en place par une série de ligaments triangu- laires, au nombre de cinq paires (PL V, a, a\ à', a'", a'^) corres- pondant chacun à un segment : c'est dans cette partie que sont situées les chambres correspondantes aux ailes. La partie terminale est maintenue par une bande ligamenteuse (PL V, av) dirigée directement en arrière. A la partie antérieure du premier segment de Labdomen, le cœur prend la forme d'une ampoule ellipsoïdale (PL V, a) main- tenue en avant par une paire d'ailes plus petites. Au point où il pénètre dans le thorax, il s'incurve en bas brus- quement pour prendre la forme aortique (PL V, ao) et vient s'ap- pliquer sur le tube digestif pour passer sous les masses muscu- laires épaisses qui mettent en jeu les ailes. Il prend alors sa forme cylindrique et son diamètre primitif jusqu'à un point du méso- thorax que nous allons définir. 70 RAPHAËL DUBOIri Dans tout son trajet au travers du mésothorax, il est maintenu par un tissu fîbrilloïde relié aux trachées et qui représente les ailes abdominales. Arrivé dans le métathorax, il est surmonté par une petite cupule ovoïde (PI. V, cm), à grand diamètre transversal dont les bords sont chitineux et qui s'insère à la face inférieure du tergum mé- sothoracique ou scutum. Cette cupule, qui n'a été signalée par aucun observateur, joue un rôle important dans le fonctionnement de l'appareil circula- toire ; elle assure au cœur un point fixe qui permet au prothorax d'effectuer sa rotation autour du mésothorax, de telle sorte que la circulation ne soit nullement gênée lorsque s'accomplissent les mouvements violents du saut. Disons de suite, qu'au point de vue de la fonction photogénique, le saut paraît avoir une certaine importance, en modifiant loca- lement les conditions ordinaires de la circulation dans les appa- reils prothoraciques, principalement dans le renversement forcé du prothorax en arrière et en avant (2^ part., chap. IV, § 4). A partir de cette cupule, jusqu'au point où il passe sous le cerveau, le cœur ne présente pas de forme nettement définie ; il est maintenu par des séries de trachées régulièrement disposées, qui semblent délimiter deux ailes rudimentaires, puis il va en s'amincissant jusqu'au point où il se perd dans la tète. § 4. — Appareil respiratoire. Des stigmates. — MM. Robin et Laboulbène ne parlent pas des stigmates du Pyrophore; quant à M. Heinemann, il porte leur nombre à neuf paires, dont sept seraient situées sur l'abdomen et les deux autres sur le thorax (méso- et métathorax). L'étude attentive de ce point d'analomie nous a permis de constater que la description de Heinemann ne présentait ni la précision, ni l'exactitude désiral^les, d'autant plus qu'elle n'est accompagnée d'aucune espèce de figure : disons tout de suite que l'existence d'une paire de stigmates d'une grande importance physiologique, lui a échappée complètement. Les stigmates abdominaux (PI. V) sont en partie situés dans une gouttière longitudinale qui règne sur le bord latéral des ter- gites et qui se trouve transformée en une sorte de canal servant à la distribution de l'air à toutes les ouvertures respiratoires de cette région. LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 71 Chacun des stigmates situés dans cette gouttière est logé lui- même dans un petit enfoncement placé à la partie antérieure de chaque tergite. Il est difficile, d'après la description de M. Heinemann, de savoir quels sont les sept stigmates qu'il attribue à la région abdominale, car nous verrons par la suite de cette description que, si le nombre total des stigmates s'élève bien réellement à neuf paires, comme l'indique cet auteur, il existe néanmoins une confusion difficile à expliquer, relativement à la forme et à la position qu'il attribue aux stigmates. D'autre part, selon cet observateur, les stigmates abdominaux se distingueraient des stigmates Ihoraciques par leur forme arrondie, alors que ces derniers seraient allongés. Nous allons voir également que ce n'est pas de cette manière qu'il convient d'interpréter les faits. Il est bien évident que le stigmate, consi- déré par M. Heinemann comme métathoracique, doit être rangé au nombre des stigmates abdominaux, qui sont alors portés à sept paires, ceux-ci affectant des formes et des dimensions di- verses, ainsi que nous allons le voir. Ceci posé, les stigmates de la dernière paire abdominale (PI. V, s"' ) située sur le septième anneau abdominal présentent la même forme et les mêmes dimensions que les stigmates qui les précèdent situés sur les sixième, cinquième, quatrième, troisième tergites abdominaux (PI. V, s" , s'\ s'", s"). Leur péritrème est de forme elliptique, asymétrique, à grand axe transversai : leur ouverture est béante, en raison de l'absence d'élasticité du péritrème. Les stigmates de la seconde paire abdominale (PI. V, s') située sur le deuxième tergite affectent une forme toute différente ; ils sont de dimensions plus grandes, de même irrégulièrement ellip- soïdes, mais à grand axe un peu incliné en arrière et en dehors. Le bord inférieur du péritrème a la forme d'un croissant, le bord supérieur porte un petit appendice constituant une sorte de petit clapet obturateur très peu développé, dont il existe d'ail- leurs des rudiments moins mobiles dans les autres stigmates pré- cédents. Les stigmates du premier tergite abdominal (PI. V, s) s'éloignent encore plus de la forme des précédents. Leurs dimensions sont quadruples de celles des stigmates du deuxième anneau. Ils sont situés tout à fait à la partie antérieure du premier anneau, latéra- lement, tout près de son point de jonction avec le zonite m6ta- 72 RAPHAËL DUBOIS Mioracique. Le péritrème présente un contour réniforme : les courbures de chaque lèvre en croissant, à convexité tournée en avant et en dehors, sont presque parallèles entre elles, de telle sorte qu'ici l'occlusion est déterminée par le rapprochement de ces lèvres qui peut s'etTectuer très exactement. Profondément situé dans une excavation logeant au repos la partie antéro-externe et inférieure de l'élytre et la partie termi- nale antérieure de l'aile, on voit, après avoir enlevé ces organes et seulement dans ces conditions, l'ouverture d'un stigmate dirigé de dedans en dehors et d'avant en arrière, presque transversale- ment. La paroi inférieure de cette cavité correspond aux pièces épisternales du mésolhorax et est coupée par le plan vertical qui passe par l'insertion des pattes de la seconde paire, au-dessus desquelles elle est située (PI. VI, fig. iv, s). L'ouverture de ce stig- mate, dont les lèvres parallèles sont accolées, a la forme d'une petite glotte. Il est évident que cette ouverture ne peut être mise en communication avec l'air extérieur que lorsque les élytres soulevées et écartées permettent aux ailes de se déployer: ce stigmate paraît destiné tout particulièrement à favoriser la respira- tion pendant le vol (PI. VI, fig. i, s). Dans l'espace membraneux situé sur le bord postérieur du pro- thorax et le bord antérieur du mésothorax, de chaque côté de la pointe sternale, en arrière de l'insertion des pattes de la première paire, on distingue la neuvième paire de stigmates. Celle-ci, qui occupe comme on vient de l'indiquer la face ventrale du corps, contrairement à tous les autres stigmates, présente une organisation toute spéciale (PL VL tig. i et n, s). Le péritrème irrégulièrement ovoïde, à grande courbure située en avant et en dedans , plus convexe à sa partie postéro-interne, limite une ouverture (PI. VI, tig. ii, s) qui est fermée par un dis- positif très singulier et sans analogie avec les appareils d'occlu- sion décrits chez les insectes. Il est donc bien évident maintenant, après la description que nous venons de faire, que M. Heiuemann n'a pas reconnu l'exis- tence du stigmate prothoracique : quant au stigmate métathora- cique,il semble avoir fait confusion; car, s'il avait vu le véritable stigmate, il aurait certainement défini la position si spéciale qui lui est propre, ce qui s'explique d'autant mieux qu'il faut enlever les élytres et les ailes pour apercevoir cet organe. Nous allons voir également que ce n'est pas des stigmates tho- raciffues, ainsi que le prétend M. Ileinemann, ni des gros LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 73 stigmates du premier segment abdominal, comme le pensent MM. Robin et Laboulbène, que parlent les troncs trachéens qui se rendent à l'appareil ventral lumineux, mais bien des deuxiè- mes stigmates abdominaux (PI. VI, fig. v, s.) Des trachées. — Considéré dans son ensemble, l'appareil trachéen présente, au premier aspect, trois dispositions ditîérentes, suivant que l'on considère l'abdomen, le méso et le métathorax, ainsi que le prothorax (PI. V.) Dans toute la région abdominale les trachées sont de petites dimensions et disposées de façon à constituer une sorte de lacis qui entoure l'appareil digestif, les organes génitaux, se répandant à la surface de tous ces appareils et se distribuant au cœur et au système nerveux. Au ontraire, dans la région thoracique, on rencontre de gros troncs trachéens, de diamètres incomparablement plus grands et dont le nombre est assez limité. Dans le prothorax on observe un degré de complication plus grand: les troncs trachéens sont encore volumineux, mais leurs ramificalions sont plus étendues. Revenons à l'abdomen où nous allons suivre le trajet parcouru par chaque tronc partant des stigmates de cette région. De chacun des petits stigmates part un tronc très court, qui est relié immédiatement par une assez large branche anastomotique avec celui qui le suit et celui qui le précède; l'ensemble de ces canaux forme un long canal trachéen collecteur (PI. V, tr) pa- rallèle au bord de l'abdomen. Le petit tronc partant du stigmate se prolonge à peine et se dichotomise de manière à envoyer uniformément des branches au nombre de quatre qui se distribuent aux difTérents organes contenus dans la cavité abdominale (PI. V, tr.) De chacun des angles formés par la réunion des troncs stig- matiques avec le canal collecteur part une branche sinueuse (PI. V, ^r^), qui se réunit avec une branche également sinueuse venue de l'angle complémentaire ; cette disposition se répétant sur chaque anneau, il en résulte une série d'anses dout l'en- semble forme une ligne festonnée parcourant chacune des parties latérales de l'abdomen. Le sommet de ces anses s'avance, sur la partie supérieure du vaisseau, au-devant du sommet de l'anse correspondante à laquelle elle est reliée par une anastomose transversale. 74 RAl'llAiiL DUBOIS Une disposition semblable, mais plus réduite, se présente dans le dernier anneau. De ce même point de réunion du Ironc trachéen partent deux autres branches se dirigeant plus profondément. Les deux dernières paires (PI. V, ti\] acquièrent une dimension en longueur beaucoup plus considérable, et vont en se dirigeant longitudinalemenl vers la région antérieure de l'abdomen pour se distribuer à la surface de la portion de l'estomac qui s'y trouve contenue; elles fournissent également des branches à l'appareil génital. Le stigmate de la deuxième paire (Pi. V, s'; PI. VI, fig. v, sa,) offre une importance toute particulière en raison de la distribu- tion du tronc qui s'en détache. Celui-ci, indépendamment des branches que nous venons de décrire, donne naissance à deux paires de rameaux trachéens, de dimensions relativement très petites, dont les ramuscules vont se distribuer à la surface de l'organe lumineux ventral (PI. VI, fig. IV, sa,). Le tronc principal arrivé vers la partie latérale moyenne du bord externe de l'appareil ventral se subdivise en plusieurs bran- ches secondaires qui, en se recourbant, épousent la forme de Ja courbure de la face postérieure de l'organe pour aller ramper à sa surface vers la partie médiane. Nous insistons sur ce point, déjà signalé, pour des raisons que nous ferons valoir ultérieurement : à savoir, que ce tronc, des- tiné à l'appareil lumineux, communique, comme les autres, avec tout le système trachéen par le canal collecteur dont nous avons précédemment donné la description. Le premier stigmate abdominal, celui-là même qui, d'après MM. Robin et Laboulbène donneraient naissance aux branches trachéennes de l'appareil lumineux, correspond en réalité à deux énormes troncs qui ont une destination toute différente. Un tronc commun (PI. V, s) très court, à très large diamètre, se bifurque presqu'au voisinage du stigmate d'où il émane : la bran- che supérieure moins volumineuse se recourbe en croissant à concavité supéro-externe, vers le vaisseau dorsal, sur la sur- face duquel il détache de minuscules trachées parallèles les unes aux autres. Bien que la direction et les dimensions soient différentes, il n'en est pas moins évident qu'elles sont la conti- nuation du grand canal collecteur latéral que nous avons décrit dans la région abdominale; aussi, les voit- on prolonger directe- LES ELATERIDES LUMINEUX /5 ment la branche correspondante partant du stigmate mésothora- cique. La branche la plus volumineuse provenant de la bifurcation du tronc primitif (Pi. V, sa) est accolée au côté postérieur de la branche précédente, dont elle se détache pour plonger dans la cavité thoracique, et se diriger parallèlement vers la partie anté- rieure du tube digestif, auquel elle envoie de place en place des bouquets de trachées. De ces troncs profonds partent également des branches qui se rendent aux pal tes de la deuxième et de la troisième paire. La même disposition générale se retrouve dans les branches partant du deuxième stigmate antérieur ou mésothoracique. Cependant, à première vue, on pourrait croire à des disposi- tions particulières qui ne sont qu'apparentes. D'un gros tronc très court (PI. V, sm)^ se détachent deux bran- ches d'inégal diamètre : la branche postérieure la plus forte, légè- rement recourbée, à convexité postérieure, se dirige directement en dedans et au-dessous et fournit des ramuscules au tube digestif et aux muscles profonds de la région sternale du méso et du prothorax. La seconde branche de bifurcation du tronc primitif se divise à son tour en deux branches plus petites : l'une, dirigée directement en arrière., va se confondre avec la portion corres- pondante du groupe qui précède celui-ci, contribuant, comme dans les autres régions, à la formation du canal collecteur. 11 en est de même de la branche ascendante qui part du même point pour se diriger vers les parties latérales du prothorax dans lequel elle pénètre. A son origine, cette branche envoie un rameau transversal anastomotique à la hauteur de la cupule qui se trouve au-dessus de la partie aortique du vaisseau dorsa\ (PI. V, eu] : ce rameau se réunit, en passant au-dessus du cœur, à un rameau sem- blable venu du point correspondant de l'autre côté. A leur entrée dans le prothorax, ces mêmes branches émettent par leur ccté interne deux rameaux formant une courbure à con- vexité tournée en dedans, qui arrive jusqu'au contact de la branche correspondante de l'autre côté, sur l'aorte prothoraci- que. Les sommets des courbes qu'elles décrivent sont réu- nies par une très courte branche anastomotique qui passe en dessus de l'aorte (Pi. V, ao.) A sa base, chacun de ces rameaux fournit de petits ramus- 76 RAPHAËL DUBOIS cules qui se dirigent en bas, vers l'aorte, à la surface de laquelle ils s'épanouissent. En haut et en dehors, vers les masses musculaires du prothorax le rameau externe continue le tronc principal qui fait partie du canal collecteur ; puis, en passant au niveau des appareils lumi- neux, il donne naissance, en haut et en dehors, à un fort pinceau de fines trachéoles, qui vont se perdre dans les masses muscu- laires prothoraciques. De ce point, mais plus profondément, partent d'autres trachées se répandant autour des organes lumineux de cette région ; c'est lui aussi qui reçoit les rameaux profonds venant du stigmate prothoracique (PI. VI, fig. iiij situé à la face ventrale. Ce même point est un véritable carrefour de trachées. Un examen superficiel pourrait faire croire que ce grand dé- veloppement trachéen est destiné à assurer la fonction photogé- nique : il n'en est rien. La plupart de ces trachées se rendent aux masses musculaires dont le développement est en rapport avec l'énergie déployée dans l'acte du saut. Les anastomoses sont si largement établies avec les branches fournies par le deuxième stigmate thoracique et, par son inter- médiaire, avec tout le reste de l'arbre respiratoire, qu'il ne serait pas juste de dire que ce premier stigmate, ou un stigmate quel qu'il soit, commande exclusivement à un appareil déterminé. La constitution anatomique démontre déjà que si un stigmate était obturé, soit pour une cause, soit pour une autre, le libre exercice de la circulation de l'air ne serait entravé plus particuHèrement dans aucune région du corps. De ce carrefour, une grosse branche supérieure, continuation du collecteur, se dirige dans le plan supérieur, vers la tête, en dessinant une ligne convexe en dehors. Un peu avant sa pénétration dans la tête, elle se divise en deux petites branches, l'externe allant aux yeux, l'interne au cerveau et aux antennes (PI. V). Sur toute la longueur de son bord externe, elle donne nais- sance à des faisceaux qui vont s'épanouir dans les muscles des parties antéro-latérales et supérieures des muscles prothora- ciques. De son bord interne, près de sa sortie du carrefour, elle va en se bifurquant vers la partie moyenne du prothorax en deux rameaux : l'un interne, qui envoie au vaisseau dorsal, dans son extrémité antérieure, des trachéoles; l'autre, passant au-dessous LES ÉLATÉRIDE3 LUMINEUX 77 de la branche céphalique, un peu avant sa bifurcation, pour aller se perdre dans la tète, à la région inférieure. Ces différentes branches anastomosées forment, au-dessus du vaisseau dorsal, des losanges dont la figure seule peut faire com- prendre l'élégante disposition. § 0. Système nerveux. L'étude complète du système nerveux du Pyrophore était né- cessaire à un double point de vue. D'abord, il était impossible de fixer avec certitude le véritable emplacement et la nature même d'un ganglion con.sidéré isolément, ainsi qu'on peut s'en rendre compte en examinant la figure qui les représente (PI. Vil) ; en- suite, parce qu'il était utile de préciser la situation des centres et la direction des branches qui en partent pour se rendre aux appareils lumineux. On comprend d'ailleurs l'importance d'une exactitude rigoureuse quand il s'agit de pratiquer des opérations de vivisection sur des parties aussi délicates. I-^n dehors de ces considérations, disons que le système nerveux du Pyrophore est construit sur le même plan que celui de VAthous hirtus, si bien représenté par M. le professeur E. Blanchard du Muséum (1). Cependant, nous avons observé quelques particularités qui ne sont pas mentionnées par les auteurs qui se sont occupés du système nerveux des Coléoptères. Le cerveau (PL VII, c) est peu volumineux; les nerfs qui en par- tent, pour se rendre au labre, aux antennes et aux yeux, ne présentent rien de particulier à signaler. Il est situé immédia- tement au-dessous du vertex, de telle sorte que son axe trans- versal correspond exactement à une ligne fictive passant par l'axe géométrique des yeux. Le ganglion sous-œsophagien (PI. VII, gsœ) est situé dans la partie postérieure de la tête, partie qui s'engage dans le thorax ; il est placé immédiatement en arrière et au-dessus du menton. Ce ganglion envoie trois paires de nerfs situées dans trois plans superposés: celle des mandibules, celle des mâchoires et la paire de nerfs de la lèvre inférieure. (1) E. Blanchard, Recherches anatomiques et zoologiqaes sur le .lynlème nerveux des animaux sawi vertèbres. — Du système )i"rvei(x des Insectes. Ann. d. se. nat., (3), V, p. 357. pi. 11, llg. 3. 181(1. 78 RAPHAËL DUBOIS De ce même gauglion, part une paire de connecliis qui traverse le prothorax jusqu'à la hauteur des appareils lumineux protho- raciques, pour se rendre au ganglion prothoracique (PI, VII, (jpth). Sur leur trajet, les connectifs émettent à leur entrée dans le prothorax une paire de filets nerveux qui décrivent une courbe parallèle au bord du prothorax (PL VII, n) et dont les filets se distribuent aux masses musculaires prothoraciques ventrales. Le ganglion prothoracique envoie une paire de nerfs aux pattes et un filet nerveux, de chaque côté (PL VI, fig. 3, gpth), qui se dirige en arrière des appareils lumineux pour distribuer ses rameaux aux muscles qui les avoisinent. On n'a pu constater la présence d'aucun filet nerveux se ren- dant directement dans la substance même de l'appareil lumineux (V. structure des app. lumin., L'' part., chap. IV, § 3). Les connectifs qui partent de ce ganglion se rendent au gan- glion mésothoracique fPl. Vil, gmsth) dont la forme est presque quadrangulaire et rappelle un peu celle d'un œuf de Raie : il envoie un nerf aux pattes de la seconde paire et un filet nerveux qui innerve les muscles moteurs des élytres. Les connectifs airectent ici une forme toute particulière : au lieu de rester parallèles, ils s'écartent pour se rapprocher de nouveau, de façon à former un anneau complet entourant une saillie de l'entothorax, pour se rendre ensuite au ganglion méta- thoracique (PI. VII, gmtth) : en longueur, ils n'atteignent guère que le quart des connectifs précédents. Le ganglion métathoracique, intimement uni au premier gan- glion abdominal, semble former un tout avec lui; mais, un exa- men attentif permet cependant de distinguer de la masse gan- glionnaire les ganglions primitifs. Du ganglion métathoracique, proprement dit, part en avant une paire de nerfs se rendant aux muscles alaires, et en arrière, des nerfs qui se rendent aux pattes de la troisième paire. Du gangUon premier abdominal (PI. VII, gaj, partent les deux cordons connectifs accolés l'un à l'autre, qui se rendent au deuxième ganglion abdominal (PL VII, gaJ situé à la hauteur du premier stigmate abdominal; de ce ganglion, les connectifs se continuent de proche en proche et relient les troisième, qua- trième, cinquième, sixième et septième ganglions abdominaux (PL VII, g a,, g a,, ... ga,). Le premier ganglion abdominal émet une paire de longs filets LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 79 nerveux (PL Vil, ^a,), qui suivent parallèlement les connectifs; puis, ceux-ci s'écartent brusquement en prenant une direction perpendiculaire à la première, pour se rendre dans les parties situées sur les côtés du premier anneau abdominal et aux stig- mates de cet anneau; du point de courbure se détache un mince filet qui se rend aux muscles de l'appareil ventral. Du deuxième (^/fl-j), du troisième {ga.^)^ du quatrième ganglion {ga^) abdominal, se détache une paire de filets nerveux se distri- buant aux muscles de chaque segment. Immédiatement au-dessus, de chaque ganglion, part un mince filet nerveux qui va jusqu'aux stigmates. Le septième ganglion abdominal {ga^), comme tous les derniers ganglions de la chaîne nerveuse des insectes, est beaucoup plus volumineux que ceux qui le précèdent, pour cette raison fort simple qu'il est formé par la réunion de deux centres nerveux : il représente, en eiTeL les septième et huitième ganglions abdomi- naux. De cette masse ganglionnaire (7^ centre), part de chaque côté un grêle filet nerveux dont les divisions terminales se distribuent aux muscles du dernier anneau. En dedans, naît une paire de nerfs qui se rend aux organes génitaux (PL VII, ng) ; ce sont les nerfs les plus volumineux. Près de la racine des nerfs génitaux, se détache une paire de nerfs récurrents (Pi. Vil, ur), qui remonte parallèlement à la chaîne ganglionnaire, jusque dans le métathorax, pour distribuer leurs fines terminaisons au tube digestif. Nous appelons particulièrement l'attention sur ces filets ner- veux dont nous n'avons vu nulle part mentionner l'existence. § 5. Organes génitaux. Appareil mâle. On peut diviser en deux groupes les organes qui concourent à la formation de l'appareil génital mâle : 1" or- ganes essentiels spermatogènes ; 2'^ organes annexes, destinés à fournir les sécrétions accessoires et à servir de réservoirs sper- matiques. Les organes spermatogènes du PjTophore (PL VIII, fig. i, os) sont constitués essentiellement par une paire de très longs tubes terminés en cœcum. A leur extrémité terminale, ils prennent l'aspect d'un renflement cylindrique sinueux situé sur les parties 80 RAPHAËL DUBOIS latérales de l'abdomen, de chaque côté de la dernière portion de l'intestin. Au dessus de ce renflement, le tube devient plus mince, grêle, et va en remontant passer au-dessus des organes que nous allons décrire, en formant de nombreuses sinuosités pelotonnées qui leur donnent l'aspect des tubes de Malpiglii. Arrivés vers la réunion des deux tiers inférieurs de la cavité abdominale avec le tier- supérieur, ils se reploient vers la ligne médiane, passent au- dessous de la masse des organes annexes et viennent déboucher à la partie inférieure du carrefour où aboutissent tous les canaux déférents. Les organes annexes se composent de deux systèmes de cœcum glandulaires servant en même temps de réservoirs. Deux supérieurs, beaucoup plus volumineux, se présentent sous la forme de deux cornes épaisses, recourbées, obtuses à leur extrémité qui est tournée en dehors : leur bord antérieur est convexe en avant (PL VIII, fig. i, oa). Ces deux organes débou- chent largement dans le carrefour commun. Quatre autres tubes (PL VIII, fig. i, o,«i), réunis par paires situées de part et d'autre au-dessous des précédents, complètent ces organes annexes. Ils débouchent largement au-dessous des précédents par une ouverture unique un peu au-dessus du point d'arrivée des tubes spermatogènes. De cet orifice commun, part le tronc large et court qui résulte de la fusion de cette paire de tubes. Ceux-ci vont en divergeant, l'un vers la partie inférieure de l'abdomen, l'autre vers la partie supérieure. L'extrémité terminale du tube inférieur se trouve en rapport, par sa face postérieure, avec les dernières portions du cœcum spermatogène qu'elle recouvre en partie, tandis que l'extrémité terminale du tube supérieur va se mettre en contact avec la grande courbure des vastes réservoirs supérieurs. De la partie inférieure du carrefour, part un tube en S, dont l'anse antérieure a sa convexité dirigée à droite, tandis que celle de la seconde, plus courte, est dirigée vers la gauche. Ce tube en S représente le canal déférent commun. Il est en rapport, par sa face supérieure, avec le rectum qui passe au-dessus de lui et ne le recouvre complètement que dans sa partie tout à fait terminale qui seule est rectiligne (PL VIII, fig. i, s). Le canal déférent aboutit à une verge droite sur les côtés de laquelle se trouve une paire de pièces annexes que Léon Dufour a nommée « les forceps » ; ces parties sont recouvertes par le py- gidium(PL VIII, fig. i,py). LES ÉL\TÉRIDES LUMINEUX 81 Le pygidiiim (PI. VIII, fig-. m et iv) est le seul organe extérieur dont la forme soit suffisamment caractéristique pour distinguer le sexe chez le Pyrophore noctiluque. La description du pygidium du mâle sera donnée à propos de celui de la femelle. Appareil femelle. — L'appareil femelle comprend, comme celui de tous les Insectes, des organes ovigères et des organes annexes. Les organes ovigères sont représentés par des gaines fusiformes, au nombre de quatre de chaque côté. L'aspect général de ces gaines change selon l'état de développement des œufs. Au mo- ment de la ponte, au lieu de présenter l'aspect moniliforme ordi- naire dans toute leur étendue, ces gaines s'élargissent vers leur partie inférieure dans laquelle, au lieu d'une simple rangée d'oeufs, on distingue deux séries parallèles d'oeufs o.ccolés par paires (PI. VIII, tig. ii, go). L'extrémité supérieure de ces gaines, qui est occupée par les chambres ovigères, pénètre en s'effîlant dans le thorax pour aller se terminer à la région supérieure du prothorax, où elle va se confondre avec le tissu conjonctif qui rattache le cœur à la paroi dorsale. Les quatre gaines se réunissent au niveau du bord antérieur du cinquième anneau pour former de chaque côté lecalyce dont la partie inférieure tubuliforme se dirige en se recourbant légère- ment vers la région médiane et profonde où il va déboucher à la naissance de l'oviducte (PI. VIII, fig. ii, o). Cet oviducte, renflé en ce point, se dirige directement au-des- sous du rectum, vers l'armure génitale. De chaque côté de la partie renflée de l'oviducte, sont situées deux poches sessiles (PI. VIII, fig. n, rs) qui, dans la figure que donne Léon Dufour de l'appareil génital de VElater [Agriostes] gilvellus, sont représentées par deux cœcum en forme de crois- sant (l). Cet appareil, déjà réduit chez les Pyrophores, n'exis- terait pas chez VElater[Lacon] murinus (2). Léon Dufour le désigne simplement sous le nom de vésicules ou réservoirs particuliers, quand il existe. Dans ces conditions, il ne peut être assimilé qu'à des réservoirs séminaux. La partie rentlée de l'oviducte est surmontée d'un organe ovoïde rattaché au précédent par une partie étranglée (PL VIII, fig. n, pc). De la partie antérieure et moyenne de cet organe part en dessous (Ij Ami. d. Se. nat., VI, pi. 17, ti.i;. 10, 1825. (•2) Lor. cit.. fis. 8. S2 RAPHAËL DUBOIS iiii tube contoiimé d'un diamètre à peu près égal à celui des tubes de Malpiglii (Pi. VIll, fig. ii, t) qui décrit plusieurs circonvolutions appliquées directement sur la face supérieure de l'organe ovoïde. Au sommet de ce même organe, vient déboucher un canal court eu S ramassée, qui reçoit à son extrémité supérieure les conduits d'une glande en grappe, dont les nombreux rameaux se rabattent vers l'extrémité de l'abdomen où ils occupent les régions laté- rales, jusqu'au dessus des calyces (Pi. VllI, iig. ii, gs). Ce sont CCS glandes que Léon Dufour appelle « glandes sébacées ». 11 n'établit pas la nature du tube contourné à circonvolutions, qui, en réalité, est l'homologue d'un tube semblable au cœcum que l'on trouve chez le Dytique, l'Hydrophile, etc., et que cet auteur considère, chez ces insectes, comme une glande sébacée. Quant au corps ovoïde, dont Léon Dufour n'établit pas non plus les homologies, il doit, en réalité, être considéré comme une poche copulatrice. Du pygidium dans les deux sexes. — Ainsi que nous l'avons dit, le pygidium est le seul organe extérieur qui permette de distinguer les deux sexes ; les caractères dillerentiels tirés de la taille des Insectes, des diamètres des yeux ou de leur saillie plus ou moins prononcée, etc., n'ont aucune valeur, tandis que la forme du pygidium est tout à fait différente d'un sexe à l'autre et absolu- ment caractéristique. Le pygidium de la femelle observé par sa face supérieure rap- pelle la figure d'une mitre vue de face et dont le sommet serait dirigé en arrière (PI. VIII, fig. ii et iv). Son bord antérieur et su- périeur est sinueux. Ses bords latéraux présentent, vers l'union des deux tiers antérieurs avec le tiers postérieur, un petit mame- lon blanchâtre dépourvu de poils. Le sommet de la mitre est obtus et bordé d'une bande blanche qui va d'un mamelon à l'autre. La face supérieure, presque plane, d'un brun roussàtre, est cou- verte de poils longs et fins, de même couleur. La face inférieure a la forme d'un lozange tronqué à sa partie antérieure. De chaque angle latéral du lozange, part une ligne sinueuse présentant deux petites concavités latérales et une grande courbure à convexité antérieure. Cette ligne limite un espace blanchâtre. Les bords postérieurs seuls sont garnis de uoilé roussâtres de la même couleur que le reste du pygidium. Le pygidium du mâle présente une forme absolument ditTérente : en dessus, au lieu d'offrir l'aspect d'une mitre vue de face, il LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 83 rappelle la figure de cet objet placé de profil (PL VIII, fig. i et m). La face supérieure est formée par raccolemenl de deux pièces ogivales, un peu irrégulières, réunies sur la ligne médiane par leur bord interne. En arrière, la pointe des ogives délimite un espace triangulaire, à sommet arrondi, qui forme une large échan- crureàla partie postérieure et médiane dupygidium. Cette échan- crure laisse voir la face supérieure des tergites de l'armure géni- tale. Le bord antérieur du pygidium n'est pas sinueux comme chez la femelle, et présente à ses deux extrémités deux pointes dirigées en avant et en dehors, qui forment les angles antérieurs. Les bords antérieurs du pygidium, légèrement curvilignes, sont garnis d'une rangée de poils fins. Dans son ensemble, cette face du pygidium du mâle représente donc une surface plane divisée en deux par une soudure médiane bifurquée à sa partie posté- rieure, où elle -dessine un petit triangle isocèle, à base tournée en arrière et précédant immédiatement la grande échancrure. La face inférieure du pygidium du mâle est représentée par un segment d'ovoïde à pointe postérieure : sa couleur est uniformé- ment roussàtre; elle est dépourvue de poils. Quant aux armures génitales, qui n'ont d'ailleurs, au point de vue qui nous occupe, qu'une importance secondaire, elles sont dans le genre Pyrophore, d'après M. le Professeur de Lacaze- Duthiers, entièrement semblables à celles des Taupins de notre pays et à celles de YAgripnus senegaleasis qu'il a particulièrement étudié dans son travail classique sur l'Armure génitale des Insectes. CHAPITRE IV. AnATOMIE et HISTOLOGIE DES ORGANES LUMINEUX. g 1 . — Historique. Les premières notions sur la texture des organes lumineux des Pyrophores sont dues à Macartney (1810), qui a donné une description de ce qu'il a pu distinguer en examinant à la loupe les organes prothoraciques. Son observation est accompagnée de trois figures : les deux premières représentent Y FAatcr (Pxjro- M RAPHAËL nUBOIS phorus) noclilucus et l'organe lumineux vu à la loupe, la troisième montre YElater (Pyrophorus) ignitins. Il semble ignorer l'existence de la plaque ventrale et ne parle que des organes du corselet. Ceux-ci seraient constitués , d'après cet observateur, par une substance jaune particulière, placée derrière une partie diaphane du tégument, qui laisse voir, par transparence, la couleur natu- relle de cette matière dans le jour et permet le passage des rayons lumineux, quand l'organe est éclairant. « En disséquant » dit Macartney « les organes lumineux de Y Elater noctilucus, on les trouve composés d'une délicate substance jaune, de forme ovale, logée dans la concavité des taches jaunes du corselet, qui sont particulièrement minces et transparentes dans cette espèce. » Cette substance est remarquablement serrée dans sa struc- ture qui, à première vue, apparaît comme une masse inorganisée; mais, avec une loupe, on reconnaît qu'elle est réellement com- posée d'un grand nombre de très petits lobules étroitement ap- pliqués les uns contre les autres : autour de ces masses, la sub- stance interstitielle du corselet est arrangée d'une manière radiée. » Macartney indique également qu'un faisceau musculaire du corselet naît de l'intérieur des masses ovales de la substance lumineuse. Chez V Elater (P y rophoriis) ignitius, d' après le même auteur, la configuration des masses musculaires est tout à fait irrégulière. Ces masses sont situées presqu'à la partie postérieure des angles du corselet : elles sont formées d'une matière plus lâche que celle que l'on trouve chez VElater {Pyrophorus) noctilucus, ressemblant par sa structure à la substance interstitielle qui entoure les masses de cette dernière espèce. Le tégument du cor- selet est mince et transparent des deux côtés et principalement sur les bords latéraux; mais, au-dessus des organes lumineux, il n'est ni bombé, ni plus particulièrement mince et clair, ce qui expliquerait le peu d'éclat de la lumière dans cette espèce. Lacordaire (1830) reconnaît que la substance de l'insecte n'est pas lumineuse comme l'ont prétendu Brown et Latreille ; mais, qu'elle est localisée dans trois « appareils phosphoriques », dont deux en forme de taches arrondies, près des angles postérieurs du corselet et sans communication l'un avec l'autre. Le troisième serait situé à la partie postérieure du mésothorax, ce qui est, nous le savons, une erreur, dans une cavité triangulaire, aplatie et tapis- sée d'une membrane extrêmement fine et légèrement cornée à son LES ELAïEHlDEri LUMINEUX 85 ouverture. « On peut » dit Lacordaire « en s'y prenant avec adresse, après avoir passé l'Insecte à l'eau bouillante, détacher cette membrane et alors elle ressemble à une poche contenant la matière phosphorique. » C'est en 1850, que le premier examen microscopique a été pra- tiqué, à l'aide des réactifs chimiques, sur la Mouche de Cuba, par le docteur Burnett. Cet examen, fait immédiatement après la mort de l'Insecte, lui a montré que la phosphorescence sortait de globules graisseux traversés par des trachées. Il n'a pas trouvé trace de nerfs et de « vaisseaux »; il ajoute qu'il est difficile de préciser le point où se forme la lumière, celle-ci s'éteignant avee les réactifs. En examinant la matière particulière dont dépend la lumino- sité, ou dans laquelle elle se manifeste, Perkins (1867) a trouvé qu'elle est composée, en grande proportion, de graisse dans laquelle existent des trachées et une grande quantité de nerfs : « La matière grasse est comme une craie très blanche et donne l'apparence des globules gras. Si on l'étend sur du papier et si on la chauffe, elle laisse une tache grasse; quand on fait digérer cette masse dans l'éther, la matière grasse se dissout, laissant en grande abondance des nerfs et des trachées. » Perkins indique l'existence de la fine membrane qui recouvre la plaque abdominale et constate qu'elle ferme complètement l'animal en dessous. A l'intérieur, la matière lumineuse n'est pas bien limitée, les vaisseaux des autres points du corps étant contigus avec elle, cependant elle est distincte. Dans le thorax, elle est également distincte et l'auteur indique bien que les deux membranes convexes ovales transparentes, qui sont de nature cornée, sont séparées de l'organe lumineux par une membrane mince et transparente; mais Perkins en fait une enveloppe spéciale, remplie de nerfs, et aussi de trachées auxquelles il fait jouer le principal rôle dans la production de la lumière (V. -l^ part., ch. IV, g 6). On doit àM. Heinemann un travail plus complet que ceux de ses prédécesseurs et qui fut publiée en 1872. Ce savant a étudié l'anatomie et l'histologie des organes lumineux des Pyrophores delà Vera-Cruz sur des individus appartenant à deux espèces, une grande et une petite, mais qu'il n'a pu déterminer. La posi- tion des organes lumineux prothoraciques situés «au voisinage des bords externes, près des angles faisant saillie en arrière », nous 86 RAPHAËL DUBOIS fait supposer, d'après le tableau de la distribution géographique des Pyrophores (V. p. 34 et 35), qu'il s'agit d'individus apparte- nant à la X^ section de M. Gandèze. Cet auteur, le premier, a bien indiqué la position de l'organe ventral. Dans l'espèce qu'il a observée, il a trouvé des différences entre l'organe lumineux du mâle et celui de la femelle; chez le mâle, il remplit complètement la coupe transversale de l'abdomen, tandis que chez la femelle il est plus petit et a la forme d'une lame triangulaire qui « s'est développée par deux moitiés latérales symétriques, comme le montre un fin sillon longitudinal et de légères incisions en haut et en bas : à angle droit sur le sillon longitudinal s'en montre un horizontal. » Nous verrons qu'il y a lieu de donner à ces sillons une signification toute différente. M. Heinemann distingue dans l'organe abdominal deux couches qu'il n'a pu séparer que difficilement par la solution de potasse à 35 p. 0/0, ce qui n'est pas surprenant, car la connaissance de la véritable texture de l'organe lumineux , qui lui a échappée , montre qu'il est inutile de tenter cette séparation. Quoi qu'il en soit, cet observateur admet l'existence de deux couches distinctes : 1° Une couche externe épaisse, éclairante, colorée par un pigment jaunâtre clair, qui, pendant l'éclairage devient transparente ; 2° une couche postérieure, plus mince complètement blanche, comme calcaire, non éclairante. D'après M. Heinemann, les cellules éclairantes de la couche superficielle apparaissent comme des amas arrondis; le champ du microscope est alors rempli de granulations à contours nets et à mouvements moléculaires rapides, ainsi que de grosses gouttes à forte réfringence. 11 a trouvé également, en se servant de sérum artificiel ou de « sang de Coléoptères «, des cellules arrondies ou allongées dont le diamètre oscille entre 2o [x et 42 ;x, consistant en une substance finement granuleuse, avec un noyau arrondi, renfermant un nucléole ou encore une masse finement granuleuse. Ces cellules n'ont pas de membrane : elles sont rarement polyédriques, le plus souvent en parallélogrammes, à angles arrondis, il y a des déviations en rond, en ellipse, en forme de feuille, etc. Le sang des Coléoptères nous paraît un véhicule mal choisi pour étudier les éléments anatomiques de ces organes délicats en raison des globules amœboïdes granuleux qu'il contient. LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 87 Il est bien évident que la texture du tissu des organes lumi- neux du Pyrophore n'a pas été comprise par M. Heinemann qui a trouvé les cellules lumineuses très adhérentes aux trachées dont on ne pouvait les séparer par la potasse à 35 p. 0/0 sans en- traîner des fragments des branches trachéennes : « elles sont » dit-il « disposées sur les trachées comme des perles dans un collier ». Les cellules lumineuses seraient donc traversées par les trachées, opinion émise parSchullze autrefois au sujet des or- ganes lumineux de? Lampyres, mais complètement abandonnée aujourd'hui. La couche non lumineuse serait formée de trachées, de conglomérats, de petits granules à contours nets, mais ne contiendrait pas de cellules. Ajoutons que, selon M. Heinemann, le liquide qui baigne les organes lumineux n'est pas identique au sang pris dans le vaisseau dorsal, par exemple : il y a trouvé cependant, à l'état frais, une grande quantité de globules du sang incolores. L'auteur de ces recherches indique en outre l'action d'un cer- tain nombre de réactifs sur les cellules lumineuses ; nous aurons l'occasion de revenir sur cette partie du travail du savant alle- mand à propos de l'examen histochimique des organes lumineux (V. 2° part., chap. V). MM. Robin et Laboulbène ont publié un an plus tard, en 1873, une étude histologique des organes lumineux du Gucujo de Cuba. M. Heinemann a reproché à ces auteurs de n'avoir pas fait men- tion de ses recherches ; il est vrai de dire que lui-même ne parle pas de ceux qui l'ont précédé dans cette voie et dont nous avons cru devoir analyser les travaux au commencement de ce chapitre. MM. Robin et Laboulbène décrivent également deux couches: l'une est profonde et entièrement formée de cellules à parois hyali- nes, à contenu formé de gouttelettes graisseuses, comme dans le tissu adipeux des Insectes : l'autre couche est formée de cellules irrégulièrement polyédriques qui ne diffèrent pas sensiblement de celles des organes lumineux des Lampyres, à angles arrondis, assez molles, friables, difficiles à séparer les unes des autres, épaisses de 4 a à Q'j., sans paroi propre, avec un noyau relative- ment petit de 7a, un peu grenu^ sans nucléole. Elles contiennent des granulations « d'urate d'ammoniaque ou de soude en grande abondance. » Cependant, il est dit, dans cette note, qu'aucun d'eux ne peut être reconnu comme salin (V. 2° part., chap. V). Quanta la structure, MM. Robin et Laboulbène indiquent seule- ment que les cellules sont immédiatement contiguës les unes aux 88 KAPIlAiX DUBOIS autres et qu'entre leurs faces adjacentes on ne trouve que des nerfs et des trachées sans que la masse ainsi constituée soit dis- t'ribuée en lobes ou lobules. 11 est difficile, d'après ces données, de se faire une idée exacte de la texture de l'appareil, ce qui tient sans doute à ce que les savants, dont nous venons de parler, ont recherché l'explication du phénomène lumineux en s'appuyant surtout sur la structure et l'histochimie des éléments histologiques considérés isolément, bien plutôt que sur l'anatomie de l'organe et la texture des tissus q.ui entrent dans sa composition. Dans l'étude qui fait l'objet de ce chapitre nous n'avons cherché à pénétrer la texture et la structure intime de l'organe qu'après avoir examiné avec attention toutes les particularités anatomiques qu'il pouvait présenter (1.) % -l. — De r organe himinetix de la larve du Pi/rophore. Chez la larve du premier âge, il n'existe qu'un foyer lumineux situé, ainsi que nous l'avons dit (chap. II, § 6), dans l'espace occu- pant la partie postérieure du premier anneau (segment cépha- lique) et la partie antérieure du second (segment prothoracique) ainsi que l'espace interannulaire compris entre les deux. Cet organe médian est, en réalité, composé de deux moitiés symé- triques qui, par leur forme et leur disposition, rappellent la figure de section horizontale et médiane de l'encéphale de l'homme. Vues par transparence, elles présentent l'aspect de deux masses protoplasmiques h^^alines remplies des granulations particulières que l'on retrouve dans les organes de l'insecte lumineux par- fait. Ces masses paraissent entourées d'une très fine membrane translucide : elles se rapprochent beaucoup par leur constitution des organes lumineux de la larve des Lampyrides si bien décrits et figurés par Targioni Tozzetti (2) ; mais , elles s'en éloignent considérablement par leur situation anatomique et les rapports qu'elles contractent avec les autres organes. On se rendra faci- lement compte de leur situation et de leur configuration en se reportant au dessin qui en a été donné (PI. II, «p-Z). (!) Les recherches relatives à la testure et à la structure de ror,2;ane ont été faites en grande partie dans le laboratoire d'Anatomie pathologique de l'Hôpital des Quinze-vingt, placé sous la savante direction de notre excellent ami, M. le Doc- teur Henzcl. (2) Targioni Tozzetti Bull, délia Soc. entoni. Ital., III. p. 383 et suiv. LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 89 Ainsi que nous l'avons déjà mentionné, la larve du second âge diffère de celle du premier âge en ce qu'elle porte des points lu- mineux sur tous les anneaux. Le foyer médian céphalo-prothora- cique persiste : puis, sur les huit premiers anneaux abdominaux, se développent, de la tête à l'extrémité, trois points brillants pour chaque anneau : leur groupement en séries linéaires forme trois cordons d'illuminations parallèles, quand le phénomène a acquis son complet développement. De plus, le dernier anneau porte un foyer unique. Sur les coupes transversales faites sur des larves du premier et du second âge, au niveau de l'appareil méditin antérieur, on distingue seulement la présence d'une substance possédant des propriétés optiques particulières sur lesquelles nous aurons à revenir et formant une masse elliptique située au-dessous de l'in- testin ; cette substance contient une grande quantité de granula- tions biréfringentes. Au niveau des points brillants latéraux, dans les anneaux sui- vants, la cuticule forme des renflements situés un peu au-des- sous du stigmate. De ce stigmate, partent deux troncs trachéens qui embrassent la base du renflement, sans pénétrer dans sa profondeur (1). Sur une coupe transversale menée perpendiculairement à l'axe du corps de l'animal (PI. IX, fig. !,<:./), on voit nettement que la substance lumineuse est enfermée dans une saillie de la cuticule étranglée à sa base. L'intérieur de cette sorte de poche reste en communication avec la cavité générale. Cet organe larvaire offre une grande analogie, dans ses traits généraux, avec l'organe ventral que nous allons étudier et qui ressemble, comme le disait Lacordaire, à « une poche contenant la matière phos})horique. » § 3. — Situation^ rapports, anatomie, texture et structure des organes lumhieux chez V Insecte parfait. A. Appareil ventral ou ahdoyninal. — Ainsi que nous l'avons déjà dit, l'appareil lumineux ventral n'a aucun rapport avec le thorax, il est une dépendance absolue du premier anneau abdominal : il occupe la région médiane du sternite du premier zonite de l'ab- domen. Il) On ne peut se rendre compte de la disposition de ces rameaux trachéens qu'après avoir fait pénctrei- dans leur cavité un liquide coloré. 90 RAPHAËL DUBOIS La forme extérieure de l'organe varie beaucoup suivant que l'Insecte ouvre ou ferme l'espace compris entre la partie libre de la face antérieure du premier zonite abdominal et celle de la face postérieure du métatliorax. Dans l'attitude du repos, c'est-à-dire quand les ailes sont fer- mées, si l'on pratique une coupe antéro-postérieure médiane divisant l'animal en deux parties égales symétriques , on voit (fig. xvi) que l'appareil lumineux, quand il n'est pas en acti- vité, a la forme d'un bissac dont l'ouverture serait tournée du côté de la cavité abdominale. Les deux saccoches de ce bissac, plus développées dans le sens transversal, occupent une partie de l'espace laissé libre entre l'abdomen et le thorax. Sur la coupe (fig. xvi), on voit que leur section moyenne est comprise dans un espace triangulaire à sommet dirigé en bas et dont la base est occupée par une membrane très mince, tandis que le côté anté- rieur et une partie du côté postérieur représentent une section pratiquée dans une portion chitineuse épaisse du tégument des deux anneaux contigus. Si, au contraire, on examine la plaque ventrale quand l'Insecte est dans l'attitude du vol, c'est-à-dire quand les ailes et les élytres étant écartées, la pointe de l'abdomen est relevée en haut, on constate que l'appareil lumineux ventral a pris l'aspect, vu de face, d'une plaque médiane en forme d'écusson (PI. lll,pv), accolée à la partie antérieure et inférieure du premier zonite abdominal, dont elle occupe presque toute la région moyenne et inférieure. Elle a sa plus grande largeur suivant une ligne trans- versale marquée par un sillon qui divise la plaque en deux parties inégales. Cette largeur est en moyenne de quatre à cinq milli- mètres, tandis que , sur la ligne médiane, l'organe est moins long que large (PI. III , jw). C'est vers l'union du premier tiers antérieur avec les deux tiers postérieurs de la ligne mé- diane de l'organe que se trouve situé le. sillon transversal. Dans celui-ci s'ouvre à angle droit un second sillon plus court antéro- postérieur occupant seulement le tiers antérieur de la ligne mé- diane, puisqu'il se jette perpendiculairement dans le sillon trans- versal où il se termine. Dans l'espèce que nous avons étudiée, la forme et les dimen- sions sont à très peu de choses près les mêmes chez les mâles et chez les femelles. Le bord antérieur sinueux présente à sa partie moyenne une échancrurc indiquant l'origine du sillon anléro-postérieur. Bien LES ÉLATÉRIUES LUMINEUX 91 que ce sillou se termine en réalité au milieu du sillon transversal, on pourrait croire qu'il se rend jusqu'au bord postérieur, en raison de l'existence d'un repli cutané qui le continue jusqu'à la pointe cliitineuse, laquelle limite en bas la partie médiane du bord antérieur du premier anneau abdominal. Le bord postérieur de la plaque se moule sur les contours de ce bord antérieur du sternite du premier zonite abdominal; mais, il ne s'y insère pas. On peut, en efïet, en promenant entre ce bord libre et le bord sternal de la plaque la pointe mousse d'un crayon, par exemple, s'assurer qu'il existe là un sillon profond indi- quant que l'appareil ventral a gardé sa forme pédonculée et qu'il est bien constitué encore par un sac, mais ce n'est plus un bissac; celui-ci, s'étant déployé par un mécanisme que nous explique- rons ultérieurement (2'' part., cli. IV, § 4), forme maintenant une poche unique. Le bord antérieur, au contraire, se continue direc- tement avec la membrane interanuulaire, mince et transparente, qui réunit l'appareil ventral au métathorax. Cette membrane, qui se trouve tendue par le relèvement de l'abdomen, présente un sillon en relief qui part de la partie moyenne de la face postérieure du métathorax pour aboutir à l'échancrure du bord antérieur de l'appareil lumineux. Le sillon en relief indique la présence d'une gouttière qui met en commu- nication l'appareil lumineux avec la cavité du métathorax, quand l'abdomen est dans l'extension. Vers le tiers antérieur de ce sillon on observe un petit hiatus qui pourrait faire croire à l'exis- tence d'un canal s'ouvrant à l'extérieur, mais on peut s'assurer facilement qu'il ne s'agit que d'un petit cul-de-sac fermé, produit par la rétraction de la membrane interannulaire. Lorsque la plaque ventrale n'est pas éclairante, elle présente une couleur blanc-jaunâtre dans toute sa surface, qui est seule- ment encadrée d'une bordure de substance plus blanche, comme crayeuse. Il est possible, l'Insecte étant dans l'attitude du repos, de forcer le bissac à se déployer sans faire intervenir le mouvement d'exten- sion ; il suffit pour cela de pousser, avec une certaine force, une injection dans la cavité générale (1). Sa section médiane prend (1) Je me suis servi avec avantage, pour la préparation des Insectes destinés à fournir des coupes d'ensemble, d'injections d'une solution épaisse de gomme ou de gélatine colorée soit avec le carmin, soit avec le bleu de Prusse dans la cavité générale : les Insectes ainsi injectés sont immergés ensuite dans l'alcool absolu. 92 RAPHAËL DUBOIS alors la lorme a. Dès lors : Ax = Sin'w, Bx = 6 Sin^a. Calcul de Ax : (1) A. Crova, Journal de physique, VIII, p. 88. LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 115 Longueur d'onde Sin*co F.... 48S;x68 496.67 0.00273 508.05 0.00799 E.... 521.64 0.0121 528.56 0.0128 535.88 0.0121 551.97 0.00961 569.67 0.00486 D 589.22 0.00170 636.09 Si l'on prend pour abscisses les longueurs d'onde et pour or- données les nombres de la deuxième colonne, on voit que le maximum de lumière correspond pour le spectre continu donné par l'animal à la longueur d'onde 528^56. L'aire comprise entre la courbe et l'axe des longueurs d'onde peut servir à définir la force vive lumineuse fournie par l'animal. Calcul de Bx : Longueur d'ondo 6 Sin'a 457^l;.34 0.2925 465.93 0.3470 475.46 0.3658 F . 485.68 0.3848 496.67 0.3658 508.05 0.3510 E ... 521.64 0.3470 528.56 0.3510 535.88 0.3470 551.97 0.3376 569.67 0.3012 D . 589.22 0.2836 610.80 0.2706 636.09 0.2328 G....) 664.53 0.1712 B....V'697.06 0.1498 Si l'on prend pour abscisses les longueurs d'onde et pour ordonnées les nombres de la seconde colonne, on voit que le maximum correspond à 496w67. L'aire comprise entre la 116 RAPHAËL DUBOIS courbe, l'axe des longueurs d'onde et les deux ordonnées extrêmes, peut servir à définir la force vive fournie par la bougie. Une construction graphique donne le moyen de comparer aisé- ment les résultats obtenus. La comparaison de ces deux courbes, telles qu'elles résul- tent des nombres trouvés dans les expériences que nous avons faites avec M. Godard, donne lieu à quelques remarques intéres- santes. Elle permet de voir que l'aire comprise entre l'îixe des lon- gueurs d'onde et la courbe est, pour la lumière du Pyrophore, presqu'en totalité occupée par les rayons verts et jaunes; ces derniers comprenant environ les deux tiers de cette aire. On remarque également que le maximum d'intensité corres- pond à la longueur d'onde 528.56 ; or, cette longueur d'onde se trouve être précisément la même que celle qui a été indiquée par M. Charpentier (1) pour le maximum de clarté dans le spectre solaire. On voit également que, pour la bougie, le maximum ne corres- pond plus qu'à la longueur d'onde 496[x67 et se trouve par consé- quent reporté du côté des rayons les plus réfrangibles. On devrait obtenir, d'après les expériences de Dove, un résultat inverse si la composition du spectre des Gucujos devait ses propriétés à la faiblesse relative de son intensité (2). Enfin, l'aire délimitée par la courbe des intensités de la bougie et la ligne des longueurs d'onde n'est occupée que dans une partie beaucoup plus restreinte par les rayons jaunes. En comparant les surfaces limitées par les courbes et la ligne des abscisses, on trouve que la valeur photométrique d'un appareil prothoracique de Pyrophore serait d'environ de ~ bougie du Phénix (de 8 à la livre). Si l'on admet que l'appareil ventral possède un pouvoir éclai- rant double d'un des appareils prothoraciques, on voit qu'il fau- drait trente-sept à trente-huit Pyrophores lumineux à la fois par tous leurs appareils pour éclairer un appartement avec la même intensité qu'une bougie. Mais, il convient de ne pas attribuer à ces données une valeur absolue, qui d'ailleurs ne présenterait qu'un intérêt secondaire. (1) Charpentier, Loc, cit. (2) V. p. lit), Remarque. LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 117 L'observation directe démontre que le pouvoir éclairant peut varier d'un insecte à un autre et, chez le même insecte, d'un mo- ment à un autre et d'un appareil à l'appareil correspondant. Le véritable intérêt de ces recherches consiste donc principa- lement dans la détermination de la composition relative de la lumière des Pyrophores. Nous allons voir que pour évaluer la valeur comparative de l'action exercée par la lumière des Cucujos sur la rétine, il serait préférable d'adopter une méthode plus physiologique que celle du spectrophotomètre. g 3. Longueur d'onde moyenne. La longueur d'onde moyenne de la lumière diffractée fournie par un des appareils prothoraciques, donnant le maximum de son pouvoir éclairant, a été déterminée à l'aide d'un réseau: on a trouvé les deux nombres suivants : 0.538 0.522 dont la mo3'enne est 0.530 Ce résultat confirme l'exactitude de celui qui a été obtenu à l'aide du spectrophotomètre de M. Gouy , car, en faisant la moyenne des longueurs d'onde fournies parles diverses zones du spectre, on trouve le nombre très approché de 0.533. Ce nombre est voisin de celui qui a été fixé par Mascart pour la raie verte du thallium et qui est 0.535. On sait que le mot thallium est tiré de « Sa)loq » qui signifie « rameau vert ». Or, l'impression produite sur la rétine par la lumière des Pyrophores ne peut mieux se comparer qu'à celle que donne la lumière du jour tamisée par un rideau de feuillage. M. Lecoq de Boisbaudran (1) a trouvé que le spectre de l'hy- drogène chargé de phosphore donne des bandes : une première à la longueur d'onde : 599.4 (bande presqu'invisible avec une fente étroite), une seconde à la longueur d'onde : 560 ^c'est une des raies considérées par cet auteur comme caractéristique de l'hy- drogène phosphore) ; une troisième correspondant à la longueur d'onde 526.3, notablement plus forte que les autres, surtout si (1) Lecoq (le Boisbaudran, S/JCC/res lumineux, 1874, p. 187. 118 RAPHAËL DUBOIS l'on arecours, pour la produire, au procédé de M. Salet (1); et enfin, une dernière bande correspondant à la longueur d'onde 489. La lumière émise par le Pyrophore donne un spectre qui com- mence et finit aux mêmes points et dont le maximum a la même longueur d'onde sensiblement; mais, entre ces deux spectres, il existe une différence profonde, puisque celui du Pyrophore est continu, alors que celui du phosphore brûlant dans l'hydrogène est discontinu. Quant au spectre de l'acide phosphorique introduit dans la flamme, il donne bien un spectre continu, mais il est beaucoup plus étendu que celui que nous avons observé. g 4. Propriétés organolepiiques. Examinée à l'œil nu, la lumière des Pyrophores produit, comme il a été dit plus haut, à peu près la même impression que celle de la lumière solaire traversant un feuillage vert pâle, mais il n'y a pas identité absolue : en réaUté, cette lumière animale produit sur la rétine une action très vive et tout à fait spéciale. Perkins, ne connaissant pas d'expression convenable, se sert du mot : « intangible » pour rappeler le caractère si particulier de la lu- mière du Pyrophore. Cet effet singulier ne peut être mieux com- paré qu'à celui que déterminent les rayons émanant des corps fluorescents, soit lorsqu'on les examine à la lumière du jour sous une certaine incidence, soit lorsque l'on fait agir sur eux les rayons les plus réfrangibles du spectre. On verra plus tard qu'il n'y a pas seulement analogie mais bien identité absolue entre ces deux phénomènes (V. 2" part., chap. IV, § 3) et que V éclat particu- lier de la lumière des Pyrophores n'est pas causé, comme le pensent MM. Robin et Laboulbène, par « des phénomènes d'inter- férences dûs à des dispositions particulières ». La lumière des Pyrophores est plus verte que celle des Lam- pyres noctiluques qui est plutôt bleuâtre, et elle est beaucoup plus fortement teintée que celle de la Luciole d'Italie qui est plus pâle et un peu dorée, quoique très vive. Il nous sera facile de démontrer (V. composition du sang, 1" part., chap. IV, §3) que ces variations dans la coloration ne doivent pas être attribuées aux différences d'intensité de la lumière émise par ces divers Insectes, ainsi qu'on serait tenté de le croire, d'après les expériences de (1) Salet, Ann. de Chim. et de Phys., janvier 1873. LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 119 Dove (1), et aussi, d'après cette considération, que dans l'œuf et dans la larve du Pyrophore, dont le pouvoir éclairant est beaucoup plus faible, la lumière est bleuâtre. Les variations de coloration de la plaque ventrale pendant le vol , dont parle Gosse , sont dues uniquement à la nuance rouge des élytres et des ailes qui réfléchissent la lumière ou la laissent voir par transparence, selon les attitudes variées que prend l'Insecte dans ses rapides évolutions aériennes. On pourrait être surpris en constatant que cette lumière si vive dans l'obscurité, si éblouissante lorsque le foyer d'où elle s'é- chappe est placé près de l'œil, ne laisse pas d'impression persis- tante sur la rétine, si l'on ne savait, d'après les recherches de Plateau (2) que l'intervalle du temps pendant lequel une impres- sion se conserve sans perte sensible est d'autant plus grand que l'impression est moins intense. Ceci nous explique pourquoi, lorsque l'Insecte vole en rond avec cette extrême vitesse qui lui est propre, on ne voit pas un cercle lumineux continu, comme lorsqu'on fait tourner avec ra- pidité un charbon ardent, mais bien une succession extrême- ment rapide de vives étincelles d'une très courte durée qui a pu faire croire que la lumière pendant le vol était véritablement in- termittente. M. Plateau trouve une grande analogie entre le mécanisme de la production des images accidentelles et le mouvement d'un corps écarté d'une position d'équilibre stable, qui y revient par un mouvement oscillatoire. Dans cette hypothèse, qui se trouve être d'accord avec la récente découverte des mouvements du pigment rétinien, l'apparition des images accidentelles devrait être en raison directe de l'intensité du rayon lumineux qui frappe la rétine. Or, par les moyens ordinaires, il m'a été impossible d'obtenir la production des images accidentelles avec la lumière (1) Remarque. — Dos expériences faites par Dove (a) tendent à prouver qu'en général les rayons les moins réfrangibles paraissent prédominer quand l'éclairage est intense et que l'inverse a lieu quand l'éclairage est faible, résultats qui con- cordent d'ailleurs avec ceux que nous avons consignés relativementà l'apparition et à la disparition des rayons rouges dans le spectre des Cucujos. (2) Plateau, Dissertation sur quelques proprie'te's des impressions produites sur la vue. Liège, 1829. {a.) Milnc Edwards, Leçons sur la Physiologie et l'Anatomie comparée , XII, p. 363, 1876-77. 120 RAPHAËL DUBOIS des Pyrophores, ce qui est une nouvelle preuve qu'elle est d'une nature particulière. Il faut se placer dans des conditions toutes spéciales pour que le phénomène se produise. Perkins raconte qu'ayant fixé pen- dant longtemps le foyer lumineux d'un Pyrophore et ayant ensuite porté ses regards sur la flamme jaune d'un réverbère allumé dans la rue voisine, il vit aussitôt cette flamme prendre lire teinte d'un rouge analogue à celle du strontium incandes- cent. J'ai pu répéter l'expérience de Perkins et me convaincre de son exactitude. Or, cette couleur est précisément la com- plémentaire de la lumière verte du Pyrophore (1). Action sur Vacuité visuelle. — La méthode photométrique qui conviendrait le mieux serait celle qui consisterait à prendre pour base, non plus l'intensité lumineuse ou clarté, mais l'inten- sité visuelle (2), ou plutôt, à appliquer à la mesure de la lu- mière animale la méthode de photométrie hétérochrome de MM. Macé de Lépinay et Nicati, qui permet de comparer correc- tement les pouvoirs éclairants de diverses sources plus ou moins teintées, par le rapport des coefficients d'égale acuité aux coeffi- cients d'égale clarté (3), mais nous le répétons, il ne s'agit plus d'une lumière comparable à celle qui nous est fournie dans l'éclairage usuel par des particules incandescentes. Si l'expression de « belle lumière », qui a été donnée à celle que produit les Pyrophores, peut s'expliquer en partie parce fait, (1) L'influence de la lumière jaune du gaz ou mieux de la lueur monochroniali- que du sodium incandescent a une influence très remarquable sur la visibilité de certaines sources lumineuses de très faible intensité. Lorsqu'on pénètre pendant le jour dans un cabinet noir renfei'mant des Poissons morts et phosphorescents, ce n'est qu'au bout d'un séjour dans l'obscurité, d'autant plus prolongé que la lumière extérieure a été plus vive, que l'on peut constater l'existence de la phosphores- cence ; mais, vient on à fixer pendant quelques secondes la flamme jaune d'un bec de gaz ou la lumière du sodium incandescent, aussitôt Ton peut apercevoir la clarté faiblement bleuâtre des Poissons et continuer ses observations aussi faci- lement que la nuit. J'ai constaté souvent cette propriété particulière de la lumière jaune. (2) La première représente le pouvoir excitant d'une lumière sur la Rétine, la seconde répond à la facilité plus ou moins grande avec laquelle cette lumière nous permet de distinguer les formes des petits objets. Ces deux modes d'intensité ne sont pas proportionnels l'un à l'autre, mais différent d'autant plus que la lumière est plus réfrangible (Charpentier, loc. cit.) (3j Macé de Lépinay et Nicati, Recherches sur la comparaison photome'lrique des diverses parties d'un même spectre. Anu. de Chimie et de Physique, (5), XXIV, 1881, p. 289 et suiv. et (5), XXX, 1883, p. 145 et suiv. LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 121 qui nous est démontré par l'étude spectrophotométrique, à savoir que l'aire pouvant servir à définir, jusqu'à un certain point, sa force vive lumineuse, est presque entièrement occupée par les rayons verts et jaunes, c'est-à-dire par ceux qui comprennent les régions du spectre qui correspondent à la fois au maximum d'in- tensité lumineuse et au maximum d'intensité visuelle, il n'en est pas moins vrai qu'il faut tenir compte de Vcclaé opalescent caractéristique de cette lumière, qui impressionne certainement d'une manière particulière la rétine. Si l'on sait que les corps lluorescents ont la propriété de ra- mener vers une longueur d'onde moyenne les rayons très réfran- gibles qui font précisément défaut, presque complètement, au moins en ce qui concerne le bleu et le violet, dans le spectre de la lumière des Pyrophores, on ignore si ces rayons particuliers ne jouissent pas, à l'égard de la rétine et des autres milieux lluores- cents de l'œil, de propriétés spéciales. S'il en est ainsi, la superposition ou l'action simultanée des rayons fluorescents et des rayons lumineux, qui émanent direc- tement de la substance propre des organes éclairants du Pyro- phore, peut expliquer pourquoi l'on serait tenté d'employer, pour exprimer Véclat de cette clarté, la dénomination de « lumière condensée. » Ce qu'il y a de bien certain, c'est que la présence d'un corps fluorescent dans les organes lumineux doit accroître singulière- ment leur intensité lumineuse, car la lumière extra-violette de- vient douze cents fois plus intense après avoir été modifiée par le sulfatede quinine, suivant Helmholtz(2); mais, il est impossible de déterminer exactement le rôle que joue cet excitant spécial dans l'évaluation de l'intensité visuelle. Non seulement la diffusion de la lumière qui est propre aux substances fluorescentes, mais encore la disposition particulière des surfaces qui limitent extérieurement les organes lumineux, semblent indiquer que l'intensité visuelle de cette source doit être faible. Cependant, il n'en est rien et les nombreux observa- teurs qui déclarent avoir pu lire et écrire facilement à la lumière d'un seul Cucujo n'exagèrent en aucune façon, ainsi qu'il résulte des quelques expériences suivantes. (1) Remarque. — Il importe de ne pas confondre l'éclat, avec l'intensité lumi- neuse ou avec la sensation chromatique. C'est une sensation absolument spéciale et différente des deux autres. (2) Helmholtz, Loc. cit., p. 309, 325, 353. 122 RAPHAËL DUBOIS Un œil, sensiblement emmétrope, peut dans une pièce obscure lire avec un seul Pyrophore à une distance de 0.33^™, les carac- tères correspondants àD = 0.5 de l'échelle de Snellen, le foyer lumineux étant placé à un centimètre et demi du tableau : on lisait également les caractères D = 1 .20 à cinq centimètres et D = 1 .5 à dix centimètres. Ces relations sont assez constantes pour des Insectes différents, lorsqu'ils donnent leur clarté maxima. Nous avons fait également des expériences comparées de lec- ture à l'aide de l'Insecte et d'une bougie du Phénix sur l'échelle typographique de Donders pour la mesure de l'acuité visuelle. Voici le résultat de ces expériences : I. — Les caractères n° II ont été successivement éclairés à la distance de O^IS*^™ par la bougie et par l'Insecte. Ils ont été lus à la distance de 8'"30, lorsqu'ils étaient éclairés par la bougie, et à la distance de deux mètres, lorsqu'ils étaient éclairés par l'Insecte. II. — L'Insecte étant à 0"i20'^"i de l'échelle typographique, les caractères u'' 12 étaient lus à la distance de 2"'30. A la même distance (2'n30), on pouvait lire les caractères n^ 6, lorsqu'on éclairait l'échelle avec la bougie placée comme l'Insecte, à 0"'20 centimètres. On voit que l'intensité visuelle de cette lumière est assez con- sidérable, si l'on tient compte surtout de la dispersion des rayons lumineux qui s'échappent en divergeant des appareils prothoraci- ques (V. champ d'éclairage, 2" part., ch. IV, § 1) dont on s'est servi exclusivement dans ces recherches (1). Action sur le sens chromatique. — Malgré la teinte verte très manifeste de cette lumière, le sens chromatique n'est en aucune façon influencé ; on reconnaît facilement la couleur propre à chaque objet; sauf le bleu foncé et le violet qui n'existent pas dans le spectre de cette lumière, toutes les autres couleurs dites « à confusion », dont on se sert en oculistique, sont facile- ment reconnues. Champ visuel. — Les rayons venant, soit directement, soit après réflexion, de ces appareils lumineux sont, malgré leur teinte (1) Nous n'avons pas cherché par ces évaUiations purement empyriques à établir une relation photométrique entre le pouvoir éclairant de la bougie et celui du Py- rophore, pour les raisons indiquées précédemment. Mais les résultats obtenus sufG- sent à montrer que la faiblesse du pouvoir éclairant indiquée par le spectro- photoraètre est assez nojable par rapport à l'intensité visuelle. LES ÉLATÉRIDE3 LUMINEUX 123 verte, perçus jusqu'aux limites extrêmes du champ visuel, il y a donc entre cette lumière et celle d'une autre source émettant des rayons verts et jaunes, une différence notable, car on sait que les limites du champ visuel, pour le vert, occupent les points les plus concentriques, tandis que les rayons bleus, au contraire, sont vus dans les limites les plus étendues. § 5. — Recherche de la lumière polarisée. En raison de l'existence d'une quantité considérable de parti- cules, de granulations jouissant d'un pouvoir biréfringent, au sein même des organes lumineux, on pouvait se demander si le plan d'ondulation des rayons lumineux sortant de ces appareils était le même que celui des ra^'ons ordinaires. 11 était d'autant plus intéressant d'être fixé sur ce point que plusieurs auteurs ont pensé que ces granulations brillantes sous le microscope, mais dont ils ignoraient la propriété biréfringente, avaient pour but de disperser la lumière et de la réfléchir en dehors. S'il en était ainsi, la lumière émise en dehors devrait être en grande partie composée de rayons polarisés. On peut s'assurer de diverses manières que la lumière des Pyrophores n'est pas polarisée. Si l'on remplace dans un microscope polarisant le diaphragme polariseur par un diaphragme simplement convergent et que, supprimant toute source de lumière étrangère, on examine avec l'éclairage fourni par les plaques prothoraciques d'un Pyrophore des grains de fécule placés sur un porte objet, on voit facilement la structure de ces grains, avec un objectif n° 2 de Vérick ; mais, si l'on vient à tourner l'analyseur de façon à obtenir l'extinction, on ne voit aucune trace de la belle croix brillante qui apparaît quand la lumière transmise est polarisée. De même, en examinant avec cette lumière des coupes de roches, au Laboratoire de géologie de la Faculté des Sciences, il nous a été impossible de saisir la moindre trace de coloration des élé- ments constituants qui prennent, comme l'on sait, des teintes ca- ractéristiques dans la lumière polarisée. Dans une troisième expérience, à la place d'un polariseur (nicol), nous avons placé l'Insecte lumineux. 1° La lumière analysée par le prisme biréfringent a donné deux images d'égale intensité ; 124 RAPHAËL DUBOIS 2° Cette intensité s'est conservée dans la rotation de l'analy- seur de 90'^ ; 3° L'interposition d'un quartz taillé perpendiculairement à l'axe n'a donné aucune trace de coloration ; 4° Les deux images superposées donnaient une intensité égale à leur somme, c'est-à-dire égale à la lumière totale d'un des appareils. Cet essai, qui a été fait avec M, Bourbouze, montre, ainsi que les deux premiers, que la lumière des Pyropliores ne contient pas de rayons polarisés et que, par conséquent, la lumière des appareils lumineux ne traverse pas la couche des granulations biréfringentes et n'est pas non plus le résultat de réflexions pro- duites par des granulations ou par des corpuscules cristalloïdes. g G. — Rayons chimiques M. E. Becquerel (1), en se servant de l'actinomètre, instrument qui permet de mesurer l'aclion chimique par l'intensité des cou- rants électriques auxquels elle donne naissance, a trouvé que la courbe des intensités des radiations chimiques coïncide à peu près avec celle des radiations lumineuses, depuis A jusqu'en F, où se trouve un minimum. Au delà, et en allant vers le violet, elle remonte, atteint un second maximum entre G et H, puis décroît rapidement jusqu'en P où l'activité chimique devient nulle. Dans le spectre lumineux des Pyropliores, la limite extrême du côté des rayons les plus réfrangibles ne dépassant guère la raie F, on pouvait penser que le pouvoir actinique de cette lumière était faible. 11 était utile de s'en assurer par un essai photogra- phique. Après quelques tentatives, qui furent d'abord infructueuses parce qu'on avait négligé d'immobiliser l'animal, j'opérai de la façon suivante avec l'aide de M. Aubert, alors professeur au lycée du Havre: Une dentelle de papier noirci fut appliquée sur une plaque pho- tographique au gélatino-bromure contenue dans un châssis à épreuves positives. La lumière destinée à impressionner la plaque venait d'un des deux organes lumineux du prolhorax, l'autre envoyait ses rayons principaux à peu près parallèlement à la (1) Becquerel, loc. cit. LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 125 surface impressionnable qu'il éclairait cependant un peu d'un côté : l'Insecte était maintenu à environ deux centimètres de dis- tance de la vitre du châssis. Afin d'obtenir un résultat décisif, la plaque fut exposée pen- dant une heure à la lumière de l'Insecte constamment excité : l'action fut des plus intenses, il nous parut évident qu'une expo- sition beaucoup plus courte serait suffisante.; en efTet, nous avons pu réduire le temps de pose, d'abord à vingt minutes, puis à cinq. Depuis ces'premiers essais, j'ai pu obtenir, dans un temps beau- coup plus court (deux minutes), des photographies beaucoup plus grandes (C'^iC^), en me servant de plaques plus sensibles et en utilisant, cette fois, l'éclairage de l'appareil abdominal. La plaque sensibilisée était posée horizontalement sur une table et le cliché à reproduire était appliqué directement sur la surface sensible. Sur ces deux plaques de verre, ainsi disposées, on avait placé un petit trépied eu verre soutenant une petite cuvette de cristal à fond plat, à une hauteur de deux centimètres environ au-dessus du cliché. Un Pyrophore placé dans cette petite cuvette qui contenait de l'eau, exécutait en nageant des mou- vements rapides dans tous les sens ; il mettait ainsi à décou- vert son appareil ventral, qui éclairait fortement la plaque placée au-dessous de lui. C'est de cette façon qu'a été obtenu le cliché qui a servi pour le tirage de l'épreuve positive, représentant le buste de Claude Bernard, placée en tète de ce mémoire. Mais, il n'a pas fallu moins de cinq minutes pour obtenir avec l'appareil le plus éclairant une épreuve convenable , en em- ployant des plaques assez sensibles pour donner, avec la lumière solaire, une image dans une fraction de seconde. Cette expérience est intéressante en ce qu'elle montre que la quantité de rayons chimiques contenue dans la lumière de Pyro- phores est extrêmement faible et, par conséquent, que l'énergie employée aies produire est presque nulle. L'actinomètre deM. E. Becquerel pourrait seul permettre de comparer, avec une précision suffisante, l'énergie perdue en rayons chimiques par cette source lumineuse avec celle qui échappe de la môme manière dans les foyers connus ; mais, il (1) Eii utilisant les rayons produits simultanément par cinq ou six Insectes, on peut obtenir des épreuves en deux minutes seulement. 126 RAPHAËL DUBOIS serait impossible cependant d'obtenir une mesure absolue, puis- que la relation qui existe entre la force électromotrice développée et l'intensité lumineuse n'est pas encore déterminée. Action sur la chlorophylle. — A la lumière du jour, une so- lution éthérée de chlorophylle paraît d'un beau rouge grenat, quand elle est vue par réflexion, tandis qu'elle est d'un vert foncé quand on la regarde par transparence ; elle est, en un mot, di- chroïque et présente, comme l'on sait, l'aspect des corps fluores- cents; avec la lumière des Pyrophores, il est impossible d'obtenir un effet analogue h celui que donne la lumière solaire. Si l'on observe les foyers lumineux d'un Pyrophore au travers d'une ou plusieurs feuilles vertes, on remarque que les rayons qui s'en échappent les traversent facilement, même quand elles forment une assez grande épaisseur, sans subir de modification de teinte appréciable. On pouvait se demander s'il n'était pas possible d'obtenir avec cette lumière la production de la chlorophylle dans les végétaux développés à l'obscurité et par conséquent dépourvus de sub- stance verte; il eût été curieux, en effet, de voir une fonction végé- tale de premier ordre s'exécuter sous l'influence d'une manifes- tation vitale d'ordre animal agissant à distance, le mouvement animal se transformant ainsi en mouvement végétal. Une vingtaine de Pyrophores furent enfermés pendant quatre jours dans une boîte contenant de jeunes pousses incolores de Cresson alénois et de Radis, un peu rougeàtres seulement dans certains points. L'intérieur de la boîte était disposé de façon à ce que la lumière émise par les Insectes fut réfléchie vers les plantes et que la perte fut aussi faible que possible. Malgré ces précau- tions aucune trace de matière verte ne prit naissance, bien que l'éclairage fut supérieur à celui que fournissent les sulfures phosphorescents au moyen desquels M. Regnard (1) a pu obtenir le développement de la chlorophylle. On sait d'ailleurs que ce sont les rayons dont les vibrations sont peu rapides qui favorisent le plus le développmeent de la chlorophylle, or ces rayons font presque complètement défaut dans le spectre des Pyrophores. Fluorescence. — Les expériences de M. Stokes ont démontré la généralité de la loi suivante : les rayons qui déterminent l'ap- (l) p. Regnard, Influence des rayons phosphorescents et fluorescents sur la végé- tation. BulL de la Soc. de Biol., 1882. LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 127 parition de la lumière dans les substances fluorescentes ont une réfrangibilité plus forte que celle des rayons qu'ils produisent ; en général, ce sont les radiations chimiques qui, absorbées par la substance fluorescente, se trouvent transformées en radiations lumineuses. Nous savons déjà que la lumière des Pyrophores est dépourvue du pouvoir de déterminer l'apparition de la chlorophylle chez les végétaux et que, d'autre part, mise en présence d'une dissolution de cette substance dichroïque, elle ne donne pas naissance aux rayons rouges qui se montrent toujours sous une certaine inci- dence de la lumière du jour. Cependant, malgré la pauvreté du spectre des Pyrophores en rayons lumineux très réfrangibles et en rayons chimiques, on peut déterminer parfois des phénomènes de fluorescence ; ils se montrent d'une manière très nette, mais avec peu d'intensité, dans les dissolutions d'éosine , de fluorescéine et d'azotate d'urane ; le résultat est négatif avec le sulfate de quinine et l'esculine. Si la nature même du spectre indique que la lumière des Pyro- phores ne peut pas donner naissance, en vertu de la loi de Stokes, à des phénomènes très accentués et très nombreux de fluorescence, il existe, en outre, une autre donnée physique dont il faut tenir compte. On sait que toute lumière quia déjà traversé une substance fluorescente devient par cela même impropre à provoquer la fluorescence dans un second milieu fluorescent : or, tel est, ainsi que nous l'avons dit déjà, le cas des rayons qui éma- nent des appareils lumineux du Pyrophore. La petite quantité de rayons très réfrangibles et de rayons chi- miques dans le spectre, peut s'expliquer de la même manière, les uns et les autres se trouvant transformés eu radiations éclai- rantes. Phosphorescence. — De l'action des corps fluorescents doit être rapprochée celle des corps phosphorescents qui ne diffé- reraient des premiers, d'après M. Becquerel, que par la persis- tance du phénomène lumineux. On sait que diverses substances, certains sulfures calcaires, par exemple, jouissent de la propriété de devenir lumineux dans l'obscurité après avoir été impressionnés par la lumière. Si l'on projette le spectre solaire sur des bandes recouvertes de diverses matières phosphorescentes et que l'on examine dans l'obscurité les effets lumineux produits par les différents rayons 128 RAPHAËL DUBOIS prismatiques, on remarque que le maximum d'action dépend de la nature des substances impressionnées. Mais, dans tous les cas, ce sont toujours les rayons chimiques les plus voisins du violet, les plus réfrangibles, par conséquent, qui donnent le maximum d'intensité. Les rayons calorifiques ont pour résultat d'activer et de continuer l'action des rayons chimiques. Quinze Pyrophores bien lumineux furent enfermés, à l'entrée de la nuit, dans une boîte à parois formées de plaques très sensi- bles au sulfure de calcium préparées par M. Morel. L'intérieur de la boîte était assez lumineux pour que l'on put voir facilement, dans l'obscurité, les objets extérieurs aussi bien qu'avec une veilleuse, grâce à la lumière traversant les parois de verre enduites de sulfure. Au bout de deux heures aucun phénomène de phosphorescence ne s'était produit sur les plaques qui donnaient, après quel- ques secondes d'exposition à la lumière du jour, une belle lueur violette. D'autres échantillons de sulfures calcaires préparés de façon à émettre, après exposition à la lumière solaire, des rayons rouge- orangé, verts, bleus, etc., n'ont donné naissance à aucun phéno- mène de phosphorescence, sous l'influence de la lumière des Py- rophores. L'existence d'une notable quantité de rayons rouges dans le spectre des Pyrophores nous avait fait supposer que l'on pourrait peut-être arriver à déceler la présence de rayons infra-rouges par le procédé de M. E. Becquerel ; mais, pour les raisons indiquées plus haut, les résultats ont été négatifs, malgré les conditions de succès les plus favorables qui nous étaient offertes (1). § 7. — Rayons calorifiques. Les rayons fournis par les douze appareils prothoraciques de six Pyrophores dirigés sur les ailettes d'un radiomètre très sen- sible que la lumière diffuse du jour pouvait mettre en mouve- ment, n'ont exercé aucune influence sur ce délicat instrument. Dans l'obscurité complète du cabinet noir, l'approche de la main suffisait pour faire tourner les ailettes ; ce résultat ne doit (1) Cette recherche a été faite dans le laboratoire de M. Becquerel, au Conser- vatoire des arts et métiers, avec l'obligeant concours de M. Poignot, préparateur. LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 129 pas surprendre, puisque l'on admet que ce sont les radiations ca- lorifiques et non les radiations lumineuses qui sont transformées en mouvement rotatoire. Cette expérience nous indique déjà que les appareils lumineux des six Pyrophores placés à une très petite distance du radiomètre, laissent échapper moins de rayons calo- rifiques que la paume de la main placée à une distance de quinze à vingt centimètres. Cependant, la présence de rayons rouges dans le spectre lumi- neux de nos Insectes pouvait faire supposer que les rayons éclai- rants étaient accompagnés d'une notable quantité de rayons ca- lorifiques. La recherche de ces rayons calorifiques a été faite dans le la- boratoire de physique de M. le Professeur Desains à la Sorbonne, avec le concours de notre collègue M. Ledeboèr. L'appareil se composait d'une pile thermo-électrique de Melloni très sensible et bien isolée, sans cornet, eu communication avec un galvanomètre à réflexion. Dans une première série d'essais préliminaires, un Pyrophore bien éclairant, fixé sur un bouchon de liège dont la température propre n'exerçait aucune action sur la pile, était placé à chaque détermination, à une distance de trois centimètres environ de l'ouverture de la pile : le bouchon était tenu à la main au moyen d'une tige de bois de soixante centimètres de longueur environ qui permettait d'agir à distance. Chaque fois que l'on présentait à la pile la partie du prothorax portant les appareils lumineux, l'aiguille du galvanomètre subis- sait une déviation. Cette déviation était extrêmement faible et, dans six déterminations successives, elle n'excéda pas neuf dixièmes de degré, déplacement indiquant une quantité de cha- leur presque insignifiante, étant donnée l'exquise sensibilité de l'appareil. Ces déviations étaient toujours de même sens, mais elles n'avaient pas la même amplitude. On pensa qu'il était nécessaire, pour obtenir un résultat signifi- catif, de disposer l'expérience de telle façon que les rayons de l'appareil lumineux vinssent toujours frapper la surface sensible de la pile suivant une même direction et de manière à ce que l'animal fût toujours à la même distance de l'ouverture de la pile. A cet effet, on construisit un appareil qui permettait en outre de tourner, tantôt la face dorsale prothoracique d'où venait la lumière, tantôt le support de liège, du côté de la pile. 9 130 RAPHAËL DUBOIS Cet appareil comprenait : 1° Une pile thermo-électrique et im galvanomètre très sen- sibles ; la pile, inclinée de 45° dans la direction des faisceaux principaux lumineux, était complètement isolée. 2° Un pivot de bois vertical traversant, selon son axe principal, un cylindre de liège creusé d'une gouttière dans laquelle était fixé l'animal. Ce pivot, entraînant dans son mouvement de rota- tion le bouchon et l'Insecte, était mu par une poulie à gorge hori- zontale placée à son extrémité inférieure. Le support de liège était maintenu à une distance de 1/2 centimètre de la pile. 3° Une deuxième poulie, de même diamètre, fixée sur le même support horizontal à un mètre cinquante centimètres de la pre- mière, était mue par une manivelle : le mouvement imprimé à cette poulie était transmis à la poulie du pivot par un fil de soie. On pouvait ainsi, de loin, faire exécuter au bouchon qui portait l'Insecte une rotation suffisante pour présenter à la pile soit l'In- secte, soit la surface du support par quelque point que ce fût. 4" Une pile en communication avec un chariot de Dubois Rey- mond était mise en rapport avec la face ventrale de l'Insecte par deux fils de platine pénétrant dans le bouchon et venant émerger dans le fond de la gouttière; on pouvait ainsi exciter, à distance, l'Insecte sans avoir à craindre aucune influence étrangère. Dans chaque détermination, la mise au zéro de l'aigaille du gal- vanomètre était obtenue en amenant la surface du bouchon op- posée à la face dorsale de l'Insecte en face de la pile. Dans ces conditions, on nota les résultats suivants : 1° Quatre déterminations successives donnèrent, en présentant la face prothoracique dorsale, les appareils étant lumineux, des déviations, de même sens, d'une valeur de 1°8, 2"?, 1-^8, 1° (moyenne 1°8) de l'échelle du' galvanomètre). 2° L'aiguille du galvanomètre étant immobile et l'appareil éclairant étant en face de la pile, on fit passer le courant électri- que : l'Insecte fit quelques mouvements et l'éclat de l'appareil lu- mineux fut un peu augmenté : l'aiguille du galvanomètre accusa, dans deux essais successifs, des déviations de 0*^2 et 0°4 (moyenne 0°3), de même sens. 3° Les appareils lumineux ayant été obturés à l'aide de boulettes de cire opaques, la face non lumineuse du prothorax fut présentée à l'ouverture de la pile: on observa, dans deux opérations, des déplacements, de même sens, de 1° et de 0o9. 4"^ L'Insecte étant maintenu en face de la pile, on fit à l'aide de LES ÉLATÉRIDKS LUMINEUX 131 celle-ci trois excitations successives : on nota les déviations sui- vantes : 0^3, 0o4, 003 (moyenne 0^33). 5° Les boulettes de cire étant enlevées et l'Insecte étant lumi- neux, la déviation produite fut de i'^8 exactement. Cette dernière détcrminalion établit qu'il n'y a pas eu d'épuisement de l'Insecte pendant l'expérience. De l'ensemble de ces expériences, on peut tirer les conclusions suivantes : a. Les appareils prothoraciques et la surface du protliorax lais- sent échapper une quantité de chaleur rayonnante capable de produire une déviation moyenne de 1°8 (1). p. L'augmentation de la quantité de chaleur dégagée par la surface dorsale prothoracique (parties obscures et lumineuses), sous l'influence de l'excitation électrique, ne dépasse pas 0°3, en moyenne. y. Les parties obscures du prothorax dégagent une quantité de chaleur produisant une déviation égale à la différence des moyennes des expériences n» 1 et n° 3, c'est-à-dire équivalente à 0°85, ce qui réduirait la valeur de la déviation due aux rayons calorifiques obscurs, accompagnant les rayons lumineux, à 0°93. 5. L'augmentation de la chaleur rayonnée par le prothorax et les appareils lumineux, paraît due à l'exagération de calorifica- tion dans toute cette partie de l'Insecte. En résumé, si l'on considère qu'avec un instrument, comme celui dont nous nous sommes servi, on peut obtenir un véritable affolement de l'aiguille sous l'action de variations de température qui échappent à notre sensibilité, on doit considérer comme à peu près nulle la quantité de chaleur rayonnée par les foyers lu- mineux de l'Insecte, surtout si l'on veut bien, par la pensée, établir une comparaison entre la chaleur produite par les organes et le dégagement de calorique qui accompagne la flamme d'un petit bec de gaz d'une intensité éclairante égale. Ajoutons que deux aiguilles thermo-électriques, dont l'une était appliquée sur l'appareil ventral, tandis que l'autre était pro- menée sur ^tous les points du corps, n'ont indiqué aucune dif- férence notable de température entre les diverses régions. De plus, les aiguilles étant maintenues dans deux points fixes, l'une (1) Il ne faut pas oublier qu'une déviation aussi faible, avec un appareil aussi sensible que celui dont nous avons fait usage, n'indique qu'une quantité infinitési- male de chaleur rayonnée. 132 RAPHAËL DUBOIS sur la plaque ventrale, l'autre à la partie postérieure de l'abdo- men, sous les ailes, il ne s'est produit aucun changement appré- ciable, au moment où. l'appareil lumineux ventral a cessé de briller. Ces derniers résultats concordent avec ceux qui ont été obte- nus par M. Maurice Girard, sur les Lampyres (1) ; mais, ainsi que l'a fait remarquer cet auteur, il était nécessaire de se livrer à de nouvelles recherches sur des Insectes plus lumineux que les Lampyres afin d'élucider complètement ce point intéressant de la calorification animale. g 8. — EUctricité. Les expériences précédentes ne suffisent pourtant pas à établir que toute l'activité moléculaire existant dans l'appareil éclairant, au moment où il devient brillant, est employée à produire des rayons lumineux ; d'ailleurs, l'idée émise par quelques auteurs que la lumière animale pouvait bien être un phénomène électri- que, nous imposait le devoir de rechercher avec soin si quelque manifestation électrique particulière prenait naissance dans les organes lumineux. Nous avons reconnu qu'il n'existait aucune différence mesura- ble de potentiel entre l'appareil lumineux et les autres parties du corps. La recherche a été faite au moyen de l'électromêtre capillaire de M. Lippmann, une goutte d'eau étant placée sur l'appareil lumi- neux prothoracique et une autre sur le prothorax, sur la ligne médiane (2). (1) Maurice Girard, Sur la chaleur libre dégagée par les animaux invertébrés et spécialement les Insectes. Paris, 18G9. (2) Remarque. — Les électrodes du même instrument appliquées l'une sur la plaque ventrale, l'autre sur la face opposée du corps de l'Insecte et dans les points circonvoisins, nous n'avons pu noter que de très légers déplacements du ménisque de la colonne mercurielle, mais les déplacements n'offraient pas une valeur suffi- sante pour qu'il fut permis d'en tirer une conclusion positive. Cependant, comme ces légères variations se faisaient dans le même sens et quoiqu'elles pussent être dues à des causes étrangères, on se demanda si elles n'étaient pas déterminées par une combustion lente s'opérant au niveau de l'organe lumineux. Dans lous les cas, cette action chimique se serait produite aussi bien quand l'organe était lumineux que lorsqu'il était éteint ; car, la déviation était manifeste dans les deux cas, au moment où on appliquait l'électrode sur le foyer ventral. Ces déplacements se faisaient toujours dans le sens négatif. LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 133 1 Comme on sait d'ailleurs que cet appareil accuse de volt, on peut dire qu'il n'existe pas de différence supérieure à cette valeur. L'existence d'un courant fut également recherché avec soin dans le laboratoire de M. d'Arsonval, au moyen d'un électro- mètre assez sensible dont les fils conducteurs étaient munis d'é- lectrodes impolarisables et trempées préalablement dans l'eau salée. On ne put déceler aucune trace de courant alors que les mêmes électrodes placées sur la langue donnaient lieu à de très sensibles déplacements dans la position de l'aiguille du galvano- mètre. Nous avions un instant songé à introduire des aiguilles dans le sein même des appareils lumineux et dans les autres points du corps pour interroger les parties profondes. Mais, dans ce cas, les dé- sordres produits par cette opération auraient pu causer des perturbations susceptibles de donner lieu à des conclusions erronées (i). Il nous restait à rechercher si les organes lumineux pouvaient exercer quelqu action sur Télectroscope. M. Bourbouze se proposait de son côté, et sans que nous nous soyons concertés, de faire la même recherche sur des Lampyres. L'expérience fut faite dans le laboratoire de M. Bourbouze qui voulut bien se charger de l'exécuter. On se servit d'un électroscope à feuilles d'or très sensible, mais il ne donna aucune indication pouvant faire supposer l'existence d'un état électrique agissant par iniluence. (1) On fit la contre-expérience suivante: Dans une petite capsule de porcelaine â combustion, d'une longueur de quatre centimètres sur six millimètres de largeur, nous avons coulé une gelée de colle du Japon donnant une résistance à peu près analogue à celle que peut présenter le contenu du corps d'un Insecte. Sur un point de la surface de cette gelée, nous avons placé un très petit fragment de phosphore ordinaire. A l'autre extrémité de la capsule plongeait une électrode de platine. Au moyen du second conducteur ter- miné par un fil de platine, on pouvait toucher le petit fragment de phosphore. Or, chaque fois que le contact était établi, un courant assez constant se manifestait avec une intensité véritablement remarquable, s'élevant à des fractions de volt. Ce courant était de sens contraire à celui qui était accusé par l'Insecte et ce dernier, en raison de sa faiblesse extrême, ne pouvait être comparé au premier. Ainsi donc, un très petit fragment de phosphore s'oxydant à Tair libre donnait des résultats diamétralement opposés à ceux que fournissait l'organe lumineux de l'Insecte. 134 RAPHAËL DUBOIS Il est dès lors bien démontré que toute l'énergie extériorée par l'Insecte est convertie en lumière, c'est ce qui explique com- ment ces petits êtres peuvent produire des effets aussi intenses avec une dépense presque insignifiante, ainsi que nous le ver- rons ultérieurement. On est frappé des relations qui existent entre ces résultats expérimentaux et cette donnée physique théorique, qu'un corps qui absorberait les rayons chimiques et calorifiques obscurs, en renvoyant tous les rayons colorés, paraîtrait vert clair (1). Telle est en effet la propriété si remarquable des organes lumineux du Pyropliore dont la lumière est, comme nous l'avons dit, d'un beau vert clair. CHAPITRE II. INFLUENCE DES AGENTS MÉCANIQUES ET PHYSIQUES SUR LA PRODUCTION DE LA LUMIÈRE. § 1. — Action des agents extérieurs agissant mécaniquement. Les Pyrophores se prêtent mieux que les autres Êtres lumi- neux à la recherche de l'influence que peuvent exercer les agents extérieurs, agissant à titre d'excitants mécaniques, sur la pro- duction de la lumière. La difficulté, que présente une semblable étude sur nos Lam- pyres indigènes, est telle qu'il ne nous a pas été permis de for- muler dès à présent les conclusions précises à leur sujet. Les expériences que nous avons faites sur ces Insectes nous ont montré seulement la nécessité de procéder à de nouvelles inves- tigations pour expliquer les divergences d'opinion des principaux observateurs. ' D'ailleurs, chez la larve, chez la nymphe, ainsi que chez l'In- secte parfait, il existe des particularités qui ne sont pas moins importantes à signaler que celles qui tiennent à la différence des sexes, des genres et des espèces. (1) A. de Rochas, Le rayon vert et l'cr/uerre chromatique. La Nature, p. 115, 13"' année, 1885. LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 135 Chez les Pyrophores, au contraire, nos recherches ont établi qu'à toutes les périodes du développement, les chocs, les ébran- lements mécaniques avaient pour effet immédiat de provoquer ou d'activer la production de la lumière, qu'il s'agisse de l'œuf, de la larve ou de l'Insecte parfait, à l'état normal. Pourtant, les excitations mécaniques cessent de déterminer la lumière, par suite de l'épuisement et de la fatigue qu'elles produisent, si elles sont trop souvent répétées, ou bien, si l'on exagère la durée et l'intensité de leur action. L'extinction de la lumière par épuisement peut être mise en évidence par l'expérience suivante : On place des Pyrophores dans un flacon de verre cylindrique fixé horizontalement à l'extrémité de l'un des rayons d'une roue tournant dans un plan vertical, de façon à ce qu'il soit animé d'un mouvement excentrique, l'axe du flacon ne se confondant pas avec le prolongement de l'axe de rotation de la roue. Dans ces conditions, les Insectes sont projetés sur la paroi du flacon avec une violence et une rapidité qui varie avec celle de la marche du moteur. Si l'on imprime à la machine une vitesse de GO tours par mi- nute, les Insectes subissent l'influence de soixante chocs succes- sifs d'une intensité toujours la même, à des intervafles de temps égaux, soit un choc par seconde. Dans ces conditions, au bout de deux ou trois heures, les chocs ne produisent plus l'apparilion de la lumière; tous les Insectes contenus dans le flacon sont éteints, les uns ayant déjà cessé de briller longtemps avant les autres selon le degré de résistance qui varie d'ailleurs avec chaque Insecte. Cependant, ces petits animaux peuvent encore exécuter des mouvements, et la sensi- bilité générale ne paraît pas profondément atteinte. Si l'on prolonge l'expérience, on constate, après avoir immobi- lisé l'appareil, qu'aucune excitation nouvelle ne peut faire repa- raître la lumière : celle-ci ne se montre spontanément qu'au bout d'un espace de temps fort long dont la durée peut atteindre 12, 24 ou 36 heures, selon que les Insectes sont restés plus ou moins longtemps soumis à l'influence des chocs. A l'état normal, il suffit de promener à la surface des téguments un pinceau de blaireau ou les barbes d'une plume pour voir aussitôt la lumière apparaître dans les organes prothoraciques. Ce résultat est obtenu, quel que soit le point du corps touché. Cependant, l'action est plus vive sur les bords de l'abdomen et 136 RAPHAËL DUBOIS principalement à l'extrémité du corps, du côté des armures géni- tales ; il n'est même pas nécessaire de toucher le tégument, mais seulement les poils dont il est parsemé et qui jouent là le rôle d'appareils tactiles. La plaque ventrale, touchée directement, s'illumine de même que les plaques thoraciques, mais plus dirficilement cependant : celles-ci réagissent encore sous i'intluence du plus léger attou- chement quand, au moyen d'un scalpel, on a enlevé la petite calotte de chitine transparente qui les protège. Les organes lumineux, séparés du corps de l'Insecte, donnent une lumière un peu plus vive lorsqu'on les frappe légèrement avant leur extinction complète. On peut, de la même manière, faire reparaître, mais pour un temps très court, la lumière dans des organes qui sont éteints depuis peu. Les tractions exercées sur l'organe produisent le même résul- tat. Si l'on saisit avec une pince l'extrémité du pinceau muscu- laire qui se rend aux appareils prothoraciques, ce qui est facile après que l'on a séparé le prothorax du mésothorax par arrache- ment, on voit aussitôt le phénomène lumineux se produire : on peut répéter l'expérience un assez grand nombre de fois, et tou- jours on obtient le même résultat. Le renversement forcé du prothorax en arrière fait de même reparaître la lumière dans les appareils prothoraciques qui ne répondent plus aux excitations périphériques, tandis que le mouvement contraire l'éteint aussitôt. On peut ainsi, en fléchis- sant le prothorax fortement, tantôt en avant, tantôt en arrière, obtenir une série de manifestations lumineuses et d'extinctions alternantes. Une pression assez forte exercée sur l'abdomen ou sur le thorax fait de nouveau briller les appareils éteints soit par les toxiques, soit par épuisement. Sur un Pjrophore qui avait été empoisonné, on put faire un certain nombre de fois de suite l'observation suivante : Quand on exerçait une pression sur l'abdomen, la lumière apparaissait dans la plaque ventrale et disparaissait dans les plaques thora- ciques qui étaient restées lumineuses après la mort; inverse- ment, quand on cessait d'exercer une pression dans ce point, au moment même où la pression cessait, la lumière se montrait dans les appareils prothoraciques et s'éteignait dans la plaque ventrale. Mais, en général, la pression sur l'abdomen n'a d'action que sur la plaque ventrale ; il n'est pas nécessaire, pour que l'effet se LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 137 produise, que cet appareil soit comprimé en même temps que l'abdomen ; au contraire, l'effet indiqué acquiert son maximum d'intensité quand la pression est exercée seulement avec la pulpe du pouce sur les trois derniers segments de l'abdomen. Ce résul- tat peut être obtenu, même après la section de la chaîne ganglion- naire, opérée sur plusieurs points, à la condition que les tégu- ments ne soient pas trop largement ouverts. Nous n'insistons pas davantage, parce que nous aurons l'occasion d'étudier le méca- nisme de cette action à propos du rôle des muscles et de la cir- culation dans la fonction photogénique. Le pincement de la chaîne ganglionnaire exercé, en divers points, immédiatement après l'ouverture de la cavité générale, peut pro- voquer une légère exagération de la lumière tant qu'elle persiste; mais, dès qu'elle est éteinte, cette excitation mécanique est im- puissante à la ranimer: elle provoque seulement quelques mou- vements incoordonnés des pattes. Sur un Insecte entier, normal, on peut dire que toutes les exci- tations mécaniques agissant à la périphérie provoquent la lumière ou exagèrent son intensité. Si l'Insecte n'est pas épuisé, soit par la fatigue, soit par la maladie, il est impuissant à dominer ce résultat immédiat de l'excitation qui dénonce sa présence alors même qu'il cherche à se soustraire aux poursuites dont il est l'objet. On ne peut mieux comparer l'état lumineux qu'à l'état de veille et l'état d'extinction qu'à celui du sommeil : quoi que l'on fasse, on ne peut pas, dans le sommeil normal, se soustraire au réveil qui peut toujours être provoqué par une excitation méca- nique extérieure. Toutefois, en dehors des excitations périphériques et de tout mouvement extérieur apparent, la lumière peut se montrer ; de même, le mouvement peut se produire spontanément sans lu- mière. L'Insecte peut, par exemple, se mettre en marche sans que pour cela la faculté éclairante se manifeste ; on peut même dire que c'est ainsi que les choses se passent ordinairement lorsque l'Insecte marche dans un endroit fortement éclairé. Les larves, ainsi que nous l'avons vu, sont pourvues d'un appareil lumineux, alors qu'elles sont encore contenues dans l'œuf. Elles réagissent de la même manière que l'Insecte parfait sous l'influence des excitations mécaniques. Dans les détritus de bois pourri où elles habitent, leur recherche serait des plus diftlciles au moment même ou peu de temps après leur éclosion, si le froissement des téguments par les particules 138 RAPHAËL DUBOIS de bois que l'on déplace avec précaution n'avait pour effet de les faire briller. Leur couleur blanc-grisâtre, leur petite taille, le peu de lumière qu'elles produisent, leur permet d'échapper facilement pendant le jour ; mais, dans l'obscurité, leur éclat les dénonce et l'on peut s'en emparer alors facilement. Quand on remue doucement le bois pourri où vivent ces larves, on le voit se couvrir tout à coup de constellations brillantes du plus bel effet et l'on est surpris qu'une aussi belle lumière puisse être produite par des êtres dont le corps entier ne mesure souvent pas plus de deux millimètres de longueur; mais, si le mouvement cesse, la lumière ne tarde pas à s'éteindre et tout rentre dans l'obscurité. On peut facilement exciter la luminosité des larves placées sur le porte-objet du microscope en les touchant légèrement avec un fragment de papier. C'est là un des moyens que nous avons em- ployés pour fixer le siège de l'organe lumineux. C'est en procédant de même que pour la recherche des larves que nous avons pu le premier découvrir des œufs de Pyrophore qui partagent, comme l'on sait, avec la larve, le pouvoir de briller spontanément. Le choc a la propriété d'exagérer la luminosité de l'œuf; aussi avions-nous pensé tout d'abord que ce phénomène était dû à la présence d'une larve dans l'œuf; il n'en est rien, car tout se passe de même dans les œufs non segmentés. On peut donc admettre que l'ébranlement moléculaire suffit cà exciter la lumière chez le Pyrophore qui, à cette phase de son développement, n'est encore qu'à l'état de protoplasma non différencié. Sous ce rap- port, la production de la lumière chez l'Insecte offre la plus grande analogie avec ce qui se passe chez le Noctiluque. Aussi pouvons-nous dire, dès à présent, que, dans ce groupe d'Inver- tébrés, l'intervention des systèmes nerveux, respiratoire, muscu- laire ou circulatoire ditTéreaciés ne constitue pas une condition nécessaire à l'exercice de la fonction photogénique, même sous le rapport de l'influence des excitants mécaniques extérieurs sur la luminosité. Action des mouvements vibratoires. — Pour rechercher l'in- fluence des vibrations rapides sur la production de la lumière, nous avons placé des Pyrophores dans une petite cuvette cylin- drique de verre mince qui était fixée à l'aide de la cire à modeler à l'extrémité d'un diapason dont les vibrations étaient entretenues à l'aide d'un électro-aimant. LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 139 Dans une première expérience, on se servit d'un diapason don- nant deux cent cinquante vibrations doubles par minute. Le son du diapason était en grande partie supprimé par la présence de la petite cuvette de verre placée à l'extrémité d'une des branches. Quand le diapason entrait en vibration par le passage du courant électrique, très rapidement on vo^-ait la lumière baisser, puis s'éteindre dans les foyers prothoraciques ; mais elle reprenait presqu'aussitôt son intensité ordinaire quand les vibrations ces- saient. L'effet produit dans ces conditions ne peut être attribué qu'à l'ébranlement mécanique, puisque le son qui se produit dans les circonstances ordinaires était aboli. L'expérience fut répétée un certain nombre de fois en présence de M. d'Arsonval dans le laboratoire du Collège de France. J'ai cherché à obtenir le même résultat avec un diapason don- nant seulement cent vibrations par minute; mais je n'ai rien vu de semblable : il y avait plutôt de l'excitation. La rapidité des vibrations paraît donc ici jouer un rôle prépon- dérant; l'iutluence des sons proprement dits sera étudiée à pro- pos des relations des organes des sens avec la production de la lumière. S 2. — Action du froid et de la congélation. En soumettant à l'action du froid des Lampyres vivants, Macaire a constaté que la lumière de ces Insectes diminuait peu à peu et s'éteignait lorsque la température était descendue à environ douze degrés centigrades; ces animaux mouraient à 0", mais il suffisait de réchauffer leur corps à 30° ou 32o pour les voir briller de nouveau (1). Matteucci (2) a trouvé quelques différences entre les résultats obtenus par Macaire et ceux qui proviennent de ses propres expé- riences dans lesquelles il soumettait de la même manière des Vers luisants au refroidissement. Le tube contenant les Insectes était placé au milieu de la glace et, au bout de quinze à vingt minutes, ils brillaient encore ; seulement la lumière était plus faible et sans intermittences. Les Vers luisants retirés du tube et placés (1) Macaire, Ann. de chim. et de phys., XVII, p. 257, 1821. (2) Matleucci, Leçons sur les phénomènes des corps vivants, éd. franc. Parsi. 1847, p. 154. 140 RAPHAËL DUBOIS sur la main redevenaient brillants comme avant : le même phé- nomène se reproduisait en opérant de la même manière sur les derniers segments lumineux. Le tube contenant les Insectes lumineux fut placé dans un mélange frigorifique : le thermomètre plongé dans ce mélange marquait — 5^ Réaumur (— 6'' 25 G) ; après huit à dix minutes, ils cessaient de briller et paraissaient privés de mouvement : retirés et placés sur la main, ils repre- naient la vie et la lumière. Si, pendant que les Insectes sont ainsi maintenus dans ce tube refroidi à — 5° R, on vient à rompre les segments avec un fil métallique terminé en pointe, il n'apparaît plus qu'une lumière passagère et très faible. D'ailleurs, ajoute Matteucci, les segments isolés ou leur matière lumineuse cessent de briller à — 5° R. La matière lumineuse ainsi refroidie est sus- ceptible de redevenir brillante si on la réchauffe, mais pour un instant seulement : avant de s'éteindre, elle passe comme à l'or- dinaire au rouge, si la chaleur employée pour la réchauffer a été assez forte. Des expériences que nous avons faites pour rechercher l'in- fluence du refroidissement chez les Gucujos, il résulte que la soustraction du calorique peut produire des effets différents selon qu'elle est plus ou moins rapide, plus ou moins considérable ou bien qu'elle agit soit sur l'animal entier soit sur l'organe isolé. Quand les Élaters lumineux ont à lutter contre une tempéra- ture inférieure à celle du milieu pour lequel ils sont adaptés et dans lequel s'exercent normalement leurs diverses fonctions, ils ne tardent pas à tomber dans un état de torpeur, de somno- lence pendant lequel on n'obtient que difficilement une faible lueur par les excitants ordinaires. Quand la température du milieu ambiant se maintient pendant quelque temps au-dessous de 15° à 16° G, ils ne tardent pas à succomber , et l'on voit la fonction photogénique s'éteindre avant les manifestations motrices ou sensitives, comme cela s'ob- serve d'ailleurs dans d'autres conditions de misère physiologique, telles que l'inanition, le dessèchement, etc. Chez les Insectes qui ont été tués par ce procédé, on ne peut pas ranimer la lumière aussitôt après la mort, comme on le fait après une mort violente provoquée soit par un toxique, soit par un procédé physique ou mécanique proprement dit. Dans ces conditions de misère physiologique causées par le séjour dans un milieu trop froid, il peut arriver, ce que j'ai cons- taté souvent dans d'autres circonstances, qu'un des deux appa- LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 141 reils s'éteigne longtemps avant l'autre : c'est d'ordinaire l'appareil gauche qui résiste le plus longtemps; mais, si l'expérience est prolongée, les deux appareils s'éteignent définitivement et l'In- secte ne tarde pas à mourir. Le résultat obtenu est donc diamé- tralement opposé à celui que l'on observe quand la mort est produite par une cause mécanique ou physique violente , car nous verrons plus lard que souvent dans ces conditions la lumi- nosité survit aux autres manifestations vitales. Mais, par le refroidissement appliqué d'une autre manière, on peut suspendre momentanément l'exercice de la faculté photo- génique : elle peut disparaître alors après les autres manifes- tations vitales extérieures (sensibilité, motilité) ; dans ce cas, elle ne subsiste pas longtemps. Si l'action du refroidissement a été progressive et assez rapide , on peut voir la sensibilité et les mouvements disparaître avant la lumière : les causes de sou extinction ne sont donc plus de même ordre que celles qui résul- tent d'un refroidissement très lent, ou, pour mieux dire, de la nécessité de lutter contre un milieu dont la température est trop basse par rapport à celle des régions équatoriales. L'ordre suivant lequel s'opère la disparition ou l'apparition de la faculté lumineuse par rapport aux autres fonctions, selon le mode de refroidissement, sont du plus haut intérêt, comme nous le verrons plus tard, pour expliquer le mécanisme de la fonction photogénique. L'expérience suivante montre les différentes phases que tra- verse un Pyrophore pendant le refroidissement rapide. Expérience. — 4 h. 2 m. du soir. — On introduit un Pyrophore femelle dans un flacon de verre où il peut se mouvoir facilement. Le flacon est plongé dans de la glace fondante, et la température de l'air qu'il renferme est de + 1° G. A peine introduit dans le flacon, l'Insecte se met à marcher rapidement en tournant de gauche à droite , il est très lumineux ; renversé sur le dos, il retrouve sa position normale au moyen d'un vigoureux mouve- ment de détente de l'appareil du saut. 4 h. 3 m. — L'Insecte placé de nouveau sur le dos est incapable de sauter et par conséquent de retrouver sa position normale, les plaques abdominales et dorsales sont brillantes, mais déjà les excitations mécaniques sont incapables d'augmenter leur éclat. 4 h. 6 m. — L'Insecte est remis sur ses pattes au moyen d'une tige mobile pénétrant dans le flacon, mais on constate que les. mouvements sont lents et difficiles. 142 RAPHAËL DUBOIS 4 h. 8 m. — Les plaques sont encore lumineuses, mais leur éclat a diminué et des chocs violents de la baguette excitatrice sont impuissants à en ranimer l'éclat. 4 h. 9 m. — On ne constate plus que quelques mouvements très faibles, comme spasmodiques, des extrémités des pattes et des antennes : la lumière continue à baisser. 4 h. 10 m. — Toute apparence de mouvement a disparu : on ne peut les déterminer par voie réflexe ; cependant les appareils brillent encore, quoique faiblement. 4 h. 11 m. — L'extinction est complète : même dans l'obscu- rité, les appareils ont une teinte jaunâtre comme dans le sommeil. 4 h. 17 m. — L'Insecte est retiré du flacon et placé sur une table de bois (température extérieure = 25'' G) ; au bout de quel- ques secondes, on peut provoquer par le choc de légers mouve- ments dans les antennes, les mâchoires, la patte droite, puis la gauche. 4 h. 18 m. — A la suite d'un choc, la lumière reparaît dans les plaques thoraciques d'abord à droite, puis presqu'immédiatement après à gauche, mais elle est peu éclatante, croît lentement et s'éteint rapidement. 4 h. 20 m. — Les mouvements provoqués se montrent dans la troisième paire de pattes, puis presqu'aussitôt dans la plaque ventrale. 4 h. 22 m. — Il n'y a pas encore de mouvements spontanés d'ensemble; seules les antennes reployées en dessous exécutent quelques mouvements très faibles, saccadés, évidemment spas- modiques ; les plaques dorsales sont faiblement lumineuses et le choc augmente leur éclat. 4 h. 34 m. — On plonge l'Insecte pendant quelques secondes dans de l'eau à 35° G; aussitôt, il retrouve simultanément les mouvements d'ensemble et son intensité lumineuse ordinaire. Gette expérience, qui a été plusieurs fois répétée, montre que le système musculaire peut être profondément atteint et que ses manifestations extérieures peuvent être même complètement abolies un peu avant que la lumière soit éteinte. Gependant, il est bien évident qu'il existe une étroite corrélation entre le libre exercice de la musculature et la production de la lumière, puisque ces deux manifestations diminuent ou s'accroissent presque parallèlement sous l'influence du refroidissement ou du réchauffement. On peut en dire autant de la sensibilité, mais elle paraît être abolie longtemps avant la faculté photogé- LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 143 nique, ce qui indiquerait qu'elle n'a aucune action directe sur sa mise en activité propre. On ne peut admettre que la sensi- bilité persiste, et que l'engourdissement des muscles l'empêche de se manifester , car il se produit encore quelques mouve- ments musculaires alors que l'éclat lumineux ne peut être exa- géré par les excitants mécaniques de la sensibilité portés à la périphérie. On peut en conclure que les nerfs sensitifs n'ont pas d'action directe sur la luminosité. Ajoutons que lors du réchauffe- ment de l'Insecte, la lumière s'est manifestée très faiblement, il est vrai, dans les plaques prothoraciques, ainsi que l'exagéra- tion de son éclat sous l'influence d'un choc, alors qu'aucun mou- vement volontaire spontané ne s'était produit. Tels sont les effets du refroidissement brusque s'exerçant dans des limites compatibles avec la vie. Mais, on peut se demander ce que devient la faculté photogé- nique après que la congélation a détruit complètement et défini- tivement la vitalité des tissus. Des tubes de verre ayant été placés dans un mélange frigori- fique de glace pilée et de sel et les thermomètres placés dans ces tubes marquant — 15'^ G, on y jeta brusquement des Pyro- phores. Dans ces conditions de refroidissement brusque et vio- lent, la luminosité ne cessa pas complètement. Je fai vue se main- tenir pendant plus de vingt minutes, alors que les Insectes étaient gelés et cassants. On pouvait observer le même phénomène sur des organes lumineux qui, préalablement séparés du corps des Insectes, y avaient été placés en même temps que les Pyrophores entiers. Il est vrai que la luminosité était faible, mais elle était parfaitement perceptible, alors que dans l'expérience précédente elle s'était complètement éteinte à une température de + 1° G. On eût dit que la lumière avait été gelée, fixée, saisie brusque- ment et emprisonnée dans la glace. Il nous a même semblé que sous l'influence de ce froid intense, les lueurs phosphorescentes qui se produisaient sur les parois du tube dans les points touchés par la substance lumineuse persistaient plus longtemps qu'à la température ordinaire. Quand la température s'élevait dans les tubes retirés du mélange réfrigèrent, la luminosité augmentait rapidement d'intensité pour reprendre son éclat moyen vers — 4° G. Les Insectes étaient tués par cette basse température et leurs fibres musculaires ne répondaient plus à l'excitation électrique. Cependant, on pouvait plusieurs fois de suite recommencer 144 RAPHAËL DUBOIS l'expérience : quatre fois en une heure, on put ainsi geler et dé- geler les Insectes entiers ainsi que les plaques et chaque fois les résultats observés furent de même ordre. Il était important de rechercher si les agents qui jouent un rôle essentiel dans la production de la lumière résisteraient aux froids intenses que l'on peut obtenir par l'évaporation rapide d'un mé- lange d'acide carbonique solide et d'éther dans le vide de la ma- chine pneumatique. L'expérience fut faite dans le laboratoire de M. Ducretet. Un Pyrophore introduit dans un tube de verre fermé fut exposé à une température inférieure à — 100° G et maintenu dans ce milieu pendant un quart d'heure. Au moment même où le tube, débarrassé du givre dont il était recouvert, devenait assez transparent pour laisser voir l'Insecte, on pouvait constater qu'il était lumineux. L'ayant retiré du tube on put le briser en frag- ments comme un morceau de glace et remarquer, dans la cavité générale, la présence de petits glaçons. Le givre qui couvrait le tube nous a empêché de voir si, à un moment déterminé, la lumière disparaissait complètement. Des œufs de Lampyre, récemment pondus et bien lumineux, furent enfermés dans un tube qui fut plongé dans un mélange réfrigérant produisant un froid de — 15'^ C; leur luminosité dis- parut rapidement, mais elle reparut toutes les fois que le ther- momètre placé dans ce tube retiré du mélange frigorifique indi- quait une température de — 3° à — 4°. L'expérience put être re- nouvelée un certain nombre de fois consécutivement, et toujours le résultat fut identique (1). Le phénomène essentiel de la production de la lumière est bien évidemment, dans de telles conditions, indépendant de toute action nerveuse et musculaire : on ne saurait invoquer non plus l'intervention plus ou moins active d'une respiration trachéenne ou cellulaire. Peut-on, après la mort, prolonger au-delà des limites ordinaires l'existence de la lumière dans les tissus qui la produisent? C'est là une question à laquelle nous ne pouvons répondre avec cer- titude. Des expériences, que nous nous proposons de faire ulté- rieurement, nous permettront d'élucider complètement ce point si intéressant du problême qui nous occupe. (1) D'après Spallanzani et M. Balbiani, le contenu des œufs d'Insectes peut rester lluide même à la teuipérature de — 30° C (voir 2= part., chap. VIj. LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 145 § 3. — Action de la chaleur. Nous avons vu que chez des Insectes entiers, môme dans des appareils isolés, l'action d'un refroidissement brusque et considé- rable pouvait suspendre toute manifestation physiologique sans éteindre détinitivement la luminosité et que la lumière pouvait reprendre, dans des organes congelés, son intensité primitive lorsque la température s'élevait de — 15° à — 4° : dans ces condi- tions, le retour de la lumière vers son intensité première paraît dû uniquement à la cessation de la congélation par élévation relative delà température. Au contraire, nous avons constaté qu'en maintenant un Insecte entier dans un milieu dont la température est voisine de 0° et en ne prolongeant pas trop le refroidissement, on pouvait suspendre ou diminuer considérablement l'activité de la fonction photogénique sans détruire toutefois la vitalité de l'Insecte et qu'alors, le meilleur moyen pour faire reparaître la lumière consistait à plonger cet animal engourdi et éteint dans un bain à 30 ou 35°, Dans ce dernier cas, comme dans le précédent, on peut donc dire que la chaleur est un excitant de la luminosité, ce qui est exact, à la condition toutefois qu'elle exerce son action dans de certaines limites qu'il faut bien se garder de franchir, ce qui prouve une fois de plus que le mot excitant, dont on fait un si grand usage en physiologie, n'a qu'une valeur relative. En effet, la chaleur qui tout à l'heure ranimait l'activité du foyer lumineux, va maintenant en effacer l'éclat sans atteindre cependant un degré d'intensité incompatible avec la vie de l'In- secte. Expérience. — 10 h. — On place un Pyrophore femelle dans une étuve dont la température est de 36°; les plaques dorsales sont lumineuses. 10 h. 5 m. — Alternatives d'éclairage et d'extinction : quand les plaques dorsales pâlissent, l'Insecte s'arrête, s'il est en marche: on observe le même fait à trois ou quatre reprises. 10 h. 10 m. — 11 entr'ouvre ses élytres légèrement et relève la pointe postérieure de l'abdomen : la plaque ventrale émet alors une vive lumière tandis que les plaques thoraciques sont faible- ment éclairées. 10 h. 15 m. — Température de l'étuve == 40° : l'Insecte est très 40 146 RAPHAËL DUBOIS agité, il se renverse sur le dos et découvre largement sa plaque ventrale. 10 h. 20. — Température = 42° : après un instant d'immobilité et d'extinction, la lumière reparaît, et l'Insecte se remet en marche. 10 11. 25 m. — Température = 43°5 : le mouvement de marche continue, mais la lumière dont l'éclat est cependant très vif n'est plus émise que par intervalles. 10 h. 30 m. — Température = 44''o : l'insecte est très agité : il cherche à étendre les ailes, mais il paraît impuissant à les main- tenir écartées. L'éclat de la lumière diminue. 10 h. 35 m. — Température = 45'^ : par l'excitation mécanique, l'éclat augmente à peine dans les plaques dorsales, mais la plaque ventrale se montre très lumineuse, quand l'Insecte entr'ouvre ses ailes. 10 h. 40 m. — Température = 45''5 : même état; l'Insecte exé- cute fréquemment des bonds du dos sur le ventre et réciproque- ment : l'énergie musculaire paraît considérable. Les plaques prothoraciques ne s'illuminent plus pendant ce mouvement qui d'ordinaire est accompagné d'une vive production de lumière. 10 h. 45 m. — Température = 47° : l'Insecte est toujours très agité ; mais il a perdu la faculté de devenir lumineux même après une forte excitation. On le retire de l'étuve, il recouvre sponta- nément le pouvoir photogénique. La sensibilité s'est manifeste- ment conservée pendant toute la durée de l'expérience. 10 h. 46 m. — On le remet dans l'étuve dont la température est retombée à 46-''5 par suite de l'ouverture delà porte; nouvelle extinction suivie d'une nouvelle émission de lumière dès que l'Insecte est remis à l'air libre. Cette observation montre clairement que, contrairement à ce qui se passe dans un milieu dont la température est voisine de 0", la sensibilité et la motilité peuvent être conservées, sans que la lumière puisse se produire, soit spontanément, soit à la suite d'une excitation mécanique, dès que la température du milieu a atteint 46 à 47° G. A Paris, la température à laquelle ces animaux ont donné, d'une manière constante, leur plus belle lumière était comprise entre ces deux limites extrêmes (0° et 47°), elle était de 20° à 2.5° G (1). (1) Remarque. — En liberté, sous les tropiques, ces Insectes recherchent les endroits frais et humides et la grande chaleur paraît leur être aussi pénible que LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 147 Lacordaire avait prétendu que l'eau bouillante possédait la pro- priété de faire reparaître la lumière éteinte dans les « appareils phosphoriques » séparés du corps du Pyrophore. Nous avons ré- pété cette expérience plusieurs fois et toujours le résultat a été négatif ; il n'est pas douteux que Lacordaire ait commis une erreur relativement à la température de l'eau dont il s'est servi. Si l'on plonge dans l'eau à 90° ou 100° à. la fois des fragments encore lumineux et des organes qui viennent de s'éteindre, la lumière disparaît aussitôt dans les premiers et ne reparait pas dans les seconds. Plongés dans de l'eau dont la température est seulement de 55"^ G, les organes lumineux s'obscurcissent et s'éteignent en quelques secondes et il est ensuite impossible de faire reparaître la lumière : la propriété photogénique est pour toujours détruite; mais, immédiatement avant son extinction, la substance photo- gène prend subitement un éclat plus vif : la dernière étincelle de cet organe, qui meurt, brille avec une force extrême et s'évanouit aussitôt, pour toujours. Il y a beaucoup d'analogie entre ce que nous avons observé chez les Pyrophores et ce qui a été constaté par Macaire et Mat- teucci dans les expériences qu'ils ont faites pour étudier l'action de la chaleur sur la luminosité des Lampyres. Macaire a vu (1) qu'une certaine élévation de température pou- vait provoquer l'émission de la lumière sur les Lampyres vivants qui ont cessé d'être phosphorescents. Ainsi, un de ces Insectes, qui était obscur, ayant été plongé dans de l'eau à 14°, Macaire éleva progressivement la température de l'eau à 26" et la lumière reparut alors. Sous l'influence d'une chaleur plus forte, l'éclat augmenta jusqu'à ce que la température eût atteint environ 41°. En chauffant davantage cette eau, l'animal mourut, mais continua d'être phosphorescent et ne cessa de luire qu'à environ 57" C (2). J'ai souvent constaté sur des Pyrophores en captivité engourdis par le froid de la nuit et qui avaient perdu toute excitatibilité, qu'il suffisait de les tenir pendant quelques minutes dans la main, pour les voir reprendre leur éclat primitif : la lumière re- la grande lumière : c'est peut-être pour cette double raison qu'ils sont crépuscu- laires (V, 2« part., chap. IV, § 1). (1) Macaire, Loc. cit., p. 257. (2) Il convient de faire remarquer que ces Insectes étaient immergés et qu'ils se seraient sans doute comportés comme les Pyrophores dans l'air chaud et humide. 148 RAPHAËL DUBOIS paraissait même avant toute autre manifestation, lorsque l'en- gourdissement avait été profond. Matteucci, de son côté, a constaté que la lumière émise par la Luciole italique, augmentait à mesure que la température appro- chait de ST^o C et qu'alors elle cessait d'être intermittente et devenait continue. Chez les Pyrophores, c'est plutôt l'effet contraire qui se produit et dans ces conditions la lumière ordinairement fixe devient sou- vent intermittente. En chauffant davantage ses Lampyrides, Matteucci vit la lueur devenir roiigeâtre et à 40° R (50° G), la phosphorescence se perdit complètement. Les résultats furent absolument les mêmes, soit que Matteucci opérât sur des individus vivants, soit qu'il ne fit usage que des fragments du corps de ces Insectes contenant des organes phosphorescents (1). § 4. — Action de V électricité . L'influence de l'électricité sur la production de la lumière a été étudiée de trois manières différentes : 1° par les décharges de condensateurs ; 2° par les courants faradiques ; 3° par les courants continus. a. — Décharges de condensateurs. — Foudroiement. Des Pyrophores furent placés sur un plateau de résine: à chaque extrémité du corps était enfoncée une épingle de laiton. Au moyen d'un excitateur, on faisait éclater, tantôt dans un sens, tantôt dans un autre, de fortes décharges d'une batterie de huit flacons condensateurs chargés au moyen d'une grande machine de Iloltz donnant des étincelles de 0.23 à 0.30 centimètres de longueur. Les étincelles traversaient manifestement le corps de l'animal dont tout l'intérieur était à ce moment fortement éclairé. Une seule de ces décharges suffisait pour anéantir immédiatement toute manifestation vitale, autre que la luminosité qui persistait après plusieurs décharges successives. Chez des animaux tués de (1) Matteucci, Op. cit. et Milne-Edwards, Leçons d'Ànat. et de Phys., VIII, 1865, p. 104. LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 149 cette façon, la lumière existait encore plus de douze heures après la mort. Des Insectes non munis d'épingles et foudroyés directement volèrent en éclats ; les élytres, les ailes, les téguments furent violemment arrachés et projetés au loin: cependant la lumière persista dans les appareils lumineux, alors même que ceux-ci avaient été directement frappés. [3. — Courants induits. Chez l'animal normal, l'excitation des diverses parties externes du squelette dermique par les courants faradiques ne diffère guère de l'excitation mécanique que par son intensité plus grande. Si Ton applique sur le tégument d'un Pyrophore les électrodes d'une bobine d'induction, le contact seul détermine l'apparition de la lumière ; mais, si à ce moment on lance le courant d'induc- tion dans la bobine, aussitôt l'animal donne des signes d'agita- tion et la luminosité prend un éclat plus grand. La chitine des téguments étant très peu conductrice de l'élec- tricité, il convient de mouiller les électrodes avec un peu d'eau salée et, même avec cette précaution, il est nécessaire d'employer un courant induit correspondant au n° 3 de la bobine de Dubois- Reymond. En se plaçant dans ces conditions, on remarque facilement que le retentissement de l'excitation électrique sur l'organe lumineux est d'autant plus grand que le tégument est plus mince dans les points où les électrodes ont été appliquées. Ce sont principale- ment les bords latéraux de l'abdomen, les articulations des cuisses avec le corps, la membrane intersegmentaire qui réunit le prothorax au reste du corps, etc., qui montrent la plus grande sensibilité. Mais, il est préférable pour étudier l'action des courants induits et aussi des courants continus de fixer dans les divers points du corps de l'Insecte, que l'on veut explorer, de fines aiguilles qui sont ensuite mises en communication avec les deux pôles. Si Ton fixe ainsi une épingle dans la tête, à la partie médiane, et une seconde dans la partie postérieure de l'abdomen, selon l'axe du corps de l'Insecte, et que l'on fasse passer un courant faradique (n° 10 du chariot de Dubois-Reymond) dans le corps d'un Pyrophore, tué par le froid depuis un petit nombre d'heures, on observe une vive émission de lumière dans les deux plaques 150 RAPHAËL DUBOIS tlioraciques à la fois. En général, le phénomène est plus marqué à droite. On observe eu même temps des mouvements des mem- bres : tant qu'ils peuvent se produire, sous l'influence du courant faradique, celui-ci peut réveiller la luminosité. Les manifestations de même ordre du côté de la plaque ventrale sont impossibles à obtenir dans la plupart des cas. Au lieu d'expérimenter sur un Insecte tué de cette façon ou par asphyxie dans un gaz neutre, on peut se servir d'un Pjro- phore anesthésié par le chloroforme. Si l'action de cet anesthé- sique a été poussée un peu loin, on obtient une inertie complète qui peut durer plusieurs heures, la contractilité, sous l'influence du courant faradique, pouvant néanmoins persister aussi plu- sieurs heures. Ainsi que nous le verrons plus loin, les vapeurs de ce liquide font disparaître d'abord la sensibilité générale, puis la contractilité volontaire et réflexe, et enfin l'émission de la lumière. Pourtant, si l'on se place dans l'obscurité absolue, on constate qu'une faible lueur persiste dans les appareils prothoraciques. Cette lueur qui s'observe même dans les organes isolés, placés dans les vapeurs anesthésiques, va en s'affaiblissant de plus en plus après la dis- parition de la contractilité musculaire qui subsiste un peu après la mort, et finit par s'éteindre tout à fait, mais au bout d'un temps parfois assez long. Tant que la contractilité musculaire persiste, on peut à distance ramener la lumière et lui rendre presque son éclat primitif, mais, dès que la contractilité musculaire adisparu, il faut appliquer directement, ou sur des points très voisins des organes, les électrodes pour obtenir une exagération de l'intensité de la lueur dont nous venons de parler, et qui d'ailleurs n'est que passagère. Il y a donc lieu de distinguer une action exercée par l'intermédiaire de la contractilité musculaire, et une action propre, directe du courant faradique sur l'organe. M. Marey m'a dit avoir pu ranimer ainsi, dans les organes lumineux éteints et séparés du corps de l'animal, la lumière disparue depuis quelques ins- tants. Nous avons pu vérifier l'exactitude de cette observation à plusieurs reprises, et nous savons d'ailleurs que les excitants, purement mécaniques, produisent le même résultat. Lorsque l'action du chloroforme n'a pas été poussée trop loin, la contractilité et la luminosité étant seulement, pour ainsi dire, à l'état latent, on peut faire reparaître l'une et l'autre parle passage du courant. Si l'on enfonce, comme précédemment, une épingle au milieu LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX \M de la tête d'un animal ainsi privé de réactions spontanées et une autre à la partie postérieure de l'abdomen, et que l'on fasse passer un courant (n° 9 ou n° 10 du chariot de Dubois-Reymond), on voit les plaques prothoraciques éteintes reprendre leur luminosité et, presque en même temps, avec un léger retard cependant, les pattes se mouvoir. Si l'action de ce courant faradique est prolongée, la lumière ne tarde pas à baisser et même à disparaître ; dans ce cas, il suffit de laisser un instant l'Insecte en repos, et l'on peut renouveler un grand nombre de fois l'expérience avec succès, à la condition de ne pas trop prolonger chaque excitation. L'excitabiUté finit toujours, en effet, par s'émousser : dans nos expériences, l'appa- reil droit a résisté plus longtemps que l'appareil gauche. Si l'on change la rapidité des intermittences, on provoque des modifications importantes dans l'accomplissement du phénomène lumineux. En écartant le trembleur de la bobine, de façon à obtenir des interruptions aussi longues que possible, on voit la lumière devenir intermittente, ce qui n'a jamais lieu à l'état physiolo- gique. On peut dire, d'une manière générale, que les intervalles entre les éclairs sont d'autant plus longs que l'action du courant a été plus longtemps prolongée, et que les interruptions sont moins rapides. Il suffit, étant donné un Insecte dont' les appareils prothoraci- ques sont ainsi rendus intermittents, d'augmenter la rapidité des interruptions du courant pour voir la lumière devenir fixe. L'intensité du courant aune grande influence sur la persistance de la luminosité. Si l'action est plus rapide et plus vive, elle est moins durable avec un courant fort qu'avec un courant de moyenne intensité. Parfois, sur les Insectes déjà épuisés et dont la lumière est in- termittente, on peut observer un défaut de synchronisme entre les deux appareils prothoraciques et aussi une différence d'inten- sité. En général, la rapidité des éclairs est plus grande du côté droit, l'éclat est plus vif, et la résistance plus longue qu'à gauche. Au lieu de placer l'épingle antérieure sur la ligne médiane de la tête, si on l'enfonce dans un des points latéraux, on peut con- stater de véritables phénomènes de croisement. Au moment où une des électrodes touche, par exemple, l'aiguille plantée à droite 152 RAPHAËL DUBOIS dans le cerveau de l'Insecte, c'est la plaque gauche qui éclaire en même temps que les pattes du même côté se mettent en mou- vement (1) ; mais le phénomène n'est pas constant. On n'observe jamais ce croisement quand la tête est enlevée : après sa sépara- tion, si Ton fait pénétrer la pointe de l'épingle dans le milieu du prothorax, et si l'on fait passer le courant, les deux points lumi- neux s'éclairent en même temps, et les mouvements des pattes se produisent des deux côtés. Si l'on transporte à droite le point d'implantation de l'aiguille dans la partie antérieure du prothorax, on constate que l'excita- tion électrique, quand l'intensité du courant est convenable, a pour effet d'allumer seulement l'appareil droit en même temps que les pattes du même côté entrent en activité. Si le courant est intense, on obtient l'éclairage simultané ou presque simultané des deux appareils prothoraciques. D'ailleurs, dans le corps de ces Insectes, il est très difficile, même avec des courants faibles, d'éviter des dérivations ; chez l'Insecte préparé, comme il est dit plus haut, on a pu sectionner la chaîne ganglionnaire entre les deux points excités sans modi- fier sensiblement le phénomène. La plaque ventrale est plus réfractaire à l'action des courants faradiques ; il faut toucher certains points précis pour la faire entrer en activité. J'ai pu cependant provoquer l'apparition de la lumière dans cet organe chez un Pyrophore anesthésié, en fai- sant pénétrer une épingle dans chacun des deux côtés du méta- thorax, une troisième épingle étant fixée à la pointe terminale de l'abdomen. Quand on touchait avec les électrodes une des épingles méta- thoraciques et l'épingle abdominale, on voyait, dans l'organe lu- mineux ventral, la lumière se propager aussitôt de la partie anté- rieure et médiane vers le centre et la périphérie, comme cela se passe quand on exerce une pression sur l'abdomen. Ces résultats purement empiriques recevront plus loin leur interprétation phy- siologique (V. 2° partie, chap. IV, g 4). Enfin, quand l'épuisement produit par des explorations répétées amène la perte de la contractilité, la révivifîcation de la lumière n'est plus possible, bien qu'une légère lueur puisse persister après la disparition de toute autre manifestation vitale. Ces expériences montrent, bien nettement, que l'action des (1) Voir 2" partie, chapitre IV, § 5. LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 153 muscles, qui sera analysée (Chap. IV, g 5), a une influence con- sidérable sur la production de la lumière, mais qu'il existe, en outre, une activité propre de l'organe ou tout au moins une inter- vention étrangère à l'activité de la contraction musculaire que les notions acquises jusqu'à présent ne nous permettent pas encore d'interpréter. A diverses reprises nous avons essayé, mais en vain, de revi- vifier la luminosité par l'excitation électrique de la chaîne gan- glionnaire, mise à nu. En touchant directement les difTérents ganglions thoraciques ou abdominaux avec les électrodes, nous n'avons jamais pu obtenir d'effet éclairant bien marqué, et cepen- dant, le courant déterminait des contractions des muscles et des mouvements des pattes. Dès lors, il semble que l'ouverture de la cavité abdominale constitue un obstacle à l'accomplissement de la fonction lumineuse (V. chap. IV, § 3). Est-il utile d'ajouter que nous avons, sans aucun succès, cherché à répéter l'expérience de de Humboldt, dont il est question dans notre historique (page 21)? T- — Courants coyitinus. Un Pyrophore étant placé sur le dos, et fixé sur un morceau de liège au moyen d'une bandelette de caoutchouc, on enfonce une épingle dans le mésothorax entre les points d'insertion des pattes de la deuxième paire ; une seconde épingle est fixée dans le dernier anneau abdominal. L'Insecte étant ainsi préparé, si l'on met le pôle positif en communication avec l'épingle du méso- thorax, et le pôle négatif en communication avec l'épingle de l'abdomen, la lumière ne paraît dans la plaque ventrale qu'au moment du choc de fermeture du courant ; elle s'éteint pendant le passage du courant, et ne reparaît pas au moment du choc de rupture (1). Après quelques excitations, la plaque ventrale reste inerte, alors que le corps tout entier de l'Insecte tressaille au moment de la fermeture : l'organe ne réagit pas davantage, si l'on change le sens du courant. On retourne l'Insecte : on plante une première épingle dans la (1) Le courant était fourni par six éléments au sulfate de cuivre d'une pile élec- tro-médicale à tension d'Onimus (modèle Brewer). Sur le circuit était placé un gal- vanomètre indiquant à chaque expérience le passage du courant, sa direction et son intensité. 154 RAPHAËL DUBOIS région frontale, et une seconde à la base du mésothorax. Le pôle nég-atif de la pile est mis en communication avec l'épingle fron- tale, le pôle positif avec celle du mésothorax. Les deux lanternes prothoraciques étant brillantes, il y a extinction au moment de la fermeture du courant. L'extinction persiste pendant toute la durée du passage du courant au travers du prothorax. La lumière reparaît au moment de la rupture du courant. Disposant l'expérience d'une façon différente, si l'on place le pôle positif en contact avec l'épingle fixée à l'extrémité posté- rieure de l'abdomen, et le pôle négatif en contact avec l'épingle enfoncée dans la région du cerveau, on constate que la lumière se manifeste, au mom-ent de la fermeture du courant, dans les deux plaques prothoraciques. Inversement, le pôle négatif étant mis en communication avec la partie terminale de la chaîne ganglionnaire, et le pôle positif avec l'extrémité céplialique, on voit que c'est le choc de rupture qui fait apparaître la lumière. De ces expériences on peut conclure : 1° Que le courant ascendant ou centripète détermine l'appari- tion de la lumière au moment de la fermeture ; •2o Que le courant descendant au centrifuge la provoque au moment de la rupture ; 3° Ces effets se produisent toujours dans le même sens, que l'on agisse sur toute l'étendue de la chaîne nerveuse ou sur une partie seulement de son trajet comprenant, soit le ganglion en rapport avec les organes prothoraciques, soit le ganglion de l'or- gane abdominal. Notons toutefois que les résultats sont toujours plus nets avec les appareils prothoraciques. Si l'on introduit dans les masses musculaires voisines des appareils prothoraciques un fil de platine en communication avec le pôle négatif, l'autre électrode étant mise en rapport avec un point quelconque du corps, la contraction des faisceaux muscu- laires, et par conséquent, l'apparition de la lumière (V. 2<= part., chap. IV, § 4), se fera au pôle négatif, au moment de la fermeture du courant, ce qui est conforme à ce que l'on sait sur la façon dont les muscles réagissent sous l'influence des courants continus. On obtient un résultat inverse, si, au lieu de fils de platine on se sert d'épingles galvanisées de fer ou de laiton, avec un courant un peu intense. Dans ces conditions, si l'aiguille en rapport avec le pôle positif est placée très près de l'appareil lumineux, ou est LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 155 en contact avec lui, c'est toujours à ce pôle positif que la lumière apparaît, et non au pôle négatif, si celui-ci remplace le premier. De plus, la lumière se manifeste toujours au moment de la fer- meture du courant, et se continue pendant son passage (1). Bien plus, si l'on enfonce deux épingles, de façon à ce que leurs pointes soient en communication avec la face inférieure de chaque plaque prothoracique, et qu'on lance le courant, on voit le foyer en contact avec le pôle négatif s'éteindre, pendant que le foyer en contact avec le pôle positif prend un éclat considé- rable au moment de la fermeture du courant et persistant pen- dant tout le temps qu'il traverse le prothorax. Au moment de la rupture, il y a une apparition fugitive de la lumière au pôle négatif, tandis que l'appareil en contact avec le pôle positif s'éteint. Ce résultat est très constant et très net : on peut, à plusieurs reprises, sur le même Insecte, renverser la position relative des pôles, et toujours on obtient des résultats qui concordent. Ce que l'on observe dans ces circonstances est tout à fait en désaccord avec ce qui se passe d'ordinaire dans les muscles. Mais, si après avoir, pendant un certain temps, fait passer le courant sans intervertir l'ordre des pôles, on retire les deux épin- gles et si on les examine avec attention, on s'aperçoit que la pointe de celle qui était en communication avec le pôle positif est absolument corrodée, comme si un acide puissant avait été mis en contact avec elle. En appliquant cette pointe humide sur du papier de tournesol bleu, on obtient une réaction franchement acide. L'épingle du pôle négatif, au contraire, reste brillante, et le peu de liquide qui humecte sa pointe, donne une coloration bleue au papier de tournesol, indiquant une réaction fortement alcaline. A l'oritice de sortie de l'épingle positive, on voit se former une grosse gouttelette de liquide qui augmente peu à peu de volume. Ce liquide a une réaction acide. Examiné au microscope, il con- tient une quantité considérable des petits corpuscules biréfrin- gents dont nous avons déjà parlé (l""' part., chap. IV, g 3). Au pôle négatif, au contraire, il n'y a presque pas de liquide ; (1) Remarque. — Il faut éviter dans ces expériences de toucher les épingles avec les électrodes au moment de la fermeture du courant, le choc pouvant mettre en jeu la sensibilité locale du point où est enfoncée l'épingle; les interruptions doivent se faire au moyen d'un commutateur. On choisit de préférence des Insectes affai- blis ou chloroformés. 156 RAPHAËL DUBOIS il est alcalin, louche, grisâtre; on y trouve ni corpuscules, ni globules sanguins ; mais, il renferme un grand nombre de goutte- lettes de forme et de dimensions variables, qui ont été prises à tort pour des gouttelettes graisseuses. Ces réactions peuvent s'obtenir sur des Insectes morts sponta- nément ou tués par le chloroforme. Il s'agit donc ici d'un phénomène purement physico-chimique. La mise en liberté d'un acide, de nature encore indéterminée, mais ayant un pouvoir corrosif considérable, susceptible, si l'ac- tion est longtemps prolongée, de donner naissance sur une épingle de cuivre à une épaisse couche d'un sel cuivreux d'un beau bleu, nous paraît avoir une action manifeste sur la production de la lumière. Il n'y a pas lieu d'être surpris de ce fait, car la substance de l'organe lumineux, ainsi que celle de l'œuf, écrasée sur un papier de tournesol, montre une réaction acide des plus manifestes. La formation de cet acide est due à une modification chimique du sang ou des produits qu'il contient, car on obtient sa produc- tion dans des points fort différents du corps de l'animal. Ce n'est donc pas de sa formation que résulte le phénomène lumineux ; mais on peut supposer qu'il constitue une condition de milieu favorable à la production de la lumière, dans les appa- reils qui lui donnent naissance par leur fonctionnement physio- logique, au même titre que l'acide chlorhydrique qui, sans être l'agent principal de la digestion gastrique, n'en est pas moins un élément utile. Ce seul fait suffirait à démontrer que les conclusions de Rad- ziszewski sont inacceptables, en ce qui concerne du moins la lumière des Pyrophores. Ce savant, en effet, admet comme condition essentielle de la production delà lumière, dans les corps organiques et organisés, l'alcalinité du milieu. Ainsi, quand l'huile de succin est fraîche, elle possède une réaction acide et ne brille pas quand on la chauffe, même à l'ébullition ; mais, si l'on ajoute des bases, il suffit de la chaufïer doucement pour qu'elle éclaire vivement et longtemps. Il en est de même, d'ailleurs, des acides sylvique et oléique. L'auteur des belles recherches dont nous venons de parler a soin d'ajouter « Je starker die Base, desto stilrker ist auch das Leuchten : plus forte est la hase, l'élus forte est aussi la lumière. » (1) (1) Radziszewski, loc. cit., p. 212. LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX g 5. — Action de la lumière. 157 Nous n'avons à nous occuper dans ce paragraphe que de l'ac- tion directe de la lumière sur les organes photogènes ou consi- dérés comme tels. Tout ce qui a trait à l'influence que la lumière peut exercer d'une manière indirecte sur la fonction photogénique, sera étudie à propos des relations qui existent entre elle et les organes des sens (chap. IV, § !)• . Divers observateurs ont prétendu que les organes lumineux des Lampyrides avaient la faculté de condenser, pendant le jour, la lumière solaire, pour l'émettre ensuite dans l'obscurité. Les corps minéraux phosphorescents tels que certains sulfures calcaires, étant susceptibles de devenir ainsi éclairants, grâce a une lumière d'emprunt, il était utile de savoir s'il n'existait pas quelque relation entre ces deux phénomènes. Une semblable recherche était d'autant plus nécessaire qu il se trouve, ainsi que nous l'avons annoncé déjà, une substance fluo- rescente dans les organes lumineux du Pyrophore. Or, les belles recherches de M. E. Becquerel, tendent à assimiler complètement la fluorescence à la phosphorescence (1). En ce qui concerne les Lampyrides, l'hypothèse d'une conden- sation avait déjà été réfutée autrefois par Peters (2). Ce savant, ayant gardé pendant huit jours des Lampyrides dans l'obscurité, vit qu'ils étaient aussi lumineux au bout de ce laps de temps qu'au début de l'expérience. Matteucci (3) confirma la remarque de Peters, après avoir conservé pendant neuf jours des Lampyres dans les mêmes con- ditions. Il en est de même pour les Pyrophores. Dans les expériences faites pour rechercher l'action de la lu- mière sur la chlorophylle, j'ai maintenu pendant dix jours des Pyrophores dans l'obscurité absolue et ils étaient aussi brillants à la fin de l'expérience qu'au commencement. D'ailleurs, le premier Gucujo arrivé au Havre, dans les circons- tances que nous avons indiquées, avait pu supporter une traversée (1) E. Becquerel, Loc. cit. (2) Peters; Ann. des Se. nat., XVII, p. 255. 1842. (3) Matteucci, Op. cit.; p. 166. 158 RAPHAËL DUBOIS de plusieurs semaines, de plusieurs mois peut-être, dans la cale hermétiquement fermée du navire à voile qui l'avait apporté des régions tropicales. 11 est même fort probable qu'il s'était développé dans le bois que contenait cette cale. Depuis six mois, nous conservons au milieu des débris de bois humides renfermés dans un vase de faïence opaque et bien clos, des larves écloses d'œufs pondus dans l'obscurité. Plusieurs de ces larves ont subi une première métamorphose, pendant laquelle leur luminosité s'est accrue considérablement. Elles sont toutes extrêmement brillantes, bien qu'elles n'aient jamais été exami- nées que pendant la nuit. Les organes lumineux qui ont cessé de briller après avoir été détachés du corps de l'animal ne retrouvent pas cette propriété par une exposition, même prolongée au soleil. L'hypothèse d'une condensation ne saurait donc être renouvelée en faveur des Pyrophores ; elle serait d'ailleurs en désaccord avec tout ce que nous savons sur le genre de vie de ces animaux. Les Lampyrides ne contenant pas la matière fluorescente que nous avons trouvée chez les Pyrophores, il n'était pas permis, sans de nouvelles expériences, d'étendre à ces derniers les con- clusions de Peters et de Matteucci. g 6. — Dépression barométrique. C'est Macaire, de Genève, qui a étudié le premier l'action du vide sur la phosphorescence des Lampyrides. Ce physicien, ayant fait tomber un Lampyre dans un tube de verre recourbé où on avait fait le vide préalablement, vit l'Insecte périr bientôt et cesser d'émettre de la lumière, alors même qu'on le réchauifait doucement ; mais, ayant laissé rentrer de l'air dans le tube, le corps du Lampyre brilla aussitôt d'un très vif éclat. En faisant imparfaitement le vide dans un tube rempli d'air et contenant un de ces Coléoptères, le même observateur remarqua que la phosphorescence diminuait peu à peu et cessait enfin com- plètement pour reprendre son éclat primitif dès que l'on faisait rentrer l'air dans l'appareil. Cette expérience pouvait être répétée plusieurs fois de suite sur le même individu. Dans de semblables conditions, les Pyrophores se comportent comme les Lampyres. LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX lo9 Il en est de même pour les organes lumineux isolés, pour les œufs et pour les larves. Les œufs du Lampyre nociiluque se prêtent également très bien à l'expérience et l'on peut, sans faire cesser leur vitalité, sus- pendre momentanément leur lumière par la dépression baromé- trique et la ranimer ensuite en rétablissant la pression normale. Si l'on veut obtenir une extinction rapide, il faut réduire la pression dans le récipient qui les contient à quatre centimètres de mercure. Ces mêmes œufs, soumis à une dépression de cinquante centi- mètres de mercure, s'éteignent également, mais beaucoup plus lentement. Pour obtenir l'extinction des Pyrophores entiers, il faut pousser la dépression barométrique jusqu'à quatre ou six centimètres de mercure pour les appareils prothoraciques et descendre un peu plus pour l'organe ventral, qui ne cesse de briller qu'avec 2 ou 3 centimètres de mercure, et peut encore résister pendant quel- ques minutes dans ces conditions. ExpÉiuENCE. — Un Pyrophore est placé dans un flacon dont les parois sont couvertes de gouttelettes d'eau. On fait le vide de manière à atteindre en cinq minutes une dépression barométrique de six centimètres de mercure. L'Insecte s'agite, la partie postérieure de l'abdomen s'allonge et l'armure génitale fait saillie à l'extérieur. A diverses reprises, il écarte les ailes comme pour s'envoler et découvre la plaque ventrale qui est très lumineuse. Peu à peu les mouvements de l'animal deviennent Irréguliers et plus difficiles ; en même temps la lueur des organes prothora- ciques faiblit. Au bout de quinze minutes, l'Insecte ne réagit plus sous l'in- fluence d'une forte excitation mécanique ; on ne peut plus pro- voquer ni mouvements, ni lumière. Cependant, les foyers conservent une lueur légère et une bande rougeàtre très faiblement lumineuse persiste à la périphérie de l'organe. Dès que l'on rétablit la pression, la lumière reparaît d'abord, puis les mouvements ; l'Insecte retrouve au bout de quelques secondes son agilité première. Cette expérience, que nous avons souvent répétée, nous a tou- jours donné les mêmes résultats. Si, dans le flacon où l'on a fait le vide on laisse rentrer de l'eau 160 RAPHAËL DUBOIS préléalablement bouillie et refroidie à la température du milieu ambiant, la lumière reparaît dans les plaques prothoraciques de l'animal immergé, mais elle ne possède plus la même coloration; elle est rougeâtre, un peu couleur feu et ne dure que très peu d'instants, pour s'éteindre ensuite. Il est manifeste que dans ces conditions l'eau pénètre dans les trachées et les obstrue. Ce liquide peut même pénétrer jusque dans l'appareil lumi- neux. Si l'on se sert d'un liquide colorant, de picro-carminate d'am- moniaque, par exemple, on peut obtenir de cette façon une très belle injection de toutes les trachées et l'appareil lumineux se colore dans certains points, le liquide pouvant, sans doute par suite de quelques ruptures, pénétrer jusque dans la cavité gé- nérale. Si l'on abandonne à lui-même un Cucujo injecté d'eau par ce procédé, il ne tarde pas à mourir. Mais, en le replaçant aussitôt sous la cloche de la machine pneumatique, après l'avoir retiré de l'eau et en faisant de nouveau le vide, la lumière ne tarde pas à reparaître pour s'éteindre encore, si l'on continue à faire le vide; enfin, elle se rétablit d'une manière définitive dès que les trachées étant vidées de l'eau qu'elles contenaient, on rétablit la pression normale. On peut donc par ce procédé faire une véritable respiration ar- tificielle, qui peut être utilisée quand on veut ramener à la vie des Insectes dont les voies respiratoires sont remplies d'un gaz toxi- que ou d'un liquide qui les obstrue. Il est évident que la dépression barométrique s'exerçant sur un Insecte entier agit à la fois par plusieurs mécanismes diffé- rents sur la fonction photogénique. La raréfaction de l'air respirable, la plus forte tension de la vapeur d'eau, les modifications évidentes que subit le corps de l'Insecte distendu par des gaz, etc., sont autant de facteurs importants qui interviennent à la fois et dont il sera tenu compte à propos de l'intluence des diverses fonctions sur la photogé- néité. Notons, dès à présent, que la fonction photogénique reparaît avant les mouvements, quand toute manifestation vitale exté- rieure a cessé sous l'influence d'une forte et rapide dépression barométrique. II est néanmoins possible d'empêcher la production de la lu- LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 161 mière par le vide pendant un temps fort long sans que pour cela la motilité et la sensibilité des Insectes soit notablement modifiée. Il suffit de maintenir pendant un temps suffisant des Pyro- phores bien éclairants sous une cloche de verre dans l'intérieur de laquelle la pression barométrique ne dépasse pas cinquante centimètres de mercure. On les voit alors perdre leur pouvoir éclairant et conserver cependant leur allure ordinaire. Six de ces Coléoptères furent, par ce procédé, privés de leur lumière pendant trois jours; la pression normale ayant été ensuite rétablie dans la cloche, on les vit briller de nouveau ou bout de quelques instants. Nous avons cru devoir placer au nombre des agents physiques susceptibles de modifier la luminosité, la dépression barométri- que parce que, selon nous, elle peut exercer une action directe sur le processus du phénomène qui nous occupe. Ce qui prouve l'exactitude de cette assertion, c'est que l'on peut faire reparaître la luminosité, chez des Insectes placés dans les conditions que nous venons d'indiquer, en rétablissant la pression normale par l'introduction d'un gaz neutre, tel que l'hydrogène, dans la cloche qui les contient. CHAPITRE III. Action des agents chimiques et des substances toxiques et venimeuses sur la production de la lumière. S 1. — Eau. De tous les agents chimiques qui interviennent dans l'accom- plissement des phénomènes biogéniques, celui qui exerce l'action la plus profonde et la plus générale, c'est l'eau : on peut dire que son rôle est prépondérant et véritablement dominateur. Dans toute étude physiologique ayant pour but de déterminer les conditions physico- chimiques relatives à l'activité propre de la substance organisée, on doit d'abord et avant tout se préoccu- per de la part qui revient en propre au fluide biogénique par excellence, à l'eau. Ne sait-on pas d'ailleurs que les échanges gazeux ou autres, w 162 RAPHAËL DUBOIS que l'oxygénation, par exemple, ne peuvent s'exercer qu'autant que les colloïdes sarcodiques, que les protoplasmas, si l'on veut, se trouvent dans un état convenable d'imbibition ou mieux d'hydratation (1). (1) Bemarqne. — Nous avons déjà écrit le mot « hydratation » en parlant des œufs (page 62) : quelques explications sur le sens que nous attachons à cette expression, en biologie, nous paraissent nécessaires. L'étude plus approfondie des manifestations vitales chez les Protozoaires a fait perdre beaucoup de son importance à la conception théorique de l'individualité de la « cellule ». Il est facile de démontrer que cet individualisme n'existe pas chez les Protozoaires où les fonctions sont cependant différenciées : il en est de même dans les organismes élevés, et nul ne voudrait affirmer aujourd'hui qu'une cellule nerveuse, par exemple, est un être indépendant : tout au plus, pourrait-on faire une exception en faveur des globules du sang. Chez les végétaux eux-mêmes l'idée d'une simple juxtaposition des éléments anatomiques est très contestée. On peut donc, en physiologie générale, faire abstraction de la structure morpho- logique pour n'envisager que la constitution physico-chimique des colloïdes au sein desquels la vie se manifeste. Nous avons par de nombreuses expériences (1) démontré que les colloïdes bio- géniques se comportent comme les hydrates colloïdaux si bien étudiés par Graham et qu'ils obéissent aux mêmes lois physico-chimiques. Les actions osmotiques, dont l'importance est si grande, en biologie, se réduisent facilement à des substitutions d'ordre moléculaire produites au sein des matières colloïdales interposées entre deux liquides, dont les affinités pour ces substances sont différentes. L'eau étant le seul fluide liquide méritant le nom d'humeur dans les tissus vi- vants, le seul qui soit véritablement indispensable à l'accomplissement de tous les phénomènes biogéniques, sans exception, on comprend facilement pourquoi nous avons proposé de substituer le mot « hydratation » au mot « imbibition ». D'ailleurs, le mot hydratation indique un état de combinaison et c'est pour cela que nous lui accordons la préférence. L'eau n'est pas un simple véhicule, comme on se plaît à le répéter encore fré- quemment dans les traités de physiologie. C'est un élément chimique, constituant, qui ne se trouve à l'état de liberté que dans des liquides qui ont déjà cessé de faire partie de l'organisme dans, l'urine, par exemple. Les mouvements que subit ce liquide au sein des êtres vivants sont d'ordre chi- mique : pas un acte vital ne s'accomplit sans que des molécules d'eau se déplacent, sans qu'il se produise des hydratations et des deshydratations incessantes comme le mouvement de rénovation moléculaire des tissus, dont elles constituent l'acte fondamental. Les substances albuminoïdes, amylacées, le sucre et peut être les matières grasses elles-mêmes, subissent une hydratation dans l'acte de la digestion, qui précède immédiatement l'absorption et l'assimilation : les plantes aussi fixent de l'eau sur les substances qu'elles empruntent au milieu ambiant. Dans l'acte de la fécondation, l'agent fécondant développe dans l'œuf l'affinité des colloïdes pour l'eau et agit comme un corps hydratant, à la manièi^e des ferments. {!) V. liste des principaux travaux de l'auteur. LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 163 Telles sont les raisons pour lesquelles nous plaçons l'eau au premier rang des agents chimiques susceptibles d'exercer une influence sur la production de la lumière par les êtres vivants. La sensibilité de ce réactif en matière de luminosité animale ou végétale est véritablement saisissante. Les œufs des Pyro- phores, comme ceux des Lampyres, sont de véritables hygro- scopes lumineux, ainsi que nous l'avons déjà dit. Les Champignons microscopiques phosphorescents, qui se dé- veloppent à la surface des feuilles de Chêne, se comportent de même et sont également susceptibles d'une véritable revivis- sence lumineuse. Quand l'atmosphère ambiante perd son humi- dité, on les voit pâlir et s'éteindre : vient-on à introduire de l'herbe humide dans le récipient qui les contient, presqu'aussitôt ils donnent en échange de cette bienfaisante fraîcheur l'éclat de leur douce lumière qu'on croyait à jamais perdue. Les Insectes lumineux adultes sont également influencés par l'état hygrométrique de l'air et l'on m'a souvent fait savoir, des régions où je faisais rechercher des Lampyres, que le temps était Mais cette affinité des colloïdes biogéniques, si considérable dans la partie ascendante de la courbe vitale, décroit avec elle. Les particules vivantes, qui meurent au sein de nos organes, se transforment en cristalloïdes non plus com- binés à l'eau, mais en dissolution dans celle-ci. Ces cristalloïdes impropres à la vie sont rejetés au dehors avec l'eau de deshydratation des colloïdes qui leur ont donné naissance. De même, l'organisme tout entier, en vieillissant, perd son affinité pour l'eau; de plus, la tension de dissociation de l'eau et des colloïdes augmente au fur et à mesure qu'ils s'éloignent davantage du moment où ils ont subi l'action de l'agent fécondant. Toute intervention physique, chimique, mécanique ou pathologique susceptible d'augmenter cette tension de dissociation, agit dans le môme sens que l'évolution, que le vieillissement: au moment de la mort, cette tension atteint son activité maxima. Dans cette mobilité des hydrates colloïdaux biogéniques résident tout à la fois des causes de vie et de mort. C'est l'état d'instabilité de cette molécule, chimique- ment indifférente, qui donne aux êtres vivants leur prodigieuse, variabilité leur incessante activité. On ne peut pas plus concevoir l'état statique, l'immobilité mo- léculaire d'un tissu vivant, que l'on ne peut espérer la conservation indéfinie d'un hydrate colloïdal artificiel. Ces quelques lignes suffisent à faire comprendre le sens précis que nous atta- chons au mot « hydratation », ajoutons encore que nous considérons comme des hydratations et des deshydratations tout phénomène chimique, dans lequel une molé- cule d'eau de constitution s'ajoute ou se sépare d'un composé organique et que l'étherifîcation ou la saponification, par exemple, ne constituent que des cas parti- culiers de l'hydrodynamique physiologique, branche nouvelle de la biologie, qui est appelée à prendre, croyons-nous, une importance de plus en plus considérable. 164 RAPHAËL DUBOIS trop sec et que la chasse ne serait fructueuse que lorsque les soirées seraient plus humides. Les Pyrophores privés d'eau perdent leur faculté photogénique bien avant les autres manifestations vitales. Ils résistent facile- ment à la privation d'aliments, mais non à la sécheresse. Aussi, quand ils ont épuisé tout leur éclat pour rehausser la beauté des Mexicaines, qui en font leur parure, celles-ci s'empressent-elles, au sortir du bal, de baigner ces vivantes émeraudes, qui retrou- vent toute la vivacité première de leurs feux, au sein de l'eau. Pline, en parlant des Pholades (l), fait remarquer que la lumière de ces Mollusques est d'autant plus vive qu'ils contiennent plus de liquide : « Alio fulgore claro, et quantum magis hionorem lia- beant... ». On sait également, depuis longtemps, que les organes lumineux privés d'eau peuvent retrouver leur luminosité quand on les mouille. Réaumur (2) a pu ranimer ainsi la lumière éitente des Pholades desséchées. P'ougeroux de Bondaroy (3), dit positivement que du papier frotté avec la substance lumineuse de la Luciole d'Italie devient phosphorescent, et il ajoute que lorsque cette phosphorescence a disparu, on peut la faire renaître en mouillant le papier devenu obscur; mais, après cela, on ne peut plus revivifier la lumière. D'après le même observateur, l'huile, l'alcool, les essences ne se comportent pas comme l'eau et ne sont pas favorables à la con- servation de la matière lumineuse. Dans une récente communication à l'Académie des sciences (4), M. Carus annonce, comme chose nouvelle, que la substance lumineuse du Lampyre peut, après son extinction, reprendre dans l'eau la propriété de briller. Il ajoute que le fait est d'autant plus remarquable qu'il n'existe aucune substance capable de produire un effet analogue. Darwin a également observé la reviviscence de la lumière chez les Noctiluques : ayant mis dans l'eau un filet qu'il avait fait sécher, après avoir péché la veille dans la mer phosphorescente, il vit la luminosité reparaître (5). (1) Plinius Secundus, Historiavum mundi liber, IX. § Lxxxvii, 61. (2) Réaumur, Des merveilles des Dails ou de la lumière qu'ils répandent. Méni. de l'Ac. des Se, Paris, p. 198, 1723. (3) Fougeroux de Bondaroy, Loc. cit. (4) Carus. Compt. rend, de l'Ac. des Se, (2), LIX, n» 12, 1864. (5) Darwin, Loc. cit. LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 165 Enfin, nous avons vu, dans le chapitre relatif aux propriétés physiques de la lumière des Pyrophores, que le P. Secchi avait pu examiner le spectre des organes phosphorescents des Pyro- somes sur des pièces desséchées qu'il avait humectées d'eau, et que ce spectre possédait les caractères généraux de ceux que fournissent les autres êtres lumineux. Ces organes desséchés des Pyrosomes lui avaient été confiés par M. Panceri. Ainsi que nous l'avons dit déjà, cette sorte de revlvissence n'est pas spéciale aux animaux, puisque nous l'avons observée sur des Champignons parasites qui avaient été expédiés des environs de Compiègne, au mois de juin. Fabre (1) dit seulement que VAgaricus olearius brille également bien par la pluie, dans l'air saturé de vapeurs d'eau et dans l'eau; la phosphorescence ne cesse que quand l'Agaric est desséché jusqu'à périr. Il est regrettable que cet observateur n'ait pas vu s'il était possible de ranimer la lumière, dans les conditions que nous venons d'indiquer. Les organes lumineux des Pyrophores se comportent de même que ceux des Lampyres lorsqu'ils ont été desséchés rapidement soit à l'air libre, soit dans le vide, ce qui est préférable. La dessication des œufs des Lampyres et des Pyrophores peut être poussée à ses dernières limites, à la température ordinaire, sans qu'ils perdent définitivement leur propriété photogénique, qui reparaît dans des conditions d'hydratation convenable. En les immergeant dans l'eau, nous avons vu renaître cette lumière dans des œufs qui, depuis huit jours, étaient placés au-dessus de l'acide sulfurique, sous une cloche où l'on avait entretenu, pen- dant tout ce temps, une pression barométrique de cinquante cen- timètres de mercure, seulement. Si, après avoir desséché dans le vide les organes lumineux, on les pulvérise dans un mortier et si on humecte leur substbince réduite en poudre avec un peu d'eau, la masse tout entière de- vient lumineuse. Si la production de la lumière était intimement liée à la présence d'une substance volatile dans ces organes, il est bien évident qu'il ne se produirait aucun eifet après un sem- blable traitement. La lumière ainsi obtenue ne dure pas plus de iO à 15 minutes et l'on peut la supprimer immédiatement, soit par l'addition d'un peu d'alcool, soit par l'action de l'eau bouillante. (1) Fabre. Recherches sur la cause de la phosphorescence de l'Agaric de l'Olivier. Ann. des se, nat. 1855. 166 RAPHAËL DUBOIS Il n'est pas nécessaire que l'eau dont on se sert pour rallumer des organes desséchés soit aérée : en les plongeant dans de l'eau récemment bouillie on les voit briller au sein de ce liquide. Mais, dans une semblable expérience, on peut supposer que les bulles de gaz contenues dans les anfractuosités du tissu des- séché sont susceptibles de compliquer le phénomène. L'expérience suivante montre que si l'action de l'eau privée de gaz est nécessaire, elle est aussi suffisante. Des organes lumineux de Pyrophores (plaques ventrales et appareils prothoraciques), desséchés depuis plus d'un mois et con- servés dans un flacon bien sec, furent introduits dans un tube de verre hermétiquement fermé à ses deux extrémités par deux robinets de verre. Le vide ayant été fait aussi complètement que possible dans le tube, on y fit pénétrer brusquement de l'eau récemment bouillie et absolument privée de gaz. L'intérieur du tube fut complètement occupé par l'eau ; et, l'on vit, au bout de quatre à cinq minutes, les organes prothoraciques briller et, peu de temps après, les plaques abdominales. Celles-ci restèrent lumi- neuses pendant quarante-cinq minutes et les appareils protho- raciques pendant trente minutes environ. Les organes étant complètement éteints, on fit pénétrer de l'air dans le tube, en laissant écouler un peu d'eau, puis on l'agita fortement. L'aéra- tion de l'eau ne ranima pas la luminosité. Cette expérience prouve bien que l'hydratation des tissus des- séchés est nécessaire et suffisante pour que le phénomène lumi- neux se produise. M. Chaper, qui a visité les Antilles, nous a raconté qu'il fut fort surpris un certain soir qu'il vit briller à terre un objet paraissant inerte; l'ayant examiné avec attention, il reconnut que c'était le prothorax d'un Pyrophore détaché du corps de l'Insecte et pres- que complètement vidé. J'ai observé un fait analogue : ayant abandonné sur ma table de travail des tronçons de Pyrophores, sur lesquels j'avais pra- tiqué diverses opérations, je vis un grand nombre de Fourmis dévorer l'intérieur de ces débris : ils étaient là depuis plusieurs jours, lorsque de l'eau ayant été renversée, dans le point où ils se trouvaient, ils se mirent à briller de nouveau. Les Fourmis avaient respecté seulement les organes lumineux : ceux-ci s'étant desséchés rapidement, la matière lumineuse n'avait pas été com- plètement épuisée. L'introduction de l'eau dans la cavité générale peut aussi faire LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 167 reparaître la luminosité dans les organes de' Pyrophores morts depuis plusieurs heures. On verra plus loin que les alcaloïdes tuent parfois assez rapi- dement ces Insectes et que la lumière peut cesser de se produire même avant la mort. Dans ces conditions, il est possible de ranimer les foyers lumi- mineux éteints, en exerçant sur l'abdomen une pression suffi- sante pour faire refluer le liquide de la cavité abdominale vers les appareils photogéniques ; mais, lorsque par ce procédé on n'obtient plus aucun résultat, l'activité de ces appareils peut encore être réveillée par l'introduction, au moyen d'une seringue de Pravaz, d'une certaine quantité d'eau dans la cavité générale. On peut renouveler plusieurs fois de suite l'expérience avec le même succès; mais, en général, au bout de trois ou quatre injec- tions de 5 à 6 gouttes d'eau chacune, l'efTet lumineux cesse de se manifester. Si l'on fait une injection d'alcool et non d'eau, au moment où les premières gouttes pénètrent dans la cavité générale, il y a production d'une vive lumière dans les appareils prothoraciques : elle s'éteint presqu'aussitôt et une injection d'eau est impuissante à la faire reparaître. On peut très facilement suivre le trajet du liquide chassé par l'injection dans l'appareil ventral: il pénètre par l'hiatus anté- rieur et se répand dans la branche médiane et dans les deux branches latérales, en allumant sur son passage une traînée de lumière ; si l'on augmente la poussée du liquide, l'appareil tout entier s'illumine. Action de Veau sous les hautes pressions. — Dans les grandes pro- fondeurs de la mer, les animaux lumineux paraissent être plus nombreux encore que dans les zones superficielles, dont la faune en renferme cependant un grand nombre d'espèces. Les recherches de Panceri sur les organes lumineux des Pyro- somes et celles que nous avons entreprises nous permettent de croire qu'il existe une grande analogie entre les animaux marins et les êtres terrestres lumineux, sous le rapport de la fonction photogénique. Il y avait donc intérêt à rechercher si ces derniers pouvaient conserver la propriété d'émettre de la lumière apfès avoir été soumis à de hautes pressions, au sein de l'eau. Dans le but de répondre à cette question de notre programme, nous avons fait avec M. Paul Regnard, au mois d'octobre 1884, 168 RAPHAËL DUBOIS quelques expériences sur des larves du Lampyris nçtctilucus [{) \ nous croyons utile de rappeler ici les résultats obtenus. Dans une première expérience, un Lampyre (L, noctilucus) a été immergé, étant lumineux, dans un tube rempli d'eau et plongé aussitôt dans le réservoir de la pompe Cailletet : il a été maintenu pendant dix minutes à une pression de 600 atmosphères ; au bout de ce temps, l'Insecte sorti du réservoir de la pompe était encore lumineux et resta lumineux bien que faiblement pen- dant quelques instants ; mais, il était d'ailleurs absolument inerte. Après l'extinction on put à plusieurs reprises faire repa- raître de faibles lueurs au moyen de l'excitation faradique. Ce Lampyre, abandonné à lui-même dans une boîte avec un Insecte de la même espèce, tué par un autre procédé, fut au bout de vingt-deux jours trouvé absolument mou et flexible, alors que le second s'était complètement desséché. Les organes photogènes possédaient la même apparence en tant que forme, consistance et couleur que pendant la vie, tandis que ceux de son compagnon étaient ridés et brunis; les tissus de l'animal avaient très vraisemblablement subi le phénomène d'hy- dratation qui se produit dans ces conditions, ainsi que nous l'avons établi antérieurement (2). Pensant que l'Insecte était en état de vie latente et qu'en lui faisant perdre l'excès d'eau qui le maintenait en cet état, on pourrait ranimer la vie et la lumière, il fut placé sous la cloche de la machine pneumatique au-dessus du chlorure de calcium : examiné au bout de douze heures, l'animal présentait une phosphorescence très manifeste bien qu'assez faible : il était d'ailleurs absolument inerte, même sous l'influence de l'excitation électrique. Il fut abandonné sous une cloche, en présence du chlorure de calcium, à la pression normale : la phosphorescence s'éteignit peu à peu et le dessè- chement continuant, l'Insecte devint rigide, sans avoir retrouvé le mouvement et la sensibilité. Un autre Lampyre, qui avait été comme le premier immergé, mais que l'on avait placé, avec le tube qui le contenait, sous le récipient de la machine pneumatique, perdit rapidement sa phos- phorescence. Introduit aussitôt dans le réservoir de la pompe (1) R. Dubois et P. Regnard, Note sur l'action des hautes pressions sur la fonc- tion photogénique du Lampyre. Coinpt. rend, de la Soc. de Biol., (8), I, p. 675. (2) R. Dubois, De l'action des liquides neutres sur la substance organisée. Corapt. rend, de la Soc. de Biol., (8), I, p. 317-3^^0, 1884. LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 169 Cailletet et laissé pendant dix minutes sous une pression de 600 atmosphères, il sortit non lumineux, mais absolument inerte comme le premier : on ne put faire reparaître la lumière par l'excitation électrique. Il resta pendant trois jours dans l'état de vie latente et complètement éteint. Le troisième jour, en ouvrant la boîte qui le contenait, on le trouva très vivace et très lumi- neux (1). Les résultats obtenus avec les Pyrophores ont été différents. Deux Pyrophores placés dans le réservoir de la pompe Cailletet et comprimés à 500 atmosphères pendant dix minutes, sont sortis non lumineux. L'un d'eux seulement, qui n'avait pas été préala- blement soumis à l'action de la machine pneumatique, a survécu pendant deux ou trois jours, mais la lumière n'a pas reparu. Ainsi que nous l'avons déjà dit, une perturbation profonde de l'état général de ces Insectes suffit pour faire disparaître la lumi- nosité. D'autre part, l'hydratation simple, à la pression normale étant susceptible de ranimer la lumière dans les organes récemment éteints ou desséchés, il était naturel de penser que l'extinction produite dans ces conditions, était due plutôt à un épuisement rapide produit par la surhydratation britsque déterminée par cette énorme compression. Nous avons alors imaginé de placer dans le récipient de la pompe Cailletet non plus des Insectes vivants ou des organes frais, mais des organes desséchés sur lesquels l'eau agit avec plus de lenteur. Quatre organes prothoraciques et une plaque ventrale isolés et desséchés furent comprimés à 600 atmosphères pendant dix minutes. Ayant été retirés au bout de ce temps de l'appareil, on constata qu'ils étaient tous les cinq lumineux et que la luminosité persistait encore au bout d'un quart d'heure. La propriété photogénique peut donc être mise en jeu dans les organes phosphorescents des Insectes, dans des conditions ana- (1) Remarque. — C'est à l'occasion de ces recherches que j'avais proposé de munir le réservoir de la pompe Cailletet de hublots transparents pouvant per- mettre d'observer directement ce phénomène lumineux pendant la compression. Ces conditions avantageuses ont été depuis réalisées par M. Cailletet, sur la demande de mon collaborateur, M. P. Regnard, qui se propose d'en étendre l'ap- plication à ses intéressantes recherches sur les conditions de la vie dans les grandes profondeurs. Il nous sera donc permis très prochainement de reprendre ce point de notre sujet dans des conditions plus favorables. 170 RAPHAËL DUBOIS logues à celles où se trouvent les animaux marins des régions abyssales ; mais, il semble que l'action soit très accélérée et qu'il faille agir, soit sur des organes secs, soit sur des Insectes moins sensibles que les Pyrophores, ou bien encore attendre que l'indi- vidu ait pu retrouver la possibilité de réparer l'épuisement qui résulte de l'épreuve à laquelle il a été soumis. Il convient de rappeler ici que la phosphorescence des Poissons morts résiste également à l'action des hautes pressions (1). S 2. — Action des corps oxydants. L'étude de l'action des corps oxydants sur la luminosité des Pyrophores a une grande importance. Depuis les expériences de Macaire et de Matteucci, sur les Lampyres, presque tous les auteurs qui se sont occupés de la la lumière des Insectes ont admis que celle-ci était le résultat d'une oxydation directe de la substance des organes lumineux par l'oxygène de l'air apporté au sein même des tissus par les trachées. Phipson (2) a généralisé cette hypothèse et il a admis que la phosphorescence de tous les êtres vivants est due à une sub- stance mal définie qu'il a nommée Noctilucme, laquelle, en s'oxy- dant lentement à l'air, produirait de la lumière avec dégagement d'acide carbonique. Dans des publications plus récentes (3), l'éminent physiologiste allemand Piliiger a également adopté le principe de la combustion lente, opinion à laquelle les recherches de Radziszewski, dont nous avons déjà parlé, ont donné une importance plus grande encore. Pour ces raisons et aussi parce qu'aucune expérience n'a été îaite jusqu'ici sur les Pyrophores, nous avons cru devoir apporter un soin tout particulier à l'étude de l'action des corps oxydants sur la fonction photogénique de ces Insectes. (1) R. Dubois, Note sur la phosphorescence des Poissons. Coinpt. rend, de la Soc. de Biol., p. 231, 1884. (2j T. L. Phipson. Compt. rend., LXXV. p. 547; Chem. news, XXXII, p. 220; Compt. rend., LXXXIV, p. 539. (3) E. Pfliiger, Die Phosphorescens der Icbendigen Organismen und ihre Bedeu- timg fiir die Principien der Respiration. Archiv fiir die ges. Physiologie, X, p. 275. Id., Ueber die Phosphorescens verwcscnder Organismen. Archiv fiir die ges. Physiologie, XI, p. 222. LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX' 171 A. — Action de V oxygène à la pression normale. Expérience I. — 7 li. du soir, un Pyropliore (femelle) est intro- duit dans un flacon plein d'oxygène lavé et chimiquement pur. Il reste pendant une heure immobile, sans lumière. Au bout de ce temps, l'Insecte s'agite, la lumière est vive, mais sans exagé- ration dans son intensité. L'expérience ayant été commencée à 7 h. du soir, au mois d'août, l'Insecte est entré dans la période d'agitation vespérale à l'heure habituelle. Expérience IL — 10 h. 10 du matin, un Pyrophore (mâle) est placé dans un récipient rempli d'oxygène pur, il reste immobile et non lumineux jusqu'à 10 h. 20. A ce moment, l'Insecte est un peu agité, il cherche l'obscurité et émet une lueur très faible. On observe des alternatives d'agita- tion, avec faible émission de lumière, et de repos avec extinction. Cet état se prolonge jusqu'à 3 h. de l'après-midi. 3 h. — L'Insecte est immobile dans la partie obscure du réci- pient : il émet une lueur très faible que l'on exagère un peu par une forte secousse ; mais, elle est de courte durée. Les mouvements sont plutôt ralentis, paresseux à la fin de l'expérience. L'Insecte remis à l'air libre reprend son allure ordi- naire. Expérience III. — Deux Pyrophores (mâles) sont placés dans deux flacons d'égales dimensions, à la même température, éclai- rés de la même façon : l'un des vases contient de l'air, l'autre de l'oxygène. Au bout de quelques minutes, on frappe les deux flacons l'un contre l'autre. Le Pyrophore qui est dans l'oxygène s'allume seul. Un choc plus violent l'ait apparaftre simultanément la lumière dans les deux flacons ; mais, le Pyrophore qui est dans l'air ordinaire s'éteint plus rapidement. Le même essai répété, après quatre heures de séjour dans les flacons, donne un résultat inverse. Pendant tout ce laps de temps, les deux Insectes, au repos, se sont comportés d'une manière identique. Ces expériences et d'autres, que nous ne jugeons pas nécessaire de reproduire ici, nous ont convaincu que dans l'oxygène, à la pression normale, les Pyrophores se comportent comme dans l'air ordinaire. 172 RAPHAËL DUBOIS D'ailleurs, les physiologistes ne sont pas d'accord sur l'influence exercée par les atmosphères suroxygénées sur les combustions respiratoires. Il est fort possible, ainsi qu'on l'a prétendu, que la force élastique de l'oxygène dans le mélange n'ait aucune in- fluence, dans les limites de pression normale, sur les phénomènes d'oxydation qui se passent dans l'intimité de nos tissus. Il en serait tout autrement s'il s'agissait d'une combustion chi- mique directe, produite au niveau des extrémités terminales des trachées : on sait, en effet, que dans l'immense majorité des cas, les combustions de cet ordre sont activées par l'oxygène pur. Cependant, il n'en est pas toujours ainsi, principalement dans certaines combustions lentes, comme celle du phosphore, à la- quelle on attribue généralement le phénomène de sa phospho- rescence, contrairement aux idées de Berzehus et de Marchand. Le phosphore ne se combine pas à l'oxygène pur et cesse de luire dans ce gaz pur à la pression ordinaire, si ce n'est à une tempé- rature supérieure à 20% où il ne tarde pas à s'enflammer. Il faut, pour que les lueurs puissent se manifester, que cette pression soit ramenée à celle que l'oxygène possède dans l'air, c'est-à-dire à 1/5 de la pression atmosphérique. Or, nous venons de voir que dans l'oxygène pur le phénomène lumineux chez les Pyrophores est le même que dans l'air. 11 y avait lieu cependant de rechercher si la dépression baro- métrique de l'oxygiène pur, dans lequel nous avions placé les Pyrophores, serait susceptible d'accroître leur intensité éclairante. B. — Action de l'oxygène à des pressions inférieures aune atmosphère. Expérience. — Deux Pyrophores (mâles) furent placés dans deux flacons : l'un des flacons contenait de l'air, l'autre de l'oxy- gène pur. Les deux flacons furent soumis à une pression baro- métrique décroissante. La pression intérieure dans les deux fla- cons étant tombée à cinquante centimètres de mercure, on vit la luenr et l'exciiabilité diminuer également chez les deux Insectes. Le pression n'étant plus que de six centimètres de mercure, les appareils prothoraciques cessèrent d'être excitables, aussi bien dans un flacon que dans l'autre. Les appareils abdominaux étant encore lumineux, bien que faiblement et par intermittence, il fallut descendre à trois centimètres de pression pour obtenir leur extinction complète, qui se fit à la fois dans l'un et l'autre flacon. On fit une contre-épreuve en changeant les Insectes de flacon et le résultat fut identiquement le même. LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 173 On voit, par cette expérience, que pour des pressions infé- rieures à une atmosphère, dans l'oxygène pur, les Pyrophores se comportent également comme dans l'air ordinaire. C. — Action de l'oxygène soits des pressions supérieures à une atmosphère (oxygène comprimé). L'action de l'oxygène comprimé sur les êtres lumineux n'ayant 174 RAPHAËL DUBOIS pas encore été étudiée, nous avons dû avoir recours à un appareil particulier construit par M. Ducretet et dont nous croyons utile de donner ici la description. Le corps de l'appareil est un manchon de verre épais d'une longueur de treize centimètres et d'un diamètre de huit centi- mètres. Les extrémités de ce manchon sont fermées par de fortes plaques circulaires métalliques maintenues au moyen de six tiges de fer boulonnées. Les plaques circulaires métalliques portent à leur centre des ouvertures qui peuvent être hermétiquement fermées au moyen de pièces vissées. L'une de ces ouvertures donne passage à une tige cylindrique en ébouite qui porte à son extrémité libre une petite cuvette allongée destinée à recevoir l'Insecte mis en expé- rience. Le long de cette tige glisse un fil de platine dont l'extré- mité libre vient sortir dans le fond de la petite cuvette, à sa partie antérieure ; l'autre bout du fil est réuni à une borne située à l'extérieur. Par l'ouverture opposée pénètre une tige métallique portant un fil de platine. Cette seconde tige est aussi en rapport avec une borne extérieure. Ces deux bornes sont en communication avec les pôles d'un appareil d'induction qui permet d'exciter l'Insecte enfermé dans le manchon de verre, à tous les temps de l'expé- rience. Un tube métallique en plomb, portant un robinet, sert à faire pénétrer dans l'appareil les gaz dont on veut étudier l'action. A cet effet, ce tube peut être relié à une pompe à main aspirante et foulante de Regnault (E, fig. v). Un manomètre D placé sur l'un des côtés de l'appareil permet de suivre les variations de la pression. On peut, grâce à la transparence du manchon de verre, suivre toutes les modifications imprimées à l'éclat de la lumière par la compression dans les différents milieux gazeux. Oxygène comprimé. Expérience V. — Deux Pyrophores (mâle et femelle) sont pla- cés dans le récipient de l'appareil à compression et soumis pen- dant une heure à l'action de l'oxygène sous une pression de cinq atmosphères ; au début, la pression a même atteint sept atmos- phères. Les Insectes en expérience n'ont rien offert de particulier à noter, si ce n'est que, vers la fin de l'expérience, les mouve- LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 17o ments étaient un peu paresseux et la lumière plus difficile à obtenir par l'excitation mécanique. Expérience VI. — L'appareil ventral d'an Pyrophore isolé et maintenu en présence de l'air, dans une atmosphère humide, a continué à briller pendant deux heures. En excitant cet organe par des chocs ou par le courant induit, on ranimait la lueur qui s'était éteinte ; mais, dans les points seulement où portait l'exci- tation. Cette plaque abdominale inerte fut placée dans l'appareil à compression et soumise à l'action de l'oxygène comprimé à cinq atmosphères pendant une heure. Aucune trace de lumière ne reparut, et, lorsque l'organe fut retiré de l'appareil, on constata qu'il était définitivement éteint, le choc et l'électricité étant sans effet. Expérience VII. — Une plaque ventrale isolée est placée, immé- diatement après sa séparation du corps de Tlusecte, dans l'oxy- gène pur humide. Elle continue à donner de la lumière pendant trois quarts d'heure sans pourtant que celle-ci soit plus brillante qu'avant l'introduction dans l'appareil. On porte alors la pression de l'oxygène k cinq atmosphères. Aucun changement ne se mani- feste pendant deux heures environ, si ce n'est qu'au bout de ce temps l'éclat est plus faible. L'expérience ayant été faite dans la soirée, on constate, le lendemain matin, que l'organe retiré de l'appareil ne donne plus de lumière par l'excitation mécanique et par l'électricité ; cependant, une goutte d'eau déposée à sa surface fait reparaître une faible lueur, qui ne tarde pas à disparaître. De ces expériences et d'autres observations analogues à celles que nous venons de rapporter on peut conclure : 1° Que dans l'oxygène comprimé la production de la lumière par les Pyrophores n'est pas modifiée d'une façon notable. 2° Que ce gaz est impuissant à ranimer la lumière éteinte dans des appareils qui réagissent encore sous l'influence des excitants mécaniques ou de l'électricité, alors même que la pression est portée jusqu'à cinq atmosphères. 3° Que l'éclat des appareils isolés et encore lumineux n'est ni supprimé, ni excité, par le séjour de ceux-ci dans l'oxygène comprimé. Bien que l'influence de la pression sur la combustion des corps en présence de l'oxygène n'ait pas encore été très étudiée, on sait cependant que la compression empêche la combinaison plutôt qu'elle ne la favorise. 176 RAPHAËL DUBOIS Ozone. — Il n'en est plus de même, si l'oxygène est à l'état d'ozone ou d'oxygène actif. Radziszewski (1) fait jouer un grand rôle à ce corps dans les réactions chimiques, au moyen desquelles il obtient la lumière qu'il identifie, sans preuves suffisantes, à la lumière animale ; car, celles-ci sont tirées principalement de considérations théo- riques générales fournies par les recherches d'Hoppe-Seyler sur l'action de l'oxygène actif sur les êtres vivants (2). On conçoit facilement qu'avant de généraliser il était au moins prudent de faire quelques expériences pour rechercher l'influence de l'ozone sur la lumière animale, ce qui jusqu'à présent n'a pas été tenté, à notre connaissance. Expérience VIII. — Deux Pyrophores (mâles) sont placés sépa- rément dans deux flacons contenant de l'air. Dans le flacon n° 1, l'Insecte est plus alerte, plus agité et aussi plus lumineux ; le Pyrophore du flacon n° 2 est plus engourdi, moins lumineux. On remplace l'air dans les deux flacons par de l'oxygène pur : le Pyrophore du flacon n° 1 continue à être plus agité et plus lumineux que celui du flacon n° 2, mais, l'activité photogénique de ce dernier n'est pas modifiée. On introduit alors dans les deux vases de l'oxygène fortement ozonisé (3). Le Pyrophore du flacon nf 1 montre tout d'abord une légère augmentation des mouvements spontanés, mais l'éclat de la lumière ne subit aucune modification notable. Au bout de quelques minutes, la lumière est moins vive et les mouvements de l'Insecte sont plus lents, plus difficiles. Il reste dans cet état pendant une demi-heure : on le retire du flacon, alors il s'agite et brille à l'air libre comme au début de l'expérience. On procède de même pour le flacon n° 2, et l'Insecte qui s'y trouve ne montre en aucune façon, ni par la diminution, ni par l'exagération de la luminosité, qu'il est influencé par la présence de l'ozone. Cependant, il est impossible de sentir le contenu du flacon sans que la muqueuse nasale soit fortement irritée. L'In- (1) Radziszewski, Loc. cit., p. 319. (2) Hoppe-Seyler, Phyaiol. Chem., I, p. 126. Id. Arch. fur gesam. Phys., XII, p. 1. (3) Une bulle de ce gaz déterminait la formation d'une forte proportion d'iodure d'amidon au sein d'une solution d'iodure de potassium dans l'eau d'amidon. LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 177 secte a pu rester deux heures dans ce flacon sans paraître incom- modé. Le lendemain, ce Pyrophore est très bien portant, aussi actif et aussi lumineux que les autres (1). Ce qu'il y a de plus frappant dans ces expériences, c'est l'indif- férence de ces Insectes pour l'ozone, dont l'énergie toxique est si considérable (2). Essence de térébenthine. — De l'action de l'ozone, on doit rap- procher celle des vapeurs d'essence de térébenthine. Celles-ci au contact de l'air développent, comme l'on sait, assez d'ozone pour que l'on ait cherché à utiliser cette propriété en thérapeutique et en hygiène. Expérience IX. — Dans un tube contenant vingt centimètres cubes d'air on laisse tomber une goutte d'essence de térében- thine. On suspend dans le flacon un papier de tournesol rouge vineux, trempé par une de ses extrémités dans une solution d'io- dure de potassium neutre. Au bout d'une heure, le papier réactif prend une teinle brun clair qui ne tarde pas à devenir bleue dans la partie imprégnée d'iodure de potassium. Un Pyrophore (femelle) est introduit dans ce milieu, il y séjourne une heure sans mani- fester aucun phénomène particulier. Ce résultat, bien qu'il soit négatif, n'en est pas moins intéres- sant. 11 permet, en effet, d'étendre aux Pyrophores les conclu- sions adoptées par Malteucci, à la suite de ses expériences sur les Lampyres : à savoir, que le phosphore ne saurait être consi- déré comme la cause de la phosphorescence chez ces Insectes, ainsi que l'avaient prétendu Scheltzler (3) et d'autres observa- teurs. On sait que des traces d'essence de térébenthine suffisent à empêcher le phosphore de briller dans l'air humide. C'est donc une nouvelle preuve de l'inexactitude de cette hypothèse à ajou- ter à celles qui sont tirées des expériences que nous avons faites avec l'oxygène sous diverses pressions. (1) Ces deux expériences ont été faites dans le laboratoiie de chimie do M. le professeur Troost. [2} Remarque. — On pourrait objecter, d'après les expériences de Milno- Edwards (a) sur les Charançons, que les Insectes peuvent se défendre contre l'ac- tion des gaz toxiques concentrés ou purs, par l'occlusion de leurs stigmates ; mais, les expériences, dont nous donnons plus loin le détail, montrent qu'il D'en est pas ainsi pour les Pyrophores. (3) Scheltzler, De la production de la lumière des Lampyres. Bibl. univ. de Genève et Arch. des se. phys., XXX, p. 223, 1885 (o) Milae-Edwards, Leçons d'anat. et de physiol., XII, p. 192, ^12 178 RAPHAËL DUBOIS L'oxygène n'ayant pas la propriété d'augmenter l'éclat de la substance lumineuse, nous avons pensé à essayer l'action de diverses autres substances oxydantes. Chlore. — Nous savons que le chlore est un oxydant énergique : il s'empare de l'hydrogène des composés organiques et met en liberté de l'oxygène à l'état naissant. Expérience X. — Un Pyrophore introduit dans un flacon con- tenant du chlore pur et de l'air (10 0/0 environ) perd en quelques secondes la faculté de se mouvoir. Peu après la perte du mouve- ment, la luminosité disparaît dans les appareils prothoraciques, d'abord à gauche, puis à droite. On ne peut la ranimer par au- cune excitation mécanique ou électrique. Abandonné à l'air libre, l'Insecte ne donne le lendemain aucun signe de vie ; mais, on con- state la présence d'une faible lueur dans l'appareil du côté droit. La lumière qui s'était éteinte complètement dans le mélange d'air et de chlore s'était un peu ranimée, d'un seul côté, à l'air libre. Acide hypoazotique. — Ce gaz appartient aux oxydants directs. Expérience XL — Au bout de deux minutes, un Pyrophore placé dans un récipient plein d'air contenant quelques bulles de vapeurs nitreuses est pris d'une vive agitation sans que, pour cela, l'éclat de la lumière, qui avait une intensité moyenne, soit accru. Les mouvements ne tardent pas à devenir plus difficiles et cessent bientôt complètement. On ne peut les faire reparaître par une forte excitation mécanique. A ce moment, la lueur est encore assez vive ; mais, elle ne tarde pas à s'éteindre à son tour. L'exposi- tion à l'air libre n'a pu la faire reparaître après la mort de l'animal. Acide osmique. — L'acide osmique offre sur les autres oxydants l'avantage de laisser dans le point où s'est opéré l'oxydation une coloration noire qui résulte de sa réduction. On a depuis long- temps déjà cherché à mettre à profit cette propriété pour l'étude de la production de la lumière chez les Insectes. Ce réactif a été employé pour la première fois, en 1865, par Max Schultze. Ce savant ayant plongé des Lampyres {Lampyris splendidula) dans une solution d'acide osmique remarqua que les cellules parenchymateuses (Parenc/iym^eZZen) des organes lumineux et les autres parties du corps étaient à peine teintées par la réduc- tion de l'acide osmique alors que les cellules trachéennes {Tra- cheenzellen) étaient entièrement d'un noir foncé (1). Max Schultze (1) Max Schultze, Zur Kenntniss der Leiichtorgane von Lampyris splendidula. Arch. furmikrosk. Anat., I, p. 132. Bonn, 1865. LES ÊLATÉRIDES LUMINEUX 179 pensait alors que les trachées se terminaient dans les cellules lumineuses, opinion controuvée par les recherches ultérieures d'Owsjannikow (I) et deWielowiejsky (2). Owsjannikow a vu la lumière des Lampyres, immergés dans des solutions faibles d'acide chromique et d'acide osmique , persister pendant 72 et 76 heures et dans l'alcool pendant 48 heures ; mais, c'était une lumière faible et visible seulement dans le cabinet noir. Emmert (3) a observé l'action de l'acide osmique sur les organes lumineux des Lampyres vivants. D'après cet observateur, la lumière devient plus intense sous l'influence d'une goutte d'acide osmique ; mais, cet accroissement n'est pas comparable à l'éclair que l'on obtient par l'action de l'ammoniaque sur les cellules ganglionnaires lumineuses du Phyllirhoë, auxquelles il cherche à identifier les éléments photogènes du Lampyre. L'immersion dans un liquide tenant en dissolution de l'acide osmique ne permet pas de distinguer ce qui appartient en propre à l'action physiologique de ce réactif; aussi, avons-nous pensé qu'il était préférable de faire agir directement les vapeurs de ce corps oxydant sur les Pyrophores vivants, dans le but de savoir si l'activité lumineuse était accrue ou diminuée, sous son influence. Expérience XIL — 3 h. 45 m. : on place un Pyrophore sous une cloche renfermant quelques fragments d'acide osmique. 4 h. — L'Insecte est très agité, il est visiblement incommodé par les vapeurs de l'acide osmique; il brille d'une façon continue en marchant. 4 h. 20 m. — Il exécute sans relâche des bonds prodigieux accompagnés, comme d'habitude, d'une lumière vive. 4 h. 25 m. — L'Insecte perd la faculté de se mouvoir, il tombe sur le dos : on voit seulement quelques petits mouvements con- vulsifs des pattes, la lumière est éteinte et l'Insecte inexcitable. On le remet à l'air libre. (1) Ph. Owsjannikow, Ein Beitrag sur Kennlniss der Leuchtorgane von Lam- pyris noctiluca. Mém. de l'Acad. des se. de Saint-Pétersbourg, (1), XI, n° 17, 1868. (2) Wielowiejsky, Studien iieber Lampyriden. Zeitsch. fur wiss. Zool., XXXVII, p. 354, 1882. (3) Emmert, Aehnlichkeit aufmerksam welche zwischen den Tracheensellen im Leuchtorgan von Lampyris U7id den Langerhans'schen. Arch. fur raikrosk. Anat., VIII, p. 652. 180 RAPHAËL DUBOIS 4 h. 45 m. — La lumière n'a pas reparu, l'Insecte est rigide, on ne peut ranimer la lumière par les excitations. Expérience XIII. — Un Pyrophore anesthésié par l'étlier est placé sous la même cloche : au moment où on l'introduit, la lumière est si faible qu'elle n'est perceptible que dans le cabinet noir. Au bout d'une heure l'Insecte est rigide; à aucun moment la lumière n'a été augmentée et la mort est survenue sans qu'elle ait repris son aspect ordinaire. Un Pyrophore anesthésié dans les mêmes conditions que le précédent a retrouvé les mouvements et la lumi- nosité première vingt minutes après son exposition à l'air libre. Expérience XIV. — Un appareil ventral isolé, placé sous la même cloche, donnait encore de la lumière au bout de trois quarts d'heure. Son éclat n'a jamais augmenté, comme cela se produit lorsqu'on fait agir l'électricité; au contraire, l'intensité de la lumière a baissé progressivement au fur et à mesure que l'acide osmique pénétrait la substance de l'organe, qui a pris une teinte noire de la périphérie vers le centre, sauf du côté protégé par la cuticule anhiste. Sur ce point, la lumière a persisté plus long- temps que dans les autres. Les coupes pratiquées sur les organes lumineux des Pyro- phores, qui avaient péri dans la cloche, nous ont montré que la zone externe de l'appareil ventral, dans laquelle se produit le phé- nomène lumineux, avait été très peu modifiée. Les cellules n'avaient pas noirci, seulement leur protoplasma était devenu très granuleux. Au contraire, la zone externe avait pris une teinte très foncée, noire dans les coupes épaisses, bleu violet foncé dans les parties très minces. La couche formée par les trachées avait absolument la même teinte ainsi que le corps adi- peux, en communication avec l'organe lumineux, mais séparé de celui-ci par le réseau des trachées. La paroi interne des trachées n'était pas noire; la paroi externe seule, en contact avec le corps adipeux, avait réduit l'acide osmique (V. histochimie, 2« partie, chap. V). La situation des parties, au niveau desquelles la réduction a été la plus intense, ne nous permet pas d'adopter l'opinion de M. Emery (1) qui a fait des expériences analogues aux précé- (1) Emery. Recherches sur la Luciole italique. Archiv. ital. de Biol., V, p. 175- ns. Paris, 1884. Id., Sludi interno alla Luciola italica. Bul. Soc. entom. ital., Y, p. 327-329. Id., Untersuchunge II liber Luciola italica. Zeitschrift fUr Zool., (2), XL, p.328- 335. LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 181 dentés sur la Luciola italica. Ce savant pense que les points noir- cis marquent le siège principal de la combustion (?) photogène. Dans l'expérience XII, l'accroissement de l'activité lumineuse nous a paru être simplement en rapport avec l'état d'excitation générale de l'animal et les expériences XIII et XIV s'accordent difficilement avec l'idée que l'on accepte généralement, à savoir que la lumière est produite par une oxydation : celle-ci étant favorisée par l'acide osmique, l'intensité lumineuse devrait être augmentée, au moins transitoirement. On pourrait donc combattre l'opinion que la lumière est produite par une oxydation en se servant de l'argument employé par M. Plluger pour défendre cette théorie. Le savant physiologiste allemand attache, en effet, une grande importance à l'expérience de Schultze (I) et ajoute dans les conclusions de l'un des deux remarquables mémoires qu'il a publiés sur ce sujet (2) : « il n'est à notre connaissance actuelle aucune substance qui noircisse autant par l'acide osmique que les cellules lumineuses du Lampyre ; nulle part, les atomes d'oxy- gène ne se combinent aussi intimement que dans la substance lumineuse. » g .3. — Gaz ineries. Les principaux arguments invoqués en faveur d'une combus- tion photogène sont tirés des expériences de Macaire (3) et de Matteucci (4) sur les Lampyres. Ces deux savants ont constaté que la luminosité des Insectes entiers ou des segments lumineux isolés disparaissait après un séjour relativement court dans l'hydrogène et, qu'après son extinction, elle pouvait renaître dans l'oxygène pur. Les résultats obtenus avec les Pyrophores ne diffèrent pas sensiblement des précédents; mais, on verra qu'il est possible de leur donner une autre interprétation. Hydrogène. — Expérience I. — On place un Cucujo (femelle ro- buste) dans un flacon rempli d'hydrogène pur; l'Insecte marche, s'agite pendant trois quarts d'heure en répandant une lueur assez vive. (1) Pfluger, Loc. cit.. X, p. 278 et 279. (2) Id., Loc. cit., XI, p. 262. (3) Macaire, Loc. cit. Ann. de chimie et de physique, XVII, p. 660, 1821. (4) Matteucci, Loc. cit., p. 155, 1847. 182 RAPHAËL DUBOIS Au bout de ce temps, la marche devient plus pénible, puis les mouvements spontanés disparaissent. La lumière spontanée est faible et on a beaucoup de peine à provoquer par des excitations mécaniques quelques mouvemenis incoordonnés des pattes et des antennes ; au contraire, chaque choc contre les parois du flacon provoque une recrudescence de l'éclat des appareils prothora- ciques. A l'air libre, l'Insecte retrouve en quelques secondes la possi- bilité d'exécuter des mouvements volontaires et d'émettre spon- tanément de la lumière. Expérience II. — Des plaques ventrales et des fragments pro- thoraciques portant les appareils lumineux sont placés dans des tubes remplis d'hydrogène pur, dans des conditions d'humidité convenables pour empêcher la dessication. Les organes lumineux ont continué à briller pendant quarante minutes environ (température == 19°); mais, leur éclat a diminué progressivement, jusqu'à complète extinction. Un certain nombre de ces fragments ayant été retirés et placés dans un tube contenant de l'oxygène, la luminosité a reparu et s'est maintenue pendant trois heures environ pour disparaître ensuite définitivement. Au contraire, les fragments, qui avaient été abandonnés pen- dant trois heures dans l'hydrogène, n'ont pu retrouver, après extinction, leur luminosité dans l'oxygène. Dans l'expérience I, l'agitation et les troubles de la motilité nous montrent que l'état général de l'Insecte est déjà profondément modifié, alors que la luminosité persiste encore; enfin, le réflexe lumineux est conservé bien que ceux des membres soient presque complètement abolis. S'il existait une combustion plus active au sein des appareils lumineux, il est très probable que la petite provision d'air conte- nue dans les trachées ne leur permettrait pas de conserver leur éclat pendant quarante minutes et que la lumière s'éteindrait bien avant que les autres tissus soient influencés par l'asphyxie. A propos de l'expérience II, nous insistons sur ce point que les organes lumineux qui avaient séjourné longtemps dans le gaz hydrogène, après s'être éteints de la môme manière que les autres, n'ont pu retrouver leur éclat dans l'oxygène. Dans le cas d'une substance photogène par oxydation, et accumulée dans les organes, on ne s'expliquerait que très difficilement une semblable particularité. LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 183 Nous le répétons, bien que les résultats que nous avons ob- tenus confirment l'exactitude des observations de Macaire et de Matteucci, nous ne nous croyons pas autorisé à en tirer les mêmes conclusions que ces expérimentateurs pour des raisons que nous aurons l'occasion de développer à propos de l'influence de la respiration sur la fonction photogénique (V. chap. IV, § G). Azote. — Les Pyrophores se comportent dans l'azote exacte- ment comme dans l'hydrogène : il en est de même des plaques isolées. Expérience III. — Plusieurs organes isolés furent placés dans trois tubes : le premier contenait de l'azote, le second de l'hydro- gène et le troisième de l'oxygène. Douze heures après on voyait encore luire faiblement les or- ganes placés dans l'oxygène. Dans les tubes contenant l'azote et l'hydrogène on ne consta- tait plus trace de lumière trente minutes après l'introduction des organes lumineux. Dix minutes après cette constatation, on put faire reparaître la lumière dans ces deux tubes en introduisant quelques bulles d'oxygène. On voyait encore, douze heures plus tard, quelques faibles lueurs dans les deux tubes. S 4. — Gaz réducteurs. Les expériences précédentes ne permettent pas de tirer des conclusions favorables à la théorie de la combustion photogène à l'exclusion de toute autre. Une contre-épreuve était indiquée et l'idée d'étudier l'action des agents réducteurs, après celle des corps oxydants ou indiffé- rents, se présente tout naturellement à l'esprit. On peut en effet supposer que la combustion ne peut être photogène qu'à la condition de n'être ni trop lente, ni trop rapide ; mais, il est bien évident que les agents gazeux réducteurs sus- ceptibles de s'emparer rapidement de l'oxygène contenu dans les trachées et dans les tissus devront éteindre tout d'abord la lumière, à moins que l'on ne suppose que l'affinité des organes lumineux pour l'oxygène soit plus forte que celle des gaz réduc- teurs les plus énergiques. Acide sulfureux. — Expérience I. — On fait arriver de l'acide sulfureux gazeux dans un fiacon contenant un Pyrophore très 184 RAPHAËL DUBOIS lumineux : au bout d'une minute, on constate une vive agitation, puis, les mouvements continuant, on voit l'appareil prothora- cique gauche s'obscurcir rapidement et s'éteindre complètement, celui du côté droit restant lumineux. L'appareil éteint ne se rallume pas par l'excitation mécanique. L'appareil droit ne tarde pas à s'affaiblir deux minutes après le gauche : on constate alors quelques mouvements convulsifs des pattes. Dans le cabinet noir, douze minutes plus tard, on remarque la persistance, dans les deux appareils, de faibles lueurs non visi- bles à la lumière du jour : il existe quelques mouvements lents et irréguliers des pattes postérieures seulement ; mais, bientôt il n'y a plus traces de mouvements même après une excitation mé- canique violente. La lueur ne s'est éteinte complètement que trente-cinq minutes après l'apparition des premiers phénomènes d'intoxication. Malgré la faiblesse de la lueur à la fin de l'expérience, il n'en est pas moins vrai que cette manifestation vitale n'a disparu que très tardivement et nous verrons, en étudiant l'action des agents anesthésiques, que ceux-ci, qui ne sont pas des agents réducteurs, produisent des effets analogues. Acide suif hydrique. — Expérience IL — Nous avons, plusieurs fois, introduit quelques bulles d'acide sulfhjdrique dans des ré- cipients contenant des Pyrophores et nous avons toujours constaté que la lumière disparaissait en même temps que les autres ma- nifestations vitales. L'hydrogène sulfuré est un violent poison pour les Insectes, même lorsqu'il est très dilué; dans certains cas, il serait même plus toxique à l'état de dilution, ainsi que cela a été établi par Milne-Edwards pour les Charançons; mais, pour les Pyrophores, son action est foudroyante lorsqu'il est pur. Aldéhyde éthylique. — Expérience IIL — Chez deux Pyrophores soumis à l'action des vapeurs d'aldéhyde, en vase clos, la lumi- nosité des plaques thoraciques a été détruite au bout de dix minutes; puis, ce sont les mouvements qui ont cessé de se pro- duire. Les Insectes ayant été abandonnés à l'air libre, les mou- vements spontanés ont reparu avant la lumière, qui n'a pu être ranimée par une forte excitation que trente minutes après la réap- parition des mouvements spontanés. Paraldéhyde. — Expérience IV. — Un Pyrophore soumis en vase clos à l'action des vapeurs de paraldéhyde a perdu la pro- priété photogénique au bout de dix minutes. Elle n'a pu être ra- LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 185 nimée par l'excitation mécanique, alors que les mouvements de marche étaient à peine influencés. Les indications fournies par l'action de l'acide sulfureux, de l'aldéhyde et de la paraldéhyde sont favorables à l'hypothèse d'une combustion photogène. Toutefois, ceux qui attribuent la luminosité à l'activité propre du protoplasma peuvent objecter que les agents réducteurs agissent en tuant lacellule par asphyxie. La cellule lumineuse serait atteinte avant les autres, en raison de son activité physiologique plus grande. On pourrait faire va- loir, en outre,que la propriété lumineuse disparaît plus vite encore que dans les gaz réducteurs, si l'on broyé les organes lumineux dans un mortier, de façon à détruire complètement la structure de leur tissu, alors même que l'on opère en présence de l'oxy- gène. Nitrite d'ample. — Le nitrite d'amyle est considéré par les expé- rimentateurs, qui ont étudié son action physiologique, comme un agent réducteur, à cause de sa tendance à former des nitrates, au dépens de l'oxygène du sang, chez les animaux supérieurs. En est-il de même chez les Insectes? C'est ce que nous ne pou- vons affirmer; mais, il est certain qu'il détermine des effets comparables à ceux que nous venons de décrire. Expérience V. — 2 h., un Pyrophore est placé sous une cloche renfermant des fragments de papier imbibé de nitrite d'amyle : il est pris d'agitation au bout d'une demi-minute. Une minute et demie après le début de l'expérience, il perd la faculté de se mouvoir, et la lumière des appareils thoraciques n'est puisqu'une faible lueur; par le choc, on détermine une augmentation de l'éclat lumineux. 2 h. 3 m. — L'Insecte se remet spontanément en marche, cherche à fuir et tombe sur le dos ; puis, il fait des efforts pour se relever et, à ce moment, l'éclat des appareils prolhoraciques et ventraux devient très vif. 2 h. 15 m. — Les mouvements des pattes sont très rapides et la lumière est assez vive. 2 h. 20 m. — L'Insecte marche ; mais, les plaques prothora- ciques sont éteintes. On peut les ranimer par l'excitation ; la plaque ventrale éclaire spontanément. 2 h, 50 m. — Titubation, marche difficile, le côté gauche est manifestement plus faible ; on ne provoque que très difficilement une faible lueur par une excitation mécanique. La plaque ven- trale est toujours lumineuse,' mais son éclat diminue. 186 RAPHAËL DUBOIS 3 h. — Les plaques ventrales et prothoraciques sont éteintes : on observe encore des mouvements très lents da côté des pattes et des antennes. Par l'excitation mécanique, on provoque une exagération des mouvements, mais pas de lumière. A l'air libre, les mouvements de marche ne tardent pas à repa- raître, un peu avant la lumière. Hydrogène phosphore gazeux. — C'est à la combustion de l'hy- drogène phosphore que M. Jousset (de Bellesme) attribue, sans preuves suffisantes, la cause de la lumière du Lampyre (1). Pour cette raison et pour d'autres encore, il était intéressant de voir ce que deviendrait la fonction photogénique des Pyrophores en présence de ce gaz. Expérience VI. — Un Pyrophore est introduit dans un flacon plein d'air où l'on a fait pénétrer quelques bulles d'hydrogène phosphore gazeux : L'Insecte perd rapidement les mouvements spontanés ou provoqués ; puis, la faculté photogénique. Soumis à plusieurs alternatives de dépression barométrique et de rétablissement de la pression, ce qui permet de faire une sorte de respiration artificielle, il retrouve les mouvements, longtemps avant la faculté photogénique. Un tel résultat ne nous paraît pas conciliable avec l'hypothèse d'une combustion d'hydrogène phosphore dans les trachées de l'appareil lumineux, alors même qu'il s'agirait d'une combinaison différente du phosphore avec l'hydrogène. § 4. — Agents anesthésiques. Acide carbonique. — Nous avons placé ce gaz au nombre des agents anesthésiques, en raison des effets qu'il détermine quand on le fait respirer aux Insectes, sous pression et en présence d'une quantité suffisante d'oxygène pour éviter l'asphyxie. Expérience I. — Plongés dans l'acide carbonique pur, deux Pyrophores ont perdu rapidement et simultanément les mouve- ments et la lumière. Ces Insectes ayant été aussitôt retirés, on ne tarda pas à voir reparaître, d'abord la lumière, puis les mouve- ments. Dans ce cas, le résultat est complexe et l'on peut attribuer (1) Jousset (de Bellesme), Recherches expérimentales sur la phosphorescence du lampyre. Journ. de l'anat. et de la physiol., XVI, 318, 1880. LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 187 l'effet produit en grande partie à la privation d'oxygène. Il n'en est plus de même dans l'expérience suivante : Expérience II. — Un Pyrophore très lumineux et très actif est introduit dans le récipient de la machine à compression plein d'oxygène à la pression normale : il se comporte à ce moment comme ceux dont nous avons parlé antérieurement. On comprime alors de l'acide carbonique pur dans l'appareil, de façon à obtenir un mélange de quatre parties de ce gaz et de une partie d'oxygène, sous une pression de cinq atmosphères. Au bout de quatre à cinq secondes, après avoir jeté une lueur fugitive plus vive, les appareils s'éteignent brusquement et nulle excitation mécanique ne peut les ranimer. Les mouvements spontanés ou provoqués ont disparu deux minutes après la lumière. La pression du mélange est alors ramenée à 0'"76 ; mais, au bout d'un quart d'heure, l'Insecte est dans le même état. Remis à l'air libre, il recouvre en une demi-minute d'abord les mouve- ments, puis la lumière de la plaque ventrale et, presqu'aussitôt après, celle des appareils prothoraciques. Il est bien évident que l'on ne doit attribuer, ni à l'asphyxie, ni à la pression agissant mécaniquement les effets observés qui sont dus exclusivement à l'acide carbonique qui agit, dans ces condi- tions, à la manière des vapeurs anesthésiques. Lorsque la tension de l'acide carbonique est moins forte dans le mélange, la faculté photogénique n'est pas modifiée, même après un séjour de longue durée dans ce milieu. Expérience III. — Deux Pyrophores ont vécu pendant 24 heures dans un mélange à parties égales d'acide carbonique et d'oxygène, à la pression normale, sans manifester autre chose qu'un certain ralentissement des mouvements. Expérience IV. — Deux Pyrophores abandonnés pendant 24 heures dans un mélange de trois volumes d'oxygène et d'un volume d'acide carbonique n'ont paru en aucune façon incom- modés. Expérience V. — Une plaque abdominale isolée et brillante est restée lumineuse pendant une demi-heure dans l'acide carbonique pur. En élevant la pression de ce gaz jusqu'à cinq atmosphères, elle a perdu rapidement sa lumière. Placée dans l'oxygène, elle n'a pu retrouver son éclat, même après que la tension de ce gaz eût atteint cinq atmosphères. Ainsi donc, qu'il s'agisse d'un Insecte entier ou d'un organe 188 RAPHAËL DUBOIS isolé, il faut que la tension de l'acide carbonique soit assez forte pour qu'il agisse autrement que comme un gaz inerte. Protoxyde cVazote, — On sait, depuis les belles recherclies de notre savant maître, M. le Professeur Paul Bert (l), que, sous la pression de un quart d'atmosphère, dans un mélange de trois quarts de protoxyde d'azote et de un quart d'oxygène, la tension du gaz anesthésique reste suffisante, l'asphyxie étant évitée, pour produire une anesthésie complète et prolongée. Ces expériences ayant été faites seulement chez les animaux vertébrés à sang chaud, il y avait lieu d'étudier l'action de cet agent anesthésique sur des Invertébrés et en particuher chez nos Insectes lumineux. Mais, nous devons rechercher d'abord ce que deviennent les Pyrophores, lorsqu'on les plonge dans le protoxyde d'azote pur. Cette expérience est nécessitée par l'assertion, assez singulière, de Macaire, qui a prétendu que les Lampyres se comportaient dans le protoxyde d'azote comme dans l'oxygène (2). Expérience VI. — Un Pyrophore (femelle) est placé dans un flacon rempli de protoxyde d'azote pur. Au bout d'une minute, on voit cesser les mouvements spontanés. Mais, pendant une heure, durée du séjour de l'Insecte dans le flacon, il a toujours été possible de provoquer quelques mouvements incoordonnés par l'excitation mécanique et, à chaque excitation, le choc était suivi de l'émission de la lumière, avec son intensité ordinaire et sans modification de la teinte normale ; dans l'intervalle des excita- tions, les organes lumineux émettaient une faible lueur verdâtre. L'Insecte remis à l'air libre reprit aussitôt ses mouvements volontaires et le pouvoir d'émettre spontanément de la lumière. Il n'est pas exact de dire que les Pyrophores se comportent dans le protoxyde d'azote comme dans l'oxygène; mais, ce qui est bien certain, c'est que le protoxyde d'azote pur n'agit pas sur eux à la manière des gaz inertes (azote, hydrogène). Il semble que les phénomènes respiratoires soient susceptibles de se continuer dans le protoxyde d'azote, au moins d'une manière incomplète. L'expérience VI ayant été répétée plusieurs fois, le résultat fut toujours le même. Expérience VIL — Un Pyrophore a séjourné dans un flacon contenant un mélange de quatre volumes de protoxyde d'azote et (1) Paul Bert, Sur l'emploi du protoxyde d'azote comme anesthésique à action prolongée. Société de Biologie, 1878. (2) Macaire, Loc. cit., p. 261. LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 189 de un volume d'oxygène, à la pression normale, pendant trois heures. Il s'est comporté pendant ce temps comme dans l'air. Expérience VIII. — 5 h. 10 m., on introduit un Pyrophore dans l'appareil à compression préalablement rempli d'oxygène pur ; puis, on refoule dans le récipient du protoxyde d'azote jusqu'à ce que le manomètre indique une pression de cinq atmosphères. 5 h. 15 m. — Par l'excitation mécanique, on n'obtient pas de lumière. 5 h. 20 m. — Mouvements spontanés, émission de lumière peu intense par les organes thoraciques, appareil ventral très brillant. La lumière est persistante et l'Insecte écarte ses élytres à plu- sieurs reprises. 5 h. 22 m. — Mouvements spontanés : lumière émise par les plaques prothoraciques. 5 h. 45 m. — Mouvements continus, mais un peu paresseux ; émission continue de lumière faible. 6 h. 10 m. — Mouvements des pattes et des ailes ; lumière dif- ficilement provoquée par le choc, mais émission soutenue de lumière faible qui s'exagère par instants spontanément. On rétablit alors la pression normale ; les mouvements de- viennent plus actifs et la lumière est permanente : on exagère facilement son intensité par l'excitation mécanique. Cette expérience nous montre que le mélange de protoxyde d'azote et d'air n'est pas anesthésique pour les Insectes, même à la pression de cinq atmosphères et que son action ne peut être comparée à celle des anesthésiques généraux que nous allons étudier maintenant (1). Ether sulfurique. — Expérience IX. — 10 h. soir, on introduit un Pyrophore très alerte et très lumineux dans un flacon conte- nant 500<='=- d'air, dans lequel on a volatilisé 2<:-c5 d'éther. (1) Remarque. — C'est là une nouvelle preuve à l'appui de l'opinion que nous avons soutenue [a], à savoir que le protoxyde d'azote est un poison spécial et non un poison général, puisque, sous des pressions de cinq et même de sept atmosphères, il ne provoque pas le phénomène de deshydratation du protoplasma et n'anes- thèsie pas la Sensitive. Il est probable que ce gaz agit exclusivement sur un élé- ment qui ne se rencontre ni chez la plante, ni chez les Invertébrés, mais peut-être sur le globule rouge du sang et plus particulièrement sur l'hémoglobine qui n'existe pas chez les Insectes. (a) R. DuboiSj Action du protoxyde d'asote sur les Etcheveria. Soc. de Biol., 1885. Id., Contribution à l'étude de la physiologie générale des anesthésiques. Soc. de Biol., 1885. 190 RAPHAËL DUBOIS 10 h. 21 m. — Mouvements de marche difficiles, incoordonnés, puis immobilité absolue, sauf du côté des antennes qui exécutent quelques petits mouvements, 10 11. 22 m. — Extinction progressive des appareils prothora- ciques : quelques mouvements des antennes persistent, mais ils ne tardent pas à disparaître complètement, ainsi que la lumière du prothorax. La plaque ventrale s'éteint après les deux autres. 10 h. 23 m. — L'Insecte est aussitôt retiré du flacon, il est inerte ; mais, en excitant mécaniquement la membrane qui réunit le thorax à l'abdomen , on provoque une détente du ressort accompagnée du bruit ordinaire et, contrairement à ce qui se produit toujours, le choc n'est suivi d'aucune lueur du côté des plaques prothoraciques. 10 h. 21 m. — Les mouvements spontanés reparaissent, d'abord dans les antennes ; puis, dans la première patte, à droite : à ce moment se manifeste un éclairage spontané des plaques protho- raciques. 10 h. 33 m. — Les mouvements spontanés apparaissent égale- ment dans la troisième paire de pattes et aussitôt la lumière reparaît dans la plaque ventrale. 10 h. 35 m. — L'Insecte jouit alors de tous ses mouvements ; mais, ils sont lents et difficiles, surtout dans les membres posté- rieurs. Le lendemain, l'Insecte est très alerte. Chloroforme. — Expérience X. — Un Pyrophore est placé dans un flacon plein d'air saturé de vapeurs de chloroforme : au bout de vingt secondes, lamotilité est abolie et les plaques thoraciques n'émettent plus de lumière, même après une forte excitation. On retire l'Insecte du flacon ; il paraît avoir cessé de vivre. A l'air libre, au bout de cinq minutes, la lumière reparaît d'abord dans la plaque ventrale : on constate de légers mouvements des antennes, puis de la première patte droite, puis de la seconde du même côté. Les mouvements reparaissent ensuite dans les deux membres antérieurs du côté gauche. Trente-cinq minutes seulement après le début de l'expérience, les mouvements se montrent dans la troisième paire de pattes : l'Insecte ouvre alors ses ailes et met à découvert la plaque ven- trale qui est très brillante ; mais, on ne peut pas encore faire reparaître la lumière dans les appareils prothoraciques, même après une forte excitation mécanique. Ce n'est qu'au bout d'une heure qu'une légère lueur spontanée se montre d'abord à droite, puis à gauche, dans les plaques pro- LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 191 thoraciques : à ce moment, l'Insecte fait des efforts pour se remettre en marche. Il ne tarde pas à retomber dans un état de somnolence qui se prolonge pendant une heure après le réveil de la sensibilité. Il exécute enfin des mouvements incoordonnés pendant lesquels la lumière prothoracique brille assez vivement et sans intermittence. Le lendemain, l'Insecte est complètement revenu à son état normal. Expérience XI. — Un Pyrophore est placé dans un mélange titré d'air et de chloroforme dans les proportions d'un gramme du liquide anesthésique volatilisé dans dix litres d'air (mélange à 10 0/0 de M. P. Bert). Il ne cesse d'émettre de la lumière par les appareils prothoraciques qu'au bout de douze minutes. Les mou- vements persistent; mais, ils sont ralentis : la plaque ventrale brille spontanément et très vivement à diverses reprises. Même état dix-sept minutes après le début de l'expérience. L'Insecte retiré du flacon marche très difiicilement, mais la lumière reparaît presqu'aussitôt, d'abord à gauche, puis a droite. L'intensité lumineuse augmente avec la facilité des mouvements. Au moment où elle reprend son éclat ordinaire, les mouvements sont absolument normaux. Ce qui ressort nettement de ces expériences c'est que la lumi- nosité et la motilité paraissent liées d'une manière très intime ; cette corrélation s'explique facilement par le rôle que jouent les muscles dans l'accomplissement du phénomène lumineux (V. chap. IV S 4). Chez les Insectes anesthésiés par les procédés que nous venons de décrire, on provoque facilement l'extinction comme nous l'avons indiqué : elle paraît complète à la lumière du jour ; mais, en réa- lité, si l'on observe les organes lumineux d'un Pyrophore profon- dément anesthésié, dans le cabinet noir, on constate qu'une très légère lueur persiste : elle peut même être perçue plusieurs heures après la mort de l'animal. Il en est de même lorsqu'on expose des organes lumineux isolés à l'action des vapeurs de chloroforme ; mais, ils ne retrouvent pas leur luminosité pre- mière, quand on les remet à l'air libre. Nous avons, à diverses reprises, pu faire reparaître la lumière dans les appareils lumineux, avec son éclat ordinaire, en exer- çant au moyen du doigt une pression sur l'abdomen de Pyro- phores éteints par les anesthésiques. Nous n'insistons pas sur ce fait dont on trouvera plus loin l'explication (V. chap. IV, g 3). 192 RAPHAËL DUBOIS Sulfure de carbone. — Les vapeurs de ce liquide qui agissent, sur les Vertébrés supérieurs à la manière des anesthésiques géné- raux, ont donné un résultat différent que nous mentionnons sans chercher à l'interpréter. Expérience XII. — Un Pyrophore introduit dans une cloche renfermant de l'air saturé de vapeurs de sulfure de carbone a perdu la propriété d'émettre de la lumière, même après une vio- lente excitation mécanique, alors que les mouvements de marche s'exécutaient avec une très grande facilité et une régularité par- faite. Benzine. — Nous ferons, à propos de l'action des vapeurs de ce carbure d'hydrogène, la même remarque que pour le sulfure de carbone. Expérience XIII. — Un Pyrophore placé dans l'air saturé de vapeurs de benzine titube au bout de trois minutes, étend ses ailes; puis, tombe sur le dos en exécutant des mouvements incoordonnés. Les appareils thoraciques sont éteints et ne ré- pondent pas à l'excitation. Treize minutes après le début de l'ex- périence, on voit se produire des poussées de lumière assez vives suivies d'extinctions pendant lesquelles une excitation méca- nique assez forte ne peut faire reparaître la lumière : au moment auquel se montrent ces poussées lumineuses, les pattes exécu- tent des mouvements incoordonnés probablement convulsifs. Deux heures après avoir été retiré de la cloche, l'Insecte mar- chait régulièrement; mais, il était impossible d'obtenir de la lumière des plaques thoraciques, tandis que l'appareil abdominal était lumineux. Le lendemain, les trois appareils étaient lumineux et exci- tables. § 6. — Action des poisons non gazeux. Matteucci paraît être le premier expérimentateur qui se soit servi des poisons non gazeux pour chercher à élucider le méca- nisme physiologique de la fonction photogénique chez les Lam- pyres (i). Les procédés employés par ce savant étaient défectueux à plus d'un point de vue. Matteucci faisait des solutions d'extrait de noix vomique et (1) Op. cit., p. 168. y^h^^o^jf^p l_l B R AR V, LES KLATÉRIDES LUMINRUX 193 d'extrait d'opium et immergeait des Lampyres dans ces solutions. En opérant de cette façon, il vit que les Insectes mouraient sept à huit fois plus vite dans la solution d'extrait de noi* vo- mique que dans l'eau pure. Au contraire, dans la solution d'ex- trait d'opium, la phosphorescence continuait pendant huit à dix minutes de plus que dans l'eau. Il ajoute que les Vers luisants, qui ont cessé de briller dans l'eau, retrouvent leur pouvoir photo- génique lorsqu'on les remet à l'air libre, tandis que ceux qui se sont éteints dans les solutions de noix vomique et d'opium ces- sent pour toujours de briller et meurent : « Par là » dit-il « est prouvée l'action de certaines substances sur la phosphorescence qui, selon toute probabilité, ne peuvent agir on altérant la ma- tière phosphorescente ». Mais, outre que les Lampyres se prêtent diflicilement à l'obser- vation des manifestations toxiques, le procédé de l'immersion est absolument défectueux parce qu'il ne permet pas de séparer ce qui appartient à l'asphyxie de ce qui est déterminé par le poison. Plus tard, Owsjannikow (1) s'est servi comme réactifs physio- logiques de l'azotate de strychnine, de la fève de Calabar, du curare. Les organes lumineux des larves de Lampyres séparés du corps de l'Insecte furent posés chacun sur une lamelle de verre, et mouillés avec une solution de curare, d'azotate de strychnine et avec une décoction de fève de Calabar. Les lames furent dépo- tées sur une glace de verre poli recouverte avec une cloche, pour e.npêcher la dessication des objets. Ces préparations placées dans l'obscurité continuèrent à luire pendant plus d'une heure et demie, comme si elles avaient été mouillées avec de l'eau ou avec un liquide neutre (2). Owsjannikow s'appuie sur ces expériences pour combattre l'opinion de Kolliker qui place le phénomène lumineux directe- ment sous l'influence du système nerveux. Dans nos expériences sur les Pyrophores, nous nous sommes servi d'un procédé au moyen duquel nous avons fait autrefois de nombreuses recherches sur l'action des poisons sur les Inverté- brés et en particulier sur les Articulés. Ce procédé consiste à (1) Loc. cit., 1867. (2) Remarque. — La petite quantité de solution de curare dans laquelle on avait fait séjourner l'organe lumineux" fut suffisante pour tuer une Grenouille. La solu- tion d'azotate de strychnine' en- eontèrtait 0"û3 dans 15*^ d'eau. La décoction de fève de Calabar avait été faite ave'c ini grariime de poudre de fève et 15' - d'eau. 4 3 194 RAPHAËL Dunois injecter lentemenl un nombre de gouttes déterminé d'une solu- tion toxique, dans la cavité générale, au moyen d'une seringue de P^avaz munie d'une fine canule que Ton fait pénétrer entre les anneaux abdominaux, par les parties latérales. Des injections d'eau pure faites sur un certain nombre d'Ëlaters nous avaient prouvé qu'ils pouvaient sans inconvénients sup- porter cette petite opération et continuer à vivre après comme avant, à la condition d'opérer avec quelques soins. Les Pyrophores se prêtent bien à ce genre d'expériences ; mais, il n'en est pas de même des Lampyrides. Chez ceux-ci, la mol- lesse des téguments fait qu'une partie du sang s'échappe par la petite plaie déterminée par la canule, en même temps qu'une cer- taine quantité du liquide toxique, ce qui constitue des condilions expérimentales défectueuses. Curare. — L'action du curare sur la fonction photogénique a été étudiée non seulement par Owsjannikow mais aussi par M. En- rico Stassana, de Naples (I). Cet expérimentateur ayant injecté quelques gouttes d'une solution de curare dans la cavité abdomi- nale d'un Lampyre, vit cet Insecte perdre la faculté de remuer les pattes et de fléchir le corps. Cependant, on pouvait en excitant l'abdomen au moyen d'une aiguille provoquer le retour de la phosphorescence des anneaux postérieurs ; une dizaine d'heures après la perte des mouvements, la phosphorescence se produisait encore. De cette unique expérience, M. Stassana croit pouvoir tirer cette conclusion, à savoir que l'organe lumineux des Lampyres n'est pas placé sous l'influence de la volonté, comme on l'a dit. Il émet l'opinion que cet organe est innervé par quelque ganglion qui, chez les Lampyres, jouerait le rôle des ganglions sympa- thiques chez les animaux supérieurs et dont les fonctions sont les dernières à être paralysées par le curare. Nous ferons remarquer d'abord que, pour provoquer une exci- tation mécanique sur l'abdomen du Lampyre, il est nécessaire d'exercer une certaine pression et que celle-ci peut suffire pour provoquer le retour de la luminosité en dehors de toute excita- tion nerveuse, comme cela a lieu chez les Pyrophores dans cer- taines conditions (V. l""" part., ch. II, S I). De même que M. Stassana, nous avons fait, en 1883, au Labo- 'D Enrico Stassana, Da curare dann la si'rir animnlr. Mém. de la Son. de Biol. 1883, p. 62. LES KLATKRIDKS UiMIM'JUX i '.);-> ratoire maritime de physiologie du Havre, un yraiid nombre d'expériences pour étudier l'action du curare chez les Invertébrés. Si nous n'avons pas publié tous nos résultats, c'est que nous ne les avons pas trouvés assez concluants (1). Ce défaut de netteté nous explique les divergences d'opinion des auteurs qui se sont occupés de cette question. Nous ne pensons pas qu'il soit actuelle- ment possible de conclure des Vertébrés aux Invertébrés. M. Vul- pian, qui a fait de nombreuses expériences sur ces derniers et en particulier sur des larves d'Insectes aquatiques, s'exprime ainsi : « 11 est certain toutefois que la plupart de ces animaux sont moins sensibles à l'action du curare que les Vertébrés, et même, pour certains d'entre eux, l'influence du curare est relativement si faible, et il faut pour obtenir des résultats employer de si fortes doses de poison, que l'on peut bien conserver des doutes (2). » Cependant, nous ne nous sommes pas cru dispensé de recher- cher quelle pouvait être l'action du curare sur la fonction photo- génique des Pyrophores. Sur six Élatères lumineux, nous avons fait avec précaution et très lentement des instillations d'une solution saturée de curare très actif : une quantité égale à celle-ci était suffisante pour paralyser une Grenouille de forte taille. Nos Pyrophores n'ont éprouvé aucun phénomène caractéristique : tout au plus, pou- vait-on constater un peu de paresse à se mettre spontanément en marche. Quand on les excitait, la lumière augmentait d'éclat dans les organes du prothorax et ils marchaient en remuant leurs antennes. J'ai pu, pendant plusieurs jours, conserver les Insectes qui avaient reçu le curare en injection intra-abdominale. Chez un Pyrophore bien lumineux, on introduisit un petit frag- ment de curare, sous le tégument, dans un point très voisin d'un des appareils lumineux prothoraciques. Ce Pyrophore est resté pendant trois jours en observation : la luminosité n'avait pas été (1) Remarque. — L'action du curare est absolument nulle chez beaucoup d'Invertébrés. Des actinies, entre autres, ont vécu pendant quinze jours dans des solutions de curare (dans l'eau de mer) et ont résisté aux injections de la même substance faj. (2) Vulpian, Leçons sur l'action phijsioloijiquc des substances loxiqu,es et me'dicu- menteuses. Paris, p. 206, 1882. faJ R. Dubois, Note sur quelques expériences faites au laboratoire de phijsiologie maritime du Havre pour déterminer l'action toxique comparée de la strychnine, du curare, du chloroforme et de l'alcnnl sur les Actinies. Compf. rend, de la Soc. de Biol., (7), IV, p. 301. 196 I^.APIIAKL DUBOIS amoindrie dans cet appareil, et cependant, en ouvrant le prollio- rax, je ne retrouvai pas le fragment de curare. En résumé, chez les Pyrophores curarisés, l'excitabilité est rendue un peu paresseuse, la lumière peut être toujours provo- quée, mais, elle est moins persistante. La luminosité des organes isolés se conserve plus longtemps dans une solution non alcoolique de curare que dans l'eau pure. Strychnine. — L'action de la strychnine sur les Insectes, en général, est beaucoup plus nette que celle du curare. Si l'on étu- die l'action physiologique de ce toxique en remontant les degrés de l'échelle animale, c'est chez les Insectes d'abord et particuliè- rement chez les Coléoptères que l'on observe bien nettement les phénomènes convulsifs que détermine la strychnine chez les Vertébrés. ExpÉmENCE. — Cinq gouttes d'une solution saturée de chlorhy- drate de strychnine lurent injectées dans la cavité abdominale d'un Pyrophorc. Quatre minutes seulement après l'injection , l'Insecte se mit à exécuter des bonds violents, presqu'incessants, dans l'intervalle desquels il marchait très rapidement. Après être resté dans cet état pendant trois minutes, il tomba sur le dos pour ne plus se relever. On observa alors du côté des pattes et des antennes de petits mouvements brusques, comparables à des convulsions cloniques, éclatant tantôt dans une patte, tantôt dans l'autre, sans régula- rité. Les mouvements d'ensemble se faisaient par des séries de petits mouvements brusques, par des contractions musculaires comme dissociées. Par l'excitation mécanique directe ou en frap- pant sur la table, on voyait se produire des secousses tétaniques très manifestes. Les secousses ne tardèrent pas à se généraliser et à prendre un caractère intermittent. En examinant la plaque ventrale, on voyait, au moment des secousses, jaillir brusque- ment un éclair, puis toute la plaque devenait subitement bril- lante pour s'éteindre rapidement et recommencer ce cycle à de courts intervalles. En observant cet organe avec une loupe, on distinguait comme une ondée de fluide lumineux pénétrant parla partie moyenne et antérieure de la plaque, s'élançant jusqu'au miheu de celle-ci pour s'étendre par deux canaux latéraux et embraser tout l'ap- pareil. Les chocs augmentaient la fréquence et l'intensité des éclairs. La lumière des plaques thoraciqucs était également intermittonle. LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 197 La brusquerie dans l'apparition de la lumière et la coïncidence d'une explosion de convulsions musculaires simultanées consti- tuent une nouvelle preuve de l'importance des muscles dans le fonctionnement des appareils lumineux (V. 2^ part., chap. IV, §4) et n'indiquent nullement une action directe du système nerveux sur la substance photogène. Cocaïne. — Expérience. — 3 h. 10 m., on introduit cinq gouttes d'une solution saturée de chlorhydrate de cocaïne dans la cavité générale d'un Pyrophore. Immédiatement paralysie incomplète des pattes rendant la marche très difficile. L'Insecte marche en arrière comme cela se produit après les lésions de la partie anté- rieure de la commissure des ganglions cérébroïdes {V. 2^ part., chap. IV, g 5). Il tombe bientôt sur le côté gauche et est pris aussitôt de convulsions rapides des antennes, des palpes, des pattes, du côté gauche, puis du côté droit. La lumière est très per- sistante et très vive. Le prothorax est fortement rejeté en arrière. 3 h. 20 m. — Convulsions très fortes dans les pattes et dans les antennes ; la lumière prothoracique est toujours très vive. La plaque ventrale présente quatre points brillants persistants qui correspondent aux points d'insertion des muscles intrinsèques de l'organe lumineux (V. p. 101.) Les dépressions de la cuticule dans ces mêmes points indiquent que ces muscles sont comme con- tractures. 3 h. 25 m. — Apparition de petits points lumineux isolés, dis- séminés irrégulièrement dans la plaque ventrale , puis, produc- tion de véritables décharges lumineuses, moins violentes, moins brusques, mais plus persistantes que celles qui sont déterminées par la strychnine. Dans l'intervalle de ces décharges, toute la plaque ventrale conserve une lueur vert sombre. 3 h. 3o m. — La plaque ventrale ne brille plus spontanément ; mais, elle est encore excitable. Les plaques prothoraciques sont très brillantes. Il y a toujours du tremblement dans tous les membres et dans tous les appendices. 4 h. 15 m. — L'Insecte est agité : il est lumineux, cherche à marcher, mais progresse en arrière. 4 h. 30 m. — Mouvements très rapides des pattes, surtout dans la deuxième paire : plaques ventrales et prothoraciques lumi- neuses. 6 h. 20 m. — L'Insecte est immobile ; mais, quand on l'excite, on détermine des mouvements qui se font par saccades : la lumière paraît en même temps que les mouvements. 198 RAPIIAËI. DUBOIS 7 11. 20 m. — Épuisement manifeste : on ne peut plus ranimer la lumière de la plaque ventrale, si ce n'est vers la périphérie de l'orj^ane, en exerçant une forte pression sur l'abdomen ; mais, à ce moment, les plaques protlioraciques s'éclairent fortement. Mouvements convulsifs très rapides des pattes. Après une heure environ d'immobilité, l'Insecte a retrouvé ses mouvements normaux et la faculté de produire spontanément de la lumière ; mais, il est très agité. Cette expérience démontre que la cocaïne n'agit pas sur la fonction photogénique à la manière des anesthésiques généraux et que son action doit être rapprochée de celle de la strychnine (1) . yitropine. —Expérience I. • — 4 h. 20 m., on injecte cinq gouttes d'une solution de sulfate d'atropine dans la cavité générale d'un Pyrophore : il est presque immédiatement paralysé et ne peut exécuter que des mouvements très limités des pattes. Extinction de la lumière à gauche, puis à droite : le foyer de gauche se ra- nime et brille, tandis que celui de droite s'éteint presque com- plètement : cette dissociation n'a pu être obtenue jusqu'à présent que par les courants continus. Enfin, les deux appareils protho- raciques n'émettent plus qu'une faible lueur plus marquée à gauche . 4 h. 30 m. — Petites secousses convulsives des pattes, armures génitales fortement saillantes au dehors. Une violente excitation mécanique fait à peine reparaître les mouvements et la lumi- nosité. 6 h. 20 m. — On peut encore, par un choc violent, ramener quelques mouvements, mais les plaques thoraciques éteintes ne répondent plus à l'excitation. 7 h. 20 m. — L'Insecte ne donne plus aucun signe de vie. En exerçant une certaine pression sur l'abdomen, on fait reparaître la lumière dans la plaque ventrale. Une heure après la mort, on peut obtenir le même résultat. Cette expérience montre que lorsqu'on fait refluer le liquide de la cavité abdominale vers l'appareil lumineux, celui-ci est encore susceptible de provoquer de la lumière, alors que toute trace de (1) Remarque. — Cetle observation est une nouvelle preuve de l'exactitude des idées que nous avons émises à propos de l'action physiologique de la cocaïne sur es végétaux et sur les animaux. (R. Dubois, Action de la cocaïne sur la ger- inination. CompL lend. de la Soc. deBiol., (8), II, n" 2, 1884, et Id., Action com- Innée du chloroforme et de la cocaïne. Compt. rend, de la Soc. de Biol., (8), II, w -i, 1.S81.) LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 199 vitalité a disparu dans les autres points du corps. Ce phénomène a d'ailleurs été déjà constaté pour d'autres agents toxiques. Expérience II. — On injecte seulement deux gouttes de solu- tion saturée de sulfate d'atropine à un Pyrophore : il y a un peu de torpeur, de paresse dans la marche ; mais, les organes protho- raciques restent lumineux. Le lendemain, l'animal est revenu à l'état normal. Donc si la dose de toxique est trop faible pour entraver pro- fondément la motilité , le pouvoir photogénique spontané est conservé. Digitaline. — La digitaline agit en même temps sur la motilité et sur la faculté de produire spontanément de la lumière. Expérience. — On injecte cinq gouttes d'une solution saturée de digitaline dans la cavité générale d'un Pyrophore. Les mouve- ments ne tardent pas à devenir plus lents et ceux-ci sont plus difficiles à exciter que la luminosité, qui cependant est faible et de courte durée. La mort survient sept heures après l'injection. Une heure après la mort, on peut encore provoquer l'apparition de la lumière par pression sur l'cibdomen. Morphine. — Expérience — On injecte cinq gouttes d'une solution saturée de chlorhydrate de morphine. Presqu'aussitôt, l'Insecte est très agité, il exécute successivement plusieurs bonds du dos sur le ventre et du ventre sur le dos. Au bout de trois quarts d'heure, la marche devient difficile, impossible même vers la quatrième heure, alors que l'appareil du saut peut encore se tendre et se détendre avec bruit. La mort survient six heures après l'injection. Pendant tout ce temps, les appareils n'ont cessé de briller, et une heure après l'injection, il s'est produit des ondées lumineuses rapides dans la plaque ventrale ; mais, elles ont disparu dès que la marche est devenue impossible. Une heure après la mort, les appareils devenaient lumineux par pression sur l'abdomen. Kàtrine. — La kaïrine, même à faible dose, détermine en huit à dix minutes la mort des Pyrophores et l'on constate que la lumi- nosité, spontanée ou par excitation, disparaît avant la motilité et la sensibilité. Ce toxique agit-il comme agent asphyxique du sang chez les Insectes, ainsi que cela a lieu chez les animaux à sang rouge ? S'il en est ainsi, bien que la luminosité soit détruite avant la motilité, on ne saurait faire de cette particularité un argument en faveur de la théorie de la combustion photogène, attendu que 200 RAPHAËL DUBOIS chez les Pyrophores tués par la kaïrine on peut toujours, même plusieurs heures après la mort, ranimer la lumière en faisant refluer le sang dans les organes lumineux par pression sur l'ab- domen. Sels métalliques. — Le sulfate de cuivre seul a été essayé. L'in- jection de quelques gouttes d'une solution faible de ce sel détruit rapidement et définitivement la luminosité avant la motilité et l'animal eu expérience meurt assez rapidement. La couleur de la lumière, tant que celle-ci persiste, ne paraît pas modifiée; mais, il serait intéressant de rechercher si on ne verrait jjas apparaître dans le spectre des raies brillantes ou des bandes d'absorption. La recherche des modifications du spectre sous l'influence des agents toxiques sera faite ultérieurement. Substances fluorescentes. — L'injection de quelques gouttes d'une solution aqueuse d'éosine, dans la cavité générale, détermine un phénomène des plus remarquables. Trois ou quatre secondes après l'injection, on voit la couleur de la lumière, qui est ver- dàtre, prendre une teinte rouge feu d'un aspect particulier et dif- férent de la nuance de la solution d'éosine employée. J'ai vu persister cette couleur de feu pendant plus d'une heure : au bout de ce temps, la luminosité et la motilité ont cessé presqu'au même moment. Nous verrons, à propos du rôle du sang dans la fonction pho- togénique (2e part., chap. IV, g 3), que ce liquide contient norma- lement une substance susceptible de modifier la nature du spectre de la lumière produite dans le tissu himineux. 11 est très remar- quable qu'une matière étrangère ayant avec celle-ci quelqu'ana- logie, par ses propriétés physiques, modifie aussi profondément la couleur de la lumière émise par les foyers lumineux. Il serait intéressant de rechercher, en particulier, si le passage des rayons chimiques est aboli ou entravé et si les rayons bleus persistent dans la lumière des organes modifiée par féosine. Action des venins. — Expérience avec le venin du Scorpion d'Afrique. — 3 h., on fait piquer un Pyrophore entre le 4" et le 5° anneau abdominal par un Scorpion très vivace. 3 h. 30 m. — Mouvements convulsifs, d'abord dans fantenne droite, puis dans la première patte gauche et enfin dans l'antenne gauche et dans la première patte droite. Les convulsions s'éten- dent ensuite aux autres pattes gauches, puis à celles du côté droit. 4 h. 1.^ m. — Les ortranes lumineux qui sont restés brillants LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX' 201 jusqu'à ce moment commencent à pâlir. On peut ranimer leur éclat par l'excitation mécanique-: la lumière persiste plus long- temps au niveau des insertions des muscles latéraux intrinsèques, dans la plaque ventrale. On n'observe pas d'explosions de lumière comme avec la strychnine et avec la cocaïne. Les convulsions des appendices sont constituées par un trem- blement fibrillaire très caractéristique dans l'antenne droite et les pattes du côté gauche. 4 h. 30 m. — La plaque ventrale est éteinte : on peut provoquer par la pression l'apparition de points lumineux dans les parties latérales. L'excitation mécanique fait naître la lumière dans les organes prothoraciques. La motilité est manifestement plus pro- fondément atteinte que la sensibilité. 9 h. 30 m. — L'Insecte, qui jusqu'à ce moment n'a pu faire que des mouvements incoordonnés rendant la marche impossible, retrouve alors la faculté locomotrice; mais, la marche est pénible, hésitante. Quand l'Insecte fait des elTorts pour se mettre en marche, les deux plaques prothoraciques émettent spontanément de la lumière. Dans les intervalles de repos, le choc la fait repa- raître : elle acquiert alors plus d'intensité à droite qu'à gauche (les pattes de ce côté sont plus profondément atteintes que celles du côté droit). Le lendemain, à dix heures du soir, l'animal exécute encore quelques mouvements de marche, mais, il se traîne péniblement ; la lueur émise par les plaques est très faible, mais elle est per- ceptible dans les trois appareils. Le jour suivant, à la même heure, l'Insecte est absolument inerte : les plaques thoraciques sont lumineuses, quoique faible- ment. L'organe ventral est presque éteint. On ne constate aucun signe de vie. La pression sur l'abdomen n'augmente pas la lumi- nosité : l'épuisement est manifestement complet. Il n'y a pas de rigidité: au contraire, les articulations sont remarquablement mobiles et les muscles ne se contractent plus sous l'influence de l'excitation faradique. D'une maôière générale, il résulte de ces expériences, en dehors des remarques particulières auxquelles elles ont donné lieu, que les poisons, quelle que soit leur nature, n'agissent pas spéciale- ment et directement sur la substance photogène. Des perturba- tions différentes portant sur la motilité ou la sensibilité accom- pagnent la perle de l'excitabilité lumineuse, précédant ou suivant de très près l'extinction de la lumière. Celle-ci, d'ailleurs, persiste 202 RAPIIAKL DUBOIS ' souvent longtemps à l'état d'une faible lueur qui indique que le phénomène essentiel de la luminosité se continue après que toute autre manifestation vitale a disparu. Bien plus, dans l'immense majorité des cas, chez les Insectes tués par les poisons, on a pu faire reparaître la lumière en faisant refluer le sang vers les organes éteints. Ces faits trouveront naturellement leur explication dans l'étude même de l'influence des diverses fonctions sur la production de la lumière, sans qu'il soit nécessaire d'entreprendre ici une dis- cussion prématurée et d'ailleurs superflue. CHAPITRE IV. Étude des diverses fonctions et de leurs rapports avec la PRODUCTION de LA LUMIÈRE. S 1. — Mœurs des Pi/ro2)hores. — Cliamiis cV éclairage. — Organes des sens. Après ce qui a été rapporté dans la première partie de ce tra- vail, il n'est pas nécessaire d'insister beaucoup sur les mœurs de ces Coléoptères. A la Guadeloupe, la période pendant laquelle on trouve des Insectes parfaits dure environ six mois, d'avril en septembre. Il ne nous est pas jossible de dire quelle est la durée de la vie de l'Insecte parfait : il est seulement probable que quelques-uns sont susceptibles de passer l'hiver; car, dans le premier envoi que nous avons reçu au mois d'avril, il y avait déjà de toutes jeunes larves nouvellement écloses. Il y en avait également dans les détritus de bois, au milieu desquels se trou- vaient les Insectes expédiés au mois d'août. Les ovaires des femelles étaient remplis d'œufs très développés. Dans ces climats où les variations de température sont peu accentuées, il est pos- sible que l'éclosion et le développement se fassent indistincte- ment à toutes les époques de l'année. Nous n'avons jamais assisté à l'accouplement des mâles avec les femelles et l'on ne sait rien de l'influence de cet acte physio- logique sur la production de la lumière. A la Jamaïque, d'après Gosse, elles sont communes dans les LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 203 terres basses et les hauteurs modérées de février jusqu'au milieu de l'été. Au Mexique, la plus petite des deux espèces étudiées par M. Ileinemaun dure depuis la fin de mars jusqu'à la fin de mai; eelle de la jurande espèce, de la fin d'avril à la fin de juin; mais, cette période peut être raccourcie par l'arrivée précoce des grandes pluies. D'après cet auteur, on peut les garder quatre semaines en cap- tivité, en les nourrissant avec de la Canne à sucre et de belles fleurs de Plumeria : on les baigne aussi, une fois par jour, dans de l'eau fraîche. Leur séjour est le buisson ou la forêt; mais, souvent ils s'envolent loin de là. Le territoire qu'ils occupent est la Pierra calliente la plus chaude et les golfes chauds du Mexique. Suivant M. le marquis de Dos Hermanas, qui a apporté à Paris une grande quantité de ces Insectes en 1873, les Cucujos parais- sent généralement, dans l'île de Cuba, vers la fin d'avril, à la suite des premières pluies et ils abondent principalement dans les lieux boisés et les champs de Canne à sucre. Ils en sortent au crépuscule et cessent de voler très promptement : leur prome- nade nocturne ne dure que deux à trois heures. Ils se cachent dans les creux des arbres, dans les troncs pourris, sous les larges tapis des herbes des prés et dans les parties fraîches des planta- tions de Canne. Ils cessent ordinairement de paraître vers la fin de juillet, ou le commencement d'août, mais, ils se conservent bien dans des paniers à jour ou dans des cages jusqu'en sep- tembre et octobre, pourvu qu'on les soigne avec inteUigence et assiduité. La ponte s'effectue dans les troncs d'arbre vermoulus où les larves se développent et creusent des galeries. Le bruit qu'ils produisent avec l'appareil à ressort du saut, qui a valu à nos Taupins le nom de Maréchaux et surtout la clarté qu'ils donnent sous bois leur a fait donner à la Guadeloupe celui de Clindindin, Clin-clin-hois, sous lequel les Nègres les désignent. Lorsqu'un certain nombre de ces Insectes sont groupés dans le bois, le tapage qu'ils font, avant de prendre leur vol, est assez considérable pour être enlendu à une notable distance. C'est dans des caisses en bois, contenant de ces tronçons ver- moulus et creusés de galeries, que les Insectes expédiés par les soins de M. Guède nous sont parvenus. Ces caisses ne recevaient le jour que par une ouverture étroite fermée par une toile métal- lique. 204 RAPHAËL DUBOIS Cette disposition offre le double avantage d'empêcher la lumière depénétrer eu trop grande a bondance et de s'opposer au dessè- chement trop rapide des vermoulures de bois, qui doivent être tenues constamment humides. Dans l'intérieur des boîtes, on avait placé des tiges de Canne à sucre fendues en deux moitiés suivant leur longueur. Chaque moitié du cylindre était creusée d'une gouttière longitudinale. En appliquant, l'une contre l'autre, les deux surfaces de section, on avait au centre de la tige un canal dans lequel les Pyrophores trouvaient réunies toutes les conditions favorables à leur conser- vation. On évite ainsi un dessèchement trop rapide de la Canne à sucre et l'on peut chaque jour mettre à nu les couches plus pro- fondes, d'où s'écoule une nouvelle quantité de suc : le même fragment peut ainsi servir pendant plusieurs jours. Grâce à ces ingénieuses dispositions, nous avons pu conserver pendant six semaines des Pyrophores à Paris ; mais, en moyenne, ils ne durent que trois à quatre semaines. Nous savons déjà que ces Insectes sont crépusculaires, c'est-à- dire qu'ils se mettent en mouvement et brillent seulement à l'ap- proche de la nuit et pendant une partie de celle-ci. Mais, d'après Perris (l), plusieurs espèces d'Élaters européens non lumineux sont également nocturnes ou tout au moins cré- pusculaires : « Durant le jour », dit cet auteur, « on les trouve endormis dans les troncs ou sous les écorces : enfermés vivants dans des boîtes, ils demeurent immobiles pendant le jour et s'agi- tent, dès l'entrée de la nuit. » Cette périodicité, cette exacerbation vespérale est extrêmement remarquable chez les Pyrophores, et présente un intérêt tout particulier. Ces Insectes enfermés pendant plusieurs jours dans un cabinet noir, dont la température était sensiblement con- stante, entraient chaque soir à la même heure en activité et aus- sitôt se mettaient à éclairer vivement. Cette suractivité vespérale s'observait même sur des Pyro- phores ayant pendant toute la journée servi à des expériences qui devaient avoir produit un certain degré d'épuisement. Ceux qui étaient maintenus dans le cabinet noir commençaient à briller dès que le jour baissait au dehors. Quel sens particulier pouvait les renseigner sur les variations horaires extérieures? (1) Perris, Lor. cil. LES ÉLATÉHIDES LUMINEUX 20^ Ce fait nous paraît aussi difficile à expliquer que les exacer- bations vespérales de la fièvre, dans certaines maladies. On est alors en droit de se demander si le Pyrophore produit de la lumière parce qu'il en a besoin pour se guider ou bien si l'apparition de la lumière n'est que le résultat de la suractivité vespérale. La vérité est que ces deux phénomènes, lumière et activité gé- nérale, sont intimement unis : ils sont à ce point corrélatifs qu'il est difficile de dire lequel des deux commande à l'autre. Mais avant de rechercher par la voie expérimentale si le Pyro- phore se sert des organes lumineux, comme nous nous servons d'une lumière artificielle, il importe de déterminer la direction des rayons qui émanent de ces organes lumineux et de fixer les limites des parties circonvoisines de l'Insecte qu'ils peuvent éclairer. Nous avons étudié, avec M. Aubert, les limites de l'espace éclairé par l'Insecte dans différentes directions (champ d'éclai- rage), au moyen de la méthode suivante : L'Insecte étant maintenu immobile, nous avons jilacé à une certaine distance un écran sur lequel nous avons marqué les contours de la surface é>'lairée. Celte limite ne peut être tracée d'une manière absolue, I)uisque la lumière va en s'alTaiblissant graduelle- ment ; si on place une pointe au milieu de l'é- cran et qu'on l'éloigné du centre de la région éclai- rée vers les bords, à une certaine distance l'ombre de la pointe n'est plus vi- sible. On marque la posi- tion de la j)ointe à cet ins- tant. Ou répète la même expéri<'nce dans différen- tes directions et on ob- tient ainsi une série de points que nous suppo- sons placés à la limite du champ d'éclairage. Eu joignaïii ces points par imc ligne coalinue, on a la forme et les dimensions de la surface éclairée. Vig. VI. — Clianip (•crai) à.0"'.')(). iJ'ci:lair-ai,^' aiiréi'ie:ir 206 RAPHAËI, DUBOIS Nous avons déterminé celle surface pour quatre positions de l'écran. 1° Sur un écran vertical placé en avant à 0'"50 de l'Insecte. •2° latéralement, à la même distance ; ij" horizontalement placé au-dessus de l'Insecte, à la même distance ; V Sur un plan horizontal supportant l'animal, à la même dis- lance. Dans les quatre cas, l'Insecte était placé horizontalement. La forme et les dimensions du champ d'éclairai^e. dans ces divers Fig. vil. — Champ d'éclairage latéral {a, h, d, partie antérieure). cas, sont indiqués par les ligures suivantes exécutées toutes à la même échelle (1/40 ou 1/4 de millimètre pour un centimètre). L'examen de ces courbes suffit pour se rendre compte de l'étendue et de la forme du champ d'éclairage dans les diffé- rentes directions où nous l'avons étudié. Les figures vi, vu et viii s'accordent sensiblement entre elles. Dans les expériences correspondantes, l'écran était à la même distance de l'Insecte. Ces courbes doivent avoir un certain nom- bre de points communs {a, h, c, d, e, a\ b', c\ d\ e!) qui ont été marqués des mêmes lettres dans les trois figures. L'examen de ces figures montre que la lumière émise par les appareils prothoraciques du Pyrophore noctiluque peut éclairer très largement les parties situées dans les trois directions princi- LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 207 pales, ea avant de l'Insecte, latéralement et supérieurement. Au contraire le plan inférieur n'est que faiblement éclairé et le champ d'éclairage dans ce plan est très restreint. l■"i,!.^ Mil — Champ d'éclairage supérieur {d', d, avant; e', e. arrière;. On ne peut se refuser à admettre ici l'existence d'une véritable adaptation au milieu. Lorsque l'Insecte marche dans l'obscurité, il se sert unique- ment de ses appareils prothoraci- ques éclairants et il n'est pas né- cessaire que les objets situés au- dessous du thorax, et de l'abdomen, et presqu'en contact avec lui, soient éclairés. 11 n'en est plus de même pendant le vol et pendant la nata- tion ; aussi , voyons-nous l'Insecte démasquer sa belle lanterne abdo- minale, qui s'éclaire aussitôt par le fait même du mouvement qui la met en évidence; et, pendant tout le temps qu'il vole, il projette au-des- sous de lui un éclairage intense, dont le champ est beaucoup plus étendu que celui de- appareils pro- Fi^. IX. — Champ d'éciairago inférieur (partie antérieure au-des- sus du point 0). 208 ItAPIIAËL DUBOIS Ihoraciques. Il nous a malheureusemeût élé impossible d'en fixer exactement les limites ; mais, sa forme générale rappelle celle du champ supérieur d'éclairage (fig. vni) beaucoup plus développé et d'une intensité lumineuse au moins quadruple. Enfin, un autre fait plus important encore plaide en faveur de l'idée que les appareils lumineux, par leur situation et leur fonc- tionnement, répondent à une adaptation particulière : c'est que l'appareil ventral n'existe pas chez la larve, qui ne vole pas, et qu'il se montre au moment où apparaissent les ailes, dont le jeu est intimement lié à celui de cet organe, lequel ne peut être dé- masqué et tendu qu'autant que les élytres rigides sont écartées pour permettre le relèvement de la pointe postérieure de l'ab- domen (1). La preuve la plus convaincante que l'Insecte met à profit, pour se guider dans l'obscurité, la lumière qu'il produit, est tirée de l'expérience suivante : Si l'on obture complètement au moyen d'une petite quantité de cire noire (cire jaune et noir de fumée) un des appareils pro- thoraciques, on modifie considérablement l'éclairage, dont le champ est presque entièrement supprimé d'un côté. Dans ces conditions, vient-on à faire marcher l'Insecte, dans le cabinet noir, sur un papier enduit de noir de fumée, on obtient un tracé très net (fig. x et xi) indiquant qu'il est manifestement entraîné du côté éclairé et qu'il a de la tendance à fuir les points qu'il ne voit pas, faute de lumière, et qui pourraient présenter des obsta- cles. Ce mouvement n'est pas déterminé par le poids de la bou- lette de cire, car si l'on place celle-ci tout près de l'appareil éclai- rant, mais non à sa surface, l'Insecte retrouve son allure normale, dont la direction est rectiligne (V. fig. xvi). Faisons remarquer de suite que le graphique curviligne (fig. x et xi) ne présente pas les modifications particulières imprimées aux mou- vements des pattes par les lésions cérébrales, qui peuvent forcer l'Insecte à marcher également suivant une ligne courbe (fig. xvii à xxni). Enfin, si l'on vient à obturer à la fois les deux appareils pro- thoraciques, la marche de l'Insecte devient hésitante, irrégulière ; (1) Remarqair. — Pendant le vol, les élylrcs ne sont pas appliquées sur l'abdo- men, ainsi que pourrait le faire croire la figure donnée par le journal La Nature (1" année, p. 337); elles sont relevées et inclinées en arrière de 15'^ environ et un peu en dehors. ^*^ " '^^P--'^ ^•^^'r^' H^^BBL ^€:*^-~y^' ^■^^^'^"^ ^ . ■ ^"^^ jjË' /^^ ^ -^'^^ ""- c -^ • ^B ^^^'^ ^^M ^^W ^y^^'i^'^C'^ '^'^ ' ^ /^-^ "^ fB^Miîti^ --^ V'^ ' ^' ^^^HBk,'CS/f./^' ''M^ÊL ■ ■"^k\r- m jf^y '*^^^^^^'"' ^" ^al .^^'^'' 1 '■ i ~ y ^ '^^''' ^ ,/'-,■ "ï^ '\.- A-Vli ^^H '■p , ' t.'-"'' . ■ -•,;- 1 hS^BSIB9tJIE^^^^^^^ '■''-' ■ i^'^^'^^S^^Ê^^^^^^^^^^tsÊU^K^B^^^^Ê ^i4^ ■ m ^B^^^ ■■■^^pv ' ^'-'-^ >N ^/^' ^M ^^^H v:-;^t> ;- il •<» Ov ');?' / .'y - m FiB. X. — Trac- de la inairhc il'uii Pyri.|jlioir, dans If cabilicl nui] . la lanlcinu droite l'Ianl élt'inle. LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 209 il se dirige tantôt à droite, tantôt à gauche, en sondant le terrain avec ses antennes et il ne tarde pas à s'arrêter. Il est bien évident que ces Insectes se servent de leur lumière pour s'éclairer; d'ailleurs, nous n'avons jamais vu un Pyropîiore se mettre en mouvement spontanément, dans l'obscurité, sans constater l'apparition de la lumière dans les appareils prothora- ciques, pendant la marche, ou bien dans l'appareil ventral, pen- dant le vol. Pourtant, nous les avons vus parfois marcher lente- ment, dans le jour, sans donner de lumière; mais, venait-on à les exciter pour accélérer leur allure, aussitôt les appareils deve- naient brillants. Quand la lumière extérieure est vive, ils recher- chent les endroits les plus obscurs, soit pour se livrer au repos, soit parce qu'à l'état d'activité ils préfèrent la lumière qu'ils produisent à celle de toute autre source étrangère. L'expérience démontre que les Pyrophores aiment les endroits éclairés par les rayons colorés qui dominent dans le spectre de leur propre lumière. Une vingtaine de ces Insectes furent enfermés dans une boîte de sapin de 0'"70 de longueur, d'une hauteur de 0""0.o et d'une largeur de 0"'10. La paroi supérieure de la boîte était formée par une série de carreaux de verres de couleurs différentes, rouge,' jaune, verte, bleue, violette; à l'une des extrémités se trou- vait un verre incolore et à l'autre un carreau opaque. La lumière extérieure pénétrait obliquement dans la boîte de façon à laisser la moitié de sa paroi inférieure dans la pénombre. Pen- dant plusieurs jours, la zone le plus ordinairement occupée par les Insectes était précisément celle qui correspondait aux rayons jaunes et verts. Quand la lumière du jour était faible^ soit dans la matinée, soit à l'approche du crépuscule, ils se te- naient indifféremment dans tous les points de la zone jaune vert ; mais, quand l'intensité de l'éclairage augmentait, ils se réfu- giaient dans la pénombre de cette même zone. Enfin, si les rayons du soleil frappaient les vitraux colorés, ils se retiraient sous le carreau opaque, dans la partie la plus obscure. Il est à noter que les Pyrophores se tenaient plus particulièrement au point où les rayons jaunes se confondaient avec les rayons verts. Il est remarquable de constater que ces Insectes fuient la grande quantité de lumière et recherchent, au contraire, les rayons possédant la plus forte intensité visuelle et la plus puis- sante intensité éclairante. On peut dire que ces petits animaux 14 210 RAPHAËL DUBOIS préfèrent la bonne qualité à la grande quantité et qu'il y a là un enseignement dont on doit tenir compte. Cette lumière produite par les Pyropbores est physiologique pour deux raisons : la première, parce qu'elle est le résultat d'une fonction biologique ; la seconde, parce qu'elle est le type de la lumière qui convient le mieux aux Vertébrés, aussi bien qu'aux Invertébrés. Notre savant maître, M. le Professeur Paul Bert, qui, en 1869, a fait des recherches « sur la question de savoir si tous les ani- maux voient les mêmes rayons lumineux que nous «, s'exprime ainsi : « Les Daphnies qui peuplaient l'eau de la cuve ne tardèrent pas à se grouper d'une façon extrêmement curieuse. L'immense majorité se plaça dans le jaune, dans le vert, Lorangé, c'était une agitation, un grouillement extraordinaire... en un mot, la région la plus lumineuse du spectre était, pour ces Daphnies, la même que pour nous. Ces animaux se comportaient comme l'auraient fait des hommes qui, éclairés par un spectre immense et voulant lire un livre, par exemple, s'approcheraient tous du jaune et s'éloi- gneraient du violet (1). » On sait, d'autre part, depuis les travaux du physicien anglais Dewar (2), que toute impression sensorielle produite sur la rétine d'un animal vivant par l'arrivée d'un rayon lumineux est accom- pagnée d'un changement dans l'état électrique de la partie frap- pée. Les modifications les plus intenses sont précisément déter- minées par les parties du spectre qui nous paraissent le plus lumineuses, c'est-à-dire par le jaune et le vert. MM. Joannès Ghatin et Bourbouze ont confirmé les conclusions de Dewar, et les ont étendues, par une longue série de recherches intéressantes sur les principaux groupes des Invertébrés et sur les Insectes en particulier (3). La lumière filtrée par le feuillage est aussi celle que préfèrent les Pyrophores, ainsi que beaucoup d'autres Insectes, quand ils ne recherchent pas l'obscurité complète dans le jour. Mais, ils ne (1) Paul Bert, Sur la question de savoir si tous les animaux voient les mêmes rayons himineux que nous. Arch. de Physiol., II, p. 553-554, 1869. (2j James Dewar, Laction physiologique de la lumière. Institution Royale de la Urande-Bretagne, lecture du vendredi soir, et Revue scientiflque. 1875 (2) 5» an- née, p. 517. 1 w> " o" (3) Joannès Chatin, Contribution expérimentale à l'étude de la chromatopsie chez les Batraciens, les Crustacés et les Insectes. Paris, I88I. LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 211 se mettent volontiers en mouvement qu'à la faveur de leur propre éclairage. C'est ainsi qu'il convient d'interpréter ce que M. Heineraann appelle « action ensommeillante et inhibante », non seulement de la lumière du jour, mais aussi de la clarté d'une lampe. « Si, pen- dant la nuit, » dit cet observateur, « on expose à la lumière d'une lampe à pétrole des Gucujos fortement éclairants, en un quart d'heure, on voit le mouvement et la clarté cesser. La lampe étant éloignée, on peut voir reparaître le mouvement et la clarté. Le clair de lune a la même action, car les Gucujos sont actifs, par le clair de lune, seulement dans les parties sombres de la forêt. >> 11 n'y a pas là d'action inhibante, car l'on sait que les Pyro- phores sont attirés par les lumières vives (V. p. 14) qui les éblouissent, ainsi que les autres Insectes nocturnes. Cependant, l'observation de M. lieinemann est exacte et nous avons pu souvent observer le fait qu'il signale, sur les Pyrophores que nous tenions en captivité. D'ailleurs, on sait depuis longtemps que nos Lampyres ne font pas paraître leur lumière quand la campagne est vivement éclai- rée par la lune, miroir du soleil, et encore moins pendant le jour. S'il est bien évident que les Insectes luisants se servent de leurs appareils lumineux pour s'éclairer, il n'est pas douteux non plus que ceux-ci jouent un rôle important dans le fonctionnement général de l'animal. Nous n'avons jamais pu conserver plus de quatre à cinq jours des Pyrophores chez lesquels nous avions détruit les appareils lumineux, tandis que d'autres qui avaient subi des opérations aussi graves, en apparence, telles que la destruction des ganglions cérébroïdes, ont survécu fort long- temps. Nous ajouterons que la destruction de ces organes n'em- pêche en aucune façon l'exacerbation vespérale, laquelle s'ob- serve même chez les Insectes qui, par suite d'épuisement ou de vieillesse, ont perdu la faculté photogénique spontanément. Nous nous sommes demandé s'il n'existait pas entre l'œil lui- même et l'organe lumineux du prothorax correspondant une rela- tion plus ou moins étroite, en dehors de l'influence exercée par l'action des rayons colorés. Si l'on détruit, à l'aide d'une aiguille rougie, soit la cornée, soit l'œil tout entier d'un côté, on n'observe rien de particulier dans les organes lumineux prothoraciques. L'Insecte a de la tendance à se porter du côté de l'œil sain et à décrire en marchant des courbes analogues à celles que nous 212 RAPHAËL DUBOIS avons reproduites (fig. x et xi) et les mouvements des pattes ne sont en aucune façon modifiés. Si l'on pratique l'opération sur les deux yeux, la démarche de- vient la même qu'après l'occlusion des deux lanternes, dans l'obs- curité absolue, et les deux appareils restent très lumineux ; il semble même que l'Insecte clierclie à lutter contre l'obscurité absolue qui résulte de la cécité, par un éclairage plus intense. On est d'autant plus porté à adopter cette interprétation que les lésions des organes voisins, tout aussi profondes, ne provoquent rien de semblable. Mais, rien n'indique qu'il existe une relation directe entre les organes de la vue et les appareils lumineux pro- thoraciques. L'excitation spéciale des organes de l'olfaction produite en approchant des antennes certaines substances très odorantes, détermine les mêmes effets que les excitants mécaniques agissant à la périphérie du corps, sur la sensibilité générale. Nous savons que les Indiens croyaient autrefois que les chants attiraient ces Insectes et qu'ils répondaient aux cris de « Cucuje, Gucuje ». Cette croyance s'est conservée chez les Nègres des An- tilles, qui les poursuivent en frappant sur des vases ou des usten- sils de métal d'une manière rhythmique, en criant : « Labelle, Labelle, Labelle. Clin-dm-din, Clin- clin-bois. » Mais, c'est en vainque nous avons cherché à modifier à volonté le jeu des appareils lumineux au moyen des sons musicaux les plus variés ; et, même, lorsque les Cucujos sont entrés dans la période du repos, il faut produire un bruit assez violent pour les forcer à éclairer. § 2. — Alimentation, Digestion. L'étude de la nature et de la disposition des pièces buccales suffirait seule à indiquer le genre d'alimentation des Pyrophores : le peu de mobilité de ces organes et leur faiblesse montrent que les Élatérides lumineux doivent être rangés parmi les Insectes lêcheurs. Les mandibules seules sont assez fortes, dentées et aiguës pour sembler destinées à déchirer les parenchymes végétaux. Chez la larve, les mandibules servent en outre de moyen d'attaque et de défense ; mais, il ne paraît pas en être de même chez l'In- secte parfait, bien que, suivant M. de dos Hermanas, il soit d'hu- LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 213 meur querelleuse, quoique complètement inoffensif (1). Cepen- dant, quand rinsecte cherche à se débarrasser des doigts de celui qui le prend, il peut faire pénétrer l'extrémité des mandibules sous l'épiderme, sans toutefois provoquer de la douleur. Le peu de développement du jabot (p. 6R), qui chez ces Insectes est tout à fait rudimentaire, indique qu'ils ne peuvent guère ingérer que des aliments de consistance molle ou liquide. Nous n'avons, en effet, jamais rencontré dans leur tube digestif autre chose qu'un liquide légèrement citrin et des gaz qui le distendent parfois assez fortement. Ce liquide subit des mouvements de va- et-vient déterminés par les contractions péristaltiques de l'intes- tin, qui s'observent chez tous les Coléoptères et que Lacordaire a signalé pour la première fois dans son Introduction à Ventomo- logip.. Examiné au microscope, après avoir été soumis aux différents procédés de coloration propres à révéler l'existence des micro- organismes, ce liquide nous a toujours paru homogène. En pressant sur l'abdomen, on arrive parfois à déterminer la sortie d'une substance visqueuse en forme de cylindre sinueux, offrant une réfringence analogue à celle de la substance des organes lumineux et contenant, comme elle, des granulations très fines à contours nets : cette substance paraît être la paroi interne elle-même de l'intestin. Jamais on ne trouve, dans l'in- testin, en quelque point que ce soit, des matières analogues à des substances excrémentitielles solides et, dans aucun cas, nous n'avons rencontré d'excréments sur le fond des boîtes garnies de (1) Remarque. — D'après cet observateur, il attaque son semblable d'une ma- nière terrible et cela s'observe surtout rjuand on maintient ensemble un certain nombre de prisonniers. Les pattes constituraient la principale arme offensive du Cucujo. Avec celles-ci, il pénétrerait les parties molles de son adversaire assez complètement pour séparer le thorax du corps. M. de dos Hermanas pense que c'est à cette cause que l'on doit attribuer la grande quantité du prothorax séparés du tronc que l'on trouve communément dans les boîtes où sont renfei'més ces Insectes ; mais, il convient de faire remarquer que cette séparation s'effectue presque spontanément et très rapidement, après la mort de l'animal, soit par la décomposition des tissus mous, soit par l'œuvre des parasites et particulièrement des Fourmis qui recherchent ces cadavres d'Insectes. Nous avons vérifié l'exacti- tude de ce fait rapporté par M. de dos Hermanas, à savoir que ces Insectes perdent très rapidement en captivité les premières phalanges des pattes. Cette mutilation ne paraît pas modifier notablement l'état général ; mais, il est important d'être pré- venu de cette particularité, lorsqu'on veut étudier par la méthode graphique la marche de ces Insectes. On a parfois beaucoup de diflicultés à en rencontrer dont les membres soient intacts. 214 RAPHAËL DUBOIS feuilles de papier blanc, dans lesquelles nous avions placé des Insectes en observation. 11 semble que les matières ingérées soient complètement brûlées ou fixées. Dans tous les cas, la quantité d'aliment fixée est infé- rieure à celle qui est brûlée chez l'Insecte parfait : car, les mâles et les femelles perdent indistinctement de leur poids, le volume restant sensiblement le même. Les larves sont lignivores et vivent dans les vermoulures de bois pourri comme beaucoup d'autres larves d'Élaters indigènes. Mais, selon le D^" SafTray, à la Nouvelle-Grenade, elles vivraient de la moëfie des Roseaux et de celle des Palmiers (1). Quant aux Insectes parfaits, ils se nourrissent, ainsi que nous l'avons déjà dit, du suc de la Canne à sucre ou de végétaux très tendres. En captivité, ils sucent volontiers des troncs de Laitue, des rondelles de Carotte, des Bananes ou des Dattes fraîches : ils sont très friands de crèmes sucrées ; mais, on peut les nourrir pendant longtemps avec du sirop de sucre exclusivement. C'est là un point intéressant ; car, malgré cette nourriture exclusive- ment hydro-carbonée, les œufs se développent parfaitement dans les ovaires des femelles. Ces œufs renferment une forte proportion de substance azotée qu'elles ne peuvent tirer que de leur organisme. Celui-ci ren- ferme d'ailleurs une forte proportion de tissu adipeux au début de l'ovulation et une quantité relativement faible, quand les ovaires sont gorgés d"œufs prêts à être pondus. Ces Insectes acceptent facilement d'autres sucres que le sucre de canne ou saccharose. J'ai pu nourrir des Pyrophores avec du glucose, du sucre de raisin, de la galactose, de la mannitte, sans que la faculté photogénique ait été en aucune façon modifiée. Il est bien certain d'ailleurs que la fonction pliotogéni(iue n'est pas dominée par le genre d'aUmentation, puisque les larves de Lampyres indigènes se nourrissent d'Escargots, qu'elles dévorent (1) Remarque. — M. Leprieur (voir Bibliographie] a fait avec raison remarquer qu'il n'y avait pas lieu d'attaclior une grande iuiporlance au récit de M. Saffray qui appelle le Cucujo « Lampyris » et a soin d'ajouter que « c'est un Scarabi! de la famille des Charançons ». Notons seulement que cet auteur prétend que les Nègres de quelques cantons sont assez friands de ces larves, mais que les Européens ne peuvent prendre sur eux; de goûter à ces larves qui feraient les délices d'un Chi- nois fs-icj. M. Leprieur pense (|uc il. Saffray a accepté sans le moindre contrôle les fables des indigènes : nous acceptons d'autant ])lus volontiers l'opinion de M. Le- prieur que nous n'avons jamais rien rencontré d'analogue dans les nombreux récits des voyageurs que nous avons analysés. LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 215 avec avidité, tandis que ces mêmes Insectes, à l'état parfait, sont, dit-on, herbivores. Le contenu du tube digestif est toujours acide, ce qui est bien rationnel, étant donné le genre d'alimentation de ces Élaté- rides (1). Les Pyropliores supportent assez longtemps la privation d'ali- ments solides, mais l'eau est une condition essentielle de leur existence. Nous nous sommes assez étendu sur son importance (2" part., chap. III. § 1), pour (ju'il soit inutile d'y revenir ici. En résumé, ce n'est pas dans la nature des aliments ingérés par l'Insecte qu'il faut chercher l'explication du phénomène lumi- neux. g 3. — Influence du sang et de la circulation. Du SANG. — Si l'on pratique une ouverture dans le tégument au niveau des organes lumineux prothoraciques et que l'on dé- chire la substance de l'organe lumineux, on voit se former au niveau de la blessure une gouttelette liquide qui augmente de volume à chaque pulsation de l'organe. Ce liquide présente les mêmes caractères que celui que l'on peut recueillir après l'arra- chement des élylres. C'est un fluide vert clair, opalescent. Déposé sur une lame de verre, il se coagule d'abord à sa surface qui se recouvre d'une pellicule mince ; puis, il se forme dans toute sa masse des traî- nées brunâtres renfermant de fines granulations d'aspect et de dimensions analogues à celles que l'on rencontre dans les organes lumineux: toute la masse se colore bientôt en brun foncé. Cette modification dans la couleur est manifestement produite par le contact de l'oxygène de l'air, ainsi qu'il est facile de s'en con- vaincre en recueillant une certaine quantité de ce sang dans un tube ouvert à l'une de ses extrémités. Le noircissement se montre d'abord dans les couches superficielles en contact avec l'air et gagne peu à peu les couches profondes. (1) Les divisions du lube digestif indiquées par M. Plateau ne conservent plus qu'un caractère anatomique, cet auteur ayant reconnu lui-même que les sucs intes- tinaux pouvaient être tantôt acides, tantôt basiques, tantôt neutres (a). (a) Plateau. Noie additionnelle au mémoire sur les phénomènes de la digestion chez les Insectes. Bruxelles, 1877. 216 RAPHAËL DUBOIS Au bout de vingt-quatre heures, on trouve dans ce liquide beaucoup de micro-organismes dont les germes ont dû être apportés par l'air, car il n'en existe pas de traces dans le sang frais. Une goutte de sang déposée sur du papier à filtre y laisse une tache verte qui persiste si la dessication a été rapide et qui bru- nit dans le cas contraire. Le spectre de la lumière qui a traversé ce liquide vert ne nous a révélé à l'examen spectro-microscopique l'existence d'aucune bande ou raie d'absorption. Le sang est alcalin, même après avoir pris la coloration brune ; mais, nous savons que cette alcalinité n'est pas indispensable puisque si l'on fait passer un courant électrique au travers des deux organes prothoraciques, celui-là seulement qui est en con- tact avec le pôle positif reste lumineux, alors que le liquide qui s'y accumule est acide. D'autre part, nous savons que les va- peurs ammoniacales excitent et augmentent la luminosité des organes lumineux isolés. ' Le liquide sanguin ne modifie pas d'une manière particulière la teinte des papiers ozonoscopiques à l'iodure d'amidon, au gayac ou au sel de thaUium. Selon M. Heinemann, le liquide qui baigne les organes lumineux n'est pas identique au sang pris par exemple dans le vaisseau dorsal : cet observateur y a trouvé cependant, à l'état frais, une grande quantité de globules sanguins incolores. Nous n'avons trouvé aucune différence fondamentale entre le liquide retiré des organes lumineux par le procédé que nous avons indiqué et celui qui s'accumule au point d'insertion des élytres ou des autres membres, après l'arrachement. Il nous a paru seulement un peu plus fortement teinté en vert, plus épais et plus facilement coa- gulable que dans le vaisseau dorsal. Ce qui peut induire en erreur c'est que les piqûres, pratiquées sur divers points du thorax et surtout de l'abdomen, laissent échapper souvent un fiquide brun- jaunàtre, plus fluide, non coagulable spontanément et qui nous a paru venir de blessures faites aux organes contenus dans la cavité générale. M. Heinemann mentionne également que le sang reçu dans l'alcool laisse déposer un léger précipité blanc floconneux : on obtient le même résultat avec le sang de Sauterelles et de beau- coup d'autres Insectes. Les globules du sang ne présentent rien de caractéristique. Il LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 217 sont tantôt arrondis, tantôt allongés et effilés aux deux extrémités de leur plus grand axe. Parfois même ils présentent à la péri- phérie des sortes de prolongements irréguliers, comme amœ- boïdes. Ces globules ont un protoplasma rempli de fines granu- lations répandues dans toute la masse. Ces granulations noircis- sent sous rinfiuence de l'acide osmique. Si, après avoir chauffé entre deux lames de verre une goutte de sang, on colore ces éléments par le vert de methyle, les granula- tions se rassemblent au centre, simulant par leur agglomération im gros noj^au granuleux, tandis que la masse du protoplasma paraît finement striée : la forme des globules est alors tantôt ronde, tantôt ovoïde. Les globules du sang pris dans les autres points du corps présentent les mêmes réactions ; mais, ils sont plus nombreux dans le sang des organes lumineux. Quand on examine à la lumière réfléchie un tube de verre con- tenant de l'alcool ayant servi à précipiter la substance coagulable, dont la présence dans le sang a été mentionnée par M. Ileine- mann, on remarque que cet alcool a pris une teinte opalescente. Cette particularité nous a engagé à rechercher s'il n'existait pas dans le sang des Pyrophores une substance fluorescente analogue à l'esculine, par exemple, et susceptible de développer l'opalescence dont nous venons de parler. L'expérience a démontré l'exactitude de cette prévision. Si l'on dépose une goutte de sang de Pyrophore sur un écran de papier blanc glacé et que l'on promène ce petit écran dans le spectre de la lumière électrique, on constate facilement que la gouttelette de sang devient lumineuse par elle-même dans certaines parties du spectre situées dans l'ultra-violet. Le point où la lumièreVle celte substance fluorescente acquiert sa plus grande intensité correspond aux rayons ultra-violets d'une longueur d'onde == 0,391. Cette substance fluorescente que l'on trouve dans le sang des diverses parties du corps existe également dans la substance des organes lumineux et persiste indéfiniment avec ses propriétés. Dans les points où cette matière a été fixée par dessication, la nuance de la lumière est un peu moins verdàtre que celle des rayons émanant des organes de l'Insecte, à l'état normal; elle s'en rapproche beaucoup cependant par son éclat particulier. L'acide acétique détruit la fluorescence de cette substance : mais, l'ammoniaque la fait reparaître. On peut plusieurs fois de suite faire paraître ou disparaître ainsi la fluorescence d'une 218 RAPHAËL DUBOIS goutte de sang ou d'un fragment écrasé de la substance des or- ganes lumineux. Une goutte d'ammoniaque liquide déposée sur une de ces taches fluorescentes en exagère notablement l'éclat. 11 semble qu'il s'agisse ici d'une substance basique dont les sels ne sont pas fluorescents. 11 ne nous a pas été permis d'isoler cette curieuse matière, en raison du petit nombre d'Insectes que nous possédions à ce moment et des expériences multiples que nous nous proposions de répéter. La fluorescence du sang et de la substance des organes lumi- neux est spéciale au Pyrophore adulte, car c'est en vain que nous avons tenté d'en révéler la présence chez la larve. Les larves des Lampyres nous ont donné également un résultat négatif, mais cette recherche n'a pas été faite sur les Lampyres parvenus à leur complet développement. 11 nous a été impossible de découvrir des traces de fluores- cence dans le sang d'un grand nombre d'Insectes que nous avons examinés à ce point de vue. Le sang de certaines Sauterelles se rapproche bien par sa colo- ration verte du sang des Pyrophores, mais il ne possède pas l'opalescence qui lui est particulière et qui est due uniquement à la substance lluorescente que nous y avons découverte. Cette matière fluorescente joue certainement un rôle important dans la fonction photogénique. La présence au sein des organes lumineux, dans lesquels le sang pénètre abondamment, quand ils entrent en activité, nous explique à la fois l'éclat particulier à la lumière de ces Insectes, qui a si vivement frappé d'étonne- ment tous ceux qui l'ont observée, et aussi sa richesse excep- tionnelle en rayons de longueur d'onde^ moyenne fv. 2'= partie, chap. 1, §2). La matière verte du sang, qui ne doit pas être confondue avec la substance lluorescente, contribue à donner à cette lumière sa teinte, mais non son éclat spécial. Circulation. — Suivant Dugès (1), Lacordaire aurait constaté sur des Lampyres d'Amérique que la lumière subissait des accrois- sements d'intensité isochrones avec les pulsations du vaisseau dorsal ; et, d'autre part, M. Carus a reconnu également, chez le Lampyre d'Italie, que, si la lumière pouvait s'accroître subite- (1) Dugès, Physioloijic comparée de l'Homme et des animaux. Montpellier et Paris, II, p. 11, 1838. LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 219 ment, elle pouvait aussi présenter des pulsations isochrones avec celles (lu vaisseau dorsal. Nous avons pu facilement observer, chez les Pyrophores, les pulsations du vaisseau dorsal et le mouvement des ondées san- guines, en enlevant avec précaution les parties tergales des an- neaux de l'abdomen, grâce à une incision pratiquée sur les bords latéraux. Immédiatement après l'opération, les ondulations sont fré- quentes et on peut compter jusqu'à 106 pulsations par minute. Mais, si on laisse l'Insecte en repos, en ayant soin d'empêcher le dessèchement des parties mises à nu, au moyen d'un papier à filtrer humide, on les voit progressivement diminuer de rapidité et se maintenir assez longtemps avec un rhythme de 60 à 70 ondu- lations environ par minute. Dans ces conditions, les appareils prothoraciques ne sont pas ou sont peu lumineux. Mais, vient-on à exciter mécaniquement l'Insecte, aussitôt la rapidité et l'ampli- tude des ondulations augmente et la lumière paraît ou s'exagère. L'augmentation du nombre des pulsations peut être de 10 à 12 par minute. Dans une de ces expériences on a trouvé : 1° avant l'excitation 72 pulsations. 2° après 84 — 3» après repos de 20 minutes. . . 72 — 4° après excitation 86 — Dans les mouvements énergiques que fait l'animal pour se dé- barrasser des entraves qui le retiennent, la rapidité des ondula- tions augmente sensiblement, en même temps que l'éclat de la lumière. Quand on amène le prothorax dans la flexion forcée, le nombre des pulsations diminue d'abord puis la lumière faiblit bientôt: il augmente, au contraire, ainsi que la luminosité, dans l'ex- tension forcée du protliorax sur le mésothorax. Si l'on place l'Insecte ainsi préparé au-dessus d'un linge imbibé de chloroforme et qu'on le recouvre d'une petite capsule de verre à fond plat permettant de suivre les mouvements du vaisseau dorsal, on voit tout d'abord les mouvements s'accélérer et aug- menter d'amplitude : la lumière est alors vive et persistante ; au bout de quelques secondes, les mouvements du cœur se ralentis- sent et diminuent d'amplitude : à ce moment, c'est à peine si on en peut compter dix à quinze par minute. L'excitation mécanique ne produit plus d'accroissement de lumière, et lorsque l'anesthésie est complète, les pulsations s'ar- 220 RAPHAËL DUBOIS rêtent : il ne persiste qu'une très faible lueur; le vaisseau dorsal est en arrêt diastolique, c'est-à-dire gorgé de sang. L'Insecte étant alors soustrait à l'action des vapeurs anesthé- siques, on voit se produire, au bout de quinze minutes, quelques légers mouvements des antennes, puis de la tête, et enfin les bat- tements du cœur reparaissent pour aller en augmentant progres- sivement en nombre et en amplitude. Presqu'immédiatement après, la lumière peut être provoquée par l'excitation. Lorsque, par suite de l'épuisement, l'Insecte ne répond plus aux excitations mécaniques, on peut facilement ranimer les bat- tements du vaisseau dorsal et la lumière, en l'approchant du foyer d'une lampe. Une section transversale pratiquée avec un couteau à cataracte, entre le ganglion frontal et les masses cérébroïdes, ne modifie pas sensiblement les pulsations et l'excitabilité lumineuse. Mais, l'ablation de la tête par torsion, pour éviter l'hémorrhagie, ne détruit pas immédiatement les mouvements cardiaques : ils deviennent plus rapides, irréguliers, moins amples et toute exci- tation mécanique est impuissante à ranimer la lumière. La chaleur seule permet encore de raviver les foyers éteints, tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, selon la face que Ton présente aux rayons calorifiques ; mais, il n'y a plus de simultanéité, et il est bien évident qu'il s'agit dans ce cas d'une excitation directe, purement locale, qui d'ailleurs ne persiste pas longtemps. Malgré la relation évidente entre les pulsations du cœur et la production de la lumière chez le Pyrophore, malgré l'existence de véritables pulsations dans l'appareil lumineux prothoracique mis à nu, la lumière est fixe, quand il est en activité et jamais on ne constate les intermittences rhythmiques signalées par divers auteurs chez la Luciole et le Lampyre d'Italie. D'ailleurs, l'anatomie montre qu'il n'y a aucune relation directe entre ce vaisseau dorsal et les appareils lumineux qui ne reçoi- vent du sang que du sinus inférieur, c'est-à-dire de la cavité générale. La pénétration de ce liquide dans les organes photogé- niques se fait d'avant en arrière et non d'arrière en avant. Cette notion qui résulte de la disposition des parties elles-mêmes est contirmée par fexamen de la plaque ventrale d'un Insecte tué récemment et sur l'abdomen duquel on exerce une légère pres- sion. Ce n'est pas par la partie postérieure de l'organe que le sang pénètre, mais bien par sa partie antérieure : on peut le voir se précipiter par le sinus en T (v. PI. IX, fig. 2) dans forgane. LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 221 qui devient turgescent, et allumer sur sou passage une traînée de lumière. Il est plus facile encore de se rendre compte de cette circula- tion locale en injectant dans la cavité générale des liquides colo- rés et en particulier de l'éosine, dont nous avons signalé déjà les curieux effets (V. p. 200). Les pulsations du vaisseau dorsal n'en ont pas moins une influence évidente sur la fonction photogénique ; mais , elle s'exerce, très probablement, par l'iniluence indirecte des centres nerveux céphaliques excités par le sang qu'ils reçoivent du vais- seau dorsal en même temps que par les modifications apportées par la contraction cardiaque au cours du sang dans la cavité générale. La première des deux actions nous paraît jouer un rôle pré- pondérant. En pratiquant une fenêtre dans les élytres et en enlevant une partie des ailes, on peut facilement mettre à découvert la face supérieure de l'abdomen qui laisse voir par transparence le vais- seau dorsal. Il est facile alors de le sectionner, sans provoquer d'hcmorrhagie, ou de le détruire au moyen d'un stylet rougi. Après cette opération, l'Insecle peut survivre longtemps ; mais, si la fonction photogénique n'est par complètement supprimée, elle ne manifeste plus ces accroissements subits d'intensité que l'on observe, à l'état normal, sous l'influence de la plus légère excitation. Les appareils prothoraciques émettent une lueur tran- quille, continue, dont l'intensité contraste singulièrement avec celle des organes d'Insectes, desquels le vaisseau dorsal a été respecté. Il est indispensable d'éviter l'issue du liquide sanguin contenu dans la cavité générale, car alors la faculté photogénique dispa- raît rapidement et définitivement. 11 n'y a pas lieu, cependant, de considérer le sang, avec M. Heiuemann, comme le principe même de la lumière. Le sang donne à l'organe lumineux de l'Insecte la clarté, comme il donne au cerveau humain la pensée, en les nourrissant l'un et l'autre. § 4. — Des muscles. — Ai'tpareil du saut. Nous avons dit que l'activité mécanique de l'Insecte paraissait liée à celle des organes lumineux si intimement qu'il était diffi- 222 RAPHAËL DUBOIS cile de ne pas admettre la corrélation, l'enchaînement étroit, de ces deux phénomènes. Tout effort musculaire, dans le sens propre du mot, provoque ou exagère la production de la lumière. Dans l'immense majorité des cas, ces efforts sont apparents ; mais , ils peuvent également se produire dans des conditions expérimentales parliculières, eu dehors de tout mouvement exté- rieur. Pendant trois jours, nous avons pu conserver un Insecte immo- bilisé au moyen de la paraffine et bien qu'il ne pût exécuter d'au- tres mouvements que ceux des antennes, des palpes et des muscles de la respiration, il devenait, comme les autres, lumineux le soir et brillait d'un très vif éclat, pendant une partie de la nuit. Pourtant, ce qui a été dit de l'action des poisons et en particu- lier de la strychnine, de rinfluence des agents physiques et plus spécialement de celle de l'électricité, ne nous permettent pas de douter de l'intervention d'un élément contractile dans l'accom- plissement de l'acte qui détermine ou excite le phénomène lumi- neux. C'est qu'en effet les organes lumineux, ainsi que nous l'avons dit déjà à propos de leur anatomie, sont pourvus de muscles intrinsèques et de muscles extrinsèques. La figure xin, schématisée à dessein, montre très nettement la JR.nUBOIS. ^'* -'"-^ -■ ^/«Pi. w^ Fig. xin. — Schéma des muscles intrinsèques et extrinsèques de l'appareil lumineux prothoracique. IH, pointe prothoracique. — a, tissu adipeux. — L, organe lumineux. — c, hypo- derme. — Pj, insertion de la patte de la première paire. — )»,, m^, muscles intrin- sèques. — m, muscles extrinsèques. nécessité de distinguer, au point de vue anatomique et fonction- nel, ces deux ordres d'éléments contractiles. LES ELATERIDES LUMINEUX 223 On arrive facilement à distinguer les faisceaux musculaires que nous avons figurés (fîg. xm, m, m^ m^) en pratiquant des coupes médianes, verticales et antéro-postérieures sur des Insectes in- jectés à la gomme ou à la gélatine colorée, après durcissement dans l'alcool. Il est utile de remarquer seulement que ces faisceaux muscu- laires ne sont pas situés dans le même plan, puisque les organes lumineux prothoraciques, à chacun desquels deux d'entre eux se rendent, sont rejetés sur les côtés et vers les angles postérieurs du pro thorax. La coupe transversale, pratiquée au niveau de ces organes et figurée ici (fig. xiv), permet de se rendre compte de cette dispo- sition, sans qu'il soit nécessaire d'insister davantage. Le muscle intrin- sèque (fig. xni, m^) est dirigé d'avant en arrière et de dedans en dehors : son in- sertion fixe se fait à la face interne du squelette tégumen- taire prothoracique en haut et en avant, tandis qu'il prend ^'o- ^'^'- "~ Coupe transversale du prothorax; au niveau son insertion mobile "^'l ^P^^^»^''^ lumineux. , . p, . C, cœur. — M, masses musculau^es. — e, œsophage. — a la lace intérieure ^^ trachées. — Ps, pointe sternale. — m^, L, a, P, comme de l'organe lumi - dans la flgure xm. neux où ses fibres s'enchevêtrent avec les fibres du muscle m.i (fig. xv) et avec les nombreuses trachées qui soutiennent le tissu adipeux sous- jacent à l'organe. Quand il se contracte isolément, il agit comme le muscle m.^ (fîg. xv). Celui-ci, extrinsèque en ce sens qu'il prend son insertion fixe sur le bord antérieur recourbé en arrière du mésothorax, envoie une partie de ses fibres à la face inférieure postérieure et interne de l'organe. Ces fibres forment une sorte de gaine à l'organe et se confondent, comme nous l'avons dit, par leur extrémité mobile avec les fibres du muscle m,. Chacun de ces muscles agissant isolément peut ouvrir l'hiatus i (fig. XV), par où le sang se précipite dans l'organe, au moment où le phénomène lumineux va se produire. Quand ils agissent simultanément, l'écarlement de l'hiatus est 224 RAPHAËL DUBOIS plus grand et la direction des fibres de ces l'aisceaux tend à se rapprocher de celle du muscle m (fîg, xiiij, en même temps que l'espace lacuneux qu'ils limitent s'efface, en se vidant du sang qu'il contient. Ces groupes contractiles ne forment pas, en réalité, des muscles distincts : il semble bien plutôt qu'ils représen- tent des faisceaux particuliers du mus- cle extenseur du protliorax m. On peut facilement apercevoir l'ex- trémité méso-thoracique commune des muscles m, m% en détachant par tor- sion , avec quelques précautions , le prothorax du mésothorax. Alors, en saisissant à l'aide d'une puice la pointe Fig. XV. de ce pinceau et en exerçant des trac- -pl, poils. — cgi, cellules lumi- tions intermittentes, on voit à chaque neuses. — i, i, hiatus. — cgr, traction la lumière apparaître dans l'or- gane du côté correspondant et dispa- raître aussitôt que la traction a cessé. Si l'on enlève la calotte chitineuse transparente qui recouvre l'organe, on constate que ces tractions produisent le même effet que les pulsations signalées par divers auteurs et qu'il ne faut pas attri- buer aux mouvements du cœur avec lesquels elles ne sont pas isochrones. On comprend dès lors facilement pourquoi, en dehors des mo- difications apportées à la circulation générale, le mouvement d'extension forcée du prothorax sur le mésothorax produit de la lumière, puisqu'il résulte de la contraction des muscles dont nous venons de parler, tandis que la flexion forcée qui correspond à leur relâchement absolu produit l'extinction. Cette influence contraire de l'extension et de la flexion forcées s'observe aussi bien chez l'insecte mort récemment que chez le vivant. C'est principalement dans l'acte du saut que l'influence des muscles extenseurs se fait remarquer. L'appareil du saut a été étudié chez divers Élatérides parKirby et Spence, par Smidt, par Plateau, et aussi par Landois comme organe producteur du son chez les Insectes, en raison du bruit qui accompagne sa brusque détente. cellules granuleuses. — a, tissu adipeux. — nt, nerf trachéen. — t, trachée. — m^, muscle intrin- sèque. — nm, nerf musculaire. LES ÉLA.TÉRIDES LUMINEUX 225 Brown l'a étudié chez les Pyrophores ; mais, il attribue la pro- jection de l'Insecte à l'élasticité des téguments, ce qui, selon nous, n'est pas exact. L'attitude du Pyropliore a été bien indiquée par M. E. Blan- chard, du Muséum, dans son bel ouvrage : Les métamorphoses, les mœurs et les instincts des Insectes^ où est représenté un Pyro- phore mexicain renversé sur le dos et prêt à sauter. L'exécution du mouvement du saut nécessite la mise en acti- vité d'un grand nombre de groupes musculaires. Pour prendre l'attitude caractéristique figurée par M. E. Blan- chard, l'Insecte contracte fortement les muscles du cou, la tête s'enfonce profondément dans le corselet; les pièces buccales mobiles sont alors reployées en dedans, ainsi que les palpes qui se trouvent protégées par la portion saillante de l'extrémité an- térieure de la pièce sternale du prothorax. Les yeux sont garan- tis, en partie, par l'extrémité saillante des bords latéraux du cor- selet. Les antennes sont rabattues en arrière et en dessous : leurs bases s'appliquent sur la face antérieure des cornées, tandis que leurs extrémités se logent dans deux sillons situés à la face infé- rieure du prothorax. La première paire de pattes se fixe forte- ment sur la face inférieure du prothorax et les fémurs s'emboîtent dans deux gouttières qui précèdent immédiatement le bord pos- térieur de la face inférieure du prothorax, tandis que les tibias s'apphquent le long des fémurs. Les autres pattes sont également ramassées de façon qu'au- cune de leurs parties ne peut être froissée pendant la chute de rinsecle. Ces dispositions étant prises, les muscles extenseurs du cor- selet entrent en jeu. Si l'Insecte est sur le dos, l'extension forcée lui fait prendre une position telle que le plan médian transversal de l'abdomen forme avec celui du prothorax un angle obtus de 150" environ. Dans cette situation, les seules parties en rapport avec le plan sur lequel l'Insecte repose sont le bord antérieur de la face dor- sale du prothorax et la partie moyenne de la surface courbe des élytres. Les pointes postérieures des angles du prothorax, qui occupent d'ordinaire la direction des bords latéraux de l'abdomen, immé- diatement en avant des épaules des élytres, passent au-dessous de celles-ci, sans les toucher. Le mouvement d'extension forcée du prothorax, dans le même ^5 226 RAPHAËL DUBOIS moment, a pour cfTet de faire sortir de la gaîne du sternum méso- thoracique le prolongement médian du sternum protlioracique. Sa pointe libre vient s'appliquer sur le bord antérieur de la gout- tière mésotlioracique. Quand les muscles iléchisseurs entrent en jeu à leur tour, le prolongement chitineux sternal prothoracique, qui est élastique, presse fortement le bord antérieur de la gout- tière, jusqu'au moment auquel se produit l'échappement de cette pointe, laquelle rentre alors dans sa gouttière, en produisant un bruit sec. A ce moment, l'Insecte a retrouvé sa position normale ; il est sur les pattes et l'angle de 150° n'existe plus. Brown pense que, dans ce mouvement de brusque détente, la partie antérieure des élytres frappe assez fortement le sol pour que l'Insecte rebondisse par la seule élasticité du tégument. 11 n'en est rien. En observant avec attention l'Insecte, comme nous l'avons fait bien souvent, on constate qu'il exécute une véritable pirouette, la pointe abdominale, tournée en dehors, décrit un demi-cercle tandis que la tête est tournée vers le centre. Ce mou- vement est facilité par la surface arrondie des élytres et rappelle celui que l'on fait exécuter à une tige courte de bois dont le bord inférieur, sur lequel elle repose, est convexe. C'est, en d'autres termes, un mouvement de bascule ou de levier du premier genre, le point d'appui se trouvant à la face convexe des élytres, la puissance à la partie antérieure du corps et la résistance îx sa partie postérieure. On dit généralement que cet appareil existe parce que les pattes de l'Insecte sont trop courtes pour qu'il puisse retrouver sa posi- tion normale quand il est tombé sur le dos. Mais, outre qu'il peut parfaitement se relever en s'aidant de ses élytres et de ses ailes, on le voit souvent sauter en sens inverse, c'est-à-dire du ventre sur le dos. Il convient plutôt de considérer cet appareil comme une arme défensive qui lui permet d'échapper aux poursuites des Oiseaux en se déplaçant sans sortir ses pattes et ses antennes, c'est-à- dire en n'offrant aucune prise à l'agresseur, tout en produisant un bruit assez fort pour effrayer, surtout si ce bruit est suivi d'une vive émission de lumière (l). (1) Remarque. — Il parait bien établi que les Cucujos, par leur lumière, font fuir les Moustiques qui profitent en effet de l'obscurité pour attaquer leurs victimes. En est- il de même des autres ennemis de l'Homme? Voici ce que raconte .Miclielet à LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 227 Lorsqu'on tient un Cucujo à la main, il cherche à se dégager par les secousses successives qu'il imprime à tout son corps, en faisant jouer coup sur coup l'appareil du saut. Il projette alors une vive lumière par ses appareils prothoraciques. La lumière n'est pas intermittente, dans ces conditions, seulement elle pré- sente des périodes d'exaltation correspondant à la flexion forcée en arrière et des périodes d'affaiblissement en rapport avec la détente qui accompagne la flexion. Si l'on enlève avec un scalpel la calotte cliitineuse transparente et l'hypoderme , on voit paraître au niveau de la blessure une gouttelette de sang à chaque mouvement d'extension forcée, tan- dis que la flexion arrête l'hémorrhagie. Le mécanisme des muscles étant bien connu en ce qui concerne les appareils prothoraciques, examinons maintenant le fonction- nement des muscles de l'appareil abdominal. Ces muscles sont également de deux ordres : des muscles intrin- sèques ou plus exactement des muscles propres, et des muscles extrinsèques ou accessoires. La plus grande analogie existe entre leur fonctionnement et celui des muscles de l'appareil prothoracique. Les muscles extrinsèques ou accessoires (fîg. xvi, m^) sont encore ici des extenseurs, mais au lieu de relever le prothorax, c'est l'abdomen dont ils déterminent l'extension par rapport au métathorax. Quand ils se contractent, les élytres étant écartées, l'extrémité postérieure de l'abdomen se relève, la face inférieure du premier anneau abdominal s'éloigne de la partie postérieure et inférieure du métathorax et l'organe lumineux (fig. xvi, L) est mis à décou- ce sujet: « Dans ces contrées (sous les tropiques), on voyage beaucoup la nuit pour échapper à la chaleur, mais on n'oserait s'aventurer dans les ténèbres peuplées des profondes forêts, si les Insectes lumineux ne rassuraient le voyageur. Il les voit briller au loin, danser, voltiger. Il les voit de près, posés sur les buis- sons, à sa portée. Il les prend pour l'accompagner, les fixe sur sa chaussure pour lui montrer son chemin et faire fuir les Serpents. Mais quand l'aube se fait voir reconnaissant et soigneux, il les pose sur un buisson, les rend à leur œuvre amou- reuse. C'est un doux proverbe indien : « Emporte la Mouche de feu, mais remets-la où tu l'as prise (o) ». J'ai introduit des Pyrophores dans une boite contenant des Vipères, mais je n'ai pas vu que ces reptiles fussent elTrayés par la lumière des Insectes. (a) Michclet, L'Insecte, 10" éd., p. 163. Paris, 1881. 228 RAPHAËL DUBOIS vert. C'est ainsi que les choses se passent toujours pendant le vol et souvent pendant la natation. Le même mécanisme, qui démasque ainsi l'appareil chargé d'éclairer l'Insecte, pendant le vol, lui fournit en même temps les conditions indispensables à son fonctionnement photogénique spécial. Fig. XVI. -r Schéma de la coupe verticale médiane de la région thoraco-abdomi- nale montrant l'appareil lumineux ventral au repos. 0, ovaires. — e, tube digestif. — c, cœur. — g, masse ganglionaire mélatharaco- abdominale. — A, insertion des ailes. — M, M,, masses musculaires des membres. — P,, insertion de la première paire de pattes. — E, entothorax. — «, a, tissu adipeux. — P», insertion de la deuxième paire de pattes. — 17,, deuxième ganglion abdominal. mj, muscle accessoire ou extrinsèque. — m^, muscle propre ou intrinsèque. — m-, muscles de la deuxième paire de pattes. Les muscles extenseurs dont nous venons de parler forment deux bandelettes très minces appliquées sur le bile de l'organe lumineux ventral. La lame de tissu adipeux, qui continue en avant le pédicule, glisse sous ces muscles et va se jeter dans la masse de tissu adi- peux de l'angle inférieur et postérieur du métathorax. La lame adipeuse postérieure descend entre les insertions pos- térieures de ces muscles pour se continuer en arrière avec la masse adipeuse située dans l'angle antérieur et inférieur du pre- mier anneau abdominal. Cette disposition est favorisée par l'écartement, en arrière, des bords internes de ces muscles, lesquels s'insèrent sur les parties LES ÉLATÉHIDES LUMINEUX 229 latérales du bord libre antérieur et inférieur du premier anneau abdominal. En avant, leurs bords internes sont contigus et leur insertion se fait sur la partie postérieure de l'entothorax. Ces mêmes muscles, qui sont comparables par le rôle qu'ils jouent aux muscles m (fig. xin) du prothorax, fournissent chacun un faisceau particulier que Ton peut considérer comme un muscle propre ou intrinsèque (fig. xvi, mj. Ce faisceau est l'homologue de m, (fîg. xni) du prothorax : il prend son insertion fixe à la partie postérieure de l'entothorax, tandis que son insertion mobile se fait sur la partie antérieure de la cuticule membraneuse qui en- veloppe l'organe lumineux L. Ainsi que nous l'avons dit (l'"e part. chap. IV, g 3) l'organe ven- tral a la forme d'un bissac allongé transversalement, lorsque l'Insecte est au repos ou en marche. Le repli du bissac corres- pond au sinus transversal (PI. 111, fig. v). On conçoit facilement que le jeu des muscles 'm^ (fig. xvi) ait pour effet d'écarter les bords accolés de ce sinus en tendant la cuticule, qui perd sa forme de bissac pour prendre celle d'une poche unique aplatie en forme d'écusson, au moment ou l'Insecte relève la pointe pos- térieure de l'abdomen. Le sang du sinus inférieur du thorax pourra alors pénétrer dans le sinus transversal pour s'échapper ensuite par le hile situé à la face postérieure de l'écusson et se répandre dans le sinus abdo- minal inférieur. Mais, pour que cette pénétration soit possible, il est néces- saire que le petit sinus antéro-postérieur médian (PL IX, fig. 2), qui vient se jeter à angle droit dans le premier, soit perméable. L'écartement de ses bords est déterminé par l'entrée en acti- vité de deux muscles absolument spéciaux (PL IX, fig. 2, m). Leur insertion mobile se fait sur les extrémités latérales de l'organe lumineux et l'insertion fixe aux angles antéro-externes du premier anneau abdominal. L'élargissement du sinus médian antéro-postérieur établit alors la communication entre le sinus inférieur du thorax et celui de l'abdomen, par l'organe lumineux ventral, qui devient turgescent et lumineux au moment où le sang envahit le sinus antéro-pos- térieur médian et le sinus transversal. L'existence du sillon ventral longitudinal ne permet pas, à lui seul, comme le veut M. Ileinemann, d'établir que l'appareil lumi- neux abdominal s'est développé par deux moitiés symétriques, 230 RAPHAËL DUBOIS puisque ce sillon est incomplet et qu'il n'est que le résultat du plissement de la cuticule. On sait d'autre part que ce sillon correspond à un sinus an- téro-postcrieur, lequel se termine dans le sinus transverse et, lorsque l'on fait des coupes d'ensemble, on ne voit rien qui puisse indiquer l'existence de deux organes primitivement distincts. Donc, si l'on se borne à défendre cette idée théorique avec les arguments dont nous venons d'indiquer l'insuffisance, elle n'a que la valeur d'une simple supposition plutôt contraire aux appa- rences. Il n'en est plus de même si l'on tient compte de la distribution des organes lumineux dans la larve, ces organes étant tous symé- triques et isolés, sauf le dernier et le premier : et encore celui-ci est-il manifestement formé de deux lobes accolés l'un à l'autre (PI. ll,ap.l). On ne peut guère conserver de doutes sur la dualité de l'organe ventral, quand on tient compte du nombre, de la disposition et du rôle des muscles et des nerfs qui concourent à son fonction- nement et que l'on peut facilement homologuer à ceux des deux appareils prothoraciques. Chez la larve du premier âge, on constate facilement que les muscles latéraux, qui font mouvoir la tête et la portent tantôt de côté, tantôt en haut, exercent une influence très grande sur l'ac- tivité de l'appareil photogénique. Mais, qu'il s'agisse de la larve ou de l'Insecte parfait, on voit que le rôle des muscles ne fait que favoriser l'acte fondamental de la fonction photogénique, sans se confondre avec lui (1). (1) Remarque. — L'analyse approfondie du rôle des muscles dans l'accomplisse- ment de la fonction photogénique montre suffisamment, sans qu'il soit nécessaire d'insister davantage, l'inexactitude de l'interprétation proposée par MM. Robin et Laboulbène. Dès qu'un des organes ventral ou dorsal, disent ces auteurs, est mis à décou- vert, sa surface humide et brillante s'enfonce et se relève par mouvements lents et réguliers dus à la contraction des faisceaux musculaires striés qui s'insèrent à la face profonde. C^tte surface devient bientôt louche et verdàtre, parce que ces contractions rompent alors les cellules adipeuses de renvelopi)e sus-indi(|uée et font couler sur elles les gouttelettes de leur contenu huileux. La conception du rôle singulier de ces fibres musculaires brisant l'enrcloppe des cellules adipeuses pour faire écouler leur contenu huileux est tout à fait ingé- nieuse; mais, en désaccord absolu avec les faits que nous avons exposés. Il est surprenant que ces observateurs n'aient pas reconnu dans ce liquide louche et vcrddlre les caractères si tranchés du sang de ces Coléoptères. LliS ÉLATÉRIUES LUMINEUX 231 Innervation. — D'une manière générale, malgré les travaux de Treviranus, de Burmeister, de Renger, de Walckenaer, de Dugès, de Yersin et ceux plus récents de Faivre, l'étude de la ph^'siologie du système nerveux des Insectes est encore fort peu avancée. En ce qui concerne l'influence du système nerveux sur la fonc- tion photogénique des Pyropliores, nous ne connaissons pas d'expériences antérieures aux nôtres, sauf la prétendue galvani- sation de la chaîne ventrale tentée par de Ilumboldt au moyen de morceaux de zinc et d'argent (p. 21) (1). Les Pyropliores se prêtent beaucoup mieux cependant à ce genre de recherches que les Lampyres qui sont mous, fort peu maniables, et perdent beaucoup de sang sous l'influence de la moindre piqûre. Les Élatérides lumineux, au contraire, sont robustes et dociles. La résistance et la fixité des diverses pièces tégumentaires rendent facile la détermination de leurs rapports avec les ditrérentes parties du système nerveux. Ganglion frontal. — Si l'on enfonce une aiguille rougie au feu dans le point correspondant au ganglion frontal, on constate au ])out de quelques minutes que l'Insecte n'a perdu aucune de ses facultés motrices proprement dites. Les antennes, les palpes, les pattes, tous ces organes peuvent se mouvoir spontanément ; mais, l'Insecte paraît privé de la faculté de coordination ou de la notion du monde extérieur ;' il se dirige tantôt à droite, tantôt à gauche, et son allure incertaine (fig. xvii) contraste singuliè- rement avec la démarche régulière, rectiligne et assurée qu'il alTecte loujours à l'état normal (fig. xvni). S'il se heurte à un obstacle, il ne cherche pas à le tourner ou à le franchir : il recule un peu, se heurte de nouveau, ou bien il reste immobile en face de lui. Les appareils lumineux prothoraciques sont alors éteints com- plètement ou n'émettent plus qu'une très faible lueur, mais le réflexe sensitif n'est pas aboli, car toujours l'excitation méca- nique fait naître la lumière ou produit un accroissement rapide de la luminosité dont l'éclat est aussi intense qu'à l'état ordi- naire. Une section transversale pratiquée entre le ganglion frontal et (1) Remarque. — MM. Kubin et Laboulbene ont écrit que Bruwn et Linné avaient prouvé de mille manières (|ue le pouvoir éclairant était placé sous l'influence de la volonté. Brown n'a fait aucune expérience à ce sujet, (piant à Linné, il ne paraît pas, dans ses écrits, qu'il ait vu des Pyropliores autre })art (jue dans les collections de la Reine Ulric. 232 HAPHAKL DUBOIS les ganglions cérébroïdes, de façon à diviser les connectifs et à isoler complètement le ganglion frontal, produit les mêmes résul- tats que la piqûre de cet organe. On remarque en outre que l'in- Fig. xviK — Giaphique «le la niarclie après lésicm Ju ganglion fiontai secte ouvre fréquemment sesélytres et quil prend la même alli- lude que lorsqu'on le place, à l'clat normal, dans l'air rarelié, dans les gaz inertes ou dans un milieu dont la lempérature est élevée au-dessus de OU". Il y a manifestement de la gène de la respiration. Gan(jllom a'rcbroides. — Une section de la commissure réunis- sant les deux ganglions cérébroïdes n'exerce x>as toujours une LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 233 ,j...,' Il ^ i ■ • V .\ )'"■■.- k y- ' ■ 1 ■ 1 • " , r ■'<""■■ . ,.■■ ;yv 1 f •' 234 nAPIIAKL DIîBOIS LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 235 influence marquée sur la motilité. Cette section, de même qu'une simple piqûre de cette région, provoque souvent une irrésistible tendance à marcher en arrière. Le graphique de cette singulière allure est représenté par la figure xix. La sensibilité réflexe n'est pas amoindrie et les appareils lumi- neux fonctionnent normalement. ' J \ N>. {} ' A ^- Fi;j. XX. - Graphique fie la marche du Pyrophore après fiesfriiction du ganglion cércbroïde droit. La destruction de l'un des deux ganglions cérébroïdes seule- ment imprime à la marche une direction circulaire autour d'un axe fictif qui serait situé du côté sain de l'Insecte. Les graphiques ofïrent toujours une remarquable régularité. Lorsque la lésion porte sur le ganglion cérébroïde droit, l'In- secte est entraîné à gauche (fig. xx) . Si, au contraire, la lésion porte sur le côté gauche, c'est vers la droite que l'Insecte est entraîné (fig. xxi). 286 RAPIIAKL DUBOIS Parfois, les cercles décrits par l'Insecte sont moins étendus (fig. xxii) ou bien encore la pointe de l'abdomen devient le pivot de rotation du corps de l'Insecte et l'on obtient des tracés qui peuvent paraître difrérents des précédents, mais qui en réalité sont produits par le même mécanisme (tig. xxiii et xxiv). XXI. — Graphi(iue(le la marche (Ju Pyropliore apix's destruction du ganglion cérébroïde gauclic. L'étude attentive de ces tracés montre que le mouvement de rotation ne s'efrectue pas ici par le même procédé que lorsque l'Insecte privé, dans l'obscurité, d'une lanterne prothoracique, décrit les graphiques que nous avons figurés plus haut (fig. x et %. XI). Il est important d'être fixé sur ce point, car on pourrait sup- LES ELATERIDES LUMINEUX 237 poser que le mouvement tournant tient à la suppression des contres optiques d'uncôté. I.ohes optiques — Après la destruction du lobe optique d'un côté ou de la cornée, par le fer rouge, on peut obtenir des dévia- Fig. XXIV. lions en rond de la marche comme lorsqu'une des lanternes tho- raciques est obturée et alors le graphique est identique. Mais, il 238 RAPHAËL DUBOIS arrive souvent que l'Insecte s'avance en ligne droite, quoiqu'avec hésitation. Lorsque les deux yeux sont détruits, la marche est de même un peu hésitante et l'Insecte se sert alors de ses antennes comme quelqu'un qui va à tâtons. Si l'on enlève une des antennes, l'animal est entraîné du côté opposé. Enfin, quand on supprime les deux antennes, ce sont les palpes maxillaires qui sont chargées de les suppléer. Aucune des modifications apportées à la marche par ces divers procédés ne donne les mêmes résultats que les lésions d'un gan- glion cérébroïde. L'observation directe et l'examen des graphiques montrent clairement que les membres du côté opposé à celui de la lésion ne sont pas paralysés ; ils sont seulement atteints de parésie : les mouvements ont moins d'amplitude et leur énergie étant moins grande, l'action des membres du côté opposé devient prédomi- nante ; l'Insecte est alors poussé du côté le plus faible. Pendant la natation, cette observation est facile à faire et il y a lieu d'être surpris que M. Faivre, qui a étudié l'influence de ces lésions sur les Dytiques, attribue le mouvement de rotation à un acte volontaire de la part de l'animal (1). Il suffit, pour démontrer l'inexactitude de cette interprétation de séparer la tête du corps de l'Insecte après avoir déterminé le mouvement de rotation par une lésion d'un ganglion cérébroïde ; même après l'ablation de la tête, la modification imprimée à la marche persiste et elle est de même sens qu'avant (2). En un mot, le phénomène de paralysie croisée existe chez (1) E. Faivre. Ann. des Se. nat., (4), VIII et IX, 1857 et 1858. (2) Remarque. — Nous avons répété plusieurs fois cette expérience sur d'autres Insectes, sur des Poissons (Anguilles) et des Oiseaux (Canards). L'impression trans- mise par le cerveau à la chaîne ganglionnaire ou à la moelle persiste dans ces centres, même après la destruction de l'organe qui a servi de point de départ. On peut dire dans ce cas : Causa ablata, non tollitur effectua. L'ordre donné par le cerveau, alors même qu'il vient d'être détruit continue à être exécuté, peut-être en vertu d'une de ces actions encore peu connues que l'on désigne sous le nom de phénomènes inhibitoires (a) (a) R. Dubois, Application de la méthode graphique à l'étude des modifications imprimées à la marche par les lésions nerveuses expérimentales chez les Insectes. Bull, de la Soc. de Biol., (8), I, p. 642, 1885. — Id., Persistance des troubles mo- teurs d'origine cérébrale, après l'ablation de la tête, chez le Canard. Bull, de la Soc. de Biol., (8), III, p. 19, 1886. LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 239 rinsecte après la destruction du ganglion cérébroïde, mais la pa- ralysie est incomplète. Il est bien évident que les mouvements des antennes et des palpes maxillaires du côté sain ne sont pas modifiés, tandis que ceux des antennes du côté où le ganglion cérébroïde a été détruit sont abolis. 11 était indispensable de bien fixer les eflfets produits par ces lésions nerveuses et d'établir avec soin leur déterminisme avant de- rechercher qu'elle pouvait être l'influence de celles-ci sur la fonction photogénique. La destruction de l'un des deux ganglions cérébroïdes ne mo- difie pas le fonctionnement des organes lumineux prothoraciques. Ils peuvent encore l'un et l'autre éclairer spontanément, avec la même énergie et le réflexe sensitif, qui amène une exagération de l'intensité lumineuse, se manifeste, quel que soit le point sur lequel porte l'excitation. Si l'on découvre les deux appareils en enlevant la calotte chiti- neuse qui les protège, on constate la persistance des pulsations musculaires, dont nous avons parlé, dans l'un et l'autr eappareil. Mais, si les deux ganglions cérébroïdes sont détruits à la fois, les pulsations rhythmiques disparaissent et le phénomène lumi- neux est immédiatement supprimé. C'est en vain que l'on excite les divers points du corps de l'Insecte : le réflexe lumineux n'existe plus. L'Insecte peut marcher, écarter ses élytres et ses ailes ; mais, il n'est plus éclairant et a perdu la faculté de sauter. On ne peut faire reparaître une lueur qu'en excitant directe- ment l'organe ; mais, celle-ci est passagère et peu intense. La décapitation produit le même effet. Ganglion prothoracique. — La destruction du ganglion protho- racique d'où partent les nerfs qui innervent les muscles des organes lumineux prothoraciques amène leur extinction défini- tive et aucune excitation portée soit au-dessus, soit au-dessous de ce ganglion ne peut faire reparaître la lumière. Ganglion sous-œsophagien. — Si l'on détruit la masse ganglion- naire sous-œsophagienne, l'Insecte se comporte comme lorsque les deux ganglions cérébroïdes n'existent plus, mais les mouve- ments des palpes et des antennes persistent. La pointe rougie d'une aiguille portée entre le point lésé et l'appareil prothoracique d'un côté provoque l'apparition de la lumière dans cet appareil. 240 RAPHAËL DUBOIS Ou obtient le même résultat en appliquant cet excitant dans tous les points compris entre l'appareil protlioracique et la région occupée par le ganglion protlioracique, mais non en arrière de celui-ci. La plaque ventrale se comporte de la même façon après la des- truction du ganglion sous-œsophagien. L'excitation, portée entre le point lésé et la plaque ventrale, peut faire reparaître la lumière éteinte dans cet appareil ; mais, le résultat est nul si l'excitation est portée au-dessous de cet organe ou bien si le ganglion qui commande à ses muscles est détruit. En résumé, trois indications principales résultent de ces expé- riences. 1° La lésion d'un des ganglions cérébroïdes ne suffit pas pour supprimer ou modifier la faculté photogénique, ce qui indique l'existence d'une sorte de suppléance de ces ganglions. 2" La destruction des deux ganglions cérébroïdes montre que d'une part la volonté intervient dans la manifestation lumineuse spontanée et que de l'autre le rellex lumineux dépendant de la sensibilité générale a son siège dans ces organes. 3" Les ganglions cérébroïdes agissent par l'intermédiaire du ganglion protlioracique sur les muscles qui produisent les pulsa- tions rhythmiques accompagnant le phénomène lumineux dans les organes prothoraciques : 4" L'organe abdominal se comporte sous le rapport de l'inner- vation comme les appareils prothoraciques (1). (1) Remarque. — Les observations qui résultent des expériences faites par Mat- teucci sur le Lampyre d'Italie concordent avec les nôtres : « Il suffit » dit-il « d'irriter l'Insecte en un point (|uelconque pour le voir en un instant devenir lumi- neux. En touchant un des points des segments la lueur persiste davantage. Si à ce moment on coupe la tète de l'animal, on ne tarde pas à voir la lumière s'affaiblir puis cesser entièrement, et alors, on aperçoit la couleur rouge de la membrane des segments lumineux. Dans cet état, on peut irriter même fortement l'Insecte sur le thorax, sans que l'on réussisse à le rendre phosphorescent. Pour que cet effet ait lieu, il est nécessaire de toucher les segments lumineux eux-mêmes et alors les points brillent et la lumière va s'étendant de ceux-ci au reste des segments eux- mêmes. » Matteucci a noté également, au moment de l'apparition de la lumière, un mouve- ment oscillatoire extrêmement rapide dans le point excité, qui n'est autre que le mouvement fibrillaire des faisceaux musculaires. Les auteurs qui ont écrit depuis Matteucci sur l'intluence du système nerveux sur la luminosité du Lampyre n'ont rien ajouté d'important. Mais, nous le répétons, le Lampyre ne se prête pas à une analyse physiologique méthodique comme celle que nous avons pu pratiquer sur le Pyrophore. LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 241 g 6. — Respiration. L'éLude de la respiration présente chez les Pyropliores un inté- rêt tout spécial, en raison de l'importance que l'on a attribuée jusqu'à présent à la théorie de la combustion photogène. L'influence de l'acte respiratoire sur la fonction photogénique doit être étudiée à trois points de vue qui sont : 1° le mécanisme de la respiration ; 2" les modifications subies par l'air respiré ; 3° la respiration élémentaire comparée dans les organes lumineux et dans les autres tissus. Rapport de la fonction photogénique avec le mécanisme respiratoire. — Les premières recherches sur le mécanisme de la respiration chez les Élatérides sont dues à M. Plateau (1), qui a eu recours pour cette étude à la méthode graphique et à celle des projec- tions. Nous nous sommes servi exclusivement de la première de ces deux méthodes. L'appareil graphique employé consiste en un stylet d'alumi- nium, très mince, très léger, d'une longueur de 0"'20<="'. Il est monté sur un support qui porte un axe fixe en acier, autour du- quel peut tourner l'extrémité du stylet opposée à la pointe : les mouvements de déplacement latéraux sont limités par deux ron- delles métalliques fixes. Le stylet porte à deux centimètres de l'axe de rotation un petit talon, dont l'extrémité bifurquée s'ap- puie sur le point à explorer. Dans les expériences de M. Plateau, l'Insecte était supporté par une épingle traversant le prothorax, le quatrième somite abdominal reposant sur une épingle coudée à angle droit. Pour éviter toute mutilation, il est préférable de fixer l'Insecte sur un bouchon de liège, soit au moyen d'une bandelette de caoutchouc passant sur le prothorax, soit en soudant au liège la face inférieure du corps avec un peu de paraffine fusible à 45°. Lorsque le prothorax seul est immobilisé, on peut étudier à la fois les mouvements de totalité de l'abdomen et les mouvements particuliers des diverses pièces qui concourent au jeu de la res- piration. M. Plateau pense que les grands mouvements d'élévation et d'abaissement de la pointe de l'abdomen ne sont pas en rapport avec l'acte respiratoire. Cependant, cet auteur a trouvé une rela- (1) Plateau, Recherches expérimentales sur les mouvemeiits respiratoires des Insectes. Bruxelles, p. 97, 1881. 242 RAPHAËL DUBOIS tion constante entre le relèvement de l'extrémité postérieure de l'abdomen, l'affaissement de la partie médiane et le mouve- ment général d'expiration, « de sorte que le profil longitudinal de la face dorsale devient un peu concave >). On peut constater l'exactitude de cette observation dans la seconde moitié du tracé n" 2, fig. XXVI, qui représente à la fois les mouvements de totalité de l'abdomen et les mouvements respira- toires de l'un des tergites. Cette remarque est particulièrement intéressante, en ce qui concerne les Pyrophores, parce que c'est précisément le mouve- ment de relèvement forcé de la pointe de l'abdomen, accompa- gnant le mouvement d'expiration générale, qui détermine l'appa- rition de la lumière dans la plaque ventrale. Or, si la lumière était due à une combustion s'effectuant au niveau des trachées, qui aboutissent à l'organe lumineux abdominal, on comprendrait difficilement que l'expiration forcée put faire apparaître le phé- nomène lumineux. Le mouvement de relèvement de la pointe de l'abdomen, accom- pagnant le mouvement d'expiration générale a pour effet de faire refluer le sang contenu dans la cavité abdominale vers la partie antérieure du corps de l'Insecte. Ce sang qui a été hématose pendant l'inspiration est poussé vers les organes lumineux qui s'ouvrent, pour le recevoir, par le mécanisme des muscles extenseurs que nous avons expliqué plus haut, et le phénomène lumineux s'accomplit. On peut s'assurer de deux manières qu'il en est ainsi, soit en faisant exécuter à l'abdomen le même mouvement à l'aide des doigts, en déprimant légèrement la face dorsale de l'abdomen, soit en observant les fluctuations que subit une goutte de sang obtenue à l'aide d'une piqûre pratiquée sur l'organe lumineux. Recherchons maintenant quelle relation existe entre les mou- vements respiratoires proprement dits et le phénomène lumineux. Pour se débarrasser de l'influence que les grands mouvements d'élévation et d'abaissement de la pointe abdominale exercent sur la forme du graphique des mouvements de chaque tergite considéré isolément, on procède de la manière suivante. Après avoir pratiqué deux incisions curvilignes dans les élytres, de façon à mettre à découvert les ailes, on sectionne celles-ci près de leur point d'insertion. La petite fenêtre ovale ainsi obtenue permet de voir la partie médiane des tergites abdominaux. On peut alors faire reposer sur chacun d'eux successivement le petit LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 243 talon du stylet enregistreur et obtenir facilement le graphique des mouvements respiratoires de chaque anneau de l'abdomen. La face ventrale est soudée dans toute son étendue au support de liège, au moyen de la paraffine fusible à 43°. Les tracés obtenus offrent des caractères différents, selon l'an- neau considéré, selon l'état d'excitation de l'Insecte, etc. Nous n'avons pas à entrer ici dans l'analyse de ces mouvements, qui trouverait mieux sa place dans une étude spéciale du mécanisme de la respiration chez les Coléoptères et nous nous bornerons à enregistrer le fait suivant qui offre une importance capitale au point de vue qui nous occupe. Les tracés n»^ 2, 3, 4, S et 6 (fîg. XXV XXIX) pris sur les différents anneaux de l'abdomen nous mon- trent que les mouvements parfaitement réguliers et rhythmés de la respiration peuvent être suspendus complètement comme l'indique la ligne droite commençant au point E sur chaque tracé. Ce point E indique le moment précis où l'Insecte a été excité. L'excitation était pratiquée soit en touchant avec un pinceau la surface des téguments ou les antennes, soit en approchant un stylet rougi au feu, soit encore en déposant au voisinage des antennes une goutte d'ammoniaque ou de toute autre liquide émettant des vapeurs irritantes. Or, quelle qu'ait été la nature de l'excitant emplo^^é, toujours l'arrêt des mouvements respira- toires a suivi immédiatement l'excitation et simultanément la lumière a p^ru avec tout son éclat dans les appareils prothora- ciques. Il est hors de doutes que le même réflexe sensitif qui arrête les mouvements respiratoires soit précisément celui qui donne à la luminosité son intensité maxima. L'étude du système musculaire des appareils lumineux nous permet de comprendre comment l'Insecte peut, alors même qu'il est immobilisé, utiliser les muscles propres et les muscles acces- soires qui sont des extenseurs ; les mouvements d'extension du prothorax sur le thorax et de relèvement de l'abdomen sont seuls supprimés. Non seulement le réflexe sensoriel, qui amène la production de la lumière et arrête la respiration, est conservé chez l'Insecte fixé comme nous l'avons indiqué; mais, chaque soir, à l'heure ordinaire, l'exacerbation vespérale se produit. L'animal en expé- rience est peu incommodé par cette immobilité forcée. Nous avons pu conserver en vie pendant plusieurs jours, sur le mor- ceau de liège où ils avaient été maintenus par la paraffine, des Pyrophores qui n'ont cessé d'être spontanément lumineux le soir 244 RAPHAËL DUBOIS que vers le troisième ou le quatrième jour. Le graphique de la respiration a pu être pris pendant ce laps de temps, le jour et la nuit (1). L'examen du tracé indique que vers le soir les mouve- ments respiratoires augmentent de fréquence mais non d'ampli- tude, pendant que les appareils prothoraciques émettent sponta- nément de la lumière. Mais, cette coïncidence n'existe que pendant les deux premiers jours et vers la fin du troisième en général, l'épuisement de l'Insecte entraîne la perte de la lumino- sité ; cependant les mouvements respiratoires continuent à subir l'influence de la surexcitation vespérale. Il s'agit donc ici de deux phénomènes concomittants qui dépendent l'un et l'autre de la suractivité générale de l'organisme, pendant la période cré- pusculaire. Il importe de faire remarquer que chez les Insectes immobi- lisés au moyen de la paraffine par le procédé que nous avons décrit, les stigmates prothoraciques sont obturés : ceux du méso- thorax, qui ne fonctionnent que pendant le vol, sont également inactifs. Il résulte de ce fait que les stigmates abdominaux suffi- sent à la respiration et que le mécanisme respiratoire des an- neaux de l'abdomen est le seul qui soit à considérer. L'occlusion des stigmates prothoraciques démontre de la ma- nière la plus nette que le jeu des stigmates ne commande pas à la fonction photogénique des organes qui reçoivent des trachées partant de ces ouvertures. D'ailleurs, la disposition* anatomique des trachées indique suffisamment, ainsi que nous l'avons déjà (1) Remarque. — Dans une de ces expériences nous avons enregistré les mouve- ments respiratoires pendant trois heures consécutives du jour et trois lieures de la nuit. Le cylindre sur lequel s'inscrivait le graphique faisait un tour en quinze minutes : chaque hgne du tracé de la nuit portait l'indication de 85 à 90 mouvements res- piratoires, tandis que celles du jour en montraient seulement 50 à 60. L'examen com- paratif de ces tracés indiquait que l'amplitude, la régularité et même la fréquence des oscillations respiratoires était la môme la nuit et le jour, l'Insecte étant éclai- rant ou éteint. Mais la différence des chiffres fournis par le nom.bre des pulsations exécutées la nuit et le jour en quinze minutes s'explique facilement par ce fait que dans le jour les mouvements respiratoires se font par séries suivies d'intervalles de repos, tandis que le soir les mouvements sont continus. Si, pendant la nuit, on éclaire vivement la pièce oii se trouve l'Insecte, le rhythme respiratoire n'est pas modifié, mais la lumière de l'Insecte est modérée ou supprimée. Inversement, dans le jour, quand l'Jnsecte n'est pas éclairant, on ne voit pas, en dehors des excita- tions extérieures, se produire des variations de l'état des organes lumineux en rapport avec les temps d'arrêt assez réguliers et occupant parfois un tiers du tracé ou avec les séries de mouvements respiratoires. Tracé n. i. Tracé n- 5 Graphiques des mouvements respiratoires des anneaux abdominaui^ du Pyrophorus noctilucus. 1',. h'.'iitiifidii pi-oduisant simitUnii,:Mi;il Viu-ivt irspiratnire et l'apparition de la Imnièi-e (>a,is les appareils pnithnrncirji'rs. ^^f^^^p ^• abv LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 24o fait observer (p. 76), que l'occlusion de tel ou tel stigmate ne peut amener aucune perturbation localisée, en raison des larges anas- tomoses qui mettent en communication entre elles toutes les trachées du corps de l'Insecte. En disposant convenablement au-dessous du corps de 1 Insecte, fixé par l'abdomen seulement, un petit miroir, on peut observer simultanément le jeu des stigmates prothoraciques et les varia- tions d'intensité du pouvoir éclairant des organes prothoraciques. On constate alors que ces stigmates s'ouvrent et se ferment en moyenne cinq à six fois par minute , que les Insectes soient éteints ou qu'ils soient éclairants. Il n'est pas possible d'étendre aux Pyrophores les conclusions de Morren, qui- a attaché une grande importance à l'ouverture et à la femieture des stigmates dans la production du phénomène lumineux chez le Lampyre noctiluque. D'après cet observateur quand les stigmates se ferment, la lumière s'éteint aussitôt et reparaît lorsque le stigmate s'ouvre de nouveau, et comme 1 In- secte a le pouvoir d'ouvrir ou de fermer ses stigmates, il peut à volonté augmenter ou diminuer sa lumière. Il explique ainsi l'intensité plus grande de la lumière des Élaters pendant le vol, parce que, dit-il, à ce moment la respiration étant plus éner- o-ique les stigmates restent ouverts. Il suffit, pour montrer 1 ina- nité de cette hypothèse, de faire remarquer que la plaque ventrale entre en activité et brille avec vivacité toutes les fois que 1 In- secte écarte ses élytres et relève la pointe de l'abdomen par le ieu des muscles extenseurs, alors même qu'il ne vole pas. Ajoutons encore que si l'on ferme avec de la paraffine 1 un des deux stigmates prothoraciques,l'ouverture du second étant laissée libre, on ne constate aucune différence dans l'intensité lummeuse des deux appareils prothoraciques. Il semble également que la respiration cutanée existe chez ces Coléoptères, car lorsqu'on les soumet à l'action du vide, après les avoir immergés dans l'eau bouillie, on voit leurs téguments se couvrir de fines bulles gazeuses. La suppléance qui s'établit au point de vue de la respiration entre les différentes parties du corps n'est pas douteuse. Si Ion immerge, soit la moitié postérieure, soit la moitié antérieure seulement du corps de flnsecie, les organes lumineux continuent à fonctionner comme à l'état normal. _ ^ Mais vient-on à plonger flnsecte tout entier dans feau privée de gaz ou dans l'huile, au bout d'un quart d'heure environ, la 246 RAPHAËL DUBOIS Luminosité des appareils décline et ne tarde pas à disparaître. Tous les stigmates et les pores cutanés étant fermés, il faut quinze minutes pour obtenir ce résultat, comment pourrait-on accepter l'hypotlièse de Morren qui voit dans le jeu des stigmates un moyen de régler à volonté l'éclat de la lumière? Puisque l'occlusion de tous les orifices respiratoires a pour effet d'amener l'extinction des foyers lumineux, au bout de quelques minutes, on peut être tenté de pencher vers la théorie de la combustion photogène. Si la fonction photogénique était seule entravée, cet argument aurait une certaine valeur; mais, l'ex- tinction est accompagnée, dans ces conditions, d'asphyxie mani- feste, laquelle entraîne avec elle des perturbations profondes des systèmes nerveux et musculaire s'accusant par une vive agitation^ bientôt suivie d'une profonde inertie. L'immersion produit donc des effets analogues à ceux qui ré- sultent de la dépression barométrique (V. p. 158 et suiv.), moins cependant les modifications imprimées par le vide à la forme de l'abdomen de l'Insecte, qui indiquent que le mécanisme respira- toire et circulatoire est profondément atteint, ainsi qu'il est facile de le comprendre, grâce aux notions acquises antérieurement. Nous savons aussi que l'introduction de liquide dans les tra- chées occasionne la perte du pouvoir photogénique et que celui- ci reparaît quand on a débarrassé par le vide les voies aériennes (p. 160). Il est donc bien évident que l'acte respiratoire est nécessaire à l'exercice des appareils photogéniques, au fonctionnement des- quels concourent non seulement le tissu propre de l'organe, mais encore des muscles, des nerfs et le sang lui-même. Mais, c'est là une loi physiologique générale qui veut que tout organe ou tout appareil qui travaille respire. Nous croyons avoir démontré suffisamment que, si la respira- tion est une nécessité pour le tissu de l'organe lumineux, comme pour tout autre tissu, il y a lieu d'abandonner complètement l'hypothèse anti-physiologique d'une combustion lumineuse loca- lisée dans des appareils comparables à des foyers recevant de l'air par des conduits spéciaux destinés à alimenter la combus- tion et dont l'activité serait réglée par le jeu de stigmates déter- minés. Modifications subies par Vair respiré. — Nous savons déjà que pendant la période nocturne les mouvements respiratoires sont, dans un temps donné, plus nombreux que dans le jour. Il était LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 247 utile de rechercher si la consommation d'oxygène et la produc- tion d'acide carbonique étaient en rapport avec l'accélération des mouvements respiratoires. A cet effet, vingt Pyrophores furent enfermés pendant trois jours et trois nuits dans un flacon de verre plat, posé horizonta- lement. Ce récipient, dont la forme permettait aux Insectes de se mouvoir librement, avait une contenance de 300^^, La composi- tion de l'air dans lequel les vingt Pyrophores avaient respiré fut déterminée matin et soir, après un séjour de douze heures de nuit et de douze heures de jour. A la suite de chaque analyse, l'air du flacon était renouvelé avec soin. L'analyse de l'air a donné les chiffres suivants : Oxygène absorbé pendant le jour ; f-^jour IGcct). 2e » ii4 2. .3° » 20 6. Acide carbonique exhalé pendant le jour : le-' jour \o^n. 2' » 21 3. 3« » 18 3. Oxygène absorbé pendant la nuit : l''«nuit 32CC7. 2° » 34 2. 3-^ » 37 5. Acide carbonique exhalé pendant la nuit : f*^ nuit 21«c4. 2« » 22 3. 3« » 28 2. L'examen de ces chiffres indique que les Pyrophores absorbent toujours plus d'oxygène, en volume, qu'ils ne rejettent d'acide carbonique et que le rapport -— - s'éloigne beaucoup plus de l'unité la nuit que le jour. Le récipient de verre ne renfermait aucune trace d'excréments et l'air analysé ne paraissait pas contenir de produits gazeux par- ticuliers susceptibles d'expliquer l'emploi de l'oxygène disparu. Nous nous sommes demandé si une partie de l'oxygène n'était pas condensée à l'état d'ozone, la présence d'une quantité notable de ce gaz dans l'air n'étant pas incompatible avec la vie pour le Pyrophore. L'air dans lequel les Pyrophores avaient respiré pos- sédait une odeur sid generis qui n'était pas celle de l'ozone. Mais, 248 RAPHAËL DUBOIS l'hypothèse émise, à propos des Lucioles, que le phénomène lumi- neux pouvait s'expliquer par l'oxydation lente, en présence de l'air, d'un liquide occupant les dernières ramifications des tra- chées, ainsi que l'importance accordée par Radzizewski au rôle de l'oxygène actif dans la production de la phosphorescence des corps organisés, nous ont engagé à rechercher si l'atmosphère confinée, où avaient vécu pendant douze heures les Pyrophores ne contenait pas d'ozone. Or, plusieurs expériences successives nous ont donné des résultats négatifs. Les divers papiers ozonos- copiques, suspendus dans les flacons contenant des Pyrophores n'ont pas changé de teinte. Le papier bleu de tournesol humide à pris une légère coloration rouge vineux, déterminée probablement par l'action de l'acide carbonique. Il restait à savoir si Tair resté dans les trachées ne contenait pas de l'ozone susceptible d'être absorbé ou décomposé dans les voies respiratoires de l'Insecte (1). Expérience. — Dans un tube portant un étranglement à sa partie moyenne, nous avons introduit une solution d'iodure de potassium dans l'eau amidonée (2). Un Pyrophore fut introduit dans la partie inférieure du tube qui était rempli en grande partie par le liquide réactif; l'étranglement empêchait l'Insecte de sur- nager. Par l'action du vide, les gaz s'échappaient du corps prin- cipalement au niveau des stigmates. Les bulles qui devenaient libres traversaient, avant de s'échapper, la colonne du liquide ozonoscopique, avec lequel elles avaient été déjà longtemps en contact, en raison de leur adhérence aux téguments. Même après agitation, la couleur du liquide resta la même. Bien plus, en réta- bhssant la pression et en faisant de nouveau le vide, il' fut pos- sible de retirer une partie du liquide qui avait pénétré dans les trachées: il était incolore. On pouvait, en interposant un mano- mètre à mercure entre le tube étranglé et la machine pneuma- (1) Remarque -Le volume d'air contenu dans le système trachéen de llnsecte est assez considérable. On peut l'évaluer approximativement au quart du volume du corps. On a une idée assez exacte de la capacité trachéenne de l'Insecte en soumettant a 1 action de la machine pneumatique un Pyrophore immergé dans l'eau Apres avoir extrait les gaz par le vide, on rétablit la pression et l'eau se préci- pite dans les trachées. La différence de poids, avant et après l'expérience, donne le volume d eau qui a pénétré par les orifices respiratoires. m Remarque - IJne bulle d'oxygène ozonisé produisait dans cette solution un nuage bleuâtre très accentué. La même solution brunissait rapidement sous une cloche contenant des bâtons humides de phosphore. LESÉLATÉR IDES LUMINEUX 249 tique, raréfier plusieurs fois de suite l'air qui avait été en contact avec rinsecte, celui-ci étant tantôt immergé, tantôt à sec, selon la position occupée par le tube étranglé. Grâce à cette sorte de respiration artificielle, l'expérience put être prolongée assez longtemps avec des alternatives d'éclairage et d'extinction des organes lumineux et aucune trace d'ozone ne fut décélée. Ces expériences permettent de penser qu'il ne se forme pas d'ozone, au moins dans l'arbre aérien, k moins que ce gaz ne soit détruit au fur et à mesure de sa formation. La quantité d'acide carbonique produite pendant trois jours par vingt Pyrophores a été de So<^'=4. Pendant les trois nuits, cette quantité a été de 72,3. La quantité totale a donc été de 127"7. D'autre part, le poids des vingt Pyrophores, avant l'expérience, était de S-^QS et, après l'expérience, de... 8-''32 La perte a donc été de 0-''63 soit environ 0"''03 par Insecte. Mais, le poids de ITI'^n d'acide carbonique étant de 0-''249"'-, cette quantité d'acide carbonique représente moins de 0^'06 de carbone. L'excédant de la perte de poids doit être attribué en grande partie à la vapeur d'eau exhalée par les Pyrophores, car, nous le répétons, nous n'avons pas trouvé de trace d'excréments dans le récipient de verre où ces Insectes avaient séjourné pendant trois jours. Si par la pensée on compare la dépense d'un foyer lumineux par combustion quel qu'il soit, avec celle des vingt Pyrophores qui ont donné ces résultats, il est difficile d'admettre que l'éner- gie lumineuse fournie par ces Insectes soit le résultat d'une com- bustion ; surtout si l'on considère que l'acide carbonique exhalé représente le produit brut de tout l'organisme. On peut cependant objecter que nos propres expériences montrent que l'absorption de l'oxygène et la production de l'acide carbonique sont notablement plus considérables pendant la nuit, c'est-à-dire pendant la période d'éclairage ; mais, nous savons aussi que tout l'organisme est en état de suractivité, au moins pendant une partie de la nuit, et qu'il est impossible de faire, par ce procédé, la part de la dépense qui doit être attribuée à la pro- duction de la lumière. Respiration élémentaire. — Depuis les expériences de Spallan- 250 RAPHAËL DUBOIS zani (1), OQ sait que les tissus respirent alors même qu'ils sont séparés de l'organisme dont ils faisaient partie. C'est en étudiant comparativement les modifications de l'air, en contact avec des Lampyrides entiers et avec des anneaux détachés, que Matteucci a cherché à démontrer la réalité de la combustion photogène. Dans une première expérience, ayant enfermé dans des tubes d'égales dimensions (llccS) neuf Vers luisants d'une part, et de l'autre neuf segments lumineux, il vit que les segments lumineux brillaient encore faiblement au bout de 36 heures, alors que les Insectes entiers avaient cessé de luire. Dans le premier tube, tout l'oxygène n'avait pas été absorbé, tandis qu'il l'avait été complètement dans le second. Cette expérience semble établir que la résistance à l'asphyxie et à l'extinction est plus grande pour les segments isolés que pour l'Insecte entier. Matteucci vit également que la phosphorescence pouvait se maintenir pendant quatre jours dans des segments lumineux sé- parés et placés dans une cloche contenant de l'oxygène; mais, que le quatrième jour ils s'éteignaient, bien que les deux tiers seulement de l'oxygène eussent été transformés en acide carbo- nique. Ces segments, remis à l'air libre ou dans l'oxygène, et même légèrement chauffés, ne pouvaient plus donner de lumière au bout de ce temps. Il n'est pas nécessaire, comme l'a fait Matteucci, d'accorder à l'acide carbonique, dans cette circonstance, le rôle d'un gaz toxique. 11 résulte de nos expériences qu'à la pression ordinaire un semblable mélange d'acide carbonique et d'oxygène ne pro- duit aucun phénomène toxique et n'éteint pas la lumière des Pyrophores (p. 187). On pourrait être tenté d'expliquer ce résultat par l'équilibre qui s'établit entre l'exhalation et l'absorption de l'acide carbonique, comme cela se produit pour certains tissus dans les atmosphères suroxygénées, quand la proportion de l'acide carbonique atteint .30 0/0; (2); mais, dans ce cas, la lumière devrait reparaître en présence de l'air ou de l'oxygène pur. En réalité l'activité des organes lumineux cesse en présence de l'oxygène pur au bout d'un certain temps par épuisement, (1) Spallanzani, Mémoires sur la respiration, frad. de Senebier. Genève, 1803. (2) Paul Bert, Leçons sur la respiration. Paris, p. 50, 1870. LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 251 parce qu'ils sont soustraits aux conditions de rénovation molé- culaire nécessaire à l'entretien de la vie. Enfin, Matteucci ayant observé comparativement dans trois cloches des Vers luisants entiers, des segments lumineux et des Vers privés de ces segments lumineux, fit la réflexion suivante d'après les nombres fournis par les analyses de fair contenu dans les trois tubes : « Il est curieux, en considérant ces chiffres, de voir que les deux parties en lesquelles f animal a été divisé auraient agi séparément avec la même intensité que dans le Vers luisant entier et comme si elles avaient vécu d'une vie com- mune. » Les expériences de Matteucci sont fort peu concluantes et ce savant, qui cependant a le premier démontré qu'un muscle en action absorbe plus d'oxygène et exhale plus d'acide carbonique qu'un muscle en repos, n'a pas, à notre sens, tenu un compte suffisant de l'indépendance physiologique des segments isolés chez les Insectes, bien qu'il ait mentionné le fait. Cette indépendance physiologique des segments a une impor- tance très grande, ainsi que le prouvent les expériences suivantes. Expérience I. — Cinq Pyrophores furent divisés en fragments dont on lit deux. parts égales en poids. Chaque part fut placée dans un petit appareil contenant 0,20'=c d'air (1). Le premier ap- pareil contenait les segments lumineux et le second les segments non lumineux : les élytres et les ailes avaient été enlevées. Au bout de douze heures, on analysa comparativement l'air contenu dans les deux tubes et l'on trouva : , . GO^ 2<=^8 Segments non lumineux . . . — — = — ^ • Segments éclairants -pr- = ^r— • • Les segments éclairants avaient absorbé plus d'oxygène et pro- duit plus d'acide carbonique dans le même temps. Je fus frappé de la différence qui existait entre l'intensité lumi- neuse des segments portant les appareils prothoraciques et celle des anneaux auxquels étaient attachées les plaques ventrales. « (1) Les appareils pour rétude de la respiration des tissus dont nous nous sommes servi se composent simplement d'un corps de pompe de seringue dont l'extré- mité recourbée peut être obturée avec une boulette de cire. La face supérieure du piston doit être recouverte d'une couche d'eau ou d'huile. En pressant sur le piston on peut faire passer sous le mercure la quantité voulue de gaz à analyser dans un tube gradué. 252 RAPHAËL DUBOIS Il était facile en même temps de constater que les segments prothoraciques étaient très mobiles et sans cesse agités, tandis que ceux qui portaient les plaques ventrales étaient inertes ou au moins paraissaient tels. Dans le second tube contenant les fragments méso- et métathoraciques non lumineux, les pattes restées attachées à ces anneaux n'exécutaient que des mouve- ments très lents, presqu'insensibles : les derniers anneaux de l'abdomen étaient nécessairement dans le même état que le tronçon portant la plaque ventrale presqu'éteinte. La tête des Insectes était restée adhérente au prothorax ainsi que la première paire de pattes, et ces fragments se comportaient véritablement par leur luminosité et leur activité comme des Insectes complets. La différence constatée par l'analyse, entre la composition de l'air des deux tubes, pouvait tenir à l'activité générale plus grande de ces segments. On fit alors trois nouvelles expériences en ayant soin cette fois de diviser les segments lumineux ou non lumineux en très petits fragments. Les résultats changèrent alors de sens ainsi que le montrent les chiffres suivants : Première expérience. . . CO'- 4,5 Fragments des segments lumineux de cinq Pyrophorcs — = — • 4 , ;> non lumineux CO-2_4,7 Deuxième expériEiNCe. Fragments des segments lumineux des cinq Pyrophorcs — = — 4,-1 non lumineux Troisième expérience. CO-_4,7 CO'^ 4,6 Fragments des serments lumineux de cinq Pvrophorcs = • o o ^ • ' 4,2 * CO^ 4,8 — non lumineux — = — • 4,5 Il nous a été impossible de multiplier ces expériences faute de sujets, et nous ne nous dissimulons pas qu'il serait préférable d'étudier l'absorption de l'oxygène et l'exhalation de l'acide car- LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 253 bonique en opérant comparativement sur une quantité notable de tissu propre des organes lumineux et de muscles par exemple. Mais, cependant les indications fournies par ces expériences ne sont pas à négliger et montrent, tout au moins, qu'il ne convient pas d'accorder aux expériences de Matteucci une valeur absolue. En résumé, cette étude prouve que les stigmates auxquels aboutissent les troncs trachéens qui se dirigent vers les organes lumineux n'ont pas plus d'importance que ceux-ci au point de vue de la fonction photogénique, contrairement à ce que l'on admet généralement. On invoque souvent en fav^eur de la théorie de la combustion photogène le grand développement des trachées au niveau des organes lumineux. Cet argument n'a aucune valeur, puisque chez la larve du Pyropliore, qui possède un appareil lumineux puissant par rapport à sa taille, on constate que la branche qui se rend à l'organe photogène n'est pas plus développée que celle qui part du même stigmate dans une direction opposée (PI. II). D'ailleurs, ainsi que nous l'avons déjà fait remarquer (p. 63), ce sont précisément, chez les larves du second âge, les anneaux dépourvus de stigmates qui ont les appareils les plus lumineux et c'est aussi dans la région cephalo-prothoracique que se montre le premier et le plus actif, le seul qui existe pendant le premier âge. Celui-ci n'est pas plus brillant au sortir de l'œuf que l'œuf lui- même et pourtant l'air pénètre en si grande abondance dans le système respiratoire, après l'éclosion, que le volume de la larve est tout à fait en disproportion avec celui de l'œuf, d'où elle vient de sortir. Rien n'est moins physiologique que l'hypothèse d'une sorte de combustion locale dans laquelle les trachées joueraient un rôle analogue à celui des tuyaux de soufflets de forge attisant un foyer incandescent. Toutes nos observations nous portent à penser que la respira- tion des tissus se fait surtout dans les organes lumineux par l'intermédiaire du sang, comme cela a lieu pour tous les tissus chez les animaux respirant par des branchies ou des poumons. Nous croyons qu'il eu est de même pour les antres parties de l'Insecte, bien que l'on puisse suivre jusqu'à la surface de divers éléments anatomiques les plus fines ramifications trachéennes. Si l'on veut admettre l'oxydation sur place des tissus directe- ment au moyen de l'air amené par les trachées, ce n'est pas à la 254 RAPHAËL DUBOIS combustion photogène qu'il faut l'appliquer : car, le lacis tra- chéen sous-jacent à l'organe lumineux est en rapport, non avec la zone lumineuse, mais avec celle qui est formée par l'accu- mulation des cellules altérées et rejetées vers la périphérie pour y être sans doute complètement brûlées et détruites. On ne saurait cependant nier l'influence considérable exercée par la respiration sur l'accomplissement ou plutôt sur l'entretien du phénomène lumineux. Toutes les perturbations profondes apportées au libre exercice de cette fonction fondamentale, entraînent rapidement la perte de la luminosité : l'immersion dans les liquides, dans les gaz pro- duisant l'asphyxie mécaniquement ou chimiquement, l'action du vide, etc., sont autant de preuves de la nécessité de l'oxygène pour l'entretien de l'activité du tissu lumineux. Mais en quoi ce tissu diflere-t-il des autres? Tous sans exception respirent, sous peine de voir s'évanouir leur vitalité, et avec elle leurs propriétés physiologiques spéciales : faute d'oxygène, le muscle perd lacon- tractilité, le nerf la sensibilité, le cerveau la pensée, l'organe lumineux la lumière. D'autre part, toutes les fois que la privation d'oxygène a retenti sur la fonction photogénique, des manifestations anormales ont éclaté dans les divers systèmes et par conséquent dans les organes ou dans les appareils à la constitution desquels ils concourent. L'étude de la respiration ne nous révèle rien du mécanisme intime d'où naît la lumière animale. Au contraire, nous avons relaté déjà dans le cours de ce travail des faits nombreux et importants qui infirment la théorie de la combustion photogène. Nous allons voir dans le chapitre suivant l'expérience démon- trer que l'énergie mécanique qui se transforme en lumière ani- male n'est pas mise en liberté par une combustion. CHAPITRE V. Chimie. § 1. — L'analyse spectrale démontre qu'il n'existe dans le corps de ces Insectes aucune substance minérale spéciale. Le corps entier de l'Insecte perd par la dessication environ 85 0/0 de son poids primitif. LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 255 Les diverses parties du corps ne fournissent pas par la calcina- tion des quantités de cendres égales, pour un même poids de substance desséchée. Les segments renfermant les organes lumineux (premier anneau abdominal, prothorax) ont donné en moyenne 2, 12 0/0 de cendres. Les autres anneaux ne portant pas d'organes lumineux sont aussi riches en substances minérales ; mais, contrairement à ce que l'on pouvait supposer àiiriori, les tissus des ailes et des élytres en contiennent une quantité beaucoup moindre, gr., 73 0/0. Les cendres des anneaux se distinguent de celles des ailes et des élytres en ce que les premières sont entièrement composées de sels fusibles laissant dans le creuset une masse vitreuse com- plètement soluble dans l'eau, tandis que les secondes sont infu- sibles, blanches et fournissent, après calcination, une élégante dentelle dessinant les moindres détails du squelette des élytres : ces cendres ne sont pas solubles dans l'eau. Par place, on remarque à leur surface des taches d'un vert intense dues à la présence du manganèse. A part quelques traces de fer, de chlore et de soufre, ces cendres sont presqu'entièrement formées de phosphates. Les cendres des anneaux, très alcalines, contiennent en très grande abondance du phosphate de potasse, taudis que celles des élytres renferment principalement des phosphates terreux. Bien que nous n'ayons pu procéder à une analyse quantitative, l'abondance du précipité phospho-molybdique, à peu près égal dans la dissolution des cendres des anneaux porteurs d'appareils lumineux et dans celles des autres anneaux, nous permet de pen- ser qu'il n'y a pas de localisation de ces sels dans telle ou telle partie du corps de l'Insecte. D'ailleurs, pour les motifs que nous développons en remar- que (1), il n'y a pas lieu d'insister sur ce point. (1) Les auteurs qui se sont occupés de la façon dont les Lampyres produisaient la lumière semblent avoir attaché une grande importance à la recherche des phos- phates dans les cendres des anneaux contenant les parties lumineuses, en raison du nMe que l'on attribuait au phosphore dans la production du phénomène pho- togène. Les résultats ont été différents entre les mains des divers expérimenta- teurs. Schnetzler, de Vevey (a), a trouvé des traces de phosphore par les réactifs ordi- naires dans la substance des organes lumineux du Lampyre noctiluque détruite par l'acide azotique et s'est appuyé sur ce fait pour attribuer la luminosité à la combustion du phosphore. («) Schnetzler, Loc. cit. 256 RAPHAËL DUBOIS Le peu de substance fourni par des organes lumineux que nous avons possédés ne nous a pas permis de faire une analyse quan- titative des principes immédiats qu'ils contiennent et les carac- tères qualitatifs n'ont pu être étudiés que par la méthode liisto- chimique. Celle-ci, qui avait déjà été appliquée à l'étude des organes lumineux du Pyrophore, d'abord par le D'" Burnett en Matteucci, au contraire, n'a pu en trouver de traces sensibles, après calcinalion avec le nitre (a). De même, d'après Phipson [b). Thornton Herapatli n'a pu par une analyse très délicate découvrir la plus petite quantité de phosphore (à l'étal de phosphates) dans le corps des Lampyres. Ces divergences tiennent sans doute au peu de sensibilité des réactifs employés à l'époque où ces recherches ont été faites. En calcinant dans un creuset de platine des Lampyres uoctiluques et en traitant les cendres par quelques gouttes d'acide azotique, on peut démontrer, après disso- lution par l'eau distillée, l'existence d'une abondante quantité de phosphates par le réactif nitro-molybdique. Le précipité n'est pas ph^s abondant dans la dissolution des cendres des anneaux porteurs d'appareils lumineux que dans les autres. Ce que nous venons de dire du Lampyre noctiluque s'applique également à la Luciole italique. Nous avons trouvé des quantités de phosphates approximative- ment égales, si l'on s'en rapporte à l'abondance du précipité, dans les segments anlérieui's et dans les segments postérieurs chez des Insectes ayant séjourné plu- sieurs mois dans l'alcool absolu. Ce liquide ne les a pas dépouillé de leur phos- phore ce qui indiquerait qu'il existe à l'état de combinaison (probablement à l'état de lécithine) dans le tissu adipeux. Mais la présence ou l'absence de phosphate, n'a aucune signification, dans ce cas particulier, car nous en avons trouvé en abondance dans les diverses parties du corps d'autres Insectes et spécialement chez le Dytique {Dyticus marginalisj et chez la Saturnie du Chône de la Chine fSaturnia PeiiiyiJ. La présence de ces phosphates ne pouvait être imputée aux aUments ingérés, car la recherche des phosphates chez le Saturnia a été faite sur un Papillon qui venait d'éclore. Les œufs contenaient également des phosphates, ainsi que le méconium dans lequel le microscope montre la présence d'une quantité considérable des corpuscules arrondis dont nous parlerons plus loin. Avant d'essayer la dissolution des cendres provenant de la calcination, on avait eu soin de poiHer le réactif nitro-molybdique à l'ébullition, après y avoir ajouté de l'eau distillée et de l'acide azotique dont on se servait, afin de s'assurer de la pureté des véhicules employés. Ces recherches ont été faites dans le laboratoire de M. le professeur Ëtard. En raison de ces faits et de ceux que nous avons exposés antérieurement (p. 117, 118, 177 et 186), nous regrettons de ne pouvoir adopter l'opinion de M. Enell qui espère que l'on pourra constater que la luminosité du Lampyre est produite par le phosphore ((/). \a) Matteucci, Loc. cit., p. 170. (6) Phipson, Loc. cit., p. 143. ((/) Henrik Enell, Sur la phosphorescence du Ver luisant (Lampyris nocliluca) Entomologisk tidskrifl, Stockholm, I. p. 117 et 118, 1881. LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 257 1850, a' donné entre les mains de M. Heinemann en 1872 et de MM. Robin et Laboulbène en 1873 certaines réactions qui con- cordent avec quelques-unes de celles que nous avons obtenues. § II. — HistocMmie. Eau. — L'eau distillée désagrège rapidement les cellules gra- nuleuses de la couche externe et met en liberté les corpuscules arrondis (PL IX, fig. 8, gr). Ceux-ci, qui sont immobiles dans les cellules entières, prennent aussitôt un mouvement brownien très accentué. Les cellules de la couche centrale se gonflent peu à peu et prennent l'aspect de grosses gouttelettes graisseuses ; mais, le contenu des cellules et les corpuscules sont insolubles dans l'alcool, l'éther, le chloroforme et la benzine. Potasse. — Selon le degré de concentration de la solution de ce réactif, l'action est plus ou moins rapide. La solution de potasse à 1/20 dissout rapidement le protoplasma des cellules granuleuses et met en liberté les granulations. Les cellules non granuleuses se gonflent, leur noyau ne tarde pas à disparaître ; elles prennent alors l'apparence de vésicules à paroi mince hyaline pleines d'un contenu huileux très réfringent. Ces vésicules augmentent rapi- dement de volume, leur paroi se rompt et laisse échapper le contenu fluide dans le liquide ambiant, qui est alors rempli d'une infinité de petites gouttelettes de même apparence. Au bout de plusieurs heures, la préparation est remplie d'une grande quantité de cristaux en tables rectangulaires plus ou moins allongées. Dans la solution de potasse très concentrée, les granulations se gonflent et la rapidité du mouvement brownien diminue. Elles prennent bientôt l'aspect de fines gouttelettes réfringentes qui se rassemblent pour en former de plus grosses en tout semblables aux précédentes. Dans la solution faible de potasse, les goutte- lettes disparaissent, mais les granulations persistent. M. Heine- mann a noté que la potasse faisait apparaître la structure radio- cristalline dans quelques-unes de ces granulations. Cette struc- ture radio-cristalline (PL IX, fig. 7, gr) est visible avec un objectif à immersion (1/15) de Zeiss, dans les corpuscules des cellules non désagrégées par l'eau et immobiles. Lorsqu'on les examine à la lumière polarisée, elles produisent, grâce au mouvement brow- nien dont elles sont animées après désagrégation du protoplasma, un scintillement très remarquable. Jamais on ne peut en tournant M 258 RAPHAËL DUBOIS le nicol éteindre complètement leurs feux, en raison même de la disposition rayonnante des aiguilles qui composent les agglo- mérations. Les cristaux aiguillés sont donc bien nettement biré- fringents et il n'y a pas lieu de considérer ces granulations comme des corpuscules amorphes. Soude et ammoniaque. — Ces réactifs agissent sur les cellules à la manière de la potasse, mais l'ammoniaque ne dissout pas les granulations et ne supprime pas le mouvement brownien. Acide azotique. — L'acide azotique concentré donne à la masse des cellules une coloration jaune-paille, comme cela se produit en général avec les substances azotées. Si, après avoir desséché la préparation, on y ajoute, à chaud, une goutte de soude caus- tique, aussitôt se manifeste une belle coloration orangé-foncé, comme avec la guanine. Une parcelle de tissu lumineux traitée à chaud par une goutte d'acide azotique, puis par l'ammoniaque, donne autour de la pré- paration une zone rose de murexide ou purpurate d'ammoniaque. Des fragments de tissus voisins fournissent également des traces de murexide, mais en moins forte proportion. L'acide azotique dilué jaunit aussi le protoplasma des cellules granuleuses, dissout les granulations et provoque le dégagement abondant de fines bulles gazeuses qui remplissent la préparation. Au bout de quelques heures, on voit apparaître de fins cristaux fascicules d'acide urique et de magnifiques cristaux bleus-viola- cés présentant les caractères de l'indigotine de Mehu. A côté de ceux-ci se montrent d'autres cristaux en pyramides tronquées d'un beau rouge rubis ou grenat que l'on pourrait rapporter peut-être à l'indirubine (indigo rouge ou urrhodine) que l'on ne connaît qu'à l'état amorphe. Cette réaction indiquerait la présence del'indican, qui a d'ailleurs été signalée à l'état normal dans divers tissus. Acide sulfurique. — L'acide sulfurique concentré fait apparaître dans les cellules non granuleuses des granulations foncées extrê- mement nombreuses, très fines et donne au noyau une coloration brune. Ce réactif ne dissout pas le protoplasma des cellules gra- nuleuses qui est coagulé. Les granulations emprisonnées dans le coagulum prennent une teinte jaune-brun, mais ne se dissolvent pas. En chauffant la préparation, on voit se former au bout d'un certain temps des cristaux d'acide urique présentant trois modi- fications du prisme rhomboïde : 1° des lames lozangiques, 2° des cristaux elliptiques, 3'^ des lames carrées dont les bords sont marqués d'un double contour. LES ÉLATÉRIDE3 LUMINEUX 259 Si l'on fait réagir simultanément l'acide sulfurique et le sucre, on voit se produire une légère teinte rosée notée par M. Heine- mann, mais seulement dans les points où se trouvent les cellules granuleuses. Acide chlorhydrique. — L'acide clilorhydrique concentré dissout rapidement les granulations. Des gouttelettes réfringentes d'ap- parence huileuse apparaissent dans la préparation : elles dispa- raissent au bout de quelques heures pour faire place à des cris- taux en aiguilles prismatiques ayant l'aspect et affectant le même mode de groupement que les cristaux de clilorliydrate de gua- nine cristallisant en solution acide. Des groupes rayonnants de cristaux semblables se montrent dans les cellules non granu- leuses et finissent par dépasser la périphérie, qui est alors sur tous les points hérissée de ces cristaux dont la formation a été obser- vée également par MM. Ileinneman, Robin et Laboulbène. On ne constate pas sous l'influence de ce réactif l'apparition de cristaux d'acide urique, ce qui se produirait si le tissu des organes lumineux contenait des urates en quantité notable. Si l'on chauffe la lamelle de verre supportant le tissu des organes lumineux en contact avec l'acide chlorhydrique concen- tré, le protoplasma qui entoure les granulations prend une teinte mauve-violacée tirant un peu sur le bleu et indiquant la présence de matières albuminoïdes. Acide acétique. — Ce réactif éclaircit fortement les cellules non granuleuses et fait voir le noyau très nettement : il dissout le protoplasma des cellules granuleuses et fait apparaître dans les cellules non granuleuses de fins cristaux aiguillés et groupés comme ceux qui se produisent sous l'influence de l'acide chlo- rhydrique. Iode. — Le protoplasma des cellules granuleuses se colore en jaune par l'iode; mais, les granulations conservent leur appa- rence ordinaire. On ne voit apparaître en aucun point de colora- tion rouge-violette ou bleue, soit par la teinture d'iode seule, soit par ce réactif additionné d'acide sulfurique. Ce tissu ne con- tient donc pas de matière giycogène. Liqueur cupro -potassique. — Si l'on fait bouillir quelques frag- ments du tissu photogène avec la liqueur cupro-potassique, il se produit un abondant précipité d'oxydule de cuivre et le liquide qui surnage présente une coloration verte. En opérant la réaction sur la lamelle du porte-objet, le protoplasma des cellules granu- 260 RAPHAËL DUBOIS leuses prend une teinte d'un beau bleu, qui par la chaleur passe au pourpre-violacé. La masse granuleuse conserve sa biréfringence. Les granula- tions, qui à la lumière transmise semblent avoir pris une colora- tion bleuâtre, paraissent jaune clair par transparence. Les cellules non granuleuses prennent une teinte jaune ambrée et leur noyau plus foncé est couleur de rouille. Le liquide qui entoure les cellules est rosé, rougeâtre. Le tissu adipeux pris dans d'autres points du corps réduit éga- lement la liqueur cupro-potassique. Acide osmique. — La réduction de l'acide osmique est presque nulle au niveau des cellules non granuleuses ; seulement, sous l'influence de cet oxydant , leur contenu devient très finement granuleux et se désagrège rapidement, les granulations ainsi formées sont foncées. Toute la zone occupée par les cellules granuleuses est noire et, observée par transparence en lames minces, elle a une couleur bleu foncé qui peut être produite par la présence de l'indigotine que nous avons vu se former sous l'inlluence d'un autre oxydant, l'acide azotique. Les granulations radio-cristallines ne sont pas modifiées par l'acide osmique. Il est à remarquer, ainsi que cela a été signalé par M. Heine- mann, que les préparations traitées par l'acide osmique, puis par un acide, donnent lieu à la formation d'une plus grande quantité d'acide urique. La présence de la guanine explique ce phénomène, car on sait que l'acide urique est un état plus avancé d'oxydation de ce corps azoté. La couche non lumineuse seulement donne par les acides non oxydants de l'acide urique, ce qui indiquerait qu'elle est formée par l'oxydation plus avancée du contenu des cellules plus jeunes formant la couche lumineuse. Réactifs colorants. — Les divers réactifs colorants imprègnent fortement le noyau des cellules non granuleuses et moins pro- fondément le protoplasma du corps cellulaire. Les cellules granu- leuses sont réfractaires à l'action de ces réactifs et les corpus- cules biréfringents conservent leur aspect ordinaire. Nous n'avons pas employé le procédé de coloration adopté par M. Viallanes, mais par la comparaison des pièces que ce savant a bien voulu nous communiquer, avec les nôtres, il ne nous paraît pas douteux que les granulations biréfringentes, formées en si grande abondance dans les cellules de la périphérie des organes lumineux, soient de même nature que les globules luisants à LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 261 mouvements moléculaires dont parle M. Ganin (1), lesquels ne seraient autre chose que les « granules rosés » de M. Viallanes(2). La formation des corpuscules biréfringents des organes lumi- neux est certainement due à un processus histolytique identique à celui qui a été si bien observé par M. Viallanes dans le tissu adipeux des larves d'Insectes. On peut suivre, mieux que partout ailleurs, le phénomène de l'histolyse dans le tissu adipeux spécial des organes lumineux du Pyrophore. Dans les coupes antéro-postérieures de ces organes (PL IX, fîg. 4), on voit nettement que les cellules de la couche non photogène ne sont autre chose que des cellules de la zone éclairante qui ont subi l'histolyse. On peut dire que c'est le passage des cellules adipeuses éclairantes à l'état d'éléments gra- nuleux par voie d'histolyse qui donne naissance au phénomène lumineux. Mais cela n'indique pas pourquoi cette histolyse est accompagnée d'une émission de lumière. Nous n'avons pas à discuter ici la question de savoir si ces gra- nules sont des organites destinés à devenir le centre de nouvelles formations cellulaires, comme le pense M. Viallanes, ou bien si ce sont des formations analogues aux grains vitellins, c'est-à-dire des corps inanimés simples produits élaborés par le travail nutri- tif de la cellule adipeuse, nous dirons seulement que c'est plutôt à cette dernière opinion que nous nous rallions, en ce qui concerne la formation de nos granulations biréfringentes. En effet, quand on examine avec un fort grossissement les granulations les plus volumineuses, immobilisées dans le protoplasma cellulaire (sur- tout chez les Lampyres), on peut les prendre pour de très petites cellules formées d'un gros noyau opaque entouré d'une mince couche de protoplasma transparent. Mais, observés attentive- ment avec un objectif à immersion de Zeiss (1/13), ces corpus- cules prennent l'aspect que nous avons figuré (PL IX. fig. 7, gr.). Le point central opaque qui simule un noyau n'est autre chose que le point d'entrecroisement des cristaux prismatiques qui en partent en divergeant vers le périphérie : la zone claire est due à l'écartement de leurs pointes qui semblent reliées par un sub- stratum amorphe plus soluble dans la potasse que les cristaux. Ces corpuscules radio-cristallins rappellent, sous une forme très (1) Ganin, Matériaux pour servir à l'histoire du développement postemhryonnaire des Insectes (en russe). Varsovie, p. 34 et suiv., 1875. (2) Viallanes, Recherches sur l'histolyse des Insectes. Ann. se. nat., Zool., (G;, XIV, p. 159 et suiv.. 1882.. 262 RAPHAËL DUBOIS réduite, les cellules éclairantes traitées par l'acide chlorhydrique, avant que les pointes cristallines aient dépassé la périphérie. Bailleurs, ces granulations donnent les mêmes réactions que le contenu des cellules lumineuses qui renferment manifestement de laguanine. Sous le miscroscope, à la lumière polarisée ou par l'éclairage direct, les granulations biréfringentes communiquent à la zone périphérique un éclat tout particulier (V. p. 97) que possèdent également les petits amas de granulations de guanine pure obtenus en délayant sur le porte-objet un peu de cette sub- stance avec de l'eau (1). Pendant le phénomène de l'histolyse lumineuse, la cellule adi- peuse photogène se dédouble en granulations cristallines de gua- nine et en une matière albuminoïde dont la présence est accusée dans la zone périphérique par différents réactifs (acide sulfurique et sucre, acide chlorydrique, liqueur cupropotassique). On peut admettre que cette matière albuminoïde (protoplasma des cellules granuleuses) est entraînée par le sang dans le but de fournir les éléments azotés nécessaires à l'Insecte pour le développement et le fonctionnement des organes génitaux et des œufs en particu- lier, qu'il ne saurait trouver dans son alimentation hydrocarbonée. Quant aux granules de guanine, ils peuvent se transformer en acide urique par oxydation dans la couche non lumineuse contiguë aux trachées, et celui-ci serait détruit presque complètement au (1) Remarque. — On trouve dans beaucoup de points du corps des Insectes des corpuscules de même taille et de même forme ; mais, qui, en général, n'ont pas le môme éclat à l'éclairage direct et ne présentent pas le scintillement, quand les niçois sont croisés. Ces mêmes corpuscules ont une grande analogie de forme avec ceux que M. F. Plateau a trouvés dans la poche stercorale de l'Argyronète et qui seraient formés, non par des urates, mais bien par de laguanine, dont la présence avait été signalée dans les excréments des Arachnides par Gorup-Besanez et F. Will faj. La présence de la guanine a été également signalée dans le corps adipeux des Insectes par Ludwig (6). On doit rapprocher également ces corpuscules de ceux que l'on ti'ouve dans le liquide blanc laiteux que le Lampyre mâle rejette après sa dernière métamorphose et dans le méconium des Papillons. On les trouve aussi dans le protoplasma lumi- neux des œufs du Pyrophore et du Lampyre, même avant la segmentation. Mais, nulle part la biréfringence, et par conséquent l'état cristallin, n'est aussi nettement accusé que dans les organes lumineux des Insectes. faJ F. Plateau. Recherches sur la structure de l'appareil diçjestif et sur les phé- nomènes de la digestion che:: les Arauéides dipneumones. Bruxelles, 1877, p. 133 et suiv. et PI. m, fig. 86 . (b) Ludwig-Arch. fiir Mikr. Anat. V. Max Schultze, XII, p. 538, 1876. Id., Vergl. Archiv. fiir Anat. undPhysiol., p. 192, 1868. LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 263 fur et à mesure de sa production. Cependant l'existence dans le sang des larves de Lampyres de corpuscules très analogues, mais non biréfringents, nous autorise à penser qu'ils peuvent encore être utilisés pour la nutrition, car, d'une part ces Insectes ne re- jettent pas d'excrément et d'autre part la guanine peut encore subir des décompositions successives : Guanine G^H^Az^O Hypoxantbine C^H'-Az^O Xanthine G^H^Az'O' Acide urique G-'IPAz^O^ (1). Dans tous les cas ces transformations ne s'opèrent pas dans la zone photogène et le seul phénomène véritablement dominant dans celle-ci, c'est la formation des corpuscules radio-cristallins biréfringents. La simultanéité de leur production et de celle de la lumière, leur nombre prodigieux dans les organes lumineux seu- lement, leurs propriétés optiques particulières, permettraient d'é- difier en raisonnant par analogie, comme l'a fait Radzisewski, une brillante théorie de la production de la lumière animale par la cristallisation. Appuyée d'une part sur les expériences de Gui- bourt et de Henry Rose relatives à la lumière émise pendant la cristallisation (2) et d'autre part sur un grand nombre de faits si- gnalés dans ce mémoire à propos de l'influence du froid, de la chaleur, des courants électriques, des poisons, etc., etc. Cette séduisante théorie pourrait être victorieusement opposée à celle de la combustion photogène . Les déductions que l'on peut tirer de la connaissance des pro- priétés physiques de la lumière des Pyrophores sollicitent encore bien plus fortement l'esprit dans cette direction. Mais nous vou- lons dans ce travail laisser de côté toute interprétation théorique et rester exclusivement dans le domaine des faits d'observation et d'expérimentation. Nous dirons seulement que la notion géné- rale qui se dégage des faits que nous venons d'exposer est que la substance photogène vivante en passant de l'état colloïdal à l'état cristalloïdal, c'est-à-dire de la vie à la mort, laisse échapper sous forme de lumière tout ou partie de la force qui l'animait. (1) Gorup-Besanez. Traité de chimie plvjnolorjirjnc, 1. p. 351, Paris, 1880. (2) Henrich Rose. Sur l'énmsion de la lumière par l'acide arscnienx lorsqu'il cristallise en solution acide. Ann. de chimie., (2), LXI, p. 288. Id., Lumière développée pendant la crislalli^ation du sulfate de soude et de po- tasse. Ann. de chim., (3), LV, p. 125. 264 RAPHAËL DUBOIS § III. — Réduction de la fonction photogénique à un phénomène chimique. L'analyse physiologique nous a donné l'explication du méca- nisme au moyen duquel s'exerce la fonction photogénique ; mais, jusqu'ici, l'analyse chimique ne nous a fourni aucun ren- seignement précis sur le phénomène intime d'où naît directement la lumière. C'est qu'en ejETet la méthode suivie dans les recherches consi- gnées dans les deux paragraphes précédents ne peut nous rensei- gner que sur des faits accomplis d'ordre statique et non dyna- mique. Nous allons maintenant examiner quelles sont les causes qui peuvent faire disparaître ou reparaître la lumière, activer ou modérer l'intensité de sa production, abstraction faite de l'état d'organisation et du mécanisme fonctionnel de l'organe. 1° Si l'on écrase, si l'on broyé les cellules de l'organe lumineux entre deux lames de verre jusqu'à ce que toute trace de structure ait disparu,, la lumière n'en persiste pas moins pendant un temps assez long (une demi-heure environ, quelquefois plusj avec l'as- pect d'une lueur homogène bleuâtre occupant toute la prépara- tion. Quand la lumière est complètement éteinte, elle ne reparaît pas, si l'on expose à l'air la substance encore humide collée aux lames de verre. 2° La substance des organes lumineux desséchés rapidement dans le vide sulfurique et broyée dans un mortier avec un peu d'eau redevient lumineuse. 3° Si l'on triture fortement avec de l'eau distillée récemment bouillie les organes frais et que l'on jette le magma obtenu sur un filtre, le liquide filtré présente dans toute sa masse, pendant quel- ques minutes, une phosphorescence manifeste et uniforme. Le liquide filtré est légèrement troublé ou plutôt opalescent, mais il ne renferme aucune trace d'éléments anatomiques ; on y rencon- tre seulement des granulations biréfringentes qui se déposent lentement au fond du récipient. Ces trois faits suffisent sans qu'il soit nécessaire d'avoir recours à ceux que nous avons signalés antérieurement (V. Influence de la congélation, de V électricité, des poisons, etc.) pour établir que le plié- LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 265 nomène lumineux n'est pas placé, en dernier ressort, sous l'in- fluence du fonctionnement cellulaire. Après ce que nous a montré l'analyse physiologique, il ne res- tait plus que cette hypothèse d'ordre vital ou biologique à opposer à une théorie purement physico-chimique de la production de la lumière chez le Pyrophore. Mais, si la production de la lumière animale doit être rangée, comme toutes les autres manifestations biologiques d'ailleurs, au nombre des phénomènes physico-chi- miques ou plutôt mécaniques, il importe de rechercher quelle est la nature particulière de ce phénomène. Nous ne nous arrêterons pas à reprendre une à une toutes les explications plus ou moins hypothétiques qui ont été proposées et à les discuter à nouveau. Nous avons examiné attentivement les principales théories ayant cours aujourd'hui, dans les divers chapitres de cet exposé déjà fort long et nous croyons avoir démontré que toutes, sans exception, se trouvent en désaccord avec un nombre plus ou moins grand de faits constatés soit par l'observation, soit par l'expéri- mentation. Ayons donc de nouveau recours à l'expérimentation, sans nous préoccuper davantage des hypothèses émises par nos prédé- cesseurs. La matière lumineuse dépourvue de structure peut être privée de son pouvoir photogène par divers procédés : 1" La trituration, soit à l'abri, soit en présence de l'air active son extinction, mais exagère momentanément son éclat. L'addi- tion d'un peu d'eau pendant la trituration agit dans le même sens. Donc : exagération de l'intensité de l'énergie lumineuse et diminution proportionnelle de sa durée. Ces deux facteurs inverses se rencontrent toujours lorsqu'on veut favoriser une combinaison chimique par un moyen mécanique ou par l'intervention d'un dis- solvant. En est-il de même de la chaleur qui facilite également les combinaisons ? Oui, jusqu'à un certain point pourtant qu'il ne faut pas dépasser et qui est voisin de + 'jO° (V. p. 145 et suiv.). Si l'on tue un Pyrophore par l'eau bouillante et que l'on dessèche rapidement ses organes lumineux, on ne peut plus ranimer la lumière, comme cela se produit quand le tissu lumineux n'a pas subi l'influence d'une chaleur élevée. Au contraire, les grands froids, la congélation à de très basses températures ne détruisent pas définitivement le pouvoir photogénique. 266 RAPHAËL DUBOIS La matière photogénique paraît détruite dans le premier cas et paralysée seulement dans le second. Or, on sait qu'une substance albuminoïde soluble organique, mais non organisée, qu'une diastase par exemple, perd ses pro- priétés par l'action de la chaleur en se coagulant, tandis que le froid ne l'altère pas, mais retarde seulement ou suspend provi- soirement son action. On est donc porté à admettre que la substance photogène est un albuminoïde, soluble dans l'eau et coagulable par la chaleur, d'autant mieux que les agents coagulants autres que la chaleur, les acides forts, l'alcool concentré, etc., produisent le même effet que la chaleur. Si l'on admet que le principe photogène est un albuminoïde coagulable, on ne peut faire que deux hypothèses : ou bien l'état d'instabilité de cet albuminoïde est tel que sa décomposition s'opère spontanément, comme cela a lieu pour les colloïdes en général et alors la lumière est produite par cette altération spon- tanée et par les mouvements moléculaires qu'elle détermine ; ou bien, cette matière albuminoïde entre en conflit avec une autre substance et une partie de l'énergie mise en liberté par cette réac- tion se dégage sous forme de lumière. L'expérience démontre que c'est cette dernière interprétation qu'il convient d'adopter. Expérience. — 1° On détache rapidement avec de fins ciseaux les organes ventraux de Pyrophores bien lumineux. 2'* On les fait sécher rapidement dans le vide sulfurique et on constate, même au bout d'un temps fort long, que cette sub- stance, broyée ou non, redevient lumineuse quand on ajoute un peu d'eau. S'' On plonge des Pyrophores également bien lumineux dans l'eau bouillante, on détache les organes et on les fait sécher comme ci-dessus. L'addition de l'eau est impuissante à ranimer la lumière et les corps oxydants acides ou alcalins ne la fout pas pas reparaître. 4° On broyé entre deux lames de verre des plaques ventrales fraîches ou des appareils desséchés sans avoir été chauffés, mais après addition d'un peu d'eau, jusqu'à ce que toute trace de lumière ait disparu, même au contact de l'air. 5° Cette substance éteinte et dans laquelle la lumière ne peut être excitée de nouveau, mise en présence des plaques ventrales qui ont subi l'action de la chaleur et qui paraissent éteintes aussi LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 267 pour toujours, ranime aussitôt la lumière. Ces substances pré- sentent toutes deux une réaction acide (1). 6° Vient-on à chauffer cette substance éteinte par trituration et épuisement, elle perd pour toujours le pouvoir de revivifier de la lumière. On sait que les diastases agissent d'une manière presque indé- finie sur les substances dont elles provoquent le dédoublement, tel est le cas de l'émulsine, de la myrosine, des ferments inver- sifs, etc. C'est en nous fondant sur cette propriété si spéciale aux diastases que nous avons imaginé de mettre en évidence la présence d'un de ces corps dans le tissu photogène, ne pouvant l'extraire, faute de matériaux suffisants. En triturant un tissu contenant à la fois la diastase et le pro- duit qu'elle doit modifier, celui-ci est épuisé bien avant la dias- tase, qui pourra continuer à agir sur le même tissu privé de ce ferment par la coagulation (2). L'analogie est frappante entre le phénomène, physico-chimique qui provoque l'apparition de la lumière dans la cellule lumineuse (1) Remarque. — Nous avons démontré autre part, p. 155,, que le milieu au sein duquel se produisait le phénomène lumineux était acide, aussi le fait suivant ne saurait-il être invoqué en faveur do l'hypothèse de M. Radzizewski. On triture les organes lumineux dans un mortier de verre et l'on attend que la lumière produite soit devenue très faible. A ce moment, si l'on approche une ba- guette imprégnée d'ammoniaque liquide, aussitôt la luminosité prend un très vif éclat. On peut répéter plusieurs fois de suite l'expérience, mais cette faculté s'épuise assez rapidement. Si au lieu d'approcher une baguette de verre imprégnée d'ammoniaque du mor- tier ou du pilon enduit de substance lumineuse, on verse sur celle-ci un peu de ce liquide, la lumière change de teinte dans tous les points touchés : elle prend une couleur rouge feu un peu jaunâtre qui se distingue nettement de l'éclat bleuâtre pâle desparties voisines. Mais sa durée est aussi courte que son intensité est rela- tivement forte. Si l'on éteint la substance lumineuse par l'acide acétique, l'addition d'ammoniaque ne la ranime pas. Nous savons que dans ces conditions la substance lluorescente contenue dans le sang retrouve son éclat (V. p. 217), mais cette matière fluorescente ne peut être utilisée qu'autant que la diastase photogène n'est pas détruite. Si elle est coagulée par l'acide acétique, le rôle de la matière fluorescente, alors même qu'elle est regénérée par l'ammoniaque, devient nulle. Au contraire, si la substance pho- togène est en activité, l'ammoniaque excite la fluorescence qui tend à être sup- primée par l'acidité du milieu et agit de la môme manière que le sang, qui est légère- ment alcalin, lorsqu'il apporte dans l'organe lumineux la matière fluorescente. (2) Les diastases sont des hydratants tandis que la coagulation est un phéno- mène de deshydration, aussi dans ce cas voit-on ces deux influences produire ici un effet inverse. 268 RAPHAËL DUBOIS et ce qui se passe au sein de l'élément hépatique, dans la fonction glycogénique. Ces phénomènes sont absolument de même ordre, bien que différents par les substances mises en présence et le résultat final de la réaction. Nous sommes bien loin déjà des explications basées sur la contraction musculaire, l'influx nerveux, l'électricité, la phospho- rescence proprement dite, la combustion photogène, etc., etc. Il s'agit bien ici d'une double réaction d'ordre chimique s'opé- rant, au sein même de la cellule, entre les produits de sa destruc- tion physiologique. Le rôle du sang lui-même, auquel M. Heinemann attribue hypothétiquement la plus grande importance, n'est que secon- daire. Il est facile de prouver que ce liquide n'intervient pas directement dans la réaction d'où naît la lumière, car on ne peut ranimer l'éclat de la substance qui a cessé de briller, en y ajou- tant du sang pris dans l'organe même. Il est à noter toutefois que cette réaction chimique nécessite l'intervention d'un ferment soluble et coagulable, c'est-à-dire d'une de ces substances singulières qui ont bravé jusqu'à présent non seulement la synthèse, mais même l'analyse, dont l'origine est dans la substance organisée et dont l'intervention semble nécessaire à l'activité de tous les êtres vivants, sans en excepter les ferments figurés eux-mêmes. Est-ce à dire que le déterminisme du phénomène qui engendre la lumière ne puisse être poussé plus loin encore, alors même que les éléments de la réaction chimique auraient pu être isolés et définis? En aucune façon : car, un autre problème se pose immédiate- ment et l'on est en droit de se demander si la lumière est pro- duite par l'énergie de la réaction elle-même ou bien si cette réac- tion, qui est accompagnée au sein des tissus de l'apparition de myriades de corpuscules cristallins, n'engendre pas la lumière secondairement, par le fait même de la cristallisation qu'elle semble provoquer. Quoiqu'il en soit, nous sommes parvenus à réduire la fonction photogénique chez les Élatérides lumineux à un phénomène phy- sico-chimique et à déterminer sa nature ainsi que la catégorie à laquelle il appartient. Le problème entre maintenant dans une phase nouvelle et sort du domaine de la physiologie proprement dite. LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 269 L'œuvre du physiologiste est terminée, disait Claude Bernard, quand un phénomène biologique est réduit à l'état de phénomène physico-chimique. CONCLUSIONS. « Quand on veut donner à la propriété physiologique d'un organe ou d'un tissu sa véritable signification, il faut toujours le rapporter à l'organisme et ne tirer de conclusions sur elle que relativement à ses effets dans l'ensemble organisé ». Ce pré- cepte établi par Claude Bernard et déjà reproduit dans notre in- troduction (p. 8) résume à lui seul la méthode que nous nous sommes efforcé de suivre : en l'énonçant de nouveau, nous nous croyons dispensé d'indiquer les raisons pour lesquelles nous avons rejeté à la fin de ce travail les principales dcductions que l'on peut tirer de nos recherches. L — Toute généralisation en matière de lumière biologique est prématurée : d'où la nécessité de rassembler dans des monogra- phies spéciales le plus grand nombre possible de faits fondés sur l'observation et sur l'expérimentation directes. IL — Les Élatérides lumineux sont, de tous les êtres vivants à la surface de la terre et des eaux, de beaucoup les plus brillants : ce sont eux aussi qui se prêtent le mieux à l'analyse physiolo- gique. III. — Les Pyrophores sont tous Américains et Océaniens. Les localités qu'ils habitent sont comprises entre le trentième degré de latitude sud et le trentième degré de latitude nord et entre le quarantième degré de longitude et le cent quatre-vingtième. IV. — L'émission de la lumière est intimement liée à l'accom- plissement d'une fonction physiologique importante ; mais, dans quelques cas, rares il est vrai, la luminosité peut faire défaut. La position, la forme, la puissance des foyers lumineux, présentent d'une espèce à l'autre de légères variations : un très petit nombre d'espèces est dépourvu d'appareils lumineux. L'un des types les plus brillants de la sous-tribu de Pyrophorites, qui comprend tous les Élatérides lumineux, est le Pyrophorus noctilucus, que nous avons utilisé dans nos recherches expérimentales. V. — Il était nécessaire, avant d'entreprendre une étude expé- rimentale, de faire avec soin l'anatomie descriptive du Pyrophore. 270 RAPHAËL DUBOIS Cette étude a permis de rectifier en outre certaines notions erro- nées touchant la situation des stigmates, la distribution des tra- chées, les rapports du système nerveux avec les appareils lumi- neux, etc. VI. — L'étude anatomique et histologique des organes lumineux montre qu'ils sont composés d'un tissu adipeux spécial et d'or- ganes accessoires. L'histochimie indique l'abondance dans ce tissu d'une substance qui présente les caractères de la guanine. VII. — Au sein de ce tissu adipeux photogène s'effectuent des phénomènes d'histolyse intense, provoqués ou activés par la pénétration du sang dans l'organe lumineux. VIII. — Ce processus histolytique est accompagné de la forma- tion, au sein même de la cellule photogène, d'une innombrable quantité de petits conglomérats cristallins doués de propriétés optiques particulières et spécialement d'une biréfringence très accentuée. IX. — L'intervention du sang n'est pas indispensable à l'accom- plissement du phénomène lumineux, car l'œuf est luisant, même avant la segmentation. La cellule adipeuse photogène isolée jouit de la même propriété, ce qui établit un nouveau rapprochement entre la substance du corps adipeux et celle du vitellus. X. — Les larves, inconnues avant nos recherches, présentent les caractères généraux des autres larves d'Élatérides. XL — Au moment de l'éclosion, elles emportent avec elles le foyer de lumière qu'elles ont reçu de leurs ascendants. XII. — L'organe lumineux est unique dans la larve du premier âge. L'embrasement s'étend dans le second âge à tous les anneaux et est localisé dans les points où l'histolyse est le plus active. XIII. — Chez l'Insecte parfait, les foyers lumineux sont au nombre de trois seulement. Ils sont placés de façon à favoriser la marche, la natation et le vol dans l'obscurité. XIV. — Les muscles des appareils lumineux règlent l'apport du sang dans les organes photogènes et agissent ainsi indirecte- ment sur la production de la lumière. XV. — C'est par l'intermédiaire des muscles que les nerfs in- terviennent dans l'accomplissement de la fonction photogénique. Le réflexe photo-sensitif a son siège dans les ganglions cérébroï- des. L'excitation descendante ou centrifuge des ganglions d'où émanent les nerfs des appareils lumineux, provoquent, de même que leur excitation directe, l'apparition de la lumière. Il n'en est pas de même si l'excitation est centripète ou ascendante. Le cer- LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 271 veau commande aux appareils lumineux par le moyen des nerfs qui animent les muscles striés spéciaux. XVI. — La respiration n'exerce qu'une influence indirecte sur la fonction photogénique, en maintenant l'intégrité des con- ditions de vitalité des tissus et d'activité du sang. XVII. — La nature de l'alimentation est sans influence sur la production de la lumière animale. XVIII. — La cellule (œuf non segmenté, cellule adipeuse) sous l'influence de la nutrition prépare les principes photogènes ; mais, la lumière n'est pas le résultat direct de l'activité propre de l'élément anatomique organisé et vivant. XIX. — Lorsque la structure de l'élément anatomique et sa vita- lité ont été détruites, le phénomène lumineux peut se produire encore par une action physico-chimique, de même ordre que celle qui transforme le glycogène en sucre, dans l'élément hépatique, par exemple. XX. — Les foyers lumineux du Pyrophore offrent une supério- rité considérable sur tous ceux qui nous sont connus. La dépense organique est presque insignifiante par rapport à l'effet produit. XXI. — L'étude physique de cette lumière montre, d'autre part, que la perte d'énergie est très faible contrairement à ce qui se produit dans nos foyers de lumière artificielle où elle atteint souvent 98 0/0. XXII. — Cette admirable supériorité économique tient à di- verses causes : XXIII. — 1" 11 y a bien des rayons chimiques dans cette lumière, puisque nous avons pu les mettre en évidence par la photogra- phie ; mais, ils existent en très petite proportion. Ce résultat doit être attribué à l'existence d'une substance fluorescente que nous avons découverte dans le sang des Pyrophores et qui donne, en pénétrant dans l'organe, l'éclat si spécial et si brillant qui carac- térise la lumière qui en émane. On est en droit de penser que la majeure partie des rayons chimiques est tranformée en rayons très éclairants, fluorescents, de longueur d'onde moyenne. XXIV. — L'analyse optique montre en effet que cette lumière est en grande partie composée de rayons de longueurs d'onde moyennes correspondant précisément à ceux que l'on rencontre dans les points du spectre où l'expérience a fixé le maximum d'intensité visuelle et le maximum d'intensité éclairante. XXV. — Il n'y a pas de perte par rayonnement calorique ; les quantités de chaleur rayonnées par les organes lumineux» au 272 RAPHAËL DUBOIS moment où ils atteignent leur éclat maximum, sont infinitési- males. XXVI. — On ne trouve pas, par l'application des instruments les plus sensibles, d'indices permettant de supposer qu'une partie de l'énergie dépensée dans ces organes est transformée en électricité. XXVII. — Cette lumière merveilleuse, idéale pourrait-on dire, est physiologique pour deux raisons : d'abord parce qu'elle est d'origine vitale et que ses rayons sont pour ainsi dire ceux de la vie elle-même ; en second lieu parce qu'aucune autre source n'est aussi bien adaptée aux besoins des organes de la vision dans la série animale. Tant de précieux avantages nous expliquent pourquoi les Pyro- phores préfèrent à tout autre cette lumière sans combustion, qui naît, vit et meurt avec eux, brille ou disparaît au gré de la vo- lonté, éclaire sans fatigue et sans dangers les maîtres de cet étrange flambeau qui ne s'éteint ni par le vent ni par la pluie. En présence de la perfection des moyens mis en œuvre par la Nature, on est péniblement impressionné par l'insuffisance de nos procédés artificiels, et le désir de connaître les lois naturelles est d'autant plus légitime qu'on cherche à les découvrir, non dans le vain espoir de les dominer, mais seulement pour apprendre à leur obéir I I LiB R AR ^ .^Kùu LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 273 EXPLICATION DES PLANCHES PLANCHE I. Lai-ve de Pyrophorus noclilucus au sortir de l'œuf. l, Labre ou lèvre supérieure. — pi, Palpe labial. — jmie, Palpe maxillaire externe. — pmi, Palpe maxillaire interne. — n, Mandibule. — a, Antenne. — ep, Epistome. — y. Œil. — /... /2 Anneaux. — m, m', m", mamelons. — pt, Pointe latérale chilineuse. — p'I', Pointe postérieure. PLANCHE IL Larve dû Pyrophorus noctilucus au sortir de l'œuf, appareil lumineux. md, Mandibule. — a, ep, y, comme dans la planche I. — le. Ligne claire. — api. Appareil lumineux. — ip, Insertion de la première paire de pattes. — st, Niveau du premier stigmate. — Ir, Trachées. PLANCHE III. Système tégumentaire. l, Lèvre supérieure ou labre. — md. Mandibule. — ma, Mâchoire. — H, Lèvre inférieure. — pm. Palpe maxillaire. — pi, Palpe labial. — y, œil. — ptk, Pro- thorax. — p, Pointe sternale médiane prothoraciijue. — c. Concavité du bord pos- térieur de la partie basilaire des grandes pointes latérales prothoraciques. — y. Gout- tière sternale mésothoracique. — mst. Mésothorax. — mtli, Métathorax. / ab Premier zonitc abdominal. — pv, Plaque ventrale. — 2. ..6 Anneaux abdominaux. — e, Élytres. — a, Ailes. PLANCHE IV. Appareil digestif. c, Extrémité antérieure du canal alimentaire. — œ, Œsophage. — j, Jabot rudi- mentaire. — e, Renflement antérieur de l'intestin moyen. — tm, t'm'. Tubes de Malpighi. — e', Sillons circulaires de l'intestin moyen. — e". Partie cylindrique de l'intestin moyen. — 1<, Canaux déférents des tubes de Malpighi. — in, Intestin ter- minal. — r, Rectum ou intestin terminal large. — py, Pygidium. PLANCHE V. Appar&il circulatoire et appareil respiratoire. c. Masses cérébroides. a, Antennes. — y. Œil. — ao. Région aortique. — ap, l, Appareil lumineux prothoracique. — eu, Cupule. — sm. Tronc trachéen s'abouchant au stigmate mésothoracique. — sa, Tronc ti'achéen partant du stigmate -18 274 RAPHAËL DUBOIS premier abdominal (l'indice sa de la figure correspond à la lettre s du texte, p. 71 et 7d). — s'....s''. Petits stigmates abdominaux. — A. Ampoule ellipsoïdale du cœur. — ir. Canal trachéen collecteur. — f/-,, Branches sinueuses collatérales. — ti\, Trachées récurrentes genito -intestinales. — a. ..a", Anneaux abdominaux. — tr, Canal trachéen collecteur. — «rj, Branches collatérales sinueuses. — tr^, Tra- chées récurrentes génito-intestinales. PLANCHE VI. Fig. 1. — pth, Prothoras. — i. Insertion des pattes de la première paire. — s, Stigmate prothoracique. Fig. 2. — pth, Prothorax. — s, Stigmate prothoracique. — ps, Pointe siernale. Fig. 3. — pth, Prothorax. — n. Filet nei'veux musculaire. — -, Ganglion prothoracique. Fig. 4. — s, Ouverture du stigmate mésothoracique. — sa, Stigmate premier abdominal. Fig. 5. — gUi, Ganglion mésothoracique. — sui. Premier stigmate abdominal. — srtj, Deuxième stigmate abdominal. — sa^, Troisième stigmate abdominal. — pv, Contour de Ja plaque ventrale. PLANCHE VII. Système nerveux. c, Masses cérébroïdes. — g. s. œ., Ganglion sous-œsophagien. — n. Nerf muscu- laire profond. — g-pth, Ganglion prothoracique. — ap. l, Appareil lumineux. — gmsth, Ganglion mésothoracique. — gmttli. Ganglion métathoracique. — (/a,, Pre- mier ganglion abdominal. — ga.^...ga:!, Ganglions abdominaux. — nr, Nerf récur- rent. — ng, Nerfs génitaux. PLANCHE VIII. Organes génitaux. Fig. 1. Organes mâles. — n, Chaîne ganglionnaire. — ce, Œsophage. — e. Estomac. — sn, Système nerveux. — oa, Organes annexes supérieurs. — o, «, Organes annexes inférieurs. — os. Organe Spermatogène. — s, Rectum. — py, Pygidium. Fig. 2. Organes femelles. — go, Gaines ovariennes. — ca, Calyces. — gs, Glandes sébacées (de Dufour). — t, Tube contourné. — pc, Organe ovoïde surmontant l'oviducte. — ov, Oviducte. — rs, Réservoirs séminaux. — py, Pygidium. Fig. 3. — Pygidium du mâle. Fig. 4. — Pygidium de la femelle. LES ÉLATÉRIDES LUMINEUX 275 PLANCHE IX. Appareil lumineux. — Histologie. Fig. L — Coitpe Iransvcrsale d'un des anneaux abdominaux de la lai've du second âge. m, Masses musculaires. — c, Cuticule. — api, Appareil lumineux. — td, Tube digestif. — a, Tissu adipeux. Fig. 2. — Coupe parallèle à la surface de l'appareil ventral, m. Muscles latéraux intrinsèques. — c, cuticule. — am, Amas mûril'ormes. — ch, Couche hypodermique. Fig. 3. — Coupe transversale perpendiculaire à la surface de l'organe et prati- quée en arrière du sinus transverse. m, Masses musculaires. — tr, Couche trachéenne. — et, Couche interne non lumi- neuse. — ce, Couche externe. — c, Cuticule. — ch, Couche hypodermique. Fig. 4. — Coupe antéro-posle'rieure pratiquée au dehors du sinus Iransverse. tr, m. ci, ce, ch, c, comme dans la figure 3. Fig. 5. — Image amplifiée d'un fragment de la fig. 4. m, ci, ce, ch, c. Comme dans la fig. 4. — cp. Organes pileux. Fig. 6. — Image amplifiée du fragment de la fig. 2;. ci, am, ch, c, comme dans la figure 2. — cp, comme dans la figure 5. Fig. 7. — Corpuscules biréfringents (granulations amorphes des auteurs). Fig. 8. — Cellules de la couche interne et corpuscules biréfringents. gr, Corpuscules biréfringents. DESCRIPTION DU CENTROPAGES GRIMALDII GOPÉPODE NOUVEAU DU GOLFE DE FINLANDE Par Jules DE GUERNE Corpus robustum, elongatum. Céphalothorax antice attenuatus, 6 segmentatus. Anguli postici ultimi segment! thoracici rotundati, inermes. Abdomen gracile, apud marem 5, apiid fœminam 3 segmenta- tum, segmentis 2, 3 et 4 apud marem, segmento 2 apud fœminam spinulis 25-30 ornatis. Furca elongata, pilis et setis brevioribus hirsuta. Antennes primi paris longitudinem corporis attingentes (sine setis caudalibus). Aculei terminales pedum natatoriorum Iceves, dentibus vix conspicuis ad marginem instructi. Ramus externus pedum quinti paris apud marem biarticulatus ; dexterfurcà irregulariinstructus, non preliensilis; sinister forma peculiari, articulo ultimo elongato, ad marginem exteriorem aculeis tribus denticulatis instructo, aculeo terminait attenuato, isevi. Articulus 2 rami exterioris pedum quinti paris apud faïminam unco robuste, curvato, lateraliter serrato, instructus. 6 ? Dimensions. Longueur (soies caudales non comprises) 2°"" 3"'"' Largeur maximum 0'"™5 0"""6 Les mesures ont été prises sur les plus grands spécimens. DESCRIPTION DU CExNTROPAGES GRIMALDII 277 Couleur. Brun vcrdàtre. FoRMK générale. Animal vigoureux, mais svelte, organisé pour Ja natation, comme la plupart des espèces du genre, qui sont pélagiques. Céphalothorax elliptique, allongé, convexe, composé de 6 anneaux. Le premier est le plus long, il égale à peu près en longueur les anneaux 2, 3, 4 et 5 réunis. Ce premier anneau est rétréci en son milieu, un peu atténué en avant, il porte de courts prolongements frontaux. Le corps atteint sa plus grande largeur vers le commencement du second anneau et s'atténue ensuite régulièrement jusqu'à l'abdomen. Le dernier anneau ne porte à ses angles inférieurs, qui sont arrondis, ni prolongement, ni appen- dice crochu. Abdomen du mâle composé de cinq anneaux cylindro-coniques, (palettes caudales non comprises). Le second et le troisième an- neau à peu près égaux entre eux sont les plus longs. Le premier et le quatrième sont h peu près d'égale longueur, mais le qua- trième est plus étroit. Le cinquième, plus petit, est plus large que long. Les anneaux 2, 3 et 4 sont garnis à leur base d'une rangée de petites épines triangulaires, au nombre de 2S à 30. Abdomen de la femelle composé de trois anneaux (palettes caudales non comprises). Le premier anneau est le plus grand et dépasse sensiblement les autres en largeur. Sa partie antérieure est légèrement rélrécie. Le second anneau, à peu près aussi long, mais plus large que le troisième, porte à sa base une rangée d'é- pines triangulaires semblables à celles des anneaux 2, 3 et 4 de l'abdomen du mâle. Le troisième anneau est beaucoup plus allongé que l'anneau correspondant (le cinquième) du mâle. Palettes caudales allongées, semblables chez les deux sexes, atteignant chez le mâle environ la longij,eur des quatre premiers anneaux de l'abdomen, dépassant un peu celle des deux premiers chez la femelle. Les palettes, assez larges à l'origine, se rétrécis- sent légèrement vers le milieu de leur longueur, puis s'élargissent de nouveau à leur extrémité. Elles portent aux trois quarts environ de leur longueur du côté externe une soie robuste, large à sa base, très effilée à son extrémité, longue à peu près comme les trois quarts de la palette caudale. Cette soie est finement pennée. L'ex- trémité des palettes caudales porte quatre soies longues et fortes, finement })ennées dans toute leur étendue. Les soies externe et interne sont à peu près d'égale longueur. Elles dépassent la lon- gueur des palettes caudales. La seconde soie (de dehors en dedans) 278 JULES DE GUERNE est im peu plus longue que celles-ci. Enfm, la plus longue de toutes est la troisième soie (de dehors en dedans). Cette dernière atteint chez le mule à peu près la longueur des palettes caudales augmen- tées des anneaux 4 et 5 de l'abdomen; chez la femelle, les palettes caudales et l'anneau 3 de l'abdomen. Outre ces soies fortes et pennées, les palettes caudales portent à la face dorsale une soie lisse et grêle, un peu plus courte que la soie latérale ; elle s'insère du côté interne des palettes, à peu près au tiers de la largeur de celles-ci. La face supérieure des palettes est hérissée dans toute son étendue de petites épines, au nombre de quatre à six sur la largeur. Deux rangées d'épines semblables, mais plus longues, régnent le long des faces inférieures des palettes, dont les tran- ches externes et internes sont garnies de soies longues et raides, dirigées obliquement en arrière. Ces soies sont d'autant plus lon- gues et serrées qu'on s'approche, d'une part, de l'extrémité au côté interne ; d'autre part, de l'origine de la soie latérale au côté externe. L'espace compris entre cette soie et l'extrémité de la palette ne présente que les épines décrites ci-dessus. Antennes antérieures. L'antenne gauche du mâle et les an- tennes delà femelle ne présentent aucune différence. Elles sont à peu près aussi longues que le corps (sans les soies caudales) et formées de 24 articles. Les deux premiers articles sont larges et forts, le second relativement long. A partir du troisième, les arti- cles diminuent graduellement de largeur et se montrent à peu près semblables jusqu'au douzième. Celui-ci est déjà notablement plus long que large. Ce caractère s'accentue de plus en plus dans les articles suivants pour arriver à son plus haut degré dans les articles 16, 17, 18 et 19 qui sont les plus allongés de toute l'an- tenne. Leur longueur égale environ cinq fois leur diamètre. Ces articles présentent l'aspect de cylindres renflés à leur extrémité. Le renflement est très marqué dans les articles 20 à 24. Tous les articles portent un à trois appendices cuticulaires situés au mi- lieu ou à l'extrémité distale de chacun d'eux. Les articles 3, 7, 9, 14 et 18 sont munis d'une soie. L'article 21 porte une longue soie, le 22° en a deux, le 23° une et le 26'' cinq ou six; ces dernières peuvent dépasser en longueur la somme des articles 21, 22, 23 et 24. Antenne antérieure droite du mâle, égale en longueur à celle de gauche, mais renflée en son milieu et géniculée. La partie antérieure, jusqu'à l'article 12 inclusivement, est semblable à la partie correspondante de l'antenne gauche. L'article 13, bien DESCRIPTION DU CENTROPAGES GRIMALDII 279 qu'assez cour!;, présente un élargissement très marqué ; il est trapézoïde, sa base ayant en largeur le double de son extrémité proximale. Les articles 14 et 15 sont également larges, mais plus longs ; leur longueur égale deux fois leur diamètre. A partir de l'article 16, l'antenne s'effile jusqu'à son extrémité. Les articles 17, 18 el XIX sont munis d'une crête, pourvue, sur l'article 18 et sur la partie antérieure de l'article XIX, de fines denticulations. L'article XIX, très allongé, résulte de la soudure des articles 19, 20 et 21. Il porte une épine à son extrémité distale. L'article XX est formé par la réunion des articles 22 et 23. L'article XXI et dernier (correspondant à l'article 24 de l'antenne gauche) offre à sa partie libre un petit prolongement conique, de la base duquel partent cinq ou six grandes soies terminales. La flexion se fait entre les artïcles 18 et XIX. Le muscle fléchisseur part du milieu de l'article 13. Antennes postérieures, semblables à celles de la plupart des Calanides; elles sont formées de deux branches inégales insérées sur une base commune composée de deux articles. Le premier de ceux-ci porte une soie pennée, courte et robuste ; le second, deux. La branche interne de l'antenne présente sept articles. Le pre- mier, à peu près aussi long que large, porte une soie ; le second, allongé, porte trois soies. Viennent ensuite quatre articles très courts munis chacun d'une longue soie pennée dirigée vers l'ex- térieur. La branche interne de l'antenne se termine par un article ovalaire, allongé, garni à son extrémité de trois soies pennées, dont la longueur dépasse celle des sept articles réunis. La bran- che externe, un peu plus courte que l'autre, se compose de deux articles. Le basilairc, long et C34indrique, porte deux petites soies au tiers supérieur. Le terminal, court, aplati et bilobé est garni à son extrémité d'une série de soies, au nombre de six à chaque lobe. Ces soies s'étalent en éventail ; les plus longues sont situées au milieu; celles des côtés se recourbent en arrière. Sur le lobe externe (le plus court et en même temps le plus large) on voit en outre deux ou trois soies fort petites, recourbées vers l'extérieur. Mandibules formées d'une partie basilaire et d'un palpe bifur- qué. Les dents du bord libre de la partie basilaire, au nombre de 8 ou 9, sont bi ou tricuspides. La dent supérieure, plus forte, est séparée des autres par une échancrure profonde. L'article basi- laire du palpe est robuste, quadrilatère ; il porte quatre soies lisses. Le rameau principal du palpe est composé de trois articles; le ler et le 2c portent chacun deux soies pennées. L'article ter- 280 JULES DE GUERNE minai, ovalaire, porte 4 à 6 soies pennées à peu près aussi lon- gues que le palpe et l'article basilaire réunis. Vers son extrémité, cet article porte en outre à la face interne une sorte de peigne formé de soies très fines, courtes et serrées. La branche acces- soire, courte, se compose de quatre articles dont les trois derniers portent des soies pennées généralement au nombre de 6. Mâchoires lamelleuses, formées de sept lobes ou appendices distincts, que l'on peut grouper en trois régions : basilaire, mé- diane, terminale. La région basilaire (la plus grande des trois) présente du côté interne un lobe ovalaire portant une dizaine de soies recourbées, garnies de poils raides. Le côté externe est formé d'une large lame semicirculaire portant de longues soies pennées, au nombre de 9. Ces soies s'étalent en éventail et sont de plus en plus longues à mesure que l'on s'approche de la région médiane. Celle-ci est formée de trois appendides assez courts, deux au côté interne, un seul au côté externe. Les appendices internes sont irrégulièrement cylindriques, arron- dis à leur extrémité ; l'appendice inférieur est un peu plus large que l'autre, il porte à son extrémité deux longues soies recour- bées qui sont en même temps pennées et garnies de longs poils raides espacés, disposés par paires. L'appendice supérieur pré- sente à son extrémité trois fortes soies pennées. L'appendice unique du côté externe est court et arrondi, mamillaire et porte à son extrémité une petite soie finement pennée. Ces appendices se trouvent séparés de la région terminale par une sorte de pédon- cule rétréci mais court qui sert de base à celle-ci. Elle est divisée longitudinalement en deux lobes inégaux. Le lobe interne plus grand, élargi à la base, porte à son tiers inférieur deux soies pen- nées dirigées vers l'intérieur; un peu plus haut, deux soies sem- blables. Enfin, son bord supérieur est garni de 4 soies également semblables, dirigées vers le haut et divergentes au sommet. Des poils longs et fins garnissent tout le bord interne de ce lobe. Le lobe externe porte sept soies pennées dirigées vers l'extérieur. Premières pattes mâchoires, divisées en trois parties peu dis- tinctes. Les tubercules marginaux, au nombre de quatre, pré- sentent : le premier (du côté proximal), 3 soies ; les trois autres, chacun deux soies, recourbées et munies de poils raides assez longs et espacés. Ces poils, dirigés vers la concavité des soies, sont opposés deux à deux. Outre ces longues soies, chaque tubercule porte à la face interne une soie pennée beaucoup plus courte. A quelque distance du quatrième tubercule se trouve une DESCRIPTION DU CENTROPAGES GRIMALDII 281 grande soie aplatie et recourbée, dépassant en longueur les soies des tubercules. Au côté interne de cette soie, on en voit une autre, desdeux tiers environ plus courte, pennée. Entre ces deux soies, une troisième, lisse et très petite, est assez difficile à distinguer. Ce groupe de soies marque l'extrémité de la région la plus large de la patte mâchoire. A partir de ce point, l'appendice se rétrécit et s'infléchit en même temps vers l'intérieur, servant de base à 4 grandes soies très robustes, aplaties et recourbées. Ces soies sont longues à peu près comme une fois et demie de la patte mâ- choire. Elles portent environ une quinzaine de paires de poils rigides, dirigées vers l'intérieur. Ces poils sont particulièrement longs et rapprochés dans la partie médiane de la soie. C'est éga- lement vers cette région qu'apparaît un léger sillon bordé de chaque côté par de petites soies fines et serrées. Les insertions de ces quatre grandes soies, vues du coté externe, forment une série de nodosités superposées. Au delà, formant l'extrémité distale de la patte mâchoire, on voit une érainence arrondie, por- tant deux soies d'aspect semblables aux quatre précédentes, mais plus courtes ; la plus petite est placée à l'intérieur, c'est la der- nière de la série. Enfin, au delà de cette soie, sous la nodosité terminale, part un poil penné très court. Deuxièmes pattes mâchoires, composées de sept articles que l'on peut diviser en trois parties de longueur à peu près égale. (a) Un fort article basilaire présentant à la face interne trois saillies verruqueuses. La plus voisine de l'extrémité proximale porte deux soies assez courtes garnies de poils raides. Le tubercule médian porte 2 soies semblables aux précédentes et une troisième très longue, recourbée et garnie de poils espacés forts et longs, distribués par paires et dirigés vers l'intérieur. Enfin le tubercule de l'extrémité distale de l'article, plus volumineux que les précé- dents porte deux soies plumeuses de moyenne grandeur et deux soies robustes, garnies de poils raides. (b) Un long article cylindrique, environ quatre fois et demie aussi long que large. Cet article porte dans sa longueur une sorte de brosse formée de poils de plus en plus longs à mesure que l'on avance vers l'article 3. Après la brosse, viennent 3 soies fine- ment plumeuses. Ces soies sont de grandeur progressivement croissante, de sorte que la seconde égale deux fois la première en longueur, la troisième se trouvant à son tour double de la se- conde. De l'extrémité distale de l'article part une soie longue, forte et recourbée garnie de poils raides disposés par paires et 282 JULES DE GUERNE assez distants les uns des autres. On remarque une très petite soie lisse à la base de la grande. (c) La troisième partie de la patte mâchoire comprend cinq arti- cles dont le dernier est à peine distinct. Le premier égale à peu près en longueur les deux articles suivants réunis. Chacun d'eux porte à son extrémité distale une soie forte et recourbée longue comme les cinq articles réunis. Ces soies garnies de poils raides disposés par paires s'effilent à. leur extrémité, les longs poils y sont remplacés par d'autres plus délicats, très courts et serrés, dirigés du côté concave de la soie. Outre ces grandes soies, les articles 1 et 2 portent deux soies plumeuses égales, les articles 3 et 4 une soie plumeuse. L'article 5 en est dépourvu. En outre, on voit sur les articles 3, 4 et 5 des soies lisses, très déliées, au nombre de 4 ou 5. Pattes natatoires. Les quatre premières paires de pattes na- tatoires sont semblables chez les deux sexes. Toutes présentent trois articles aux rames externes et internes. Ces rames sont por- tées par deux articles basilaires dont le premier présente au côté inférieur interne une soie pennée, assez courte, dirigée oblique- ment vers le bas. Une soie semblable s'observe dans les mômes conditions, au second article basilaire de la première paire de pattes. La première paire de pattes est plus courte que les sui- vantes. Cette réduction dans la longueur résulte de la forme plus carrée des articles basilaires et du développement beaucoup moindre des articles terminaux des rames. Ceux-ci, en effet, ont une longueur presque égale à celle des autres articles de la même patte, tandis qu'ils atteignent ou dépassent, dans les pattes des deuxième, troisième et quatrième paires, la longueur des arti- cles 1 et 2 réunis. La première paire de pattes se distingue éga- ment des suivantes par l'absence d-'épines denticulées au côté externe de l'extrémité distale des articles 1 et 2 de la rame externe. Ces épines n'apparaissent qu'au milieu et à l'extrémité de l'ar- ticle 3. Encore y sont-elles très réduites en comparaison de celles des autres pattes ; on n'y voit pas de denliculations. Enfin, la première paire de pattes porte sur les deux côtés des articles basilaires et des rames externes et internes, des poils assez longs, en beaucoup plus grand nombre que dans les pattes suivantes. Les épines mentionnées ci-dessus s'observent à tous les articles des rames externes de la deuxième, troisième et quatrième paire de pattes. Elles sont triangulaires, légèrement courbées et garnies sur leurs bords de iines denticulations. Chaque article en porte DESCRIPTION DU CENTROPAGES GRIMALDII 283 une au bord externe de son extrémité distale ; l'article 3 en pré- sente une à peu près au milieu de son bord externe. L'épine de l'article médian paraît être généralement la plus forte. Les bords internes des rames de toutes les pattes et celui du premier article basilaire sont garnis de poils semblables à ceux qui ont été si- gnalés sur la première paire de pattes. L'article terminal des rames externes est muni d'un aiguillon qui égale en longueur les trois quarts environ de la rame. Le bord externe de l'aiguillon s'étale en une sorte de lame tranchante qui présente parfois des denticulations extrêmement fines. Son bord interne, épais, est garni dans toute sa longueur de poils rigides, dirigés obliquement en arrière. Ces poils atteignent leur maximum de longueur vers le dernier quart de l'aiguillon. Ils deviennent ensuite de plus en plus courts, mais l'extrémité des derniers dépasse cependant la pointe de l'aiguillon. Enfin, tous les articles des rames internes et externes portent une à huit soies aplaties, plus ou moins longues et très richement pennées dans toute leur étendue. Les soies des articles terminaux sont généralement plus longues que la rame entière. Leur en- semble constitue un puissant appareil de natation. Le tableau ci- après donne le nombre et la distribution des soies sur les articles basilaires et sur les rames des cinq paires de pattes. PATTES. ARTICLES BASILAIRES. RAME EXTERNE. RAME INTERNE. Art. 1. Art. 2. 1 Art. 1. Art. 2. Art. -.i. Art. 1. -Vrt. 2. Art. 3. 3 es 9 '3 Première paire.. 1 1 1 1 l 2 6 Seconde paire.. I 1 1 5 1 2 8 Troisième paire. 1 1 l 5 1 2 8 Quatrième paire. 1 1 1 5 pas d'art, y 1 2 7 Cinquième paire fmdlej. 1 1 6 Cinquième paire (femelle). 4 1 1 () 284 JULES DE GUERNE Pattes de la cinquième paire chez le male. Les articles ba- silaires sont plus courts que dans les pattes des deuxième, troi- sième et quatrième paires ; il n'y a pas de soie pennée au bord inférieur interne du premier de ces articles. Les rames internes, triarticulées, présentent la conformation ordinaire. Les rames externes, par contre, sont réduites dans leur longueur. Elles ne sont formées que de deux articles, très robustes. On y remarque un épaississement particulier de la chitine. Les rames externes droite et gauche sont complètement difTérentes. Côté droit. L'article 1, rectangulaire, porte à son bord inférieur externe une épine denticulée. L'article 2 présente la forme d'une fourche à branches très inégales. La branche interne allongée se termine en pointe mousse ; son bord interne montre au tiers su- périeur quelques dents obsolètes ; on y voit, au voisinage de la base, deux ou trois poils raides très courts. L'autre branche de la fourche, très courte, tuberculeuse, est munie à son extrémité de trois pointes triangulaires inégales. Entre ces deux branches, se trouve comprise une échancrure peu profonde. La base de la fourche est irrégulièrement quadrilatère. Côté gauche. L'article 1, ovalaire, présente au côté interne un épaississement chitineux en forme de tubercule ; il porte au bord inférieur externe une longue épine denticulée. L'article 2, deux fois aussi long que le précédent, offre un bord interne concave, un bord externe convexe. Celui-ci porte deux épines denticulées, la première au tiers antérieur, la seconde au troisième quart de l'article, non loin de son extrémité. Celle-ci présente encore au côté externe une épine semblable, mais plus petite, de sorte que les deux articles de la rame se trouvent munis de quatre épines dont la grandeur décroît à mesure qu'on approche de l'extrémité. Au côté interne, l'article se termine par une épine conique, lon- gue à peu près comme le tiers de l'article 2. Cette épine, assez forte à sa base, s'amincit brusquement. Elle ne présente ni poils, ni stries, ni denticulations. Pattes de la cinquième paire chez la femelle. Les deux paires de pattes, un peu plus grandes que celles de la quatrième paire, sont symétriques et semblables ; toutes leurs rames sont également formées de trois articles La rame interne ne présente rien de particulier. Quant à la rame externe, elle se distingue des rames semblables des pattes précédentes par l'absence de soie pennée au bord interne des articles 1 et 2, la soie étant remplacée chez ce dernier i)ar un crochet particulier. Ce crochet d'une Ion- DESCRIPTION DU CENTROPAGES GRIMALDII 28o gueur égale ou un peu supérieure à celle de l'article 2 est forte- ment recourbé vers Tarticle 3. Il porte dans sa moitié inférieure une série de denticnlations d'abord courtes, puis régulièrement croissantes et de nouveau raccourcies vers l'extrémité mousse du crochet. Pour le reste, ces pattes ressemblent à celles des paires précédentes. Toutefois, le premier article de leur partie basilaire est dépourvu de soie pennée au bord inférieur interne. Habitat. Golfe de Finlande, par G0° 4' Lat. N. et 26" 39', 26"37', Longt. E. Paris. Cette espèce pélagique a été prise au filet fin, à la surface de la mer, le 8 septembre 1884, à 4 heures du soir, par S. A. Albert-Honoré Grimaldi, Prince héréditaire de Monaco. La température de l'eau à la surface était de 14" G, le soleil brillant. La salure de la mer en ces parages ne dépasse pas 0,2 p. 100. DESCRIPTION DES DIVERS ÉTATS DE PLUMAGE DU CANARD SAUVAGE ET VARIÉTÉS DE CETTE ESPÈCE Par le Baron L. D'HAMONVILLE La publication, dans le Bulletin de la Société Zoologique de 1884, de notre mémoire sur la mue des rémiges du Canard sauvage (Anas Boschas L.) nous a valu de nombreuses lettres d'encoura- gement de divers ornithologues, et particulièrement de plusieurs de nos collègues de la Société. Quelques-uns nous ont fourni des renseignements à l'appui de notre thèse, d'autres nous ont engagé à décrire les diverses livrées d'été de notre Oiseau, livrées qui sont peu ou pas connues et qui ne sont pas données par les auteurs. Nous venons aujourd'hui répondre à ce désir. Avant de faire ces descriptions, nous ferons remarquer que le Canard sauvage varie beaucoup, soit comme taille, soit comme coloration générale ; ce qui nous oblige à donner en quelque sorte une moyenne, en appuyant moins sur les caractères variables que sur ceux qui, ne changeant jamais, permettent de reconnaître au premier coup d'oeil l'âge et le sexe du sujet à déterminer. Nous prévenons aussi le lecteur que les dimensions de longueur ont été prises sur l'Oiseau en chair, en épousant les contours du corps. Mâle adulte, du /'''■ au 13 juillet. — Tête et cou d'un gris plus ou moins fauve, finement grivelé de petites taches d'un brun foncé, plus rares sur la gorge, qui est elle-même d'une nuance plus claire. Un trait d'un brun foncé part de la commissure du bec, entoure l'œil et se prolonge jusque sur la nuque. Un autre trait de même nuance, partant de la base du bec, passe sur le front, sur le sommet de la tête et va se confondre k la nuque avec les traits sourciliers. Le brun noir du vertex est le plus souvent irisé de verdâtre. Enfin, en y regardant de très près, on voit presque toujours sur une partie quelconque de la tête quelques rares plumes d'un vert métallique de la livrée du printemps. Dessus du corps d'un gris fauve, irrégulièrement couvert de taches brunes, qui sont plus foncées et plus grandes en approchant des rectrices. DIVERS ÉTATS DE PLUMAGE DU CANARD SAUVAGE 287 Ailes entièrement nues ou portant encore une partie des petites couvertures, qui tombent les dernières. Poitrine d'un fauve-roux plus ou moins prononcé avec une tache d'un brun noir au centre de chaque plume ; cette tache, ronde au milieu de la poitrine, prend sur le haut et sur les côtés la forme d'un croissant ; mais il y a des sujets sur lesquels elle est aussi peu apparente que chez les femelles adultes. Abdomen d'un cendré roux, tacheté de brun plus foncé sur les flancs. Souvent cette région porte encore quelques petites parties vermiculées de la livrée d'amour. Les quatre rectrices internes d'un brun plus ou moins foncé, quelque- fois entièrement noires. Les suivantes d'un cendré fauve tirant tantôt sur le noir, tantôt sur le blanc, et même portant quelque- fois des traits en zigzags. Sous-caudales généralement blanches, quelquefois grises, maculées de noir. Mandibule supérieure d'un jaune verdâtre avec une petite tache brune sur le sommet, et onglet noir. Mandibule inférieure d'un jaune d'ocre livide. Pattes rouge vif, avec les palmures teintées de brunâtre. Taille du bout du bec à l'extrémité de la queue 0"'59 à 0'"61. Femelle adulte en été. — La femelle en été conserve sa livrée d'hiver, elle perd seulement la plus grande partie de son duvet et la mue se faisant graduellement, les rémiges sont de longueurs anormales ; quelques-unes manquent parfois ; mais jamais en nombre suffisant pour que l'oiseau perde, même momentanément la faculté du vol. Il est donc toujours facile de la distinguer du mâle à cette époque par ses ailes garnies de leurs rémiges et de leur miroir; par sa taille plus petite : 0'"58, et par sa coloration qui est géné- ralement moins rousse sur la poitrine. Le vieux mâle d'ailleurs, ainsi que nous l'avons vu dans la description précédente, con- serve presque toujours des vestiges de sa livrée d'hiver, tels que des plumes métalliques isolées à la tête, ou des vermiculées sur les parties inférieures. Mdle adulte du 1^'^ au 13 août. — Joues, gorge et haut du cou d'un roux clair; chaque plume étant terminée par un petit point allongé d'un brun noir. Une raie de même nuance, mal définie, part du bec, entoure l'œil et se prolonge jusqu'à la nuque, Front, sommet de la tète et nuque d'un noir à reflets verdàtres sous certains jours. Quelques plumes vertes à reflets métalliques ap- paraissent sur les côtés de la tête et du cou. Nulle trace encore du collier blanc qui doit bientôt se former. Haut et bas du dos, scapulaires d'un brun foncé tirant plus ou moins sur le roussàtre. Sus-caudales noires à légers reflets verdàtres et bordées de brun 288 L. d'hamonville roux. Petites et moyennes couvertures, rémiges primaires et secondaires comme dans l'état parfait : toutefois les plumes nou- velles qui garnissent le dessous des ailes sont d'un joli blanc orangé. Chez quelques sujets, les rémiges n'étant pas encore complètement sorties de leur gaîne, l'Oiseau ne peut voler qu'à quelques mètres de hauteur et sur un court espace. Rectrices médianes noires, se bouclant une à une, rectrices sub-médiaires blanches, bordées de fauve ; les autres rectrices d'un blanc roux extérieurement, d'un cendré plus ou moins roux intérieurement, avec la baguette brune et les bordures un peu plus claires. Côtés du cou et poitrine d'un roux franc, s'éclaircissant et passant au gris sur l'abdomen. Les plumes des côtés du cou et du haut de la poitrine portent chacune un fer à cheval noir, et celles du bas de la poitrine sont terminées par une larme noire. Enfui les plumes de l'abdomen commencent à se vermiculer comme dans la livrée d'hiver. Sous-caudales blanches avec quelques taches en forme de gouttes d'un noir vif et bien détaché. Mandibules, pattes et taille comme dans l'adulte au l^r juillet. Aldle adulte au lo septembre. — Livrée semblable à la précédente sauf les modifications indiquées ci-après : Le sommet de la tête prend franchement le vert métallique ; des taches assez nombreuses de ce vert bien franc apparaissent sur les côtés de la tête et de la nuque ; autour du cou quelques plumes blanches commencent à dessiner le futur collier de l'état parfait. La gorge et la poitrine se parent de leur plastron d'un joli roux, les taches noires disparaissent, mais chaque plume est entourée d'un étroit liseré blanchâtre. Les parties abdominales sont entièrement vermiculées et les sous-caudales noires, tein- tées d'un beau vert de mer, parfois un peu bleuâtre, elles sont recoquillées en tout ou en partie. En somme, l'Oiseau à cette époque a sa robe d'hiver presque complète et la mue est terminée sauf à la tête et au cou où les petites plumes vertes sortent gra- duellement de leur gaîne pour venir prendre la place des plumes rousses de ces parties. A la fin d'octobre, il ne reste plus la moindre trace de mue, tous les mâles ont leur livrée complète et peuvent être reconnus de fort loin ; à cette époque les adultes ne diffèrent plus des jeunes de l'année que par la nuance plus vive des pattes et du bec, et par leur taille un peu plus forte. Voici à cette époque le poids de différents sujets : (^ adulte 2 kilog. 250 gr. à 2 kilog. 323 gr. DIVERS ÉTATS DE PLUMAGE DU CANARD SAUVAGE 289 c^ de l'année 2 kilog'. 150 gr. à 2 kilog. 200 gr. Ç adulte et jeune 2 kilog. 100 gr. à 2 kilog. 150 gr. Après avoir passé en revue dans la première partie de cette étude, souvent aride, toutes les phases de la mue chez le Canard adulte ; il nous reste pour la compléter à prendre le jeune Oiseau dès son éclosion en décrivant ses difTérents états de plumage jus- qu'à ce qu'il soit arrivé à l'état parfait. Le Canard sauvage s'apparie dès la fin de février et construit son nid à la mi-mars. 11 le place ordinairement sur la rive des étangs, dans les fourrés de joncs et d'épines qui les bordent, à très courte distance de l'eau. Le nid, fabriqué d'une façon assez rustique avec des joncs assemblés sans soin, repose à terre. La plus grande préoccupation de la Cane est de le cacher k tous les yeux ; elle y réussit si bien, que l'on peut passer bien longtemps tout auprès, sans l'apercevoir. Elle y arrive par une étroite cou- lée pratiquée dans le fourré, et lorsqu'elle est obligée de fuir, elle part à pied par cette coulée, avant de prendre son vol. La ponte commence du 15 au 30 mars, le plus habituellement du 25 au 30. Elle se compose de 10 à 12 œufs, rarement plus ou moins. Ces œufs sont de forme ovée, et petits relativement à la taille de l'oi- seau. Ils ont de 55 à SS'"™ de grand diamètre, et de 40 à 42™°! de petit diamètre ; le grain en est fin, serré et lisse. Ils sont impré- gnés d'une substance grasse qui les protège contre l'humidité d'une façon telle que si l'on jette une goutte d'eau sur la coquille, on la voit rouler sans la moindre adhérence et sans laisser de traces. Il y a deux types de coloration : les uns, et c'est le cas le plus habituel, sont d'un vert olive, très pâle; les autres d'un gris légèrement ocracé. La coloration interne répond à la coloration externe : elle est donc verdâtre dans le premier cas, jaunâtre dans le second. Le? Poussins naissent presque tous à la fois, après 28 jours d'incubation ; ils sont couverts dès leur naissance d'un duvet fin, épais, imperméable, qui est d'un brun assez foncé sur les parties inférieures (J^oir Marchand (1). Le bec et les pattes sont d'un brun- noir, et les ailes n'existent encore qu'à l'état rudimentaire. Ces jeunes Poussins sont vifs et alertes, ils plongent à merveille et courent à terre avec une vitesse qui contraste singulièrement avec la marche lourde à laquelle ils seront condamnés plus tard. (1) Les Poussins des Oiseaux d'Europe, nouvelle édition, page 58, pi. 57. Très minutieux et très exact. 19 290 L. d'hamonville Rien n'est plus intéressant que de suivre leurs ébats et de voir l'adresse dont ils l'ont preuve pour s'emparer des Mouclierons, larves, Libellules et autres Insectes qui sont la base de leur pre- mière nourriture. Leur cri de rappel est une sorte de sifflement aigu, qui s'entend de fort loin, et ils savent se taire et se cacher tout à coup, quand un cri de leur mère, dont la sollicitude est sans égale, vient les avertir qu'un danger les menace. Les jeunes Canards, dont la croissance estd'ailleurs très rapide, passent par trois phases différentes pour arriver à l'état adulte. Dans la première ce sont des poussins couverts de duvet; dans la seconde ils prennent beaucoup de corps ; du tiers ils arrivent aux trois quarts ou aux quatre cinquièmes de leur taille. lueurs bulbes se gonflent, ils vont s'emplumer complètement en finis- sant par l'aile qui se développe la dernière. Ils sont alors Hal- brans. Enfin dans la troisième phase qui est la plus longue, ils prennent petit à petit la livrée de l'adulte dont ils ne ditïéreront presque plus à la fin d'octobre. Quatre semaines après leur naissance les jeunes Poussins sont arrivés au tiers de leur grosseur totale ; voici à ce moment leur livrée, qui est entièrement duveteuse : côtés de la tête et du cou, poitrine et abdomen d'un blanc fauve passant au roux clair à la commissure du bec, au brun foncé sur le haut et les côtés de la poitrine ; un large trait brun noir prend naissance sur le bec, recouvre la tête et rejoint à la nuque deux autres traits de même nuance, étroits, qui partent de^la narine en traversant l'œil ; une tache brunâtre apparaît derrière le méat auditif. Parties supé- rieures d'un brun sale assez foncé, avec deux petites taches allon- gées, blanches sur les côtés du dos et deux autres taches sem- blables, mais un peu plus larges sur les côtés du croupion. Tout l'Oiseau est encore en duvet à l'exception de deux petits bouquets de plumes rousses coupées de noir, qui apparaissent au-dessus de chaque aile; celles-ci, très petites, encore en duvet brun, sont liserées inférieurement de blanc ; Les quatre rectrices médianes, plus longues que les autres, se transforment ; la mandibule supé- rieure est brune, l'inférieure jaune livide; les pattes d'un brun un peu rougeàtre, avec les palmures fuligineuses. Halhran ,^ et ^ au 15 juillet. — Tète et cou d'un roux pâle ; chaque plume de ces parties portant à son milieu une étroite strie noire ; raie sourcilière et calotte brun noir sans le moindre reflet verdâtre. Gorge d'un joli roux clair abricoté, sans tache. Toutes les parties supérieures brunes, chaque plume largement bordée de DIVERS ÉTATS DE PLUMAGE DU CANARD SAUVAGE 291 roux-fauve. Pas de caudales supérieures ou inférieures appa- rentes, mais les plumes de ces parties s'allongent quelque peu. Rectrices brunes, largement bordées de blanc fauve, les externes portant à leur centre une zone de même nuance. Poitrine rousse, abdomen de même nuance, mais plus claire, avec des taches brunes mal définies, plus larges et plus nombreuses sur les flancs et sur les parties anales. En soulevant les couvertures pec- torales, on aperçoit la tache en fer à cheval qui doit apparaître plus tard, par l'accroissement de la plume qui la porte. Petites et moyennes couvertures alaires d'un brun clair, finement liserées de roux. Grandes couvertures secondaires de même nuance avec l'extrémité blanche, bordée de noir. Rémiges secondaires d'un gris-brun sur. les barbes internes et d'un violet métallique, qui passe au vert sous certains aspects, sur les barbes externes, avec l'extrémité noire bordée de blanc ; ce qui complète la parure connue sous le nom de miroir. Rémiges primaires brun cendré, plus clair sur les barbes internes et finement liserées de blanchâ- tre. Dessous des ailes d'un joli jaune beurre frais. A cette époque, les rémiges qui n'ont pas encore acquis tout leur développement normal, ont souvent encore une partie importante de leur base enserrée dans la gaîne, et le Halbran, dans ces conditions, ne peut faire qu'un temps de vol très limité. Pendant longtemps encore, il ne pourra d'ailleurs s'élever verticalement sur place comme l'a- dulte et il lui faudra un parcours de plusieurs centaines de mètres pour atteindre quinze ou vingt mètres de hauteur. A cette phase de la vie, le Halbran mâle diffère à peine de la femelle, il est seulement un peu plus fort, et cette différence n'est appré- ciable que par comparaison entre sujets de même âge. 11 a la man- dibule supérieure brune avec les bords verdâtres ; la mandibule inférieure jaune livide, quelquefois maculée de brun; les pattes d'un rouge brun ont les palmures d'un brun légèrement rougeâtre. En résumé, le Halbran qui, à cette époque, ressemble beaucoup à la Cane adulte, s'en différencie néanmoins très nettement par l'absence de plumes caudales, par une coloration générale plus sombre, par des rémiges régulières et plus courtes, par la mandi- bule supérieure presque entièrement brune et par la teinte rouge- livide de ses pattes. Halbran Ç e^i août. — A cette époque, notre Oiseau est devenu presque adulte; il a encore, il est vrai, la coloration générale que nous venons de décrire, mais avec des modifications importantes : la taille égale presque celle du vieux mâle ; le noir du sommet et 292 L. d'hamonville des côtés de la tête se teinte d'un vert bien accusé et quelques petites plumes de même nuance s'y montrent çà et là ; les cau- dales supérieures et inférieures se sont développées et prennent leur nuance définitive ; le roux de la poitrine s'accuse et les taches noires ressemblent de plus en plus à celles de l'adulte, à cette saison. Quelques taches en zigzag ou vermillées font leur apparition sur la région abdominale. Les rémiges ont toute leur taille, et l'oiseau est devenu maître de son vol. Enfin la mandibule supérieure a pris sa nuance jaune verdâtre et ne porte plus qu'une macule brune à sou sommet. Toutefois, le collier blanc n'est pas encore formé, les pattes n'ont pas encore pris la belle couleur rouge dont elles doivent se parer plus tard et ce n'est qu'à la fin d'octobre au plus tôt que le Halbran aura complété sa transformation et pris définitivement la livrée parfaite de l'adulte. On sait que le Canard sauvage donne souvent des variétés et qu'il se croise volontiers avec des congénères dont la robe ne ressemble guère à la sienne. M. de Selys-Longchamps a fait en 1845 et repris en 1856 un travail extrêmement intéressant sur les hybrides des Anatidés ; nous croyons devoir pour compléter notre notice donner quelques brefs renseignements sur les variétés ou hybrides de cette espèce qui nous sont passés par les mains. Il y a une quinzaine d'années, une compagnie de huit ou dix Canards sauvages, très maculés de blanc, habitait sur les étangs de la forêt domaniale de la Reine. Ils étaient irrégulièrement mé- langés de blanc plus ou moins pur, absolument comme des Canards domestiques. Ils étaient cependant parfaitement sauvages et il nous a été malheureusement impossible de savoir d'une façon certaine s'ils étaient isssus, comme cela paraît probable, du croisement d'un Canard sauvage et d'une Cane domestique plus ou moins atteinte d'albinisme. En 1873, M. E. Chevandier deValdrôme, qui fît partie du dernier ministère de l'Empire, nons fit la gracieuseté de nous envoyer un Canard sauvage qu'il avait tué sur une pièce d'eau dans son parc de Cirey. C'était un mâle, entièrement blanc, mais d'un blanc sale, comme frotté de suie. Il avait d'ailleurs l'iris brun, le bec jaune verdâtre et les pattes rouges de VAnas Boschas dont il pa- raît n'être qu'une variété albine. A. la fm d'août 1878, nous avons tué nous-même sur une petite mare d'eau douce dans un îlot désert, nommé Bélair, qui se trouve DIVERS ÉTATS DE PLUMAGE DU CANARD SAUVAGE 293 sur la côte du Morbihan, à l'embouchure de la Vilaine, un Canard mâle qui faisait partie d'une troupe de cinq individus et que nous avons conservé comme nous paraissant constituer une intéres- sante variété. La livrée de ce spécimen, qui porte encore quelques traces de mue, est celle du Canard sauvage mâle adulte en août, sauf les différences ci-après : un liseré étroit, roux clair borde les côtés du bec à leur naissance ; une tache semi-lunaire, blan- che, lavée de roux s'étend sous le menton sur toute la largeur de la mandibule inférieure. Le collier de la livrée habituelle du mâle et le plastron roux du haut et des côtés de la poitrine sont rem- placés par un plastron d'un beau blanc légèrement maculé de roux en haut, et parsemé en bas de quelques plumes entièrement noires. Les miroirs sont bordés d'une bande noire sensiblement plus large que d'habitude. Enfin, notre sujet qui a quatre sus-cau- dales bouclées est un peu plus fort do.ns toutes ses parties que le Canard sauvage ordinaire. NOTICES HELMINTIIOLOGIQUES (Première série) Par le D-" Raphaël BLANCHARD CESTODES 1. TiENiA ECHiNococcus voii Siebold, 1853. Le 13 mai 1884, en enlevant la peau d'un Cheval, à l'abattoir de Villejuif, on trouve dans les muscles de la face externe de la cuisse des kystes hydatiques, en nombres! considérable qu'on en peut remplir presque complètement un bocal de deux litres. Leur taille est très variable et leur diamètre oscille entre 1 et 6 cen- timètres. Von Linstow (1) ne cite pas l'Échinocoque au nombre des para- sites du Cheval ; parmi les Solipèdes, il ne le mentionne que chez le Zèbre. Ce parasite n'est pourtant pas très rare chez le Cheval : Kûchenmeister (2) l'y signale, ainsi que chez l'Ane. Goubaux a observé chez le Cheval un kyste hydatique, de la variété endo- gène, situé entre la paroi du thorax et les insertions du dia- phragme (3). Ce sont au contraire des kystes de la variété exo- gène que M. Mégnin (4) a rencontrés sur un Cheval de la Compa- gnie générale des omnibus, également dans les muscles de la cuisse. Nos kystes étaient simples, ce qui démontre la possibi- lité de rencontrer chez le Cheval les trois variétés d'hydatides signalées chez d'autres animaux. Nos exemplaires ont été déposés dans la collection helmintho- logique du musée Orfila. Nous avons encore observé trois hydatides simples dans le foie d'un Élan mort au Jardin d'acclimatation. (1) 0. von Linstow, Compendinm der Uclminlhologic. Hannover 1878. (2) Kûchenmeister u. ZUrn, Die Parasiter des 3îeiischen. 2. Auflage. Leipzig, 1881. — I, p. 17G. (3j Cité par Davaine, Traité des enlozoaires. Paris, 2o édition, 1877. — Voir p. 661, en note. (1) P. Mégnin, Sur une nouvelle forme de Ver ve'sicuknrc. Journal de l'ana- tomie, 1880. NOTICES HELMINTHOLOGIQUES 29S TRÉMATODES 2. Ampiiistoma conicum Rudolphi, 1810. Le D"" Ghédan, médecin de la marine, nous a rapporté plusieurs exemplaires de ce Ver, recueillis par lui à Formose, dans la panse d'un Bœuf qui était né et avait été élevé au Japon ; ce Bœuf avait été abattu aussitôt après son débarquement à Formose, en sorte que le parasite doit être considéré comme étant d'origine japo- naise. Cette observation a pour but de faire connaître la présence d'A. conicum dans une région où il n'avait pas été signalé jusqu'à présent; on sait qu'il est très fréquent en Europe et qu'en Aus- tralie (1) il détermine parfois de redoutables épizooties. NÉMATODES 3. Ankylostoma Bo.e R. BL, 1886. Le 22 février 1885, on nous apporte du Jardin d'acclimatation un Boa constrictor, mort depuis plusieurs jours et déjà dans un état assez avancé de décomposition. L'intestin renfermait une vingtaine de Nématodes : leur état de demi-putréfaction n'a pas permis d'en faire une étude détaillée; nous avons pu, néanmoins, noter quelques caractères essentiels et reconnaître qu'il s'agissait d'une espèce nouvelle. Les dimensions ont été trouvées les sui- vantes : d' longueur, 6'"'" ; largeur, 0"""3. $ j p — 7"i'"65 ; largeur, 0'^'n4. La bouche (PL X, fig. 1) est identique dans les deux sexes. Lar- gement béante, elle est armée de quatre forts crochets chitineux et se continue avec un œsophage pyriforme, remarquable par sa puissante musculature. A la suite de cet œsophage vient un intes- tin rectiligne : ce dernier a sur toute son étendue, du pharynx à l'anus, une teinte uniforme d'un noir intense, qui donne au Ver entier, vu à l'œil nu, la couleur de l'encre. (1) Voir F. A. Ziirn, Die Schmarolzer auf und in dem Korpcr unsercr Uausxàu , getinre. Zwcite Auflage, I, p. 221, 1882. 296 RAPHAËL BLANCHARD L'œsophage est long de O^^^bD et atteint 0'"""18 dans sa plus grande largeur. On voit avec la plus grande netteté les muscles transversaux qui entrent dans sa composition et qui lui consti- tuent de chaque côté une paroi épaisse de 0™"i079 ; le canal œsophagien n'est large, en effet, que de 0'"'^02l, au niveau de sa plus grande largeur, c'est-à-dire au niveau du renflement pharyngien. Le corps se termine chez la femelle par une pointe effilée (fîg. 2), qui se prolonge à 0"""37 en arrière de l'anus. Cet orifice est lui- même la terminaison d'un rectum long de 130 à 145 [;-, pâle et tapissé intérieurement d'une épaisse couche chitineuse. Le rec- tum s'enfonce dans le corps obliquement d'arrière en avant et de dehors en dedans ; il présente une étroite lumière. Le corps est recouvert sur toute son étendue d'une couche de chitine épaisse de ^ ^ et présentant à sa surface une délicate striation transversale. Chez le mâle, il se termine en arrière par une bourse copulatrice large de 0'"'"4 dans le sens dorso-ventral, et dans laquelle se voient de chaque côté un certain nombre de côtes dont la figure 3 représente la disposition. La vulve est située un peu en arrière delà moitié de la longueur totale, exactement à l'union des 54/100 antérieurs avec les 46/100 postérieurs. L'œuf est parfaitement elliptique et entouré d'une coque mince et délicate : il mesure de 75 à 80 a de long sur 32 à 42 \j. de large. La découverte d'un Ankyloslome vivant en parasite dans l'in- testin du Boa n'est pas un fait sans intérêt. C'est la première fois, à notre connaissance, qu'on rencontre un Nématode de ce genre chez un Ophidien(l) et le nombre est d'ailleurs restreint desStron- gyliens observés chez les Serpents: la grande majorité de ces Vers vivent en effet de préférence chez les Vertébrés à sang chaud. 4. Trighocephalus affinis Piudolphi, 1810. Cette espèce a été signalée déjà chez un grand nombre de Ru- (1) Depuis que ceci est écrit, nous avons relevé une observation analogue dans un mémoire de Wucherer fUebcr die Anchylostomciikrankhcit, tropischc Chlorose oder tropische Hypoàmie. Deutsches Archiv fiir klinisclie Medicin. X p. 379, 1872. — Voir p. 393). Cet auteur donne une description succincte d'un Ankylostome trouvé par un voyageur anglais, M, Read, d'iUieos (Brésil), dans l'estomac d'un « Surucuca picn de jacca » {Lacheais muta). NOTICES HELMINTHOLOGIQUES 297 minants, particulièrement chez les Ruminants à cornes pleines et caduques. Nous l'avons trouvée en grande abondance dans toute l'étendue du gros intestin, mais surtout dans le caecum d'un Élan (Cervus alces L.), mort au Jardin d'acclimatation. Un exem- plaire fut également rencontré dans l'intestin grêle, aune certaine distance du cœcum. Tous ces parasites étaient libres ; aucun d'eux n'était fixé dans la muqueuse par son extrémité céphalique ; les femelles étaient particulièrement nombreuses. S. RiCTULARIA BOVIERI R. Bl., 1886. M. Bovier-Lapierre, directeur-adjoint du laboratoire d'histologie zoologique de l'École des Hautes-Études, nous a remis un Ver trouvé par lui dans l'intestin d'une Chauve-Souris capturée à Sarreguemines, le 26 septembre 1883. La Chauve-Souris apparte- nait à l'espèce Vespertilio murinus, ainsi que nous avons pu nous en assurer. Le Ver est un Nématode d'espèce nouvelle, appar- tenant au genre Rictularia Frôlich, 1802 (Pterygodermatites Wedl, 1861). Nous n'avons eucà notre disposition qu'un seul indi- vidu, une femelle jeune, dont les glandes génitales, malgré leur grand développement, ne renfermaient pas encore d'œufs. Corps long de 5'"™,3 cylindrique, large de 0"im2.3, obtus à cha- cune de ses extrémités (PL X, fig. 4). Cuticule épaisse de 6 {^- et pourvue de stries transversales d'une grande délicatesse, distantes de 2,0 [j. dans la région antérieure, moins visibles et plus espacées dans la région postérieure. La cuticule porte de remarquables appendices chitineux. Im- médiatement en arrière de la bouche, et sar le milieu de la face ventrale, se voient deux rangées de plaquettes chitineuses, imbri- quées les unes sur les autres à la façon d'écaillés. Ces deux rangées sont d'abord intimement juxtaposées, mais elles ne tardent pas à s'écarter l'une de l'autre et finissent par se disposer suivant deux lignes longitudinales, cZ, e, espacées d'à peu près deux cinquièmes de la circonférence du corps de l'animal; ces deux lignes marchent alors parallèlement l'une à l'autre et se prolongent jusque vers l'extrémité caudale. A partir de la bouche, a, et dans chacune des deux rangées, les 17 premières plaquettes sont couchées à la surface du corps et disposées en antéversion, c'est-à-dire que leur extrémité libre est tournée en avant, h. Les 10 plaquettes suivantes ont une disposi- tionin verse, c'est-à-dire qu'elles regardent en arrière, c. 298 RAPHAËL BLANCHARD Sauf au point où se fait le changement de direction, ces pla^ quettes, comme nous l'avons déjà dit, sont intimement imbriquées. Leur taille augmente de lal^o à la 27% mais leur structure et leur forme générale demeurent les mêmes. Chacune d'elles est formée d'une lamelle chitineuse nettement striée en travers et s'insérant sur la cuticule par une sorte de nodule également strié, auquel aboutissent d'autre part des stries venant de la partie avoisinante de la cuticule (fig. 5j. A partir de la plaque 28, l'imbrication cesse et les différentes plaquettes se séparent petit à petit. En même temps, la forme change : la partie libre, d'abord large et plus ou moins quadrila- tère, s'effile, et le nodule basilaire se bifurque, en sorte que les plaquettes passent insensiblement à la forme d'épines (fig. 7). Cette tranformation est déjà très apparente sur les plaquettes 30, .31, 32 et suivantes. Comme on voit, les épines s'attachent sur la cuticule par une double racine striée longitudinalement. Les deux racines sont de taille inégale : la plus grosse n'est autre chose que le nodule dont il était question plus haut ; la plus petite provient d'un épaissis- sement et d'une condensation du faisceau de stries que tout à l'heure nous voyions se rendre au nodule. Cette inégalité des deux racines se maintiendra par la suite. Les plaquettes imbriquées et les épines ou crochets qui leur font suite sont donc des productions du même ordre : dans cha- cune des deux rangées, on en compte 68. L'imbrication, avons- nous dit, est complète jusqu'à la28s ; les crochets arrivent encore à se mettre réciproquement en contact jusqu'au 37*^; au-delà, ils sont séparés les uns des autres par une distance plus ou moins grande. Par exemple, l'espace qui s'étend entre la pointe du cro- chet 40 et la base du crochet 41 est déjà de 21 a ; la distance réelle de ces deux crochets, mesurée de la base de l'un à la base de l'autre, est de 95 \j.. Voici, du reste, un série de mensurations qui montrent la valeur de ces espaces : De la base du crochet 40 à celle du crochet 41 9.5 ;j. — — 45 — — 46 122 — — 50 — — 51 138 — — 55 — — 56 170 — — 60 — — 61 130 A mesure qu'ils s'éloignent de l'extrémité antérieure, les cro- chet augmentent de taille, pour diminuer ensuite, comme l'in- dique le tableau suivant: NOTICES HELMINTHOLOGIQUES 299 Longueur. Largeur à la Crochet 30 ... . . ... 53 [^ — 35 ... . .... 79.5 - 40 . ... 79.5 — 45 ... . 91 .. . 69 a — 50 , . . . 90 64 — 55 . . . . 85 60 — 60 ... . . . . . 74 55 — 65 ... . . . . . 60 Jusqu'au 56^, les crochets sont d'une belle coloration jaune- brun qui les rend bien visibles ; leurs contours sont nets. Au- delà, ils pâlissent progressivement, en même temps qu'ils s'amin- cissent et deviennent très difficiles à apercevoir. Le 65'= est à peine apparent, il faut une très grande attention pour le décou- vrir. La difficulté est encore plus grande pour les trois suivants. Comme le montrent les figures 4 et 8, notre Ver présente une de ses séries de crochets de profil et l'autre à plat. Sur la série qui se voit de profil, les derniers crochets sont faciles à voir et c'est ce qui m'a conduit k rechercher sur fautre série des crochets qui fussent le pendant de ceux-ci. Même en étant prévenu de leur existence, il m'a fallu des observations nombreuses pour arriver à les voir, tant, malgré leur grande taille, leur transparence est parfaite et leur minceur extrême. La pointe du 68" et dernier crochet est à 345 [j. de l'extrémité postérieure du corps, non compris l'appendice dont nous devons parler maintenant. Celui-ci a la forme d'un bec de plume à écrire (fîg. 9, f) ; c'est une pointe longue de 32 u., large de 27 u. à sa base, et creusée à sa face ventrale d'une sorte de gouttière, dans le fond de laquelle viennent s'ouvrir le rectum et une paire de glandes qui lui sont annexées. La bouche, percée à fextrémité antérieure et un peu oblique- ment, est maintenue béante par un anneau chitineux, épais de4[j. (fîg. 5, fl); son ouverture est large de 22 a. Elle est bordée, à sa lèvre antérieure, par une sorte de repli cuticulaire, b, de petites dimensions et non soutenu par des arceaux chitineux, comme cela semble être le cas dans les autres espèces du genre. Elle nous a semblé inerme, du moins nous n'y avons point observé de dents analogues à celles que Erôlich, Dujardin et Wedl ont décrites chez les deux espèces dont nous parlerons plus bas; elle est simplement constituée par une cavité, c, profonde de 21 ;x et 300 RAPHAËL BLANCHARD ayant l'aspect d'un tronc de cône dont la petite base est tournée du côté du tube digestif (fig. 5). Celui-ci se montre constitué par un tube rectiligne (fig. 4, h; fig. 5, cZ), occupant toute la longueur du corps de l'animal. Il ne se laisse point diviser en segments divers, mais présente sur toute son étendue le même aspect et à peu près le même diamètre. Au niveau du 50* crochet, il est large de 71 [j. ; au ,'niveau de la der- nière anse formée par l'appareil génital, c'est-à-dire à la hauteur du 67e crochet, il s'est un peu élargi et mesure 90 u. A partir de cet endroit, il s'élargit insensiblement et atteint finalement un diamètre transversal de 108[x (fig. 9, a). Immédiatement en arrière du point où ce maximum de largeur est atteint, l'intestin se rétrécit progressivement et se termine par une extrémité obtuse, après un parcours d'environ 55 [j.. Sur ce court trajet, il présente d'intéressantes modifications. Il est tout d'abord entouré d'un anneau d'aspect chitineux (fig. 9, J), large de 71 ^ et en arrière duquel l'intestin change d'aspect et de structure, c : il présente alors à sa surface des stries longitudi- nales, dues sans doute à l'existence de fibres musculaires qui rendent contractile cette courte portion du tube digestif. Puis on voit un nouvel anneau d'apparence chitineuse, cl, large de 51 ft, distant du premier anneau de 45 a et marquant la terminaison de l'intestin. Celui-ci se continue par une sorte de rectum long de 60.", large de 12 |W seulement, qui vient déboucher à la base de l'appendice caudal, f, par une ouverture qui se prolonge en gout- tière, g. On remarque enfin, de chaque côté du rectum, une glande, h, dont le fin canal excréteur vient s'ouvrir sur les côtés de la gouttière. L'appareil génital est bien développé. Il est représenté par de longs tubes, très sinueux, enroulés autour de l'intestin et dont la figure 4, h, ne donne qu'une idée approximative. Sur le fragment que représente la figure 8, on pourra se rendre compte de leurs dimensions, comparées à celles de l'intestin, ainsi que de leur disposition. Leur parcours est parfois totalement inextricable ; ils aboutissent à une vulve située à la face ventrale, au niveau du 35^ crochet. Ces tubes ne renferment encore aucun produit sexuel. En avant, ils ne remontent pas au-delà de la vulve ; en arrière, ils s'arrêtent au niveau du 67° crochet, f. Rictidaria Bovieri appartient à un type de Nématodes peu connu jusqu'à présent. Dans sa monographie des parasites des NOTICES HELMINTHOLOGIQUES 301 Chauves-souris, van Beneden (1) n'a signalé aucun Ver analogue. Les animaux du genre Rictidaria sont du reste au nombre des plus rares Nématodes : ils n'ont été observés jusqu'à présent que par Frolich (2), par Dujardin, par Wedl (3), par von Willemœs- Suhm (4) et par nous-mème. Rictularia cristata, trouvé par Frolich dans l'intestin grêle de Myoxus (Muscardinus) avellanarius, est un Ver long de 11 à 13 lignes (24 à 28"™), légèrement atténué à chaque extrémité. Rudolphi (5) le mentionne sous le nom à! Ophiostoma cristatum et ajoute que le musée de Vienne possède des exemplaires du même parasite pro- venant de l'intestin grêle de Myoxus glis et de M. dnjas. Diesing (6) conserva au Ver qui nous occupe le nom que lui avait donné Rudolphi et le maintint dans son genre Ophiostomum, malgré les critiques dé Dujardin (7). Cet admirable observateur avait eu lui- même l'occasion de retrouver, chez des Mulots des environs de Rennes, le Ver décrit par Frolich et, en même temps qu'il cons- tatait la justesse de la description donnée par ce dernier, il notait que le parasite qui en était l'objet ne pouvait aucunement être rangé parmi les Ophiostomes. On trouvera dans l'ouvrage classique de Dujardin la description détaillée de Rictularia cristata. Le seul point qu'il nous importe de mentionner ici, c'est que le tégument porte, « à partir de la tête jusqu'à la vulve, une rangée non symétrique de dix-huit à vingt crochets oblongs et obliques, peu saillants, finement striés, qui rendent cette partie crêtée «. La femelle seule est connue : sa queue est conoïde, obtuse, assez épaisse ; l'anus est situé à 0'"'"4 de l'extrémité ; la vulve est large, transversale et située vers la face dorsale ou opposée à la bouche. (1) P.-J. van Beneden, Les parasites des Chauves-souris de Belgique. Mémoires de l'Académie de Belgique, XL, p. 1-42, 1873. (2) J.-A. Frolich. Beschreibung einiger ueuen Eingeweidewiirmer, Der Natur- forscher, XXIX, p. 9, pi. I, fig. l-;3, 1802. (.3) K. Wedl. Zur Helminthenfauna Mgyptem. Sitzungsber. der k. Akad. der Wiss. in Wien, XLIV, 1. Abtli., p. 463, 1861. — Voir p. 461. (1) R. von Villemœs-Suhm, Helminthologische Nolizen, I. — 3" Zur Gattung Ophiostomum Rud. Z. f. w. Z., XIX, p. 473, 1869. — Id., Id., III. — /» Ueber dus Vorkommen der Rictularia plagiostoma Wedl. Ibidem, XXIII, p. 331, pi. XVII, fig. 1, 1873. (5) Rudolphi, Entozoorum synopsis. Berolini, 1819. — Voir p. 60 et 304. (6) C.-M. Diesing. Systema helininlhum. Vindobonae, 1851.— Voir II, p. 245. (7) F. Dujardin, Histoire naturelle des Helminthes ou Vers intestinaux. Paris, 1815. — Voir p. 280. 302 RAPHAËL BLANCHARD Une autre espèce, trouvée en Egypte dans l'intestin grêle à! Erinaceus auritus, à été décrite par "Wedl sous le nom de Piery- godermatites pîagiosioma. Plus tard, von Villemœs-Suhm retrouva ce même jiarasite chez Vespertilio murimis : il lui donna d'abord le nom d' Ophiostomum spinosiim ; mais, ayant eu l'occasion de s'as- surer de l'identité de ses exemplaires avec ceux de Wedl, ayant reconnu d'autre part que ces parasites ne pouvaient rentrer dans le genre Ophiostoma, mais devaient être rapprochés de Rictularia cristata Frolich, il leur donna finalement le nom de Rictularia plagiostoma, qu'ils doivent conserver. Wedl eut à sa disposition des mâles et des femelles ; von AVillemœs-Suhm ne trouva que des femelles chez des Chauves-souris des régions montagneuses de la Bavière : les recherches qu'il entreprit sur des Chauves- souris qui lui avaient été envoyées d'autres parties de l'Alle- magne demeurèrent sans résultats. Tandis que l'espèce précédente n'a été vue que chez des Ron- geurs, Rictularia plagiostoma n'a été rencontré que chez des In- sectivores. Il semble être un parasite assez rare, bien que son aire de distribution soit assez vaste. La femelle est longue de 15 à 20™™ et large de 0,5™™, d'après Wedl ; elle est longue de 25 à 30™™, d'après von Villemœs-Suhm. L'extrémité céphahque est arrondie et présente latéralement une section qui correspond à l'orifice buccal, vaste et dirigé en travers. Le mâle dépasse à peine le tiers de la longueur de la femelle. L'extrémité antérieure est munie d'une sorte de prolongement en couronne, visible surtout quand on examine de face l'orifice buccal ; ce prolongement est constitué par une membrane dépen- dant de la cuticule et tendue par huit arceaux chitineux, quatre médians et quatre latéraux. La bouche est fendue transversale- ment et bordée par deux lèvres fixes, l'une antérieure , l'autre postérieure. En arrière de la première se voient deux séries laté- rales de dents chitineuses ; la seconde porte en son milieu une papille conique mousse, à pointe courbe, bien visible de profil. La bouche est profonde ; l'œsophage est court. Cet appareil buc- cal, sauf des différences secondaires, est bien constitué comme celui de Rictularia cristata, tel que l'a décrit Dujardin : nous allons constater, quant au reste, d'intéressantes différences. On se rappelle que la femelle de R. cristata ne possède qu'une seule rangée ventrale de crochets, allant de la bouche à la vulve. Chez R. plagiostoma, on ne trouve plus une seule, mais deux ran- gées de crochets, dont la nature et la répartition varient avec le NOTICES HELMINTHOLOGIQUES 303 sexe. Le mâle ne possède que vingt et quelques écailles, situées dans la portion antérieure du corps ; la femelle, en outre de ces écailles, porte encore des épines qui s'étendent bien au-delà de la vulve, jusqu'au voisinage de la queue : leur disposition a été bien représentée par von Willemœs-Suhm. L'espèce que nous avons décrite est également parasite des Insectivores : elle ressemble bien plus à Riciularia plagiostoma qu'à R. cnstata. Gomme le premier, elle est pourvue d'une double rangée d'appendices cuticulaires, constitués au début par des lamelles en forme de nageoires, représentées ensuite par des épines à base bifide et à pointe dirigée en arrière. Mais elle diffère nettement de R. plagiostoma par ses dimensions moindres, autant qu'on en peut juger par un individu jeune, et surtout par la struc- ture de l'intestin terminal et par la présence d'un appendice mu- cronô à l'extrémité caudale. En résumé, le genre Rictularia comprend, à l'heure actuelle, les trois espèces suivantes : 1° Rictularia cmsTATA Frôlich, 1802. Synon^'inie : Ophiostoma cristatum Budolphi, 1819. Ophiostomum cristatum Diesing, 1851. 2° RiCTULAmA PLAGIOSTOMA R. vou WiUemœs-Sulim, 1873. Synonymie : Pterijgodermatites jolagiostomaVJ'edl, 1861. Ophiostoma spinosum R. von Willemœs-Suhm, 1869. .3° RiCTULAmA BoviERi R. Blanchard, 1880. Wedl est d'avis que le genre Rictularia a de grandes affinités avec le genre Cheiracantlms. Nous croyons, quant à nous, qu'il ne s'en rapproche pas plus que du genre Ophiostoma, auquel il serait tout à fait irrationnel de le réunir. EXPLICATION DE LA PLANCHE X. Fie. 1-3. Ankylostoma bo.e. Fig. 1. — Extrémité céplialique de la femelle. Bouche vue de face. Fjrr 2. — Extrémité caudale et terminaison de l'intestin chez la femelle. Fig. 3. — Extrémité caudale chez le màle. 304 RAPHAËL BLANCHARD Fig. 4-9. RlCTULARIA BOVIERl. Fig. 4. — Fcmollc entière. — a, orifice buccal. — b, plaques imbriquées en anté- version. — c, plaques imbriquées en rétroversion. — (/, e, les deux rangées ven- trales de crochets. — f, vulve. — g, intestin. — h, tube génital femelle. — i, rec- tum. — k, appendice caudal mucroné. Fig. 5, — Extrémité céphaliqne. — a, anneau chitineux péribuccal. — b, repli cuticulaire péribuccal. — c, bouche. — d, tube digestif. — e, plaques imbriquées en antéversion. — f, nodule chitineux leur donnant naissance. — g, stries de la cuticule. Fig. 6. — Plaques isolées. Fig. 7. — Deux crochets isolés. Fig. 8. — Fragment du corps compris entre les épines 54 et 60. — Les numéros correspondent aux numéros d'ordre des crochets. Les lettres comme pour la figure 4. Fig. 9. — Extrémité caudale vue par la face ventrale. — a, intestin. — • b, anneau d'aspect chitineux. — c, portion terminale de l'intestin, striée en long. — d, anneau pré-rectal d'apparence chitineuse. — e, rectum. — f, appendice mucroné. — g, gout- tière dans laquelle débouchent le rectum et les deux glandes h. ^•'•>r LISTE SUPPLÉMENTAIRE DES OISEAUX RECUEILLIS DANS LE SUD-OUEST DU PAYS OUSSOURIEN Par L. TACZANOWSKI. Depuis la publication de la liste des Oiseaux de cette contrée, dans le Bulletin de 1885, nous avons obtenu deux autres envois d'Oiseaux de Sidemi, recueillis par M. Kaliuowski avant son dé- part pour la Corée. Parmi ces Oiseaux nous avons trouvé une quarantaine d'espèces qui manquaient dans la liste précédente et trois qui n'ont encore été trouvées par aucun des explorateurs dans les limites des possessions russes de l'Extrême-Orient. Je présente donc cette liste supplémentaire qui, avec la précédente, celles des collections de M. lankowski de l'île Ascold et celle du Dr Dybowski (Journ, f. Orn. 1876, p. 189), donnera une liste com- plète des espèces trouvées dans cette contrée. Les espèces nouvelles pour la faune sont marquées par un as- térique. 171. Aquila clangaV'àW. Deux jeunes femelles recueillies à Sidemi, semblables en tout aux jeunes d'Europe. 172. Ilaliaëtus i^elagica Pall. Une femelle très adulte de Sidemi. 173. Buteo japonicus Tem. et Schl. Un exemplaire. 174. Strigiceps cyaneus L. Une femelle. * 175. Buho ignavus Forst. Une femelle adulte de Sidemi, de coloration presque identique à celle des Oiseaux de l'Europe centrale; on peut trouver de petites différences dans les détails, mais peu importantes; en général elle est beaucoup plus distincte des Oiseaux de la Daourie et du Baï- cal méridional, il est donc plus naturel d'identifier ce Duc du sud 20 306 L. TACZANOWSKI do la Mantcliourie russe à la forme européenne qu'à celle de la Sibérie. * 176. Urrua Blakistoni Seebolim. — Buho Blakistoni Seeb. Pzs 1883, p. 466; Ibis 1884, p. 183, cmn fig. Deux femelles adultes, dont une commençant à muer, tuées à Sidemi en 1883. Ce remarquable Hibou, décrit de Yéro, île située au nord du Japon, d'une taille plus forte que tous les Strigidés connus, est caractérisé par les doigts complètement nus et armés sur leur face inférieure et sur les côtés d'épines cornées, tandis que le tarse entier est abondamment vêtu de plumes duveteuses ; par le manque complet de collerette faciale ; par les rémiges en général moins larges que dans les vrais Buho^ la première très peu den- ticulée sur son bord externe; par les rémiges primaires plus allongées et les huppes semblables à celles des Ketupa. Les plumes qui couvrent entièrement le tarse forment le caractère essentiel qui distingue ce Hibou des Oiseaux du dernier genre. Les deux exemplaires de cette collection portent une large tache cervicale composée d'une vingtaine de plumes d'un blanc pur. M. Kali- nowski dit que ce Hibou se trouve aussi dans la plaine de Soun- gatscha. 177. Scops giu japonicus Tem. et Schl. Trois paires d'Oiseaux de Sidemi. 178. Scops scmitorques Tem. et Schl. Un mâle du 31 mai. 179. Nyctale tengmalmi Gm. Une paire de Sidemi ne présentant aucune différence avec les Oiseaux européens et ceux de la Sibérie orientale. 180. CajirhnulgusjotakaTem. et Schl. Un mâle adulte. 181. Euristomus orientalis. Trois paires. Troglodytes dauricus Djb. et Tacz. Dans les deux envois il y a une série d'une quinzaine de ces Troglodytes, qui ressemblent en tout à ceux de la paire précé- dente ; ils présentent les mêmes différences du Troglodyte japonais et la même légère différence des Oiseaux de la Daourie. Je les ai OISEAUX DU SUD-OUEST DU PAYS OUSSOURIEN 307 comparés avec le T. nipalensis de l'Inde, et j'ai trouvé que ces deux formes ont le même mode de coloration, la même disposi- tion des taches et des raies, mais notre Oiseau est moins foncé et moins roussàtre en général, à macules blanches, au ventre et sur les tectrices alaires beaucoup plus étendues ; il a le bec distincte- ment plus épais et un peu plus long. 182. LocustcUa laaceolata Tem. Une paire d'Oiseaux adultes. 183. Turdus ohscurus Gm. Deux femelles adultes. 184. Motaçilla oculans Swinh. Trois Oiseaux adultes. 18y. Budytes flava L. Une paire d'Oiseaux adultes, semblables en tout à ceux d'Eu- rope et des environs du Baïcal méridional. 186. Budytes taivanus Swinh. Un mâle adulte en plumage parfait. 187. Limonidromus indiens Gm. Deux mâles adultes. 188. Patins ater L. Une paire. Pœcilia palustris, crassiroséris Tacz. Dans un de ces envois il y a une paire de cette Pœcilie, qui pré- sente, dans les détails les plus minutieux, tous les caractères indiqués dans la liste précédente. 189. Otomela lucionensis. Un mâle adulte. Pica caudata japonica Tem. et Schl. Une série composée de quelques paires d'Oiseaux adultes. Nous n'avons jamais obtenu du pays Oussourien la P. albipennis, propre à la Sibérie orientale jusqu'au Kamtschatka inclusivement. 190. Cyanopolins cyanus Pall. Trois paires d'Oiseaux adultes. 191. Corvus corax mantchuricus Tacz. MS. Un mâle adulte, complètement semblable à la femelle de la 308 L. TACZANOWSKI même contrée, l'ournie précédemment au Musée de Varsovie par MM. Dybowski et Godlewski. 192. Coccothraustes ja])onici(s T^em. et 8ch\. Six paires d'Oiseaux adultes. 193. Leucosticte ^rit«ncù«(c7«fl Brandt Un mâle adulte. 194. Bryocopiis martius L. Un mâle adulte. 195. Hemipodius maculatus Tem. Deux femelles adultes. Otis tarda, Dyhoicskn Tacz. Deux mâles adultes en plumage de noces parfait, que M. Kali- nowski a tués à Sidemi, sont tout à fait semblables au mâle, éga- lement adulte, de la Daourie, qui nous a servi pour la description ; ils sont caractérisés également par des parures fort développées sur le devant du con, et l'abondance des moustaches, ainsi que par la disposition des deux couleurs du dos, la blancheur des ailes et tous les autres caractères différentiels de la forme euro- péenne. Un de ces mâles a la région jugulaire fort colorée de roussâtre, ce qui manque à l'Oiseau typique et au deuxième exemplaire de Sidemi. Selon M. Kalinowski l'Oiseau vient assez souvent dans les steppes de la contrée, mais il est très difficile à tuer; on le rencontre rarement au milieu de l'hiver. 196. Aegialitis placidus Gr. = Ae. Hartingï Swinh. Un mâle adulte. 197. Sqiiatarola helvetica Briss. Un mâle adulte en plumage d'hiver, et une femelle adulte tués à la fin de mars. 198. Ca lidris arenaria L . Un jeune en plumage d'hiver. 199. Totanus fuscus Briss. Un Oiseau en plumage d hiver. 200. Totanus ochropus L. Un Oiseau. 201. Numenius uropygialis Gould. Une paire. OISEAUX DU SUD-OUEST DU PAYS OUSSOURIEN 309 202. Nipponia sùieuszs David. Une femelle adulte, à coloration semblable à la description et à la figure de l'abbé David, et un peu plus claire que celle des Oiseaux fournis précédemment de l'Oussouri par MM. Dybowski et Godlewski. * 203. Ardeolaprasinoscelh^v^'mh.. Un mâle adulte en plumage parfait. 204. Rallus inclicus Blytli. Un malc en plumage d'hiver. 205. Rallina mandarina Swinli. Trois Oiseaax adultes. 206. IlydroclicUdon leucoptcra Tem. Un mâle adulte. 207. Cycjnopsls cygnoales Pall. Une paire d'Oiseaux adultes. 208. Cygnus olor Gm. Plusieurs exemplaires. 209. Anas hosclias L. Un mâle adulte. 210. Marcca pcnelope L. Un mâle et deux femelles. 211. Fidix marila h. Un mâle adulte. 212. Harelda (jlacialis L. Trois Oiseaux en plumage d'hiver. . 213. Mergus mergaascr L. Un mâle adulte. 214. Podiceps cucidlatus Pall. Une paire. 21 S.' Uria carbo Pall. Un Oiseau de la côte. 310 L. TACZANOWSKI Rectification des erreurs d'impression dans la liste précédente 1885, p. 463. Page 465, Circus melanolus, lisez Circiis spinolotus . — 465, Chaetiira eaudacuta, lisez Chaetura ccmdacuta, — 466, 16e ligne, Brlss, lisez Briss. — 467, Arundinax acdon, W^Qz Arundinax aedon. — 473, Uragus sibiricus sanguinolcutus, lisez U. s. sanguino- lent us. — 477, n° loi, Meg. et Wolf., lisez Meg et Wolf. — 478, Rhyncaspis, lisez Rhgnchaspis. A la notice sur la mue anormale de certains Oiseaux publiée dans le Bulletin de la Société de 1884, p. 301, j'ajoute la réponse de M. Kalinowski aux questions que je lui avais adressées sur ce sujet. Pendant ses chasses au Kamtschatka et dans le pays Ous- sourien, il a constaté la mue anormale des Lamellirostres suivants : Anas hosclias, A. crecca, A. falcata, Dnfila acuta, Rhynchaspis clg- l^eata et Anser cygnoides. Le mâle de ce dernier est seul sujet à la mue anormale, tandis que la femelle, comme celles des Canards, mue d'une manière normale, sans jamais perdre la faculté du vol. NOUVEAUTÉS ORNITIiOLOGIQUES Par le Baron d'HAMONVILLE (2« Article) COLIBRIS Nous avons donné, dans le Bulletin de la Société Zoologique de 1883, une note sur quelques espèces nouvelles de Colibris ; nous venons reprendre ce petit travail et décrire quelques autres espèces peu connues que nous avons reçues depuis peu. Nous étudierons successivement aujourd'hui : l*' une forme nouvelle de Metallura provenant du Rio Napo, qui se rapproche beaucoup du Metallura Tyriantliina Lodd, quoiqu'elle en diffère sensiblement ; 2° VAmazilia Graysoni Lawr., espèce encore rare, voisine de VA. Cinnamomea et qui est spéciale à l'île des Trois-Maries (Cali- fornie) ; 3" le Pijrrhophacna Castaneiventris Gould, dont on ne con- naissait jusqu'ici qu'un seul exemplaire, celui de la collection Gould ; 4° le Clyiolaema Auresccns G., $ que M. Mulsant n'a pu se procurer; 5'' enfin une charmante espèce de la Guyane, le Lo- phornis Pavoninus Sal., décrite dans l'Ibis par M. Salvin. Metallura Thyriantina? Var ? Dimensions: bec, 9"""; ailes, dR'""^ ; rectrices externes, 36"""'; longueur totale, 92'«'". cT adulte. Bec subcylindrique, droit, noir, plus court que la tête. Celle-ci couverte de plumes écailleuses d'un vert demi- brillant à centre obscur. Dessus du corps d'un vert sombre, teinté de rouille à la base des plumes : ce vert s'éclaircit et se lustre en gagnant les couvertures caudales où il devient très vif. Queue arquée en arrière à rectrices très amples, toutes d'un rouge vineux bronzé. Ailes atteignant l'extrémité des rectrices externes, d'un brun violâtre. Sous le menton, s'étend une prase jugulaire peu fournie, d'un vert métallique émeraude ; cette prase presque aussi large que haute, ronde ou à peu près, est encadrée de brun à 312 L. d'iiamonville peine teinté de vert bronzé. Cette même nuance couvre les côtés du cou, la poitrine et le ventre. Duvet blanc, roussàtre sur la région anale. Sous-caudales d'un blanc fauve, portant à leur centre une tache d'un rouge bronzé. Page inférieure de la queue très brillante, d'un rouge violacé. Pieds bruns. $ adulte. Toutes les parties supérieures du corps comme chez le cT. La queue presque tronquée a lesrectrices de même nuance, mais moins larges, avec les médianes un peu plus courtes et les externes et sub-externes marquées à leur extrémité d'une tache d'un blanc grisâtre. Gorge, côtés du cou, poitrine et ventre peu fournis de plumes, d'un roux vif entrecoupé de blanc, avec mou- chetures d'un brun vert doré sur les flancs. Le reste comme chez le d" ; la taille seulement est un peu plus faible. Gomme on le voit par la description qui précède, ce Trochilidé a une grande analogie avec le M. Tyriantldna. Il en diffère sensi- blement toutefois par la plaque jugulaire large, presque ronde, tandis qu'elle est étroite, allongée dans l'autre espèce ; par une queue iniiuiment plus étoffée et enlin par une taille beaucoup plus forte. Pour rendre ces différences plus sensibles nous don- nons ci-après un tableau comparatif des dimensions des deux formes : Tyrianihina. T. du Rio-Napo. Longueur du bec y'"'"l/2 9""" Id. des tarses 4 4 1/2 Id. de l'aile 51 56 Id. des rectrices externes 32 36 Largeur des rectrices externes. 8 11 Id. des rectrices médianes 7 9 Longueur de la parure jugulaire 16 13 Largeur de la parure jugulaire. 7 10 Longueur totale 83 l'2 Mêmes mesures proportionnelles pour les $ . Nous ajouterons que ces différences de taille et de coloration se retrouvent identiquement les mêmes chez les dix ou douze spécimens que nous avons étudiés. Ges Oiseaux ont tous été cap- turés sur le Rio Napo en 1882 ; il faisaient partie d'un lot consi- dérable d'Oiseaux collectés par M. Gharles Wiener, vice-consul de France à Guayaquil (Equateur) lors de sa mission sur le Pdo Napo et l'Amazone. Notre Oiseau est-il une espèce nouvelle, une variété locale, une simple forme ? Nous n'osons trancher la NOUVEAUTÉS ORNITIIOLOGIQUES 313 question, laissant cetto initiative à de plus autorisés que nous, non sans reyret, nous l'avouons, car nous aurions aimé à dédier ce Colibri au jeune et vaillant explorateur qui l'a découvert. Amazilia Graysoni Lawr. Araazili de Grayson. Syn ; A. Graysoni Mulsant, Hlst. Ois. -Moue., I, p. 286. — Eudes Desloncliamps, Cat. des Trochil.,]). 344. — Elliot, Synopsis ofthe Trochi, p. 219. Dimensions: o et ? adultes: bec, 26 à 27'""'; ailes, 70"""; rec- trices médiaires, 42'""'; longueur totale, 120"'"'. (S adulte. Bec presque droit, fort, plus long- que la moitié du corps, graduellement rétréci, puis légèrement renflé avant la pointe, rouge corail à la base et noir à l'extrémité. Ce rouge occupe les deux tiers de la mandibule supérieure et les trois quarts de l'inférieure. Tête, joues comprises, et dessus du corps d'un brun olivàtrelégèrement bronzé. Tectrices caudales rousses, tachées longitudinalement h leur centre de brun olive à peine bronzé. Queue un peu entaillée à rectrices d'un roux vif, portant à leur extrémité une tache brune, faiblement bronzée. Cette tache qui tranche s'allonge en bordure sur le.i côtés des rectrices, plus du côté externe que du côté interne et se prolonge sur les rec- trices ex-tcrnes presque jusqu'à leur base. x-Viles d'un brun vio- làtre, atteignant l'extrémité des rectrices externes. Côtés du cou, poitrine, ventre et abdomen d'un roux uniforme. Gorge et sous- caudales de même nuance un peu plus claire. Pieds bruns. Tarses garnis d'un duvet blanc roussàtre. $ adulte. Semblable au o pour la taille et la coloration, elle en ditïère cependant par une teinte un peu plus sombre sur le dos et par la partie brune des tectrices qui occupe plus d'espace que chez le mâle. Les exemplaires que nous venons de décrire nous ont été en- voyés par M. Forrer qui les a capturés lui-même le 16 mars 1883 aux îles des Trois-Maries sur la côte occidentale du Mexique. On n'a eu jusqu'à ce jour que bien peu de renseignements sur ce Troc'hilidé et ce qu'en disent les auteurs peut se résumer en quel- ques mots. M. Mulsant se contente de traduire la diagnose de Lawrence et ajoute que cette espèce encore unique tiguro dans le Muséum de la Société smithsonienne sous le n" 42,:)3S. M. Eudes 314 L. d'hamonville Deslongchamps dit que, ne connaissant pas cet Amazilieu en na- ture, il ne peut être fixé sur la valeur de l'espèce qui pourrait i3ien n'être qu'une race locale un peu plus forte que ÏA. Cinna- momea. Enfin M. Elliot accepte l'espèce dans son synopsis, sans la décrire, en la différenciant du Cimiamomea par une taille plus forte. Comme on le voit par ce qui précède les deux espèces ont entre elles la plus grande analogie soit pour la forme, soit pour la colo- ration générale. Le Grayson porte une livrée un peu plus sombre tant sur les parties supérieures du corps que sur les inférieures et se reconnaît assez facilement à sa taille beaucoup plus grande. Mais là se bornent les différences et notre embarrasserait grand si nous devions, le premier, nous prononcer sur la valeur spéci- fique de cet Oiseau. Il est probable que dans ce cas nous aurions observé la même réserve que pour notre Metallura du Rio Napo. Pyrrhopliaena casianeivcntris Gould. Pyrrhophene Ventre roux. Syn : Amazilia castaneiventris Gould. Proceed. zool. Soc. Lon- don 1856, p. 1.50 et Monog., V, p. 130. Pyrrhopliaena castaneiventris Mulsant , Ilist. nat. Ois.- Mouc., I, p. 300. A. castaneiventris E. Eudes Deslonchamps , Catalogue Trochi., p. 351. Dimensions: bec,18"i'"; ailes, .51"™; reclrices externes, 28'"'"; rectrices médiaires, Ti"^^'^\ longueur totale, 88'"™. Adulte, probablement cT • Bec légèrement infléchi, assez faible, un peu plus long que la tête. Mandibule supérieure noire, man- dibule inférieure rouge aux trois quarts et noire à la pointe. Som- met de la tête couvert de plumes écailleuses à reflets pourpres. Nuque, dessus du corps et des ailes d'un joli brun rouge avec des reflets brillants de cuivre pourpré. Croupion et tectrices d'un gris plutôt cendré que violàtre, soyeux et bronzé seulement à l'extrême pointe des sus-caudales. Queue à peine entaillée à rec- trices moyennes, toutes d'un roux vineux, bordées d'une large frise bronzée. Ailes d'un brun roussâtre, de la longueur des rec- trices externes et marquées de noir sur leur partie podiciale. Rémiges primaires et secondaires rousses à la base. Gorge, côtés du cou et poitrine, jusqu'à l'épigastre, ornés d'un large plastron NOUVEAUTÉS ORNITHOLOGIQUES 315 d'im joli vert-jaune métallique, entremêlé d'or ronge. Ventre et abdomen d'un roux-vif; flancs de même nuance parsemés de quelques plumes vertes. Sous-caudales roux clair. Pieds noirs. Tarses revêtus de duvet blanc. Le Colibri que nous venons de décrire aussi minutieusement qu'il nous a été possible de le faire est une grande rareté ; nous l'avons trouvé dans une caisse d'Oiseaux-Mouches, reçue direc- tement de l'Equateur, dans le commencement de l'année 1884. Ces Oiseaux étaient très frais, en beau plumage et représentaient un bon nombre d'espèces rares ou communes. Notre spécimen, sans aucune indication de sexe comme ses compagnons de voyage, bien et récemment préparé par une main indienne, était très com- plet, sans déchirure et n'avait certainement subi aucune mutila- tion. Nous insistons sur ces détails, parce que si, contrairement à notre manière de voir, cet Oiseau n'appartient pas à l'espèce de Gould auquel nous le rapportons, c'est qu'alors il constituerait une espèce nouvelle parfaitement caractérisée. M. Elliot, dans son synopsis, p. 221, considère l'.l. castaneiven- tris de Gould comme une variété du Beryllîna Liclit. Nous ne pouvons être de son avis, car le sujet que nous avons sous les yeux ne peut être en aucune façon identifié au BenjUina comme on s'en rendra compte par le tableau suivant : Beryllina Liclit. Castaneivcntris Nobis. Tête et dos.... Vert brillant. Rouge cuivreux sans trace de vert- Rectrices Les iiiédiaires plus foncées. Toutes de même nuance. Gorge Vert tirant sur le bleu. Vert tirant sur le jaune. Ventre Gris fauve très chargé de Roux vif. unicolore , coupé net sur plumes vertes. lepigastre. Sous-caudales. Rousses irisées de verdàtre. Rousses unicolores. Ailes Longueur ri.5'"'". Longueur .51""°. Comme on le voit, ces deux formes ne pouvant être assimilées, la conclusion qui s'impose est-celle-ci : ou M. Elliot a vu le cas- taneiventris de Gould et on devrait se ranger à l'opinion de l'émi- nent ornithologiste américain qui ne le considère que comme une variété, ou bien M. Elliot n'a jugé que par les descriptions» et dans ce cas nous n'hésitons pas à penser qu'il a dû se tromper, et que le castaneiventns de Gould, confirmé aujourd'hui par un deuxième représentant, celui de notre collection, est une espèce caractérisée que l'on ne peut plus contester. M. Eudes Deslongchamps, dont le coup d'œil est si sûr, et qui 316 L. d'iiamonville lui aussi jugeait sur les descriptions, avait donc pressenti la vérité sur l'impossibilité de réunir ces deux formes quand il décla- rait (son catalogue, p, 352) qu'il ne pouvait sur ce point partager l'opinion de M. Elliot. CUjtolaema aurescens Gould. Clytolàne Front-bleu Syn. : Trocldlus aurescens Gould. Proceed. Zool. Soc. 1846. Part XIV, p. 88. Clytolaema aurescens Mnlsant, Ilist. nat. Ois. Moue. ^ II, p. 225. Dimensions : bec, 22™"; ailes, 00'""^ ; largeur des rectrices externes, 7™'". (S adulte. Voir les auteurs. Ç Bec droit, noir, assez fort, presque aussi long que la moitié du corps. Tête triangulaire, portant sur le front une petite bande en losange ne dépassant pas le niveau des yeux d'un bleu cobalt étincelant. Le reste de la tête et tout le dessus du corps sus-cau- dales comprises, d'un beau vert brillant. Queue presque droite, à rectrices moyennes, ogivales, rousses à l'exception des médiai- res qui sont d'un vert cuivreux. Ces rectrices portent à leur extré- mité une large bordure de vert bronze qui s'allonge en mourant sur leurs côtés extérieurs: cette bordure est remplacée sur les externes par une très petite tache de même nuance sur les barbes internes. Enfin un petit liseré blanc roussàtre se remarque à l'extrémité des trois premières rectrices extérieures. Ailes d'un brun violàtre avec les couvertures supérieures et inférieures d'un beau vert cuivreux. Sous le menton, une tache d'un roux très pâle, de plumes soyeuses très finement piquetées de brun, s'étend en pointe arrondie sur le haut de la gorge et en moustache étroite jusque sous les yeux. Cette taclie est encadrée inférieurement par une prase d'un vert clair, admirablement doré et étincelant, qui s'étend sur la gorge et les côtés du cou. Poitrine et épigastre ornés d'un large plastron d'un joli roux uniforme. Abdomen et flancs d'un vert pâle bronzé. Parties anales couvertes de duvet blanc ; sous-caudales rousses. Tarses vêtus de plumes blanches. Pieds brun clair. La $ du Cbjtolème front bleu porte donc une livrée tout aussi brillante que celle du ç^ avec lequel on ne peut cependant la NOUVEAUTÉS ORNITIIOLOGIQUES 317 conrondre. En effet, elle est pins svelte et plus petite, la tache spus le bec est d'un roux-clair an lieu d'être noire ; la prase jugu- laire, qui descend moins bas, est d'un vert durèrent, quoique aussi étinceiant, le plastron roux est plus large et de nuance uni- forme ; le duvet des parties anales est blanc et les sous-caudales sont rousses, tandis que ces parties sont vertes chez le (j' ; enfin, les trois premières rectrices de chaque côté de la queue sont lise- rèes de blanc à leur pointe, ce qui ne se voit pas chez le cT, même jeune. cT jeune en transition. Toutes les parties supéricnres et les ailes comme chez la $ , toutefois la parure de la tète ne se com- jjose que de deux lignes de bleu pâle, séparées par une ligne noire, et la. bordure des rectrices est d'un vert-noir bronzé, peu brillant. En outre, celles-ci ne sont point liserées de blanc à leur extrémité et les deux externes sont rousses unicolores. La tache soyeuse sous le bec est d'un roux-clair également, mais très chargée de plumes noires, La prase de la gorge est de môme nuance et semée de plumes vertes brillantes. J^e plastron roux pâle est entrecoupé de blanc. Le reste des parties inférieures est mélangé de vert et de brun. Enfin les sous-caudales sont rousses, légèrement irisées de vert. 11 suffira d'ajouter que dans cet état du plumage le jeune a la taille du o adulte pour qu'on ne puisse le confondre avec la Ç à tous les âges. Tous les deux de l'Equateur, '1882. Polemistria pcwoyiinus Sal. PoUmistrie petit Paon Syn. : Lophorais pavoninus Salvin, Ibis, p. 81, 1882. Dimensions: ^ bec, 10"i'" ; ailes, 46""": rectrices externes, 29'"'"; longueur totale, 84'"'". Ç bec, 9'"'"; ailes, 42'"'"; rectrices externes, 24'"'"; longueur totale, 75'"'". cT adulte. Bec droit, noir, moins long que la tète. Celle-ci or- née sur sa partie supérieure de plumes écailleuses se prolon- geant inégalement au-delà de la nuque pour former une sorte de huppe. Ces plumes sont d'un beau vert foncé étinceiant, à l'ex- ception d'une étroite ligne noire qui, partant du bec, coupe eu deux la prase de la tête. A son extrémité, vers la nuque, ou remarque une très petite tache de roux bronzé. Dessus du cou, du dos et des ailes d'un vert uniforme, peu brillant. Une bande 318 L. d'hAMON VILLE transversale blanche coupe le bas du dos. Croupion et tectrices d'un brun olivâtre. Queue peu fourchue et arrondie, d'un vert noir bronzé avec les médiaires plus courtes. Ailes d'un noir légè- rement pourpré. Dessous du bec d'un noir soyeux : sur les côtés de la gorge et du cou, s'étend une collerette formée de quinze plumes de chaque côté; ces plumes larges, subparalièles, inégale- ment allongées, rousses à leur insertion, puis d'un vert tendre, portent chacune à leur extrémité centrale une tache ronde de velours noir. Poitrine, ventre et abdomen d'un noir soyeux, lavé de vert, plus accentué sur les flancs. Une petite touffe de duvet blanc se trouve à la base des sous-caudales, celles-ci sont d'un brun violàtre, très finement liserées de blanc à leur extrémité. Tarses peu emplumés. Pieds noirs. $ adulte. Plus petite que le d" d'environ un huitième. Une bande de trois millimètres de largeur, formée de plumes noires, vertes sur leur disque, part du bec pour tinir à la nuque. Le reste de la tête à gauche et à droite de cette bande est d'abord d'un blanc grisâtre sur le bec, puis brunit graduellement pour passer au verdâtre à la hauteur des yeux, et se fondre finalement avec le vert du haut du cou. Le reste des parties supérieures et les ailes comme chez le cT. Queue arrondie, avec des rectrices de même nuance à leur base, passant au brun bronzé dans leur partie supérieure et se terminant par une petite tache d'un blanc cen- dré. Un trait fin noir, partant de la commissure du bec vient se terminer en avant de l'œil. Gorge et poitrine blanches, striées longitudinalement de brun-noir, ces stries posées régulièrement sont plus apparentes sur la poitrine que sur la gorge. Ventre et abdomen d'un blanc fauve, semé de taches brunes avec un peu de vert sur les lianes. Sous-caudales d'un blanc roussâtre. Le reste comme chez le (S adulte. Ce couple envoyé par M. Whitely provient d'une montagne dite Mérume dans la Guyanne anglaise. Comme nous suivons la classification de M. Mulsant, nous avons cru devoir placer ces oiseaux dans le genre Folemistria Cab., avec les P. Vcrreauxi et Vieilloii, dont ils ont les principaux caractères. En terminant cette notice, nous signalerons un errata de notre précédent travail sur les Colibris. Le copiste a écrit Xanthoyenys, tandis qu'il fallait écrire Xantlwgonys, que ce nom soit employé spécifiquement ou génériquement. NOTE SUR LA POSITION DE L'ORIFICE ANAL CHEZ LES TÊTARDS DES RATRACIENS D'EUROPE Par G. -A. BOULENGER. A la suite de son importante communication sur les amours, la ponte et le développement du Discoglosse, M. Héron-Royer expose comment, en étudiant le développement des Anoures d'Europe, depuis l'œuf jusqu'à la transformation de la larve, il est arrivé à grouper ces Batraciens. Un des points les plus curieux de cet essai est le rapproche- ment des Hylidés et des Ranidés, car, au point de vue de l'ostéo- logie de l'animal parlait, ces Hylidés se rapprochent davantage des Eufonidés et des Pélobatidés que de tout autre groupe. Quoique le résultat obtenu par M. Héron-Royer soit en opposi- tion complète avec nos vues sur la classification de ces animaux, je dois cependant l'appuyer par la considération d'un caractère qui jusqu'ici semble avoir échappé aux investigations de ce minu- tieux observateur. Il s'agit de la position de l'orifice anal chez la larve, A propos de la larve d'une Rainette de l'Amérique du Sud, Hyla ruhra, j'ai fait observer, il y a peu de temps (1), que l'oriticc anal débouche chez cette espèce, du côté droit, bien au-dessus de la tranche inférieure de la queue; je faisais aussi observer que, chez le genre Rayia, cet orifice est également situé à droite, mais tout contre le bord de la membrane caudale, tandis que chez les autres Anoures il est médian. Il y a certainement quelque parti à tirer de ce caractère, qui viendrait s'ajouter à ceux qu'a fait ressortir notre collègue pour la distinction facile des têtards européens. J'ai examiné les larves de tous les genres européens d'Anoures (2) et je trouve que seuls les genres Rana et Hyla ont l'orifice anal latéral et à droite. Chez les Poissons qui ont cet orifice latéral {Lepidosirea, Protopterus, Amphioxics), c'est du côté gauche qu'il débouche. (1) Ann. Mag. N. H., décembre 1884, p. 390, fig. (2) Pour plusieurs desquels je suis redevable à l'obligeance de M. Héron-Royer. QUELQUES MOTS EN RÉPONSE A LA NOTE DE M. LE Dr R. RLANCHARD SUR LA CLASSIFICATION DES BATRACIENS Par M. G. -A. BOULENGER. Le dernier fascicule du Bulletin pour l'année 1885 contient une note de notre Secrétaire général sur la classitication des Batra- ciens, et particulièrement des Anoures. La classification que j'ai adoptée pour ce groupe d'animaux y est critiquée et rejetée pour des raisons qui ne me semblent pas justifiées. C'est à ceux qui se consacrent à l'étude approfondie d'un groupe déterminé qu'il appartient de formuler les bases d'une classification naturelle, répondant aux besoins de la science ; et non à ceux qui ne sont familiarisés qu'avec un très petit nombre de formes et se bornent pour le reste à puiser dans les manuels de Zoologie et d'Anatomie comparée. Le nombre d'espèces de Batraciens Anoures est aujour- d'hui d'environ 850, Combien M. Blanchard en connaît-il? Que M. Blanchard veuille bien consulter la bibliographie spéciale, ou simplement parcourir mon ouvrage, et il reconnaîtra, j'en suis sur, l'injustice de ses critiques à l'égard de ma classitication. Il verra que des types extrêmement voisins présentent les dif- férences dans le mode d'articulation des vertèbres sur lesquelles il s'appuie pour établir ses groupes principaux. Ainsi, parmi les Ecaudata {Felobatidœ}, Xenoplirys est du type procœlien, et son très proche voisin Megalophri/s du type opisthocœlien. Et, au point de vue phylogénétique, la présence de côtes, caractère sur lequel est basé mon groupe des Discoglossidœ, n'est-eile pas d'une bien plus grande importance que le mode d'articulation des centres vertébraux, qui, d'ailleurs, chez les Batraciens n'est qu'une ques- tion d'ossification ? Gomme second exemple, pris parmi les Cau- data [Salamandridœ], il suffit de mentionner les genres Plethodon^ amphicœlien, et Desmognathus, opisthocœlien. M. Blanchard son- "■erait-il à placer le premier parmi ses Ichthyoïdes ? Les Salaman- drides ne sont pas tous opisthocœliens, comme il l'écrit ; le plus o-rand nombre est au contraire amphicœlien. L'observation que « les variations de forme de la vertèbre sacrée et de ses apophyses ont moins de valeur encore, en ce sens que. SUR LA CLASSIFICATION DES BATRACIENS. 321 dépendant intimement du genre de vie de l'animal et de ses habi- tudes de saut ou de fouissement, elles résultent d'adaptations diverses, de date relativement récente et par conséquent assez peu fixes », est une autre erreur. Giinther, en 1858, l'a réfutée. 11 suffit de rappeler qu'il existe des espèces à formes aussi ou plus élancées que la Grenouille agile, de prodigieux acrobates, dont les diapophyses de la vertèbre sacrée sont dilatées, tandis que d'autres, plus trapues et aussi fouisseuses que nos Pélobates, ont ces apophyses absolument semblables à celles des Gre- nouilles. Enfin, je dois exprimer mon étonnement de voir un savant zoologiste invoquer contre la valeur de certains caractères, dont je me suis servi pour ranger les Batraciens, la variabilité de ces mêmes caractères chez les Mammifères t Comparaison qui, dans ce cas spécial, n'est pas exacte, car je n'ai pas attribué une im- portance primordiale à la structure du sternum ou de son manu- brium, mais bien des coracoïdes et des épicoracoïdes. Et même fùt-il prouvé que ces caractères ne valent rien chez les Mammi- fères, il ne s'en suivrait pas qu'il faille les abandonner chez les Batraciens. Gomme l'écrivait, il y a peu de temps, mon savant collègue M. DoUo, « ceci nous prouve tout simplement qu'un caractère quelconque peut ne point offrir d'importance dans un groupe déterminé et en avoir une extrême dans une autre. N'a- t-on point fondé, avec une juste raison, une sous-classe pour rece- voir les Odontornithes, alors que, parmi les Mammifères, on voit des formes édentées placées dans un même ordre avec d'autres très richement dentées sans soulever la moindre protestation (Cétacés, Edentés)? » En terminant, je ferai observer que M. Blanchard n'a pas con- sulté f important écrit de Cope (1), travail qu'il cite cependant; car, loin d'avoir établi dans l'ordre des Anoures les deux sections des Phanéroglosses et des Agiosses, comme le dit M. Blanchard, Cope divisait cet ordre en quatre groupes d'égale importance : Aglossa, Bufoniformia, Arcifera et Raniformia. Londres, ce 16 février 1886. (1) Cope, Sketch of the primary groups of Balruchia salientia. Natural History Review, 1865. 21 RÉPONSE A LA CRITIQUE DE M. G. -A. BOULENGER Par le D'' Raphaël BLANCHARD Je répondrai brièvement aux critiques que m'adresse M. G. -A. Boulenger. Je déclare tout d'abord que personne n'estime et n'ap- précie plus que moi les travaux de cet observateur de mérite, dont notre Société a publié les premiers mémoires. Je tiens en estime particulière son remarquable Catalogue of the BatracMa salientia, qui est assurément l'ouvrage le plus important qui ait été consacré à la classification et à la description des Batraciens anoures, depuis la publication de V Erpétologie générale. C'est dire que je n'ai nullement eu la pensée de rejeter la classification adoptée pour ces animaux, comme m'en accuse M. Boulenger. Le débat est plus restreint et il importe de le bien circonscrire : il a trait uniquement à la place que doit occuper, dans la série des Anoures, la famille des Discoglossidés [Alytes, Bombinator, Discoglossiis, Liopelma). Pour trancher cette question, il n'est pas nécessaire, que je sache, d'avoir une connaissance approfondie de tous les Batraciens anoures ; il suftît de connaître les espèces en litige et celles que l'on considère comme leur étant directement apparentées. Or, si les Liopelma ne me sont point familiers, M. Boulenger m'accordera bien que j'ai quelque connaissance de l'Alyte, du Sonneur et du Discoglosse ; il reconnaîtra encore que les Pélobatidés européens (Pelobates fuscus, P. cultripes, Pelodytes) me sont connus. M. Boulenger déclare n'attacher aucune importance au mode d'articulation des vertèbres entre elles et il se trouve amené de la sorte à ranger dans une même famille des genres à vertèbres amphicœliennes et d'autres à vertèbres opisthocœliennes. Malgré l'autorité de mon savant collègue, je crois que c'est méconnaître un caractère primordial, dont l'importance exceptionnelle nous est nettement démontrée par l'anatomie comparée. En ce qui concerne les Discoglossidés, la valeur de ce caractère est mise hors de doute par ce fait, qu'il coïncide avec des particularités embryogéniques dont il faut tenir le plus grand compte. Gom- ment ne pas admettre que des Anoures dont la larve présente un RÉPOiNSE A LA CRITIQUE DE M. G. -A. BOULEKGER 323 spiraculum médian doivent être séparés de ceux dont le têtard a le spiraculiim situé du côté gauche? A plus forte raison celte distinction s'impose-t-elle, si on remarque que, dans le premier cas, l'adulte a des vertèbres opisthocœliennes et, dans le second cas, des vertèbres procœliennes. Il s'ensuit forcément que les Discoglossidés et les Pélobatidés constituent deux groupes voi- sins peut-être, mais faiblement apparentés. Voilà le point important, le seul sur lequel porte le débat. Quant aux autres arguments invoqués par M. Boulenger, je n'ai que quelques mois à répondre. Je n'ignore pas que certaines Salamandrines ont des vertèbres ampliicœliennes. Si j'ai attribué à ces Batraciens des vertèbres opisthocœliennes, c'est parce que je ne les faisais intervenir que secondairement dans mon argumentation, et parce que je devais démontrer que les deux types vertébraux, bien que s'observant dans l'ordre des Urodèles, coïncidaient chacun avec des carac- tères anatomiques et embryogéniques particuliers, ce qui ache- vait de démontrer leur importance. L'existence de Salamandrines à vertèbres amphicœliennes n'est du reste pas de nature à modi- fier mon opinion sur la valeur de la forme vertébrale : elle montre simplement que tous les Batraciens de ce groupe ne sont pas par- venus au même degré d'évolution. M. Boulenger semble croire que je lui ai fait le reproche « d'at- tribuer une importance primordiale à la structure du sternum ou de son manubrium. » Qu'il veuille bien se reporter au troisième alinéa de ma note, et il pourra se convaincre que j'ai parlé de la ceinture scapulaire, c'est-à-dire des coracoïdes et des épicora- coïdes. Je crois d'ailleurs que les Anoures n'ont pas de sternum véritable et que la pièce médiane désignée sous ce nom n'a nulle- ment cette signification. Enfin, loin de moi l'intention de protester contre la classifica- tion actuelle des Cétacés : l'argument tiré de la citation de M. Dollo porte à faux. Je ne songe point à m'étonner de voir réunis dans un même groupe les Dauphins et les Baleines. Si les premiers ont des dents à l'âge adulte, les dernières en possèdent les germes, au moins pendant la vie fœtale : la différence qui s'observe entre ces animaux tient donc à une inégalité de déve- loppement et ne saurait, par conséquent, constituer une dissem- blance fondamentale. SUR DES APOPHYSES DENTIFORMES DÉVELOPPÉES SUR L'OS PALATIN DES BATRACIENS DU GENRE BUFO Par HÉRON-ROYER Nous connaissons tous le crâne des Batraciens anoures, véri- ritable cage osseuse, où cliaque pièce est facile à distinguer : celui de la Grenouille sert de type pour le groupe des Phanéro- glosses munis de dents à la mâchoire supérieure et au vomer, celui du Crapaud pour le groupe des Agiosses et des Phanéro- glosses édentés, n'ayant de dents ni à la mâchoire, ni aux vomers. Gela est élémentaire, et cependant, je viens aujourd'hui pré- senter quelques observations à l'égard du second groupe, et démontrer, par les squelettes que j'ai l'honneur de faire passer sous les yeux de la Société, que les Anoures du genre Bufo pos- sèdent au palais des denticules destinés à maintenir ou à écraser leur proie dans la bouche. Ges sortes de dents sont représentées chez ces animaux par une lame osseuse, souvent denticulée,qui se voit sur le milieu de l'os palatin. Gette lame est ordinairement allongée et ses extré- mités, dans la majorité des cas, se terminent en pointe ou en angle aigu; d'autrefois, elle forme une série de denticules. Certes, cette pièce n'est pas à comparer aux dents symétriques des autres Batraciens, mais il est indubitable que son rôle est de remplacer les groupes vomériens des Grenouilles, des Pélobates, des Discoglosses, etc.; comme les os des maxilliaires supérieurs, ces apophyses palatines ont leur bord aminci. Les vomers, chez les Bufonidés, sont des plaques très minces et souvent rudimen- taires : ils seraient donc trop flexibles pour supporter un groupe de dents. En examinant successivement le crâne de chaque espèce d'Anoure, on remarque quelques différences : par exemple, chez YAlytes obstetricMis^les, palatins font défaut et les vomers armés de dents viennent s'appuyer sur l'ethmoïde; chez le Pelodytes punc- tatus, également privé dos palatins, les vomers laissent un écart sensible entre eux et le tronc de l'ethmoïde; les groupes vomé- riens sont ici sans appui spécial. Mais, chez le Discoglossus pictus. os PALATIN DES BATRACIENS DU GENRE BUFO 325 qui possède des palatins solides, les dents vomériennes viennent s'étendre largement sur ceux-ci, contrairement à ce qui existe chez toutes les autres espèces que j'ai pu examiner. On peut voir aussi, chez ce dernier, que ces dents naissent directement du bord relevé du vomer. Chez les Ranidés, les dents vomériennes sont disposées sur une base généralement poreuse: chez quelques gros sujets de Rana esculenta, j'ai vu ces amas protégés par des expansions osseuses des vomers, formant des apophyses trifides très aiguës. C'est ce qui me porta vers l'examen des Bufonidés, et j'ai vu que les palatins présentaient une apophyse plus ou moins saillante et dirigée en bas, ayant parfois des aspérités denti- formes, et qu'elle était recouverte par la membrane entièrement solide du palais, mais très mince en cet endroit. Il est, du reste, facile, en enlevant cette membrane coriace, de constater qu'elle est amincie au niveau du bord de cette lame, qui doit probable- ment se frayer quelquefois un passage au travers. Ainsi, les Crapauds possèdent sur les os palatins des expan- sions en forme de dents dissimulées sous la peau ; pour s'en con- vaincre, il suffit après avoir disséqué le crâne d'un de ces Anoures, de le laisser séjourner dans l'eau durant une huitaine de jours en compagnie d'une centaine déjeunes têtards, ayant pour mission d'eu faire le squelette le plus parfait. Après un lavage à riiypochlorite de potasse, pour rendre plus visible la jonction des os, on peut voir alors, à l'aide d'une loupe et même à l'œil nu, la disposition exacte de cet appareil dentaire. Bufo vulgaris ne présente sur le palatin que des denticules mousses à peu près hémisphériques, moins saillantes que chez Bufo calamita; chez lui, je n'ai pas ob- servé de lame comprimée, comme c'est le fait chez la plupart des autres espèces, et c'est tout au plus si l'on distingue un faible sillon le long de ces petites saillies rangées en dents de scie. Chez un Batracien d'Algérie, le Bufo mauritanicus , yai trouvé l'une des apo- physes palatines percée transversalement d'un trou circulaire, ayant environ un cinquième de millimètre de diamètre; au g milieu, à la déclivité d'où émerge l'apo- physe, se voit un trou pareil, s'enfonçant dans le corps du palatin- J'ai cherché sur cinq autres crânes de la même espèce sans trou- 326 HÉRON-ROYER ver trace de ces petits trous. Ce fait peut donc être considéré comme accidentel; néanmoins j'ai pensé qu'il pouvait être inté- ressant de le signaler. Poursuivant mes recherches, je vis que cette pièce était sensi- blement difTérente chez une même espèce et que, bien que ces deux lames fussent paires et parallèles, l'une d'elles présentait des irrégularités par rapport à l'autre, soit dans la forme, soit dans la dimension, soit dans le nombre des denticules. On voit donc par ce qui précède que, si les Crapauds sont dépourvus de dents proprement dites, la disposition particulière que présentent les os palatins vient y suppléer. Cette apophyse dentiforme a l'avantage d'être solide, contrairement aux dents irrégulières qui garnissent le bord postéro-interne des vomers, chez les autres Anoures, et que le D"" Victor Fatio qualifie avec raison de dents caduques (1). Dans son ensemble, l'appareil destiné à la préhension des ali- ments chez les Anoures présente quelques particularités qu'on a oublié de faire ressortir. Ainsi, on sait bien que les Ophidiens, pour faire progresser les aliments vers l'œsophage, possèdent des maxillaires mobiles, et que les ptérygoïdiens et les palatins mêmes participent à cette action; eh bien! cette organisation se retrouve, avec certaines modifications et plus réduit, chez les Ba- traciens anoures. On verra bientôt qu'il s'adapte très bien à leur genre de vie, dont l'acte principal est d'engloutir aussi parfois des proies énormes. Chez eux les maxillo-jugaux sont attachés à l'ar- cade zygomatique d'une part et à l'intermaxillaire d'autre part au moyen de ligaments souples et non par une suture, en sorte que ces os peuvent se mouvoir légèrement; je dis légèrement, parce que, vers le milieu de leur longueur, ils sont réunis plus intimement avec les ptérygoïdiens et avec les palatins; mais, en revanche, les intermaxillaires sont doués d'une plus grande mo- bilité, les interstices en sont larges, ce qui leur permet des mou- vements assez étendus d'extension et de latéralité. Chez les Ophi- diens, cette partie de la mâchoire se compose d'un os unique et fixe : l'intermaxillaire. Je remarque aussi que, chez les Bufoni- dés, l'intervalle médian des intermaxillaires est considérable et qu'il est marqué, sur l'animal en chair, par une échancrure très apparente. Grâce à la souplesse des ligaments qui relient les os que nous (1) Fau7ie des Vertébrés de la Suisse, III, p. 296 et 307. 1872. os PALATIN DES BATRACIENS DU GENRE BUFO 327 venons d'énumérer, ces animaux ont une organisation, je crois, supérieure à celle des Pélobates, dont tous les os du crâne, sauf les intermaxillaires, sont soudés entre eux, et forment ainsi un casque solide et lourd. Si nous y ajoutons l'extensibilité de la langue, nous verrons que, là encore, les Crapauds sont le mieux partagés : le Pélobate tire mollement sa grosse langue, lorsqu'il convoite une proie, tandis que le Crapaud la lance avec la rapi- dité de l'éclair. J'ai pu m'en rendre compte bien des fois, en fai- sant des études comparatives sur les mœurs de ces Anoures (1), et si, pour les nourrir, je n'avais point fait la part de chacun, mes Crapauds eussent laissé mourir de faim leurs camarades les Pélo- bates. Pour terminer cette notice, je dirai que tous les squelettes de Bufo que j'ai préparés avaient les apophyses palatines trop diffé- rentes, pour qu'il soit possible d'établir une description bien nette pour chaque espèce. Par exemple, les Bufo calamita, ^viridis, re- gularis et mauritanicus ont des lames saillantes, plus ou moins échancrées au milieu, et formées ordinairement d'une seule pièce; mais on peut les trouver sectionnées ou divisées en petites dents hautes et minces, comme je l'ai observé sur deux sujets : Bufo calamita et Bufo viridis, chez lesquels la dentelure rappelait la disposition décrite plus haut -pouv Bufo vidgaris. Uniques ou doubles, ces apophyses deutiformes seront sail- lantes et fortes; plus nombreuses, elles prendront la forme cylin- dro-conique et un peu comprimée d'une dent. Ces fréquentes divisions de l'apophyse palatine tiennent-elles, oui ou non, de la richesse osseuse de l'animal? — Mes recherches n'ont pas été assez nombreuses, quant à présent, pour me per- mettre de me prononcer sur ce point. (1) Noticci; sur /es- mœurs des Batraciens. Bulletin de la soc. d'études scientifiques d'Angers, années 1881 et 1885. FORAMINIFÈRES ET OSTRACODES DE L'ISLANDE ET DU SUD DE LA NORVÈGE Par M. 0. TERQUEM et M. Edmond TERQUEM Lieutenant de vaisseau. M. Edmond Terquem, lieutenant de vaisseau faisant la station d'Islande, a eu soin de recueillir les marnes que ramenait l'ancre et qui représentaient, en quelque sorte, un dragage pour les diverses localités. Parmi ces échantillons, quelques-uns ne contenaient que des débris assez rares de bivalves ; d'autres, au contraire, se sont montrés très riches en coquilles microscopiques, Foraminifères et Ostracodes. A son retour d'Islande, M. Terquem visita quelques localités du sud de la Norvège, Stavanger, Ghristiansand et Bergen. Les échantillons de l'Islande qui contiennent des coquilles pro- viennent de Reikiawik, Farkund et Patrix-Fjord; ils ont été pris à la distance variable du rivage, de 200 à 1000 mètres et par des profondeurs de 20 à 40 mètres. Ils sont formés en général d'une argile noire, dont le lavage laisse pour résidu un sable vitreux très fin. Le rivage de l'Islande est uniquement formé de lapilli et de détritus laviques que les eaux sauvages entraînent vers la mer. Nous avons fait l'analyse de ces marnes pesant chacune environ 250 grammes et nous avons pu établir le tableau des espèces obtenues montant à 150 espèces. La faune pour les localités est assez uniforme et ne diflere, en général, que par l'abondance ou la rareté relative des coquilles. Pour la détermination de ces coquilles, nous avons vu le mé- moire de Williamson pour les Foraminifères vivant sur les côtes de l'Angleterre; celui de Parker et Rupert Jones, pour les Fora- minifères du nord de l'Atlantique et de la mer Arctique ; ces auteurs ont exploré tout le nord et ont donné pour chaque loca- lité un tableau pour les Foraminifères qu'ils ont trouvés, La liste FORAMINIFÈRES ET OSTRACODES DE l'iSLANDE 329 pour l'Islande est de beaucoup inférieure à celle que nous avons eu à établir; elle renferme 49 espèces sur lesquelles nous en avons reconnu 22 d'identiques. Brady, publiant les résultats des sondages opérés par le Chal- lenger, a donné pour l'Islande un tableau portant 63 espèces, sur lesquelles nous n'en avons trouvé que 26 identiques. Nous regrettons de ne pouvoir suivre Brady dans le mode de classement qu'il a adopté; il a admis le système de Garpenter, qui s'est appuyé sur la constitution du test des Foraminifères : test vitreux, avec pores ou perforations ; test opaque ou porcel- lané; test siliceux; d'une part, dans beaucoup de genres, des espèces présentent des coquilles sous ces trois états, et alors, pour être conséquent, il faudrait créer trois genres se rapportant à un seul, ainsi que Reuss l'a pratiqué pour le genre SpirilUna, auquel il a ajouté le genre Comuspira et le genre AmmocUscus ; d'autre part, on n'a pas tenu compte de la ditîérence profonde qui existe entre la porosité et la perforation du test (1). Pour dénommer les nombreuses espèces ramenées des profon- deurs de la mer, Brady a dû créer un certain nombre de genres nouveaux; d'un autre côté, il en a éliminé un certain nombre de genres anciens, pour lesquels nous avons à faire des réserves, commandées par les diagnoses, qui ne permettent pas de fondre ces genres dans d'autres. Nous avons accordé la préférence au système de d'Orbigny, qui a pris pour base le mode d'agrégation des loges et passe ainsi d'une manière méthodique et rationnelle, du simple au composé. Si nous comparons la faune des Foraminifères de la plage de Dunkerque à celle du Nord , nous remarquons : 1° les genres Marginulma, Cristellaria, Rosalina assez abondants à Dunkerque, manquent presque entièrement dans le Nord ; 2" les genres Lagena et Bulimina, fort rares à Dunkerque, sont très communs dans le nord ; 3° les genres CassiduUna et Uvigerina qui man- quent entièrement à Dunkerque, sont des plus abondantes dans le nord ; 4° le genre Polystomella et en particulier le P. crispa, si abondant dans tous les parages et à toutes les lattitudes, est d'une rareté extrême dans la mer du nord. (1) Il peut paraître étrange qu'on ail attaché un caractère exceptionnel au test des coquilles microscopiques, quand on a négligé d'observer ce caractère dans le test des Mollusques; ainsi les Brachiopodcs ont un test poreux, les Huîtres un test cloisonné, les Pholadomyes fossiles un test lamelleux, les Trigonies vivantes un test scabreux, les Trigonies fossiles un test spathique, etc. 330 O. TERQUEM ET EDM. TERQUEM Ces observations donnent à la faune de l'Islande un caractère exceptionnel qui permet de la distinguer de celle des régions même limitrophes, de la Belgique, de l'Angleterre et du nord de la France. Nous donnons le dessin et la description des espèces nouvelles, qui constituent une planche. Les rives de l'Islande et de la Norvège, ne nous ont donné que quelques rares valves de Mollusques, dont la détermination est due à l'obligeance de M. le D^ Fischer. Tellina calcarea Chemnitz. Astarte elliptica Brown. Àstarte striata Gray. NurAiIa tenuis Montagu. Cardiam fascialum Chemnitz. Natica Montagui Forbes. Les Ostracodes, assez abondants et variés à Dunkerque, sont généralement fort rares dans tous les parages de la mer du nord; nous n'en connaissons que quelques espèces pour l'Islande et le sud de la Norvège. DESCRIPTION DES ESPÈCES Orbulina nitida Terq., pi. XI, fig. 1. Coquille subsphérique, lisse, brillante et transparente. Dimension : diam.,0"""3l ; grossi 60 fois. Christiansand. Fort rare. Cette espèce diffère de VO. universa, par son test lisse, brillant et transparent. Lagena semi-ornata Terq., pi. XI, fig. 2. Coquille ovale, allongée, mucronée, ornée en arrière de fines stries, jusqu'à la moitié de la hauteur, terminée en avant par un long rostre. Dimensions : haut., O'^'^IjO; larg., 0"™17; grossi 40 fois. Christiansand. Fort rare. Lagena costifera Terq., pi. XI. fig. 3 et 4. Coquille orbiculaire, comprimée en avant, renflée en arrière, munie d'une carène large, épaisse et arrondie, ornée dans le FORAMINIFÈRES ET OSTRACODES DE L'ISLANDE 331 milieu de trois côtes verticales, arrondies, ouverture ovale, en- tière. Dimensions : haut., 0">'"18; larg., 0"^™17; grossi 100 fois. Stavanger. Fort rare. Lagena ornata Terq,, pi. XI, fig. 5. Coquille orbiculaire, comprimée sur le pourtour, renflée dans le milieu, bordée d'une triple carène étroite et mince, légèrement mucronée en arrière, ornée de très fines stries longitudinales ; ouverture ovale. Dimensions : haut., 0"""30; larg.. 0"^'"28; grossi 70 fois. Patrix-fjord. Fort rare. Frondicularia affinis Terq., pi. XI, fig. 6, a, h. Coquille allongée, étroite, légèrement comprimée, munie dans le milieu d'un sillon limité de chaque côté par une étroite côte, qui ne se continue pas sur toute la hauteur de la dernière loge; transversalement ovale, munie sur le côté d'une côte étroite ; angles subaigus; formée de loges en chevron, croissant régulière- ment, non saillantes, excepté la dernière, qui est ovale et tron- quée en avant ; la première loge sphérique, les sutures ondu- leuses, l'ouverture ovale. Dimensions: haut., 0'"'"56 ; larg., O^^'IQ; grossi 40 fois. Rekiawik. Fort rare. Cette espèce se rapproche par sa forme et ses ornements du F. tenera Born. sp. du Lias moyen de la Moselle (V). NoNiONiNA TURGiDA WiU. sp. pi. XI, fig. 7 et 8. Rotalina turgida, Williamson , Récent Bn'tish Foraminifera, p. 50, pi. VI, fig. 95 à 97; Nonionina turgida \\f\\\. sp. Parker et R. Jones, For. du Nord Atl., p. 405, pi. xvn, fig. 57, a, h. c. Dimensions : haut., 0"""48; larg., 0'"'"32 ; grossi 40 fois. Farkund, Reikiawik, Patrix fjord, Christiansand. Williamson fait observer que cette coquille, équilatérale dans le jeune âge, devient inéquilatérale à l'état adulte, et en raison de ce caractère, doit être rangée dans le genre Rotalina; dans ce (1) Terquem, 1" Mémoire sur la Foraminifèrea du Liai de la Moselle, p. 35. pi. i, fig. 14, a, b, c. 332 0. TERQUEM ET EDM. TERQUEM classement, il n'est pas tenu compte de la position de l'ouver- ture, qui reste toujours contre le retour de la spire, caractère essentielle des Konionnia. Dans leur publication, Parker et R.Jones ont rectifié cette erreur. Il est à remarquer que ces auteurs ont pris pour type le Poh/s- tomella crispa Linn. sp. auquel ils rapportent non seulement toutes les espèces de Poljstomelles, mais encore toutes les Nonio- nines, qu'ils considèrent comme de simples variétés de l'espèce typique qu'ils ont adoptée. Nous représentons une coquille adulte, dont la loge antérieure est double et détermine une forme très iui'quilatérale ; on voit sur une face deux loges verticales et trois sur l'autre. RoTALiNA BOREALis Tcrq., pi. XI, fig. 9 et 10. Coquille suborbiculaire, comprimée, arrondie sur le pourtour, formée en dessus de deux tours de spire applatis, à loges dépri- mées, à peine saillantes sur les côtés, quadrangulaire; formée en dessous d'un tour de spire, la dernière loge très développée et renflée ; le centre ombiliqué. Dimensions : haut., 0"'"'3o ; larg., 0,25; grossi 60 fois, Patrix fjord. Très rare. Haplopiiragmium calcareum Will. sp. pi. XI, fig. 11, a, b. P roteonina pseudospiralis Wi[lia.m.son, Rec. Brit. For., p. 2, PI. 1, fig. 2. Coquille cristellariforme, très comprimée, couverte de gros grains de sable siliceux, transparente, d'une couleur ambrée, base enroulée, formée de loges triangulaires, crosse formée de loges quadrangulaires, ouverture ovale, placée au centre de la dernière loge Dimensions : haut., l"i™; larg., 0'"'"56 ; grossi 2o fois. Farkund, Rekiawik, Stavanger, Christiansand. Partout assez rare. Williamson a établi le genre Proteonina pour une coquille très agglutinante et entièrement couverte de gros grains de sable ; ne possédant qu'un échantillon unique et n'osant l'expérimenter, il le crut privé de cloisons et par conséquent composé d'une seule loge. Cette coquille étant assez abondante dans plusieurs localités de FORAMINIFÈRES ET OSTRACODES DE l'iSLANDE 333 la mer du Nord, il nous a été permis de l'examiner avec plus de détail et nous y avons reconnu la présence de cloisons ; de plus, nous avons traité plusieurs échantillons par de l'acide hydroclilo- rique faible, qui nous ont donnés en résultat une coquille très nette avec son enroulement. Brady, dans le Challenger, est venu confirmer notre observa- tion, mais n'a reproduit que les figures de Williamson ; Brady Challenger, p. 302 ; pi. xxxni, fig. 1 et 2. Nous donnons la coquille avec ses cloisons. Brady indique cette espèce pour les côtes de l'Islande et le sud de l'Amérique. Truncatulina globulosa Terq.,pL XI, fig. 12 et 13. Coquille ovale-allongée, formée en dessus de cinq loges globu- leuses, la dernière hémisphérique ; concave en dessous et formée de trois tours de spire, à loges nombreuses, planes, cloisons arquées. Dimensions : haut., O^i^SS ; larg., 0'"'"45; grossi 40 fois. Farkund. Fort rare. Anomalina irregularis Terq., pi. XI, fig. 14, 15 et 16. Coquille orbiculaire, lisse, transparente, munie d'un nucléus, formée en dessus de loges arrondies, saillantes, croissant réguliè- rement, la dernière loge très allongée, renflée, occupant toute la largeur supérieure de la coquille; concave en dessous, les pre- mières loges saillantes sur le bord, les deux suivantes planes, la dernière d'abord marquée d'un bourrelet, puis en forme de boudin arrondi. Dimensions : haut., O'""'o0; larg., 0'"'"45 ; grossi 40 fois. Stavanger. Très rare. BuLiMiNA DOLiOLUM Terq., pi. XI, fig. 17 et 18. Coquille lisse, translucide, ovale, arrondie en arrière et munie de quelques épines, renflée dans le milieu et atténuée en avant, transversalement orbiculaire, formée de loges peu nombreuses, presque planes, cloisons à peine visibles; ouverture en fente, placée au sommet de la dernière loge. Dimensions : haut., 0'"'"96; larg., 0"'"'56; grossi 30 fois. Reikiawik, Stavanger, Ghristiansand. Très rare. 334 0. TERQUEM ET EDM. TERQUEM BuLiMiNA Parkeri Parker et R. Jones, sp., pi. XI, fig. 19. Bulimina elegantissima d'Orb. Parker et R. Jones, For. du nord de VAtl, p. 374, pi. xv, fig. 12 à 17. Coquille ovale, lisse, comprimée, rétrécie en arrière, dilatée et arrondie en avant, formée de 4 loges saillantes, superposées, d'une latérale et verticale, d'une dernière renflée, semi-lunaire; ouver- ture en fente, au milieu de la dernière loge. Dimensions : haut., 0'"'^42; larg., 0°"n25; grossi 50 fois. L'espèce figurée par Parker et R. Jones diffère complètement de celle de d'Orbigny; celle-ci est bien représentée par William- son {Brit. For., p. 64, pi. v, tig. 134 et 135) et nous la possédons des environs d'Alger, où elle est assez abondante. Nous avons dû en conséquence changer la dénomination et nous l'avons dédiée à M. Parker. Nous représentons une variété dont toutes les loges sont très saillantes. Farkund. Fort rare. Bulimina ovoides Terq., pi. XI, fig. 20. Bulimina p'i/rula d'Orb. Parker et R. Jones, For. du nord de VAtl., p. 372; pi. XV, fig. 8 et 9. Coquille ovale, lisse, vitreuse, transparente, très fragile, munie de pores, surtout à la partie antérieure, plus renflée et arrondie en avant qu'en arrière, formée de loges peu nombreuses, planes, sutures à peine visibles, ouverture au sommet de la dernière loge. Dimensions : haut., 0™'"67; larg., 0'""'41 ; grossi 35 fois. Reikiawik, Stavanger, Christiansand. Très rare. Cette espèce diffère du B. doliolum, par sa forme plus régulière- ment ovale, par ses loges entièrement planes et par sa transpa- rence vitreuse; elle ditïère du B. pyrula, dont la forme est trian- gulaire, l'ouverture latérale, et les loges saillantes. GuTTULiNA GRAviDA Terq., var. compressa, pi. XI, fig. 21. Coquille ovale, lisse, légèrement comprimée, translucide, for- mée de quatre loges, une centrale ovale, deux latérales arrondies et une antérieure triangulaire, ouverture striée. FORAMINIFÈRES ET OSTRACODES DE l'iSLANDE 335 Dimensions : haut., 0m"'94; larg., 0">™56; grossi 25 fois. Stavanger. Fort rare. PoLYMORPHiNA RACEMOSA Terq., pi. XI, fig. 22. Coquille lisse, ovale-allongée, en forme de grappe, légèrement comprimée, élargie en avant, atténuée en arrière, formée de sept loges, renflées, piriformes, alternant à droite et à gauche ; ouverture terminale, lisse. Dimensions : haut., l'»'"30; larg., 0'»"'54; grossi 20 fois. Farkund. Fort rare. POLYMORPHINA INFLATA Tcrq., pi. XI, fig. 23. Coquille ovale, renflée, orbiculaire, lisse, rétrécie en arrière et en avant; formée de loges très recouvrantes, les premières très petites, saillantes, les deux dernières occupant les 7/8 de la hauteur de la coquille, suture à peine visible, ouverture entourée de longues et nombreuses stries. Dimensions : haut., 0"""74; larg., 0'""'52; grossi 3U fois. Ghristiansand. Très rare. QuiNQUELOCUUNAiMPLEXA Terq., pi. XI, fig. 24, 25 et 2G. Coquille orbiculaire, comprimée, lisse, arrondie sur le pour- tour, formée sur un côté de quatre loges saillantes, les deux internes arquées, une externe arquée, très étroite à la partie an- térieure, très élargie à la base et embrassant la dernière loge ; formée sur l'autre côté de trois loges, les deux premières semi- lunaires, la dernière verticale et anguleuse ; ouverture semi- lunaire, sans dent. Dimensions : haut., 0'"'"34; larg., û'"'''25; grossi 60 fois. Patrix-fjord. Fort rare. 336 0. TERQUEM ET EDM. TERQUEM Foramînîfères d'Islande et du sud de la Norvège. G 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37 38 39 40 41 42 43 44 45 46 47 48 DESCRIPTION DES ESPÈCES Orbulina universa d'Orb — nitida Terq Lagena striata d'Orb. sp — — striati-collis d'Orb — clavata d'Orb — — stnati-collis — vulgaris Will — gracili-conta Rss — globnsa Mont — teituis Born — isabelkma d'Orb — trispida Rss — semi-ornata Terq — inornata Rss — filicosta Rss — gracilis Will — ornala Terq — amphora Rss — mucronnlata Rss — hexagona Will — geometrica Rss — scalariformis Will — reliculata Rss — gracillima Seg — lœvïs Montagu — acuticosta Rss — lagenoidcx Will — implcxa Terq — squamosa Mont — nblonga Rss — ematiata Rss — acfUa Rss — alata Rss — tricarùiata Gramb. sp — sulcata Walk et Jac — carviata Rss — apiculata Rss — lœvigata Rss — cosdf'era Terq — marginata W et J SpirUUna foliacca Scluilt Glandulina lœvigata d'Orb Nodosaria scalaris Batsth — Mariœ d'Orb — calomornha Rss — (glandulina) lœvigata d'Orb. — soliUa Rss — radicula Will , Dentalina pauperata d'Orb — guttifera d'Orb À reporter 4 16 27 22 14 17 PL. XI 3-4 FORAMINIFÈRES ET OSTRACODES DE L'ISLANDE 337 49 50 5L 52 53 54 55 56 57 58 59 60 61 62 63 64 65 66 67 68 69 70 71 72 73 74 75 76 77 78 79 80 81 82 83 84 85 86 87 88 89 90 91 92 93 94 95 96 97 98 99 100 101 DESCRIPTION DES ESPÈCES Report.. . Dentaliaa clegans d'Orb — innrnata d'Orb — vertebralis — filifonnis Frondicularia affmix Terq Cristellaria cfibba d'Orb Nonionina liarleana d'Orb — co)n)nunii; d'Orb — scapha Fisch. et Mol — clegans Will — soluta — ' rfepres.v«?a Wal. et Jac — crasxula Walk. sp — turgida Will. sp — nmhilicatnln — atelligera Park et Jon Polystomella crispa Lmk — striato-punctata P. et J. — nmbilicatula Will — arctica Park. et Jon Rolalina Bcccarii d'Orb — Soldanii d'Orb — oblonga Will — concatnerata Will — nmbonata — Bertheloni — nodosa Terq — Karsteni Park. et Jon , — borealis Terq — nitida Will , — fusca Will — communis d'Orb Lituola pseudo-spiralis Will Operculina (umnonioides Will Globigerina bulloides d'Orb Planorbulina mediterrcDieusis d'Orb. . . Haplophrarjmium foliaceiun Brad — calrareuvi Will. sp. , Truncatulina farctaVicht. et Mul — variabilis d'Orb — lioneana d'Oib — lobatuhi Walk. sp — difformis d'Orb — globulosa leY(\ Anomalina rotula d'Orb — irregularis Terq — coronata Park. et Jon. sp. Spirolina pseudo-spira Brad Bulimina Parkcri Park. et Jon. sp... — fusifonnis Will — margiaata d'Orb — pupoides d'Orb — scabra Will A reporter 16 22 14 PL. XI I FIG. 0-10 ^9 33 53144 37 321 11 12-13 14-16 19 22 338 O. TERQUEM ET EDM. TERQUEM 102 103 104 105 106 107 108 109 110 111 112 113 114 115 116 117 118 119 120 121 122 123 124 125 126 127 128 129 130 131 132 133 134 135 136 137 138 139 110 141 142 143 144 145 146 147 148 149 150 DESCRIPTION DES ESPÈCES Report. . Bulimina apinulosa d'Orb — compressa Will — ■ elegantissima d'Orb — ovoides Terq — doliolum Terq — ovala d'Orb — pygineea d'Orb — convoluta Will — clegans d'Orb Discorbina riigosa d'Orb. sp Tcxtilaria agglutinans d'Orb — aspcra Brad — cuncifortnis d'Orb Bolivina puncUita d'Orb , Uingcrina pijgmœa d'Orb — (uigulosa Will — tenuistriata Rss — dimorpha Favk. et Jon , Cassidulina lœvigata d'Orb — obtusa Wdl Pleurostomella alternans Schwag Polymorphina lactea Will — — var. abbrcviata. . —r tubulosa d'Orb, sp — prœlonga Egger — inflata Tenj — lanccolala Rss — raccmosa Terq — compressa Park. et Jun. Glnbulina gibba d'Orb Guttulina communis d'Orb — — ■ var. compressa.. — tubulosa d'Orb. sp. — gravidu Terq Biloculina inomata d'Orb — ringens Lmk — carinuta d'Orb — peiUagonica d'Orb Spiroloculina excavata d'Orb — canaliculata ù'Orh Triloculina trigonula d'Orb Quinqueloculina proxima Terq — tennis Gyz — seniilunum Linné sp.. — contorta d'Orb , — plana d'Orb — pulchella d'Orb , — Hauerina d'Orb — implexa Terq 29 33 53 44 37 32 PL. XI FIG. 20 17-18 45 43 77 61159147 23 21 24-26 FORAMINIFÈRES ET 0STRAC0DE3 DE L ISLANDE 339 Ostracodes. 1. Bairdia icovdwiana. 16. Cythere cunccllata. 2. — faveolala. 17. — acanthodenna. 3. — fedea. 18. — velifera. 4. — Milne-Edwardsi. 19. — melobesioides. 5. — amygdaloides. 20. — demissa. 6. Pontocypris attenuata. 21. — tenera. 7. — fuba. 22. — inconspicua. 8. — subreniformis. 23. — fortificata. 9. Arrjillœcia badia. 24. Xcstoleberis granulosa. 10. .{(jlaia ohtusa. 25. — margaritacea 11. Xiphichilus complmialus. 26. Loxoconcha guttata ? 12. — ornutus. 27. Bythocypris elongata. 13. Macrocypris tumidus. 28. Cythe) 'opteron velifera. 14. Cythere Spegeri. 29. Pseudocythere caudata. 15. — Andei. EXPLICATION DE LA PLANCHE XI. Figure 1. Orbttlina nitida Terquem. Grossi 60 fois. — 2. Lagena semi-ornata Terq. X 40. — 3 et 4. Lagena cos'tifera Terq. X 100. — 5. Lagena ornala Tei'([. X "^0. — 6, a, b. Frondicularia affinis Terq. X 40. — 7 et 8. Nonionina turgida Will. X 50. — 9 et 10. Rotalina borealis Terq. X 60. — 11, a, 6. Haplophragmium calcareum Will. X 25. — 12 et 13. Truncatulina globulosa Terq. X 40. — 14, 15 et 16. Anomalina irregularis Terq. X 40. — 17 et 18. Balimina doliolum Terq. X 50. — 19. — Parkeri Park. et Jon. X 50. — 20. — ovoides Terq. X 25. — 21. Guttulina gravida Terq. X 25. — 22. Polymorphina racemosa Terq. X 20. — 23. — inflata Terq. X 30. — 21, 25 et 26. Quingueloculina implexa Terq. X 60. MONOGRAPHIE DES POUSSINS DES OISEAUX D'EUROPE QUI NAISSENT YÈTUS DE DUVET {PTILOP.EDES Sundevall) Par J. VIAN En publiant dans la Revue de Zoologie les figures des jeunes Oiseaux qui sortent de l'œuf vêtus de duvet, M. Marchand a ou- vert une branche de la science, dont l'étendue, les variétés et les beautés sont fort peu connues. C'est un champ vaste et nouveau pour l'étude de la nature et pour les collections. Sur les cinq cent cinquante oiseaux admis dans la faune européenne, trois cents environ naissent vêtus de duvet, ou le prennent dans les premiers jours qui suivent leur naissance ; ils sont compris dans quatre ordres : celui des Rapaces (Accipiti^es) Linn., celui des Gallinacés (Gallinœ) Linn. , celui des Échassiers (Gralîœ) Linn. , celui des Palmipèdes (Palmides) Dumér. Ces jeunes Oiseaux présentent déjà entre eux de grandes varia- tions dans la coloration, et même dans la texture de leur duvet. Plusieurs espèces passent par deux livrées différentes avant de prendre leurs plumes ; ainsi la première robe de la Chouette-Che- vêche est d'un blanc de neige, et la seconde est brune; un second duvet pousse sous le premier, qui tombe à l'âge où l'Oiseau ouvre les yeux, c'est-à-dire à six ou sept jours. La Chouette-Hulotte naît avec une robe blanche, qui est remplacée quelques jours après par un duvet gris pour les mâles, roux pour les femelles. En général des changements notables s'opèrent graduellement dans la robe avant que les jeunes Oiseaux aient pris leurs pre- mières plumes : chez les uns, le duvet s'allonge, les couleurs deviennent plus ternes, moins nettes, les teintes se fondent; chez d'autres le duvet s'use, surtout à la tête, perd en partie ses barbes et découvre la peau ; chez le plus grand nombre le corps grossit rapidement, sans que le nombre des tiges augmente, le duvet devient alors moins épais et paraît moins coloré. Ces Poussins présentent généralement de fort jolis sujets, dont la collection pourrait rivaliser avec celle des Oiseaux adultes; nous soupçonnons peu ces beautés en France, ne rencontrant plus guère que les poussins nus et informes des Passereauxet des MONOGRAPHIE DES POUSSINS DES OISEAUX d'eUROPE 341 Pigeons dans les nids des Oiseaux, qui n'ont pas cessé de se repro- duire dans notre pays. Quelques préjugés ont entravé l'extension de cette branche de l'ornithologie : on croit généralement qu'il est difficile de se pro- curer des Poussins, de les identifier aux adultes et de les pré- parer ; le dernier motif repose sur une erreur, et les deux pre- miers disparaîtront, au moins en grande partie, par suite des progrès de la science. Ces poussins ne sont difficiles à monter, et même à conserver, que dans la période, ingrate cà tous les points de vue, où les plumes commencent à remplacer le duvet. Dans les premiers jours qui suivent leur naissance, ils ont la peau relativement épaisse et forte, le duvet assez solidement fixé, ils sont alors généralement plus faciles à préparer que les jeunes Passereaux avant première mue, et quelquefois même que les adultes de leur espèce; ainsi le Poussin de la Bécasse ordinaire présente moins de difficultés que l'adulte. La conservation des pieds, presque toujours très fragiles, est la question de manipulation la plus épi- neuse. Pour éviter d'altérer le duvet, il suffit d'envelopper l'Oiseau dans un lambeau de mousseline avant de le mettre à l'humidité. On conservera la couleur de la peau, souvent visible entre les tiges du duvet, ou dans les parties nues, en colorant le savon arsenical et le coton. Nous observerons, pour éviter les erreurs, que la peau n'est pas toujours couleur de chair, mais souvent jaune ou d'un jaune vert. Je reconnais qu'il est plus difficile d'obtenir les poussins que les Oiseaux adultes. Les Oiseaux de proie, les Échassiers et les Palmipèdes, même ceux qui nous visitent périodiquement, ne restent plus guère en France pour la reproduction. Dans les con- trées qu'ils adoptent, les uns nichent aux flancs de rochers ou de falaises, plus ou moins inaccessibles , les autres au milieu de vastes marais. J'ai commencé une collection spéciale depuis plus de quinze ans, et il me reste encore bien des vides à remplir; mais il y a peu de temps que les explorateurs et les marchands s'occupent de cette branche de l'ornithologie, parce qu'elle n'en- trait pas dans le commerce. Que l'on en vulgarise fétude, que les collections de Poussins se multiplient, les fournisseurs suivront le progrès et famateur obtiendra les jeunes, comme il a obtenu les aldultes. Identifier les Poussins à leurs père et mère n'est pas toujours facile, ni pour l'explorateur, ni pour l'ornithologiste. Prendre les 342 j. VIAN parents sur le nid, quand le nid est de difficile accès, ce qui est fréquent ; reconnaître l'espèce au départ de l'Oiseau, sous la robe généralement terne des femelles; spécifier au vol, par exemple, les femelles des Canards, si difficiles à reconnaître, même lorsqu'on les a en main, ce sont les moyens de fexplorateur, s'il n'arrive pas à capturer la mère sur le nid, ou au départ ; aussi est-il exposé à se tromper et il se trompe souvent, même lorsqu'il connaît les Oiseaux, ce qui n'a pas toujours lieu. Pour l'ornithologiste les éléments d'appréciation sont aussi très limités et surtout peu saillants. Les caractères génériques et spéci- fiques, le plus généralement admis pour les Oiseaux adultes et même pour les jeunes sans duvet, ont peu ou pas de valeur chez nos poussins; on ne les retrouve généralement qu'à l'état rudimen- taire, ou déformés parla préparation; les caractères qui diffé- rencient les Poussins entre eux sont même quelquefois diamétra- lement opposés à ceux des adultes. Pas de rémiges, pas de rectrices, restent le bec, les pattes et le duvet pour donner des éléments différentiels ; et sur ces trois bases fragiles, il est impos- sible d'asseoir une seule règle générale ; une règle, caractéris- tique pour un genre, est souvent nulle pour un genre voisin ; ainsi, tandis que le poussin du Tourne- Pierre peut être caractérisé en trois mots : « bec de Tourne-Pierre », celui de l'Huîtrier-Pie, son voisin dans les classifications ornithologiques, est mécon- naissable à cause de son bec, qu'il emprunte aux Vanneaux. Les Oiseaux à bec retroussé, comme l'Avocette, la Térékie cendrée, accusent cette particularité dès leur sortie de fœuf, au contraire les Oiseaux à bec recourbé, comme les Courlis, les Ibis et même les Flaramants, naissent avec le bec droit et le conservent droit pendant plusieurs semaines. Les pieds des poussins très souvent ne présentent pas dans leurs parties les mêmes proportions que ceux des adultes, ainsi parce que dans un adulte le doigt médian est plus long, ou plus court que le tarse, il ne faut pas eu conclure que cette particula- rité distingue aussi le Poussin; les pieds, qui doivent devenir avec l'âge longs et grêles, commencent quelquefois par des membres courts et massifs. Le duvet, généralement de même contexture pour plusieurs genres d'Oiseaux, se décolore et se dénature dans le même sujet, au fur et à mesure qu'il grandit. Les planches de M. Marchand seront d'un grand secours pour l'étude des jeunes Oiseaux, et nous les apprécions d'autant plus, MONOGRAPHIE DES POUSSINS DES OISEAUX d'euROPE 343 qu'à notre avis, il est bien plus difficile de figurer un Poussin qu'un sujet adulte ; mais les meilleures planches ne représentent l'Oiseau que sous un seul aspect; elles donnent la couleur de la robe, mais pas dans toutes ses parties ; elles sont surtout im- puissantes à reproduire les différences dans la contexture du duvet et les détails, souvent microscopiques, qui différencient les espèces, et même les genres, à la naissance des Oiseaux. Une collection de Poussins innomés présente un chaos, qu'il serait difficile de déchiffrer par des divisions, basées sur la colo- ration ; mais que l'on partage par exemple une collection d'Échas- siers en groupes reposant sur l'absence de pouce, sur le pouce articulé sur le même plan que les autres doigts, sur le pouce arti- culé plus haut, sur les trois doigts libres, sur les doigts palmés, sur les doigts lobés, sur la présence d'une membrane interdigitale, sur la présence de deux membranes, caractères qui se reprodui- sent dans les Poussins, ces groupes conduiront aux familles et souvent même aux genres et aux espèces. Pour faciliter cette classification préliminaire, nous donnerons en tête de chaque ordre un tableau synoptique des caractères saillants de genre et de famille qui se retrouvent également dans l'adulte et dans le Poussin. Lorsque nous voulons différencier les espèces , nous sommes réduits à des caractères microscopiques et fugitifs ; cependant il en existe souvent, et nous croyons utile de les exposer, précisé- ment parce qu'ils sont difficiles à découvrir. Ainsi l'examen des sinuosités du capistrum, c'est-à-dire de la ligne, généralement anguleuse, que trace le duvet autour du bec, nous a été d'un grand secours ; les Poussins reproduisent souvent d'une façon ausez exacte les sinuosités de l'adulte, sinuosités qui diffèrent quelquefois, non seulement d'un genre à l'autre, mais aussi entre les espèces ; toutefois l'identité de ce caractère n'est pas absolue ; ainsi, tandis que le capistrum est assez conforme dans les deux âges extrêmes chez les Ansériens et les Anatiens, il diffère notablement chez les Cygnes ; d'un autre côté lorsque l'Oiseau grandit l'usure du duvet modifie souvent les angles, ou les efface. Le volume des Poussins permet quelquefois de les identifier, mais seulement entre espèces de tailles extrêmes, car la crue est rapide dans les premiers jours, et pas toujours dans la même proportion entre les espèces, ni même entre les individus. L'apparition des plumes peut aider à déterminer l'âge ; mais 344 J. VIAN seulement entre sujets de même espèce ; car sur ce point encore il existe souvent de grandes différences : ainsi les plumes émer- gent deux jours après la naissance chez les Perdrix et chez les Hérons, tandis que les Canards et les Flammants les attendent plus de huit jours. La comparaison des Poussins entre eux et des Poussins aux adultes est indispensable pour l'étude des caractères différentiels ; le jeune qui quitte le duvet et prend des plumes, celui qui fait sa première mue, sont des auxiliaires précieux ; ils relient les âges et tranchent souvent les incertitudes ; aussi ne doit-on pas les négliger pour l'étude, bien qu'ils fassent une triste figure dans les collections et qu'ils soient plus difficiles à préparer et à conser- ver qu'aux âges extrêmes. Le bec des Poussins est souvent trompeur, généralement im- parfait, notamment court et massif, lorsqu'il doit être plus tard long et grêle, d'autres fois trop compliqué, par exemple usurpé des Vanneaux par un renflement terminal, ou des Sternes par un angle saillant à la jonction des deux branches sous la mandibule inférieure. Quelques Poussins même semblent se jouer des règles les plus constantes de la nature; ainsi chez les animaux en général, les ornements, lorsqu'il en existe, sont l'apanage des mâles adultes, et sont même souvent limités à la période des noces. Dans le genre Foulque, au contraire, ce sont les Poussins qui portent les parures, on pourrait même dire la barbe, car leurs parures ont beaucoup d'analogie avec les tiges de barbe. Le mâle et la femelle adultes diffèrent fort peu; leur robe sombre est à peu près uni- forme; leur tête porte seulement, en toutes saisons, une plaque frontale ou des tubercules glabres. Leurs Poussins, au contraire, ont la tête, le cou, le dos et le dessus des ailes ornés de tiges cri- niformes, frisées ou droites, de couleurs vives et brilkmfes, rouges, jaune d'or, jaune-paille, d'autont plus remarquables qu'elles tranchent sur des robes noirâtres. Souvent des Poussins sont très voisins à première vue, bien que leurs auteurs soient très éloignés dans les classifications ; mais dans ce cas généralement quelque caractère permet de les différencier; ainsi les Gigognes peuvent être confondues avec les Grues et les Flammants, mais on les distingue à leurs mentons nus et à leurs membranes interdigitales. Le duvet, à peu près uniforme dans les espèces d'un même genre et quelquefois même entre plusieurs genres, présente sou- MONOGRAPHIE DES POUSSINS DES OISEAUX d'eUROPE 345 vent des différences notables dans sa contexture : épais ou clair- semé, long ou court, imitant la laine ou la soie, sec ou soyeux au toucher, barbelé ou filiforme dans toute sa longueur, barbelé à la base et filiforme à la pointe ; très aigu ou tronqué, terminé en pointe ou par de petits flocons, fin et souple ou gros et roide, formant vêtement complet on laissant des parties plus ou moins nues, Chez les uns le duvet annonce l'existence de la queue, chez d'autres au contraire il ne la laisse pas soupçonner, sans que cette différence coïncide avec le développement de la queue des adultes. Ainsi le Poussin du Faisan ne porte aucun indice de queue, et dans l'adulte elle est beaucoup plus longue que le corps. Chez les Chevaliers au contraire, qui tous ont une queue courte, les Poussins l'annoncent par des tiges de duvet presque aussi longues que les rectrices des adultes. Nous essayerons de définir la nature particulière du duvet pour chaque genre. Dans certaines espèces le bec, les pieds et l'iris sont plus pâles que dans les adultes, c'est le contraire dans d'autres ; mais en général l'iris est glauque au jour de la naissance chez les Pous- sins qui n'attendent pas plusieurs jours pour ouvrir les yeux. Le bec et les pieds brunissent en collection. Les Poussins d'un grand nombre d'espèces portent en naissant le marteau de la délivrance, petite saillie dure et blanche fixée en dessus près l'extrémité de la mandibule supérieure, comme une goutte de porcelaine ; il leur sert à briser l'œuf, lorsqu'ils éprouvent le besoin de naître, et disparaît de deux à douze jours après, suivant les espèces. Les quatre ordres présentent des es- pèces munies de cet auxiliaire; ce sont généralement celles à bec court et recourbé ; mais sur ce point encore, il ne faudrait pas généraliser d'après le bec des adultes; ainsi les Poussins des Hérons, qui n'ont pas, comme leurs auteurs, le bec droit et aigu, mais fléchi et mousse à son extrémité, ont recours au marteau. La coloration du duvet n'est pas souvent en rapport avec celle de la robe des adultes ; si quelques Poussins, notamment dans le genre Chevalier, présentent sur leur manteau des nuances de la livrée des noces, d'autres, et c'est le plus grand nombre, offrent un système de coloration diamétralement opposé à celui de leurs auteurs ; ainsi les Poussins des Mouettes et des Sternes ont pres- que tous les parties supérieures finement maculées de noir, tandis que les adultes les ont colorées par grandes masses. Généralement il ne faut pas attacher grande importance à la forme, à l'étendue et même à la position des taches semées sur la 346 .T. VIAN robe ; elles varient beaucoup entre sujets de la même espèce, au point de n'être pas toujours parallèles dans le même individu sur les deux côtés du corps ou de la tête. Les préciser dans les des- criptions serait donc égarer les recherches du naturaliste. La comparaison de l'œuf au Poussin étant le principal moyeu pour déterminer l'âge et conjecturer l'espèce sur le volume du sujet, nous donnerons une description des œufs d'après notre collection. Nous décrirons autant que possible les Poussins sur des sujets fort jeunes, le duvet ne conservant bien sa nature et sa colora- tion que pendant quelques jours. En l'absence de règles générales pour reconnaître les Poussins, il serait imprudent de les juger par induction ou par analogie ; d'un autre côté les caractères dans ces jeunes Oiseaux sont fra- giles, susceptibles d'être détruits à la préparation, fugitifs par suite de leur crue rapide dans les premiers jours et de l'usure du duvet, peu visibles, quelquefois même microscopiques ; il est donc utile, pour en faciliter l'étude, de mettre en relief tous les élé- ments particuliers aux Poussins, sans en négliger aucun ; dans ce but nous donnerons tous les caractères génériques propres aux Poussins, pour chaque genre, ou du moins pour ceux dont nous possédons des représentants, et une diagnose pour chaque espèce ; dans cette diagnose nous ajouterons aux principaux caractères spéciliques, quelques traits saillants, pris dans le genre et même dans la famille, pour mettre le lecteur sur la voie ; enfin nous essayerons d'isoler chaque Poussin des espèces avec lesquelles il pourrait être confondu. Ce travail, pour être complet, exigerait la réunion et la compa- raison de toutes les espèces, ce qui est impossible dans l'état ac- tuel des collections ; nous essayerons de le faire dans les limites restreintes de la nôtre ; ce ne sera qu'une pierre dans l'édifice, mais d'autres la suivront et ces matéria.ux réunis aideront un jour à faire un ouvrage complet. MONOGRAPHIE DES POUSSINS DES OISEAUX D EUROPE 347 ORDRE DES GALLINACÉS. — GALLIN.E Linn. Tablenii ««ynoptiqiie «les caracttTO» saillante (]iii «e t-eirouvcnt elu'z les PoHSHinN «le l'or«lre «les diallinaccs, répartis «Sans les genres «iiii le conipo!^ent. Tarses et doigts rétiis de duvet. Svrrhapte. Lagopède. Tarses vêtus de du- vet dans toute leur longueur. Ganga. Tétras. Tarses vêtus de du- vet sur moitié de leur longueur. Gelinotte. Les Oiseaux de l'ordre des Gallinacés, du moins ceux compris dans la faune européenne, ont des œufs de forme ovoïde, excepté la famille des Ptéroclidés, dont les œufs affectent une forme ellip- tique ; toutefois dans cet ordre, comme dans les autres, on ren- contre assez fréquemment dans les nids des formes anormales. Genre LAGOPÈDE. — Lagopus Briss. Narines recouvertes Pouce complet. Tarses et doi par le duvet. — — — Lagopède. Tétragalle Ganga. Tétras. Francolin. Lagopède. Tétragalle. Perdrix. Tétras. Francolin. Caille. Perdrix. Colin. Narines recouvertes Caille. Triinix. par un opercule Colin. Faisan. glabre. Faisan. Tétragalle. Ponce rudimcntairc Francolin. seulement. Perdrix. — Cai/le. Ganga. Colin. Turnix. Sans pouce. Faisan. Svrrhapte. furnix. Bec court, bombé, conico-convexe; bords des deux mandibules et arête de la supérieure arqués dès la base ; la supérieure emboî- tant l'inférieure ; narines basales ; duvet prolongé latéralement jusqu'au milieu de la mandibule supér^ure et couvrant les nari- nes ; tarses et doigts vêtus ; pouce articulé pius haut que les doigts, ongles creusés en dessous ; pas de marteau de la déli- vrance. Les Poussins des Lagopèdes sont vêtus jusque sur les doigts, sans autres parties nues que le derrière des tarses, d'un duvet court en général, et très court sur la tête, les tarses et les doigts, assez épais, solidement fixé à la peau, sec, droit, barbelé sur sa plus grande longueur et terminé en fils aigus, il accuse fort peu la queue. 348 .1. VIAN Génériquement ils se distinguent des autres Gallinacés, et no- tamment des Tétras, par leurs doigts vêtus ; mais les espèces pré- sentent toutes les mêmes sinuosilés du capistrum, et ne diffèrent entre elles que par la coloration. M. Marchand, planche 21 de la Revue de zoologie de 1868, et pi. 76 du Recueil des Poussins, a figuré dans un même tableau le vertex des trois Lagopèdes et des trois Tétras d'Europe, pour aider à les déterminer ; l'idée est très heureuse, car abstraction des doigts, qui séparent les Tétras des Lagopèdes, c'est par la colora- tion du vertex que les uns et les autres diffèrent le plus. Toutefois il ne faudrait pas s'arrêter d'une façon absolue à la forme des taches, car elle varie un peu individuellement. Les petits quittent le nid quelques heures après leur naissance et prennent leurs premières rémiges fort peu de jours après, lors- que la tête et le corps sont encore couverts de duvet. Les œufs de nos trois espèces de Lagopèdes sont tellement ho- mogènes dans leur forme, leur coloration et leur volume, qu'il serait impossible de donner pour chacune une description dis- tincte ; et cependant ils varient individuellement, mais sans per- dre l'air de famille et toutes les variétés se retrouvent dans les nids des trois espèces ; nous nous bornerons donc à une description générale des œufs du genre. Les Lagopèdes pondent de 7 à 12 œufs ovoïdes, quelquefois allongés, fauves à la transparence, à test assez dur, uni, un peu lustré, à grain tin, à pores invisibles ; fond d'un jaune nankin, plus ou moins intense, rarement blanc, absorbé en partie par des taches diffuses, d'un rouge-noiràtre, généralement réparties sur toute la surface, tantôt très Ihies et multipliées, tantôt larges, avec semis de fines dans les intervalles. Ils mesurent 41 à 44'"™, sur 30 à 33"^'". Ces œufs voisins de ceux des Tétras pour la couleur du fond et la forme, en diffèrent nqtablement au premier coup d'œil par la maculature ; les taches étant beaucoup plus grandes, plus diffuses, plus noires et absorbant en grande partie la surface de la coquille. Lagopède muet. — Lagopus mutus Leach ex Mart. Diagnose. Tarses et doigts vêtus; mandibule inférieure jaune , teinte pâle de la robe un peu lavée de vert ; sur le vertex tache étroite, triangulaire, noire, teintée de marron au centre, projetant MONOGRAPHIE DES POUSSINS DES OISEAUX d'EUROPE 349 un trait jusqu'à la naissance du bec, et un autre sur la nuque. Robe en général d'un jaune pâle, faiblement teinté de vert, uni- forme aux parties inférieures, seulement rembrunie sur la poi- trine, absorbée aux parties supérieures par des teintes marron, des taches et des traits noirs, irrégulièrement semés sur le dos et les ailes ; sur le dessus de la tète triangle étroit, noir, avec centre marron, prolongé en pointe jusqu'au bec, et projetant de sa base une autre pointe sur la nuque ; sur les côtés quelques petits traits noirs, qui assombrissent la région opthalmique ; mandibule supérieure brune, l'inférieure jaune. Il présente un aspect demi-deuil, qui à première vue le distin- gue des autres Lagopèdes et même des Tétras. M. Marchand l'a figuré pi. 9 de la Revue de zoologie de 1863, et pi. 3 du Recueil des Poussins.. Dans cette espèce et sur une nichée des Pyrénées, nous avons rencontré des œufs à fond blanchâtre , et d'autres atteignant 46 et 47 millimètres, mais aux dépens du petit diamètre, ce qui modifiait peu le volume normal. Lagopède des saules. — Lagopus albus Vieil, ex Gmel. Diagn. : Tarses et doigts vêtus ; les 2 mandibules brunes ; pas de noir sur les lorums ; sur la tête longue tache ovalaire marron, bordée de noir, se terminant en pointe sur la nuque et en avant par une bande fourchue, qui emboîte l'arête du bec à sa base. Gorge d'un jaune pâle, les autres parties inférieures et les côtés de la tête d'un jaune terne, assombri par la base et les pointes brunes du duvet ; sur la région parotique agglomération irrégu- lière de petites taches noires ; sur le dessus de la tête longue tache ovalaire, n'occupant pas toute la largeur du vertex, de teinte marron, avec marbures noires sur les bords, terminée par deux bandes noires dont l'une descend sur la nuque et l'autre vers la mandibule supérieure, dont elle encadre l'arête, en se divisant en forme de fourche : dos et dessus des ailes variés de roux et de noir ; bec brun, avec l'extrémité blanchâtre. M. Marchand l'a figuré pi. 11 de la Revue de zoologie de 1866 et pi. 45 du Recueil des Poussins. Lagopède rouge. — Lagopus scoticus Bp. ex Briss. Diagn. : Tarses et doigts vêtus ; les deux mandibules brunes, 350 J. VIAN lorums noirs; sur la tête longue et large tache marron, marbrée (le noir ; terminée à la nuque par un angle aigu et à la naissance du bec par un trait qui n'excède pas l'arête. Gorge d'un jaune pâle, les autres parties inférieures, les tarses et les doigts d'un roux un peu assombri par la base brune du duvet ; dessus de la tête complètement couvert par une tache marron, marbrée et irrégulièrement bordée de noir, terminée à la nuque par un angle aigu et à la base de l'arête du bec par un trait arrondi noir; côtés de la tête d'un roux sombre, formant bande sourcilière entre les yeux et la calotte et coupés par un trait noir, qui traverse les lorums, les yeux et s'épanouit en arrière des oreilles ; parties supérieures marbrées de roux à deux teintes et de noir, formant des bandes irrégulières sur le dos et les ailes ; bec brun, avec la pointe jaunâtre. M. Marchand l'a figuré pi. 10 de la Revue de zoologie de 1866 et pi. 44 du Recueil des Poussins. Genre TÉTRAS. — Tetnio Linn. Bec court, voûté, conico-convexe, arqué dès la base ; mandi- bule supérieure emboîtant l'inférieure, narines basâtes, duvet prolongé latéralement jusqu'au milieu de la mandibule supérieure, et couvrant les narines, tarses vêtus de duvet jusque sur le poi- gnet, ou seulement sur les deux tiers de leur longueur (Gelinotte) ; pouce implanté plus haut que les doigts. Doigts et derrière des tarses nus; toutes les autres parties vêtues d'un duvet, très court sur la tête et surtout sur les tarses, plus long sur le corps, assez épais, solidement fixé, sec, barbelé sur sa plus grande longueur et terminé en fils aigus ; serré et cou- ché sur la gorge, ce qui lui donne un aspect lisse ; il accuse à peine la queue. Les petits suivent la mère quelques heures après leur sortie de l'œuf. Leurs rémiges commencent à paraître dès les premiers jours, de sorte qu'il est difficile de les obtenir complètement en duvet. Les poussins des Tétras présentent les mêmes caractères géné- riques que ceux des Lagopèdes, la même nature de duvet, et de grands rapports de coloration, ils n'en di/fèrent sérieusement que par Vabsence de duvet sur les doigts. Pour les Tétras, comme pour les Lagopèdes, nous adoptons MONOGRAPHIE DES POUSSINS DES OISEAUX d'euROPE 3ol comme moyen de différencier les espèces la comparaison des vertex, mise en relief par M. Marchand, pi. 21 de la Revue de zoo- logie de 1868 et pi. 76 du Recueil des Poussins. Les œufs de Tétras sont ovoïdes, roussàtres à la transparence, d'un jaune nankin pour le fond, comme ceux des Lagopèdes, mais très différents pour les taches, qui sont arrondies, petites, pâles, distancées, et ne forment qu'un accessoire dans la couleur de la coquille. C'est surtout le volume qui différencie ceux des trois espèces communes. Tétras auerhan. — Tetrao urogallus Linn. Diagn.: Tarses vêtus jusque sur le poignet; doigts nus; dessus de la tète d'un jaune terne, semé de taches noires. Dessus de la tête d'un jaune terne, varié de taches noires, dont la principale encadre le haut du front enferme de V renversé, les autres parties supérieures d'un fauve légèrement lavé de roux, assombri par les pointes noires du duvet, variées de quelques traits et taches noirâtres ; gorge d'un jaune terne, côtés de la tète, parties inférieures et tarses d'un fauve teinté de roux, un peu plus intense sur la poitrine ; mandibule supérieure brun de corne, avec pointe jaune, l'inférieure et les doigts jaunes. M. Marchand l'a figuré pi. 4 de la Revue de zoologie de 18G7 et pi. 51 du Recueil des Poussins. La femelle du Tétras auerhan pond 6 à 10 œufs ovoïdes, unis, peu lustrés, à test dur, à grain fin; d'un fauve-nankin, plus ou moins intense, semé uniformément de taches ponctiformes, géné- ralement très petites, quelquefois rares, d'un brun-roux. Ces taches sont un peu plus pâles que celles des œufs du Birkan et de la Gelinotte. Ces œufs mesurent 55 à 60""" sur 41 à 43'i'"'. Tétras birkan. — Tetrao tetrix Linn. Diagn.: Tarses vêtus jusque sur le poignet, doigts nus ; sur l'oc- ciput calotte marron, cerclée de noir. Gorge jaune; tête d'un jaune faiblement lavé de roux, avec ca- lotte orbiculaire marron, cerclée de noir, sur l'occiput, et des traits noirs sur le front et sur les côtés, dont un traverse les lorums, les yeux et s'épanouit sur les oreilles ; parties supérieures mar- brées irrégulièrement de fauve, de roux et de brun, assombries 352 J. VIAN par la pointe brune des tiges; parties inférieures et tarses d'un roux pâle ; mandibule supérieure brun de corne, l'inférieure et les doigt jaunes. M. Marchand l'a figuré pi. 7 de la Revue zoologie de 1867 et et pi. 52 du Recueil des Poussins. La femelle du birkan pond 6 à 12 œufs ovoïdes, unis, un peu lustrés, roussàtres à la transparence, à test dur, à grain lin. Le fond, de couleur nankin plus ou moins intense, est parsemé assez régulièrement de points et de petites taches arrondies, cou- leur de rouille, rarement avec agglomération de taches grandes et diffuses. Ces œufs mesurent 47 à 49"'"', sur 34 à 35. Tétras Gelinotte. — Tetrao honasia Linn. Diagn.: Tarses vêtus sur deux tiers de leur longueur, le bas et les doigts nus; dessus de la tête uniformément marron clair, sans taches. Dessus de la tête, du dos et des ailes d'un marron clair; gorge jaune; côtés de la tête d'un jaune roussâtre, coupé par un ban- deau d'un marron-noir, qui commence sur le lorum, traverse l'œil et se prolonge jusqu'à la nuque ; les parties inférieures et le haut des tarses d'un jaune-paille; bec jaune, avec le dessus de la mandibule supérieure un peu rembruni, pieds jaunes, iris gris- brun. M. Marchand l'a figuré pi. 9 de la Revue de zoologie de 1864, et pi. 15 du Recueil des Poussins. La Géhnotte pond 9 à 15 œufs ovoïdes, quelquefois allongés, unis, lustrés, à grain fin, à test dur, d'un blanc fauve à la trans- parence. Le fond, chamois pâle, est semé de points, ou de petites taches arrondies, roux de rouille, quelquefois rares aux extrémités. Ces œufs portent 40 à 43'»'", sur 28 à 30""". Genre TÉTRAGALLE. — Tetraogallus J. E. Gray Bec court, bombé, conico-convexe, à bords et arête arqués ; mandibule supérieure renforcée à la base par un petit pli mem- braneux ; narines basâtes, recouvertes par un opercule renflé ; duvet prolongé sur le bec jusqu'à l'extrémité antérieure des na- rines, mais sans cacher les opercules et l'arête ; plaque longitu- MONOGRAPHIE DES POUSSINS DES OISEAUX D'EUROPE 353 dinale nue derrière les yeux ; tarses vêtus par devant sur moitié de leur longueur, réticulés en arrière, avec plaque tuberculaire, garnis de petites écailles en avant. Les poussins sont vêtus d'un duvet médiocrement long, assez épais, un peu soyeux, barbelé dans presque toute sa longueur, accusant peu la queue. Le duvet a du rapport avec celui des Tétras ; mais il est plus soyeux et coloré en dessus par traits vermicelles. Les rémiges paraissent aussi dès les premiers jours qui suivent la naissance. Tétragalle caspien. — Tetraogallus caspiiis Bp. ex Gmel. Diagn.: Tarses vêtus en avant sur moitié de leur longueur, por- tant en arrière la plaque tuberculaire; narines recouvertes par un opercule renflé. Tête et parties supérieures fauves, variées transversalement de traits noirs et de traits roux, courts et agglomérés par places; parties inférieures d'un gris fauve, passant au blanc sur l'abdo- men; bec brun de corne pâle, pieds jaunes. M. Marchand l'a figuré pi. 12 de la Revue de zoologie de 1877 et pi. 133 du Recueil des Poussins. Ce poussin se distingue de ceux des Tétras et des Lagopèdes par ses narines recouvertes d'un opercule, par ses tarses en partie et ses doigts nus, et par la plaque tuberculaire en arrière du tarse; il se distingue au contraire de ceux des Perdrix et des Faisans par ses tarses vêtus sur leur moitié antérieure. Les œufs du Tétragalle sont ovoïdes, unis, lustrés, verts à la transparence, à test dur, à grain fin, mais avec piquetures nom- breuses et comblées de matière colorante. Le fond, d'un cendré olivâtre, est varié de taches arrondies et de points d'un brun de rouille, répartis sur toute la surface, ou agglomérés à l'une des extrémités. Us mesurent 63 à G5'""> sur 46 à 47mm. Ces œufs, voisins de ceux des Tétras, s'en distinguent par leur teinte verdàtre sur la surface et dans la transparence. Ils sont notablement plus forts que ceux du Tétras anerhan, bien que les mâles des deux espèces soient à peu près de même taille, ce qui doit tenir à l'inégalité des deux femelles, celle du Tétragalle ayant la taille du mâle, tandis que celle de l'Auerhan est beau- coup moins forte. 33 354 J. VIAN Genre PERDRIX. — Perdix Briss. Bec court, conique, voûté en dessus et en dessous, un peu com- primé en avant, à bords arqués; mandibule supérieure emboîtant l'inférieure; narines basalcs, obliques, recouvertes par une mem- brane renflée et nue; duvet contournant en partie l'opercule des narines, sans le masquer; tarses et doigts nus; pouce médiocre, articulé plus haut que les doigts, et touchant à peine à terre. Les Poussins portent en naissant le marteau de la délivrance, mais ils le perdent quelques heures après. Duvet épais, bien fixé à la peau, sec, rugueux, très court sur toute la tête, un peu plus long sur les autres parties, finement barbelé et terminé par des tiges aiguës ; très serré et couché sur la gorge, qui paraît lisse; il n'accuse pas la queue. Les petits courent à leur sortie de l'œuf; ils commencent à prendre leurs rémiges dès les premiers jours et volent avant que leur tête ait perdu son duvet. Génériquement les Poussins se distinguent à première vue des Tétraoniens, leurs voisins, par les tarses et les doigts complète- ment nus et par les narines operculées ; mais entre les espèces du genre les ditférences ne reposent que sur des nuances dans la coloration ; toutefois une petite particularité signale la Perdrix grise : elle porte sur la tête plusieurs taches foncées, tandis que les espèces qui rentrent dans le type de la Perdrix rouge n'ont de chaque côté de la tête qu'une seule tache, placée en arrière des yeux. L'oologie des Perdrix présente deux types distincts : le type tacheté particulier aux Perdrix à pieds rouges, qui les relie aux Tétras, et le type unicolore qui relie la Perdrix grise aux Fai- sans. Perdrix bartavelle. — Perdix grœca Briss. Diagn. : Calotte d'un marron rembruni, occupant tout le dessus de la tête, jusqu'aux yeux; sur le dos 7 bandes longitu- dinales, alternes, dont 4 foncées et 3 pâles. Tout le dessus de la tête couvert d'une calotte rousse, rembru- nie par les pointes noirâtres du duvet, un peu plus pâle sur le front, coupée carrément au bas du cou; les côtés d'un fauve pâle, MONOGRAPHIE DES POUSSINS DES OISEAUX d'eUROPE 355 avec une tache brune diffuse sur la région auriculaire ; gorge blanche ; sur le dos 4 larges bandes longitudinales, finement mar- brées de noir et de marron, séparées par 3 bandes plus étroites fauves, dont une sur l'épine dorsale, ces sept bandes toutefois un peu vagues ; dessus des ailes varié de noir, de roux et de fauve ; ventre, abdomen et flancs d'un blanc un peu teinté de fauve ; bec jaunâtre, avec la base de la mandibule supérieure brune ; pieds d'un roux jaunâtre. Un sujet qui ne paraît pas avoir vécu 24 heures porte bien ac- centué le marteau de la délivrance, mais déjà soulevé, comme une écaille ; c'est le seul de nos Poussins de Perdrix qui l'ait encore, cependant nous en possédons plusieurs de moins de 3 jours. M. Marchand l'a figurée pi. 2 de la Revue de zoologie de 1868 et pi. 62 du Recueil des Poussins. La Bartavelle pond 9 à 18 œufs ovoïdes, unis, luisants, d'un blanc-jaunâtre à la transparence, à test dur, à piquetures distan- cées, mais imprégnées de matière colorante. La coquille d'un blanc-isabelle est pointillée sous test, plus ou moins régulièrement, de roux. Ces œufs mesurent 40 à 43™™ sur 30 à 32"^"". Perdrix chukar. — Perdix chukar Gray. Diagn. : Pas de taches sur la tête, ni sur le dos ; en arrière de l'œil trait d'un marron foncé descendant sur les côtés du cou. Tout le dessus de la tête uniformément d'un roux un peu som- bre, les côtés d'un roux pâle, coupé par un trait marron, qui des- cend en zigzag de l'angle postérieur de l'œil jusqu'au cou; dos marron, plus foncé vers le croupion, bordé de chaque côté par une bande fauve; gorge et ventre blancs; les autres parties infé- rieures d'un fauve lavé de gris sur la poitrine, et de roux sur les tlancs et les cuisses ; bec jaune, avec le dessus delà mandibule supérieure un peu rembruni; pieds gris-jaunâtre. La Perdrix chukar, si voisine de la Bartavelle à l'état adulte, en diffère assez notablement à sa naissance par son dos unico- lore. Ses œufs sont absolument semblables à ceux de la Bartavelle, nous nous dispenserons donc d'en donner une description spé- ciale. 356 J. VIAN Perdrix rouge. — Perdix ruhra Briss. Diagn. : Pas de taches sur la tête, ni sur le dos; seulement une tache diffuse noire derrière les yeux. Tout le dessus de la tête, le dos et le dessus des ailes d'un roux un peu assombri par les pointes noires du duvet, mais relevé de chaque côté par deux bandes fauves, l'une sur l'aile, l'autre au- dessus des flancs ; gorge et ventre blanchâtres ; les autres parties inférieures de teinte Isabelle; bec d'un gris jaunâtre, un peu plus foncé sur le dessus de la mandibule supérieure ; pieds d'un corné roussâtre. M. Marchand l'a figurée pi. 1 de la Revue de zoologie de 1868 et pi. 61 du Recueil des Poussins. La Perdrix rouge pond 12 à 18 œufs ovoïdes, unis, un peu lus- trés, d'un fauve un peu verdâtre à la transparence, à grain fin, mais à piquetures accentuées par la matière colorante. Le fond est d'un fauve pâle, semé sous test de points et souvent de taches irrégulières d'un brun roux. Ils mesurent 38 à 41™'" sur 30 à 31mm. Ils sont en général un peu moins pâles et plus tachetés que ceux des Perdrix bartavelle et chukar. Perdrix gamba. — Perdix petrosa La.th.. ex Gmel. Diagn. : Sur la tête bande longitudinale d'un roux pâle du bec au bas du cou, paraissant encadrée par deux bandes fauves; les bandes foncées du dos mouchetées de noir. Sur le centre de la tête une bande longitudinale d'un roux pâle, qui se prolonge du bec jusque sur le cou; côtés de la tête d'un fauve très finement moucheté de roux, qui s'étend bien au-dessus des yeux et forme sur le dessus de la tête un encadrement de la bande médiane ; trait diffus marron en arrière des yeux ; sur le dos sept bandes longitudinales alternes, dont la médiane et deux latérales fauves et quatre marron finement mouchetées de noir; flancs et dessus des ailes variés de ces trois couleurs ; gorge et ventre blancs; les autres parties inférieures d'un fauve lavé de gris ; bec roux ; pieds d'un roux rembruni. M. Marchand l'a figurée pi. 7 de la Revue de zoologie de 1866 et pi. 41 du Recueil des Poussins. La ponte de la Perdrix gambra est de 12 à 16 œufs ovoïdes, unis, MONOGRAPHIE DES POUSSINS DES OISEAUX d'EUROPE 357 lustrés, à test dur, à piquetures fines, d'un fauve faiblement ver- dàtre à la transparence. Le fond varie du fauve pâle au fauve roux, il est plus ou moins semé sous test de points et de petites taches d'un brun roux. Ces œufs mesurent 38 à 41'"™ sur 28 à 31""". Perdrix grise. — Perdix cinerea Charl. Diagn. : Dessus et côtés de la tête semés de petites taches marron. Sur le vertex calotte rousse, marquée à son centre et entourée de taches marron foncé, et prolongée jusqu'au bas du cou par une bande plus foncée; côtés delà tête jaune paille, avec des taches marron foncé, dont quelques-unes forment moustache en arrière des commissures ; dessus du corps et des ailes de teinte fauve, semée de taches marron, formant une bande irrégulière sur les vertèbres dorsales; gorge et parties inférieures jaune- paille, un peu lavé de gris sur la poitrine; bec brun-roussâtre; pieds d'un jaune lavé de roux; iris brun pâle. Ce Poussin se distingue de celui des autres Perdrix par les taches assez nombreuses, semées sur sa tête. M. Marchand a figuré trois sujets pi. 5 de la Revue de zoologie de 1865 et pi. 25 du Recueil des Poussins. La ponte de la Perdrix grise est de 12 à 18 œufs ovoïdes, souvent ventrus, unis, un peu lustrés, à grain fin, à test dur, d'un fauve un peu verdàtre à la transparence. Ils sont uniformément d'un gris jaunâtre ou café au lait, sans aucune tache. Ils mesurent 33 à 34™™ sur 26 à 27"»"'. Cette absence de taches distingue les œufs de la Perdrix grise de ceux des autres Perdrix et les rapproche de ceux du Faisan vulgaire, dont ils ont en outre la coloration. Genre CAILLE. — Cotumix Mœhr. Les Poussins des Cailles ne présentent pas d'autres caractères génériques que ceux des Perdrix; leur duvet présente la même contexture, il est à peine plus fin. Trois sujets de moins de deux jours n'ont pas traces du marteau de la délivrance, il est donc présumable que les Cailles s'en passent. Comme eux, ils courent dès leur sortie de l'œuf, prennent leurs 358 j. VIAN rémiges dès les premiers jours et volent avant d'avoir perdu le duvet de leur tête. Un caractère, plutôt spécifique que générique, distingue le Poussin de la Caille de celui des Perdrix : il porte sur la tête des bandes longitudinales, tandis que la tête de la Perdrix grise est semée de petites taches, et que celle des autres perdrix est à peu près uniformément colorée. Caille commune. — Cotumix communis Bonat. Diagn.: Tarses et doigts nus; sur la tête deux bandes longitudi- nales noires, séparées par une bande rousse. Dessus de la tête roux, coupé longitudinalemenfc par deux bandes noires, qui s'écartent au vertex, et se réunissent au-dessus du front et au bas du cou, de sorte que le vertex présente cinq bandes alternes, rousses et noires; les autres parties supérieures rousses, avec une bande longitudinale noire sur les vertèbres dorsales, et des taches de cette couleur sur les ailes et les côtés du corps; gorge et côtés de la tête jaunes, marqués de trois pe- tites taches noires derrière et sous les yeux ; les autres parties inférieures de teinte fauve ; pieds jaunes ; bec roux pâle. La couvée de la Caille est de 8 à 16 œufs ovoïdes, parfois ventrus, rarement pyriformes, unis, lustrés, k grain fin, à test dur, d'un verdâtre pâle à la transparence. Le fond, d'un fauve plus ou moins intense, est semé de points roux et généralement marbré de taches irrégulières d'un noir sépia. Ces œufs mesurent 29 à Sl^m, sur 23 à 24™'». Ils s'éloignent de ceux des Perdrix par leurs taches grandes et foncées et se rapprochent de ceux des Lagopèdes, sans toutefois que leur coquille soit aussi absorbée par les taches. Genre FAISAN. — Phasianns Linn. Bec court, conique, voûté en dessus et en dessous, à bords arqués, mandibule supérieure emboîtant l'inférieure ; narines ba- sâtes obliques, en grande partie, recouvertes par une membrane renflée et nue ; tarses et doigts nus ; le médian à peu près de la longueur du tarse; pouce court, articulé plus haut que les doigts, et ne touchant à terre que par son extrémité. Le duvet est de même contexture que celui des Tétras, et moins MONOGRAPHIE DES POUSSINS DES OISEAUX d'eUROPE 359 soyeux encore; il est lisse et plaqué sur la gorge, comme dans ces Oiseaux; mais ne couvre pas les narines; il n'accuse pas la queue. Il existe autour de l'œil un grand espace, de teinte pâle, de forme irrégulièrement ovalaire, aigu à ses deux extrémités, cou- vert d'un duvet serré, mais paraissant rasé, tant il est court ; cette tache correspond par sa position et sa forme à la plaque verru- queuse des mâles ; on ne la trouve pas sur tous les sujets, ni sur les Faisans dorés; elle nous paraît caractériser le sexe dès la nais- sance, autant que nous avons pu en juger par l'autopsie, limitée à quelques Poussins. Les Tétras et les Perdrix ne l'ont pas. Les Faisans courent dès la sortie de l'œuf et prennent leurs rémiges dès les premiers jours; ils commencent à voler avant d'avoir perdu le duvet de leur tête. Ils ne peuvent être confondus avec les Tétras à raison de leurs pieds nus, et des opercules glabres qui recouvrent leurs narines ; mais ils ne diffèrent des Perdrix que par des points assez subtils, notamment par la plaque rasée qui entoure les yeux des mâles, et par la tache sombre des côtés de la tête, qui est éloignée do l'œil, tandis qu'au contraire elle part de l'angle postérieur de l'œil dans les Perdrix. Toutes les espèces du genre ont des œufs ovoïdes et unicolores. Faisan vulgaire. — Phasiamis colchicus Linn. Diagn. : Tarses et doigls nus ; calotte marron, atteignant par deux pointes la naissance du bec et le bas du cou ; une tache diffuse sur la région auriculaire, mais loin de l'œil. Calotte rousse, occupant toute la largeur de la tête à l'occiput, mais très rétrécie en arrière et en avant et atteignant par deux pointes prolongées la naissance du bec et le bas du cou ; autour des yeux grand espace un i)eu ovalaire, formant en avant et en arrière deux angles aigus, à duvet rasé, d'un jaune pâle ; en arrière de cet espace tache diffuse d'un marron foncé ; gorge jaune; parties supérieures variées de gris fauve et de marron, formant sur l'épine dorsale une bande longitudinale marron foncé, encadrée entre deux bandes fauves plus larges, et sur les ailes et les côtés du corps des taches ou des bandes incomplètes, parties inférieures d'un jaune terne ; bec jaune, avec l'arête de la mandibule supérieure brune à la base ; pieds d'un gris jaunnâtre. Dans les sujets, sans doute femelles, qui n'ont pas la plaque 360 J. VIAN rasée autour des yeux, les côtés de la tête sont d'un roux très pâle, et la tache auriculaire est également éloignée de l'œil. M. Marchand a figuré ce Poussin pi. 3 de la Revue de zoologie de 1866 et pi. 37 du Recueil des Poussins. La femelle du Faisan vulgaire pond 12 à 14 œufs ovoïdes, quel- quefois ventrus, unis, luisants, à grain lin, à test épais et dur, fauves à la transparence. Ils sont uniformément couleur café au lait, sans taches. Ils portent 42 à AS"^"^, sur 35 à 38'"'". C'est la reproduction, sous un volume beaucoup plus fort, des œufs de la Perdrix grise. Faisan a collier. — Phasianus torquatus Gmel. Diagn. : Tarses et doigts nus ; calotte marbrée de roux et de noir; tache auriculaire noire, éloignée de l'œil; jaune des parties inférieures un peu teinté de vert. Calotte marbrée de roux et de noir, descendant sur les côtés de l'occiput jusqu'au niveau de l'axe des yeux, mais très rétrécie en avant, et reliée au bec par un trait noir, entre deux bandes rousses; autour des yeux grand espace un peu ovalaire, à duvet rasé, d'un jaune pâle; tache diffuse noire sur la région auricu- laire; gorge jaune; dessus du cou d'un fauve rembruni par l'ex- trémité noire des tiges ; dessus du dos et des ailes marbré de noir, de roux et de fauve, présentant une bande noire imparfaite sur l'épine dorsale ; parties inférieures et dessous des ailes d'un jaune pâle, tirant au roux sur la poitrine et un peu lavé de vert, bec jaune, rembruni à la base de l'arête; pieds d'un gris jaunâtre. Dans les sujets, sans doute femelles, qui n'ont pas la plaque rase autour des yeux, les côtés de la tête sont d'un jaune pâle, comme le ventre, et la calotte est moins accentuée. Les Poussins du Faisan à collier, diffèrent fort peu de ceux du Faisan vulgaire, ils ont plus de noir, moins de roux aux parties supérieures et une teinte plus verdâtre aux parties inférieures. Les œufs du Faisan à collier sont semblables à ceux du Faisan vulgaire, mais généralement un peu plus foncés, et de 2 à 3 ^ï" moins forts. Faisan doré. — Phasianus 2nctus Linn. Diagn. : Tarses et doigts nus; bande très large sur toute la MONOGRAPHIE DES POUSSINS DES OISEAUX D'EUROPE 361 longueur du dos, pas de taches foncées sur les côtés de la tête. Gorge et côtés de la tête d'un jaune d'or pâle; dessus de la tête et du cou d'un roux rembruni au centre, mais fondu latéralement avec le jaune des côtés; une large bande d'un marron sombre descendant du cou au croupion, séparée de deux autres moins longues par deux bandes étroites d'un jaune roussàtre ; ailes marbrées de marron et de roux ; parties inférieures d'un jaune teinté de roux sur les flancs et de gris sur la poitrine ; bec et pieds jaunes. Nous n'avons pas rencontré de sujets ayant, comme les Faisans vulgaire et à collier une plaque rase autour des yeux, ce qui du reste est logique, le mâle adulte du Faisan doré ayant, comme la femelle,, cette partie emplumée. M. Marchand a figuré ce Poussin pi. 4 de la Revue de zoologie de 18S6 et pi. 38 du Recueil des Poussins. Les œufs du Faisan doré sont ovoïdes, souvent courts ou ven- trus, unis, luisants, à grain très fin, à test dur, d'un roux pâle à la transparence. La coquille est unicolore, d'un jaune faiblement roussàtre. Ces œufs mesurent 40 à 43 i"™, sur 32 à 34ni™. Nous ne pouvons nous décider à refuser l'accès de la faune européenne au Faisan doré, car nous l'avons vu vivant et se repro- duisant à l'état sauvage, et en assez grand nombre dans les bois de Massourri, à Sivry (Seine-et-Marne). C'était, il est vrai, en 1856 et 18o7 ; depuis les braconniers ont bien ravagé la France et l'espèce a pu disparaître de ces bois ; mais on continue à admettre dans la faune eurepéenne le Pingouin brachyptère, qui n'existe plus depuis 1830; pourquoi éliminer le Faisan doré? ORDRE DES ÉCHASSIERS. — GRALL^. Linn. Les œufs des Échassiers sont généralement forts eu égard au volume de l'Oiseau, quelquefois même dans une proportion exor- bitante, ainsi le Tourne-Pierre dont la circonférence n'excède pas O^^ie, ailes et plumes comprises, pond des œufs de 0"'10, qui représentent les deux tiers de son volume sous plumes, et il en pond 3 ou 4 chaque année. Les œufs des Échassiers sont piriformes, elliptiques, rarement 362 J. VIAN ovoïdes ; ils sont unicolores, ou marqués de taches le plus sou- vent grandes, en réalité de même couleur dans chaque œuf, mais présentant à l'œil deux ou trois teintes, souvent très différentes, suivant qu'elles sont à la surface, ou plus ou moins profondément dans l'épaisseur de la coquille. Tableau synoptique des caractères saillants qui subsistent chez les Poussins de Tordre des Kchassiers. Sa7is pouce. Courvite. Ëchasse. Flammant. Gravelot. Hoploptère. Huitrier. Œdicnème. Outarde. Pluvian. Pluvier. Sanderling. Pouce cuticule sur le même plan que les autres doigts. Bihoreau. Butor. Cigogne. Falcinelle. Ibis. Héron. Spatule. *ouce cuticule plus Les irais doigts Deux membranes haut que les autres libres. inter digitales. doigts. — — — GENRES. GENRES. GENRES. Actiture. Chevalier. Actiture. Bécasse. Courlis. Barge. Bécasseau. Cigogne. Bécasse. Bécassine. Falcinelle. Bécasseau. Parra. Ibis. Bécassine. Poule d'eau. Œdicnème. Chevalier. Râle. Outarde. Combattant. Sanderling. Spatule. Courlis. Talève. Symphémie, Térékie. Foulque. Tournepierre. Glaréole. Grue. Doigts lobés. Une seule membrane Macroramphe. — interdigitale. Parra. Foulque. — Phalarope. Phalarope. Barge. Poule d'eau. Bihoreau. Râle. Doigts palmés. Butor. Recurvirostre. — Combattant. Symphémie. Flammant. Courvite. Talève. Recurvirostre. Echasse. Térékie. Glaréole. Tournepierre. Gravelot. Vanneau. Grue. Héron. Hoploptère. Huitrier. Macroramphe. Pluvian. Pluvier. Vanneau. Genre OUTARDE. — Otis Linu. Bec droit, court, large à la base, comprimé vers la pointe ; mandibule supérieure un peu voûtée, remontant haut vers le front, courbée au-delà des narines, et portant le marteau de la délivrance ; bec enfin rappelant en petit celui des adultes ; narines médianes, elliptiques, percées de part en part dans des fosses nasales peu profondes, et sans sillon de prolongement ; duvet avancé sur les côtés de la mandibule supérieure jusqu'au dessus MONOGRAPHIE DES POUSSINS DES OISEAUX D'EUROPE 363 des narines, mais sans les recouvrir ; jambes nues sur un quart à peu près de leur longueur ; tarses entièrement réticulés ; pas de pouce ; doigts courts, massifs, scutellés, réunis à leur base par une petite membrane, qui se prolonge en bordure jusqu'à leur extrémité ; ongles larges, courts, arqués. Derrière les yeux un petit espace nu ; toutes les autres parties complètement vêtues d'un duvet court, épais, serré, très adhérent à la peau, barbelé dans toute sa longueur, sec au toucher, n'ac- cusant pas la queue. C'est le duvet court et sec des Gallinacés, plutôt que le duvet long et soyeux des autres Échassiers. Manteau généralement moucheté de noir sur fond plus ou moins roux. Les Poussins suivent la mère dès le jour de leur naissance. Les œufs des Outardes ont plus d'analogie avec ceux des Galli- nacés qu'avec ceux des Échassiers ; mais les Outardes n'ont pas la puissance prolifique des Gallinacés ; leur ponte, au lieu d'excé- der la douzaine, atteint rarement quatre œufs, et à ce point de vue ils se rapprochent des autres Échassiers. Outarde barbue. — Otis tarda Linn. Diagn. : Pieds très massifs, pas de pouce; duvet comme tondu sur le dos ; bout des ailes roux pâle. Entièrement vêtu d'un duvet fauve, presque blanc sur la gorge, le ventre et les flancs, plus roux sur le cou, la poitrine et le bout des ailes, varié sur la tête, le manteau, la partie antérieure des ailes et le dessus des cuisses, de larges et nombreuses taches et de bandes noires, très variables de forme et d'étendue, absorbant au moins moitié de la surface, et de quelques taches isolées sur le cou et la poitrine ; bec brun, avec la base de la mandibule inférieure olivâtre. M. Marchand a figuré le Poussin, pi. 10 de la Revue de zoologie de 1867, et.pl. 55 du Recueil des Poussins. L'Outarde barbue pond deux à quatre œufs ovoïdes, quelque- fois ovalaires, unis, lustrés, à grain assez fin, à piquetures clair- semées, à test dur, d'un vert pâle à la transparence. Le fond, d'un gris-olivâtre, est marqué sous test, par éclabous- sures, de taches irrégulières brunes, dont les plus profondes plus pâles et moins visibles. Ils mesurent 76 à 82mm ^ g^. 55 ^ 59mm, 364 j. VIAN Outarde canepetiêre. — Otis tetrax Linn. Diagn. : Duvet du dos un peu filamenteux , bout des ailes blanc ; pas de pouce. Manteau, flancs, cou, haut des ailes et dessus des cuisses pré- sentant un mélange de roux et de noir, formé par le duvet noir à la base et à la pointe, roux au centre ; tête rousse, portant au vertex des taches et des traits noirs, avec deux bandes sourcilières fauves, qui se réunissent à la nuque ; menton, ventre, abdomen, extrémité et dessous des ailes blancs ; bec brun verdâtre, avec marteau blanc ; pieds carné-olive ; iris brun pâle. M. Marchand en a donné une bonne figure pi. 17 de la Revue de zoologie de 1868, et pi. 72 du Recueil des Poussins. La Canepetiêre pond 3 à4 œufs ovoïdes, parfois ovalaires, unis, très luisants, à grain fin, à piquetures peu visibles, à test dur, verdàtres à la transparence. La coquille, de teinte olive plus ou moins foncée, quelquefois verte, est marquée sous test de longues taches nébuleuses, d'un brun roussâtre, souvent si peu apparentes que l'œuf semble uni- colore. Ces œufs varient de 49 à 55"»™, sur 37 à 40'"™. Genre GL ARÉOLE. — Glareola Briss. Bec beaucoup plus court que la tête, large à la base, comprimé vers la pointe, arqué en dessus, anguleux en dessous, portant le marteau de la délivrance ; bouche fendue jusque sous les yeux ; narines basales, longitudinales ; angles aigus du duvet prolongés sur les côtés de la mandibule supérieure jusqu'à l'extrémité anté- rieure des narines ; mais sans les cacher ; en général, sinuosités du capistrum identiques à celles de l'adulte ; jambes nues sur un quart de leur longueur ; tarses annelés ; pouce assez long ; doigt médian et l'externe réunis à la base par une membrane peu étendue. Duvet soyeux, barbelé, assez épais, médiocrement long, surtout aux parties supérieures, paraissant tondu sur le dos, n'accusant pas la queue. Le bec très court des Poussins de Glaréoles les éloigne des autres Échassiers, dont ils ont le duvet soyeux, et les rapproche MONOGRAPHIE DES POUSSINS DES OISEAUX d'EUROPE 365 des Gallinacés, dont toutefois le duvet est plus sec et plus rude ; ils se distinguent génériquement des petites espèces, avec les- quelles ils pourraient être confondus : des Lagopèdes par leurs tarses nus, des Perdrix et des Cailles par l'absence de membrane entre le doigt médian et l'interne, et des Turnix, au contraire, par l'existence d'une membrane entre le médian et l'externe. Glaréole a COLLIER. — Glcircola pratincola Leach ex Linn. Diagn. : Bec très court; dessous des ailes d'un fauve pâle. Parties supérieures d'un cendré lavé de roussàtre à la tête et aux ailes, et très maculé de noir sur le vertex et le dos ; trait noir sur les lorums ; gorge, ventre et abdomen blancs ; poitrine, des- sous des ailes, joues et front d'un fauve rosé ; bec noir de corne, avec marteau blanc ; pieds d'un brun roussàtre. M. Marcliand en a donné une bonne figure pi. S de la Revue de zoologie de 1868 et pi. 64 du Recueil des Poussins. La Glaréole à collier pond 2 à 4 œufs courts et ventrus, variant de la forme ovoïde à l'ovalaire, mats, unis, à grain fin, d'un oli- vâtre pâle à la transparence. Le fond, d'un gris ocreux, est absorbé aux deux tiers par deux gammes de taches, dont les unes d'un gris plus ou moins pâle, suivant leur profondeur dans la coquille, les autres à la surface, de forme et d'étendue très variées, mais toujours très accentuées, d'un noir sépia. Ces œufs mesurent 30 à 31'"'", sur 22 à 24'""!. Genre ŒDIGNÈME.— Œdicnemus Temm. Bec diminutif de celui des adultes, droit, court, un peu déprimé à sa base, comprimé vers la pointe, rétréci au centre, un peu renflé au-delà, anguleux en dessous, faiblement arqué à l'extré- mité de la mandibule supérieure et portant le marteau de la déli- vrance; bouche fendue jusqu'au-delà de l'angle antérieur de l'œil ; narines linéaires, étendues jusqu'au milieu du bec au moins ; pas de pouce ; jambes nues sur un tiers de leur longueur ; les trois doigts courts, bordés, réunis par une membrane, qui atteint presque la première articulation entre le médian et l'interne, et qui l'excède entre le médian et l'externe ; ongles courts. Entièrement vêtu d'un duvet court , épais , solide , barbelé 366 J. VIAN presque dans toute sa longueur, laineux, paraissant tronqué sur les parties supérieures, un peu plus long et plus filamenteux au cou et aux parties inférieures, accusant la queue. Œdicnème criard. — Œdicnemics crepitans Temm. Diagn. : Bec de l'adulte ; pas de pouce ; doigts courts et mas- sifs, à demi réunis par une membrane ; duvet des parties supé- rieures gris dès la base ; gorge blanche. Toutes les parties supérieures d'un gris fauve, moucheté de points noirs, rares et coupé de traits de cette couleur, dont un contourne le bassin, deux descendent longitudinalement sur le dos, deux s'étendent sur les ailes, un autre forme couronne, en passant au-dessus du front, sur les yeux et la nuque, deux font moustaches en arrière des commissures et un dernier divise lon- gitudinalement le vertex ; gorge et abdomen blancs ; les autres parties inférieures d'un blanc fauve ; bec verdàtre à la base, noir vers la pointe ; pieds vert pâle ; iris glauque. Le Poussin commence à prendre ses plumes par les rémiges et les scapulaires. Voisin des Huitriers et des Pluviers par la forme de son bec, l'absence de pouce et la nature de son duvet, il s'en distingue par la double membrane, qui unit ses trois doigts, les autres Échas- siers tridactyles n'ayant de palmure qu'entre le médian et l'ex- terne. M. Marchand a donné une bonne figure de ce Poussin pi. 4 de la Revue de zoologie de 1865 et pi. 24 du Recueil des Poussins. La femelle de l'Œdicnème pond 2 œufs, rarement 3 ou 4, ils sont ovoïdes, avec tension à l'ovalaire, parfois ventrus, presque mats, unis, à grain fin, à test assez mince. La coquille, d'un gris fauve ou roussâtre, porte deux gammes de taches, les unes rares et profondes, d'un gris violacé, les autres superficielles sous forme de points et surtout d'éclabous- sures, d'un brun foncé. Ces œufs mesurent 52 à 57™ûi, g^r 40 à 41°^™. Genre PLUVIER. — Pluvialis Barrère. Bec droit, mince, brusquement renflé dans sa partie antérieure, un peu arqué en dessus vers le bout, faiblement anguleux en MONOGRAPHIE DES POUSSINS DES OISEAUX d'eUROPE 367 dessous ; fosses nasales prolongées au moins jusqu'au milieu du bec, parallèles à ses bords ; enfin bec des adultes ; tarses réticu- lés en totalité, ou seulement en partie avec des scutelles sur la face antérieure ; trois doigts, dont l'externe réuni à sa base au médian par une petite membrane ; pas de pouce, ou un pouce très rudimentaire ; pas de marteau de la délivrance. Duvet assez long, soyeux, barbelé et filiforme aux parties infé- rieures, un peu plus épais, plus court et comme fauché aux par- ties supérieures ; plus long et plus diffus sur le cou, où il forme en dessus un demi-collier renflé, mais laisse nus les côtés ; appen- dice caudal peu saillant ; vertex et manteau mouchetés de noir. Au point de vue des caractères génériques, les Poussins des Pluviers ne diffèrent de ceux des Vanneaux que par l'absence, ou la nullité du pouce, caractère bien peu sensible, lorsque l'on rap- proche le Pluvier suisse du Vanneau keptuschka. La différence signalée pour les adultes entre les deux systèmes de coloration ; des Pluviers par taches multipliées, des Vanneaux par masses uniformes, disparaît même chez les Poussins; toutes les espèces de la famille ont les parties supérieures semées de taches plus ou moins noires. Les Pluviers nous présentent le type le plus accompli de l'œuf piriforme, volumineux, mat, à taches accentuées des vrais Échas- siers. Pluvier doré. — Pluvialis apricarius Bp. et Linn. Diagn. : Tarses réticulés sur toutes leurs faces; pas de pouce, fond du manteau et du vertex jaune d'or. Manteau, dessus de la tête, des ailes et des cuisses d'un jaune vif, irrégulièrement marbré de noir, avec une bande blanchâtre de chaque coté du dos; front, côtés de la tête, gorge, ventre et bout des ailes blancs, avec quelques taches noires sur les lorums, et en prolongement de la mandibule inférieure; poitrine blanche, avec la base du duvet brune ; dessus du cou lavé de blanc et de brun; côtés du cou nus; bec noir de corne, avec la base rous- sâtre ; pieds d'un brun-roux ; iris brun foncé. Les petits courrent aussitôt qu'ils sont éclos. Ce Poussin est reconnaissable dès sa naissance au jaune d'or de sa robe, plus prononcé même que dans les adultes. M. Marchand l'a reproduit pi. 7 de la Revue de zoologie de 368 J- VIAN 1864 et pi. 13 du Recueil des Poussins, mais sans accentuer les tarses entièrement réticulés, qui le distinguent. Le Pluvier doré pond 3 à .5 œufs gros, piriformes, presque mats, unis, à grain fin, à test assez mince, d'un vert pâle dans la transparence. La coquille d'un gris fauve, ou roussâtre, est absorbée en partie par de grandes et de petites taches, d'un noir sépia, très diffuses, souvent confluentes en couronne vers le gros bout ; elle porte en outre dans son épaisseur quelques petites taches grises peu apparentes. Ces œufs mesurent 52 à 54mra, sur 3b à 37'"™. Pluvier asiatique. — Phwiaîis asiaficus Pall. Diagn. : Bec long et grêle, accusant à peine l'angle de la man- dibule inférieure, devant du tarse pourvu d'une double rangée de scutelles; pas de pouce; fond du manteau fauve; pas de demi- collier noir à la nuque. Vertex, dos, flancs, dessus des ailes et des cuisses fauves, mou. chetés irrégulièrement de traits et de points noirs, qui forment une bande longitudinale imparfaite sur l'épine dorsale ; dessus du cou d'un fauve pâle, rembruni à la pointe du duvet ; front, fo- rums, côtés de la tête et toutes les parties inférieures d'un blanc, faiblement teinté de fauve; côtés du cou nus ; bec noir de corne, avec la base jaune ; pieds roux pâle. Semblable pour la coloration et la nature du duvet au Vanneau keptuscka, il s'en distingue à première vue par l'absence du pouce. Il diffère du Pluvier doré à robe jaune d'or par son manteau d'un fauve terne, du Pluvier guignard et des Gravelots par son bec et ses jambes, presque doubles en longueur. Les œufs du Pluvier asiatique sont piriformes, mats, unis, à grain fin, à test médiocrement dur, verts à la transparence. La coquille, d'un fauve-olivâtre, est semée à peu près unifor- mément de petites taches profondes, rares et peu visibles et à sa surface de points et de petites taches noirâtres. Ces œufs donnent 36 à 38""», sur 26 à 28"!'". Pour la maculature ces œufs sont intermédiaires entre ceux à éclaboussures des grands Pluviers et ceux ponctués des Grave- lots. MONOGRAPHIE DES POUSSINS DES OISEAUX d'eUROPE 369 Pluvier guignard. — Pluvialis morinellus Briss. Diagn. : Pas de pouce; bec très court; front divisé longitudi- nalement par un trait noir; devant des tarses couvert en partie par une double rangée de scutelles. Dessus et côtés de la tête, dos, dessus des ailes et des cuisses d'un fauve marbré de roux, et moucheté de taches et de traits noirs, irréguliers, mais bien accentués et absorbant en partie le fond ; trois traits de cette couleur partant de la mandibule supé- rieure, dont l'un divise le front dans toute sa hauteur, les deux autres couvrent les lorums, bifurquent en avant de l'œil et dé- crivent un arc en dessous; gorge et ventre blancs; poitrine et abdomen d'un fauve pâle; bec noir de corne, avec la base et la pointe un peu plus pâles, pieds d'un brun roux. Ce Poussin se distingue de ceux des trois Gravelots, qui sui- vent, par les taches des parties supérieures beaucoup plus larges et plus accentiiées, de ceux des deux autres Pluviers par son bec relativement très court, et de tous par le trait noir qui divise le front dans toute sa hauteur. La femelle du Guignard pond 4 ou 5 œufs, généralement piri- formes, parfois longs et un peu ovalaires, unis, presque mats, à grain fin, verts à la transparence. La coquille d'un gris olivâtre, est marquée par éclaboussures de taches diffuses, grandes et nombreuses, mais parfois rares vers le petit bout, d'une teinte sépia, marbrée de noir; elle porte aussi dans son épaisseur quelques petites taches grises peu appa- rentes. Ces œufs mesurent 40 à 42™'", sur 28 à 29°»"^. Genre GRAVELOT. — Charadrius Linn. Bec droit, court, mince, brusquement renflé à sa moitié anté- rieure, les deux mandibules un peu arquées l'une vers l'autre à la pointe, l'inférieure anguleuse en dessous, enfin bec des adultes ; narines linéaires, parallèles aux bords du bec ; pas de pouce ; doigt externe réuni au médian par une petite membrane ; pas de marteau de la délivrance, Duvet pas très long, soyeux, filiforme aux parties inférieures et sur le dessus du cou, où il forme demi-collier saillant, phis court, plus barbelé et comme tronqué aux parties supérieures; 24 370 J. VIAN côtés du cou nus ; vertex et manteau mouchetés de noir; appen- dices caudals peu développés. Les jeunes courent aussitôt qu'ils sont éclos. Au point de vue générique les Gravelots diffèrent fort peu des Vanneaux et des Pluviers, ils ne s'en distinguent guère, en dehors de la coloration, que par leur petite taille, et en outre des Vanneaux que par l'absence de pouce. Ce dernier caractère les ditférencie aussi à première vue des autres petits Échassiers ; quant aux espèces du genre, la coloration fournit presque seule des différences. Gravelot a collier. — Charadrius hiaticula Liun. Diagn. : Pas de pouce ; pieds jaunes; bec très court; capistrum formant arc derrière les narines; fond du manteau cendré ; demi- couronne noire à la nuque. Dos. dessus de la tête et des ailes, mouchetés de noir sur fond cendré ; à la nuque demi-couronne noire , dont les extrémités bifurquent en deux traits, l'un prolongé jusqu'aux yeux et l'autre sur les joues; front, demi-collier sur le cou et parties inférieures d'un blanc pur ; côtés du cou nus; bec noir, avec la base jau- nâtre ; pieds jaunes. M. Marchand l'a figuré pi. 9 de la Revue de zoologie de 1868 et pi. 70 du Recueil des Poussins. La femelle du Gravelot à collier pond 3 à 5 œufs piriformes, parfois ventrus, unis, presque mats, à grain fin, verts dans la transparence. La coquille, d'un gris-jaunàtre, est semée dans son épaisseur de petites taches d'un gris violacé, peu visibles, et à sa surface de points et de taches plus ou moins orbiculaires, noires, souvent plus rares vers le petit bout. Ils mesurent 33 à 3^'^'^, sur 24 à 26"»'". Gravelot de Kent. — Charadrius cantianus Lath. Diagn. : Pas de pouce ; bec grêle et relativement long, capis- trum formant angle aigu en arrière des narines; pieds noirâtres; fond du manteau fauve, pas de collier noir. Calotte sur la tête, dos et dessus des ailes fauves, mais semés de nombreux traits et points noirs ; trait noir très fin sur les lo- rums; front jusqu'au-dessus des yeux d'un blanc, légèrement MONOGRAPHIE DES POUSSINS DES OISEAUX d'EUROPE 371 teinté de fauve ; large demi-collier en dessus du cou, gorge et parties inférieures d'un blanc pur; côtés du cou nus; bec noir, avec la base plus pâle ; pieds gris de plomb. M. Marchand l'a figuré, mais avec des pieds un peu longs, pi. 10 de la Revue de zoologie de 1870 et pi. 71 du Recueil des Poussins. La ponte du Gravelot de Kent est de 3 à 5 œufs piriformes, parfois ovoïdes, unis, mats, à grain fin, verts dans la transpa- rence. La coquille d'un gris-olivâtre, plus ou moins foncé, est semée dans son épaisseur de taches grises, rares et peu apparentes, et à sa surface de petites taches variables de forme, de points, de stries et de traits enchevêtrés, noirâtres, généralement plus abon- dants vers le gros bout. Ces œufs mesurent 31 à 33""", sur 22 à 24'"'". Ils diffèrent de ceux du Gravelot à collier et du Gravelot des Philippines par une teinte générale plus sombre, le test plus mat, et une tension à la forme ovoïde, et en outre des premiers par des tachfîs bien plus fines et plus nombreuses. Gravelot des Philippines. — Charadrius phiUppînus ^co^^. Diagn. : Pieds jaunâtres, pas de pouce, fond du manteau roux, 3 demi-colliers sur le cou, un blanc entre deux noirs; traits noirs des lorums très accentués ; capistrum formant arc derrière les narines. Calotte circonscrite du vertex, dessus des ailes et manteau va- riés de roux, de noir et de blanc ; large collier blanc sur le cou, bordé en dessous par un collier noir, en dessus par une couronne, également noire, qui contourne la nuque et arrive à la mandibule supérieure, en passant sur les yeux et les lorums; front jusqu'au dessus des yeux et abdomen d'un blanc, faiblement teinté de fauve; gorge, poitrine, ventre et bas des ailes d'un blanc pur; côtés du cou nus ; bec noir, avec la base de la mandibule infé- rieure d'un jaune terne; pieds d'un jaune-grisâtre. Les trois Gravelots portent sur le dessus du cou un large collier blanc; mais ce collier est limité à la nuque par un bandeau noir dans le hiaticula, encadré entre deux bandeaux de cette couleur dans le Philippinus, et dépourvu de bandeau dans le caatianus ; ce caractère suffirait donc pour les distinguer à leur naissance ; 372 J. VIAN toutefois le bandeau inférieur du Philippînm disparaît en peu de jours. M. Marchand l'a figuré pi. 6 de la Revue de zoologie de 1868 et pi. 67 du Recueil des Poussins. La femelle du Gravelot des Philippines pond 3 à 5 œufs piri- formes, parfois courts, unis, presque mats, d'un vert pâle dans la transparence. La coquille d'un gris-jaunâtre, quelquefois rosé, est marquetée à sa surface, surtout vers le gros bout, de points et de petites stries noires très multipliés, et dans son épaisseur de petites taches grises. Ces œufs mesurent 28 à 30'"'", sur 21 à 11'^'^. Ils diffèrent de ceux des deux espèces précédentes par leurs taches plus fines et plus nombreuses. Genre VANNEAU. — Vanellus Linn. Bec court, droit, mince, brusquement renflé dans sa partie an- térieure, un peu arqué en dessus, anguleux en dessous; sillon nasal profond, occupant la moitié de la longueur du bec ; narines longues, linéaires, parallèles à ses bords ; enfin bec des adultes. Tarses en grande partie réticulés, mais écussonnés sur le devant; 4 doigts, le médian et l'externe réunis à la base par une petite membrane; pouce grêle, articulé, haut et touchant à peine le sol; pas de marteau de la délivrance. Duvet barbelé et laineux à la base, filiforme à l'extrémité, assez épais et long aux parties inférieures, plus clair, plus court aux parties supérieures, soyeux, plus léger et comme ébouriffé au cou, où il forme collier saillant; il accuse à peine la queue. Vertex et manteau mouchetés de noir. Les petits courent dès le jour de leur naissance. Voisins des Huîtriers, dont les Poussins usurpent leur bec, des Œdicnèmes, des Pluviers et des Gravelots, les Poussins des Van- neaux s'en distinguent à première vue par la présence du pouce. Vanneau huppé. — Vanellus cristatus Mey et W. Diagn. : Bec de l'adulte; ligne du capistrum formant demi cercle sur les côtés de la mandibule supérieure; pouce bien ca- ractérisé ; demi-collier fauve sous la nuque ; plastron noir. MONOGRAPHIE DES POUSSINS DES OISEAUX d'eUROPE 373 Manteau, dessus de la tête, des ailes et des cuisses d'un roux pâle, absorbé en partie par des mouchetures noires, irrégulières ; devant du cou et ventre d'un blanc pur, séparés par un plastron noir, demi-collier au-dessus de la nuque et abdomen d'un blanc, lavé de roux; pieds d'un roux jaunâtre; ongles bruns; bec brun de corne, avec la base plus pâle. Les plumes débutent sur les ailes et le cou est la dernière partie qui conserve son duvet. Les petits courent aussitôt qu'ils sont éclos. M. Marchand l'a figuré pi. .5 de la Revue de zoologie de I8G6 et pi. 39 du Recueil des Pousshis. La femelle du Vanneau huppé pond 3 ou 4 œufs, généralement piriformes, parfois allongés, ou ventrus, unis, presque mats, à grain fin, verdâtres à la transparence. La coquille, d'un gris-olivâtre, est marbrée surtout vers le gros bout de grandes et de petites taches, variables et confuses d'un noir sépia et présente dans son épaisseur quelques taches grises, peu apparentes. Ils mesurent 46 à 48'"'", sur 32 à 34'»"^ Très voisins de ceux du Pluvier doré, ces œufs sont un peu moins forts et portent généralement plus de taches petites. Vanneau keptuschka. — Vanellus gregarius Schl. ex Pall. Diagn. : Bec de l'adulte ; ligne du capistrum formant un angle aigu sur les côtés de la mandibule supérieure; quatre doigts, mais le pouce très grêle; parties inférieures uniformément colorées, sans bande foncée. Vertex, dos, flancs, dessus des ailes et des cuisses de teinte fauve, mouchetés de traits et de points irréguliers noirs, réunis en une bande transversale à la nuque; front, lorums, côtés de la tête, gorge, cou et les autres parties inférieures d'un blanc lavé de fauve, surtout à la poitrine et â l'abdomen ; bec brun, plus pâle à la pointe; pieds d'un roux-olivâtre pâle. Il ressemble pour le duvet et la coloration au Pluvier asiati- que; mais l'existence du pouce, le bec et les pieds plus courts le font reconnaître. M. Marchand en a donné une bonne figure pi. 10 de la Picvue de zoologie de 1870 et pi. 99 du Recueil des Poussins. Les œufs de ce Vanneau sont piriformes, parfois ovoïdes, ou ventrus, unis, presque mats, olives dans la transparence. 374 J. VIAN La coquille d'un gris-olivâtre est parsemée de points et de taches petites et irrégulières, d'un noir sépia, et dans sa profon- deur de petites taches grises, moins nombreuses. Ces œufs mesurent 44 à 47'""\ sur 33 à So'""'. Ils se distinguent de ceux du Vanneau huppé par le fond un peu plus olive et surtout par les taches plus petites et plus isolées. Genre HUITRIER, — Haematopus Linn. Bec droit, comprimé, rétréci au centre, renflé dans sa moitié terminale, formant angle en dessous, un peu arqué en dessus et portant le marteau de la délivrance; jambes dénudées sur une faible étendue; tarses et doigts jusqu'à la première articulation, réticulés, courts, massifs ; doigts largement frangés ; le médian et l'externe réunis jusqu'à la première articulation par une mem- brane échancrée; pas de pouce. Bien vêtu d'un duvet court, épais, très barbelé, laineux, parais- sant tondu sur la tête et le dos, filamenteux à son extrémité sur les parties inférieures, plus long, plus soyeux, moins épais sur le cou ; marquant bien la queue. Le Poussin de l'Huîtrier ne saurait être reconnu au premier coup d'œil : son bec n'a aucun rapport, ni de forme, ni de cou- leur, avec celui de l'adulte ; la ligne du capistrum n'est même pas semblable, car elle forme un angle rentrant sur le front du Pous- sin et au contraire un angle saillant sur le front de l'adulte. Le bec a la même conformation que celui des Vanneaux, mais il est plus comprimé et plus long; il excède dans un Poussin de six jours celui du Vanneau adulte. Nous avons hésité longtemps sur l'identité de ce Poussin et nous ne l'avons admise qu'après avoir vu une série de sujets, constatant la transformation graduelle du bec. L'absence de pouce permet de le distinguer des Vanneaux à tous les âges. HuiTRiER-PiE. — Ilaematopiis o&tralegus Linn. Diagn. : Bec de Vanneau, mais plus comprimé et plus long; tarses et doigts courts, massifs; pas de pouce; gorge noire; du- vet des parties supérieures noir à la base. Tête, dos et dessus des ailes d'un gris fauve, avec la base du duvet noirâtre, ce qui donne aux parties supérieures un aspect MONOGRAPHIE DES POUSSINS DES OISEÂ.UX d'EUROPE 375 chiné; taches et traits noirs, répandus sur la tête, les lorums, le dos, le croupion et les ailes, et dessinant deux bandes longitudi- nales sur le dos et une bande demi-circulaire autour du bassin ; cou, gorge et poitrine d'un noir enfumé, glacé de gris; ventre, abdomen, dessous des ailes et des cuisses d'un blanc pur; bec noir, avec la base de la mandibule inférieure jaunâtre ; pieds d'un jaune livide. Avec l'âge la teinte générale des parties supérieures devient plus grise; le bec et les pieds pâlissent. Les rémiges devancent les autres plumes. Il ne peut être confondu à raison de l'absence de pouce qu'a- vec les Œdicnèmes, les Sanderlings et les Pluviers; il diffère des Œdicnèmes par son bec comprimé dès la base, par l'absence de membrane entre le doigt médian et l'interne, par le tarse entière- ment réticulé et par le duvet des parties supérieures noir à la base. Il se distingue du Sanderling, qui a les doigts entière- ment libres, par la palmure qui unit le médian à l'externe, et par ses dimensions beaucoup plus fortes. Il est plus voisin des Plu- viers et des Gravelots ; mais son bec beaucoup plus fort et plus long, ses tarses et ses doigts courts et massifs et sa gorge noire permettent toujours de le reconnaître. Les Poussins courent et nagent aussitôt qu'ils sont éclos. M. Marchand a donné une figure de cet Oiseau pi. IG de la Revue de zoologie de 1863, et pi. 5 du Recueil des Poicssms; mais le dessin porte des tarses écussonnés, tandis qu'ils sont réticulés comme ceux de l'adulte. La femelle de l'Huîtrier-Pie pond deux ou trois œufs, gros très variables dans leur forme, ovoïdes, allongés, ou ventrus, parfois piriformes, unis, peu luisants, d'un vert pâle à la transparence. La coquille d'un gris roussâtre est semée de petites taches grises, rares sous test, et à la surface de points, de taches, de traits d'un brun noir, petits et assez distancés. Les diamètres de ces œufs sont de M à 57«"" sur 39 à 41™™. En général dans les œufs de l'Huîtrier les taches absorbent moins le fond que dans ceux des Pluviers, des Vanneaux et des Œdicnèmes. Genre TOURNE-PIERRE. — Strepsilas Illig. Bec droit, un peu plus court que la tète, comprimé, un peu 376 J. VIAN anguleux en dessous, à pointe dure, à arête aplatie et couverte à la base d'un petit ourlet membraneux ; narines basâtes, latérales, linéaires, enfin bec des adultes ; pas de marteau de la délivrance. Jambes nues sur un quart de leur longueur; tarses scutellés en avant, réticulés en arrière et sur les côtés ; pouce assez développé, surmonté ; 3 doigts à peine unis à la base par un repli membra- neux. Le bec du Poussin est celui de l'adulte, mais pas encore re- troussé, plus aigu, un peu anguleux en dessous à la réunion des deux branches de la mandibule inférieure. Il est présumable que les Tourne-Pierres émoussent leur bec en dérangeant les pierres, pour y chercher leurs aliments, car les pointes du bec ne sont pas toujours semblables chez les adultes, et elles sont moins aiguës que celles des Poussins. Duvet assez long, épais, soyeux, barbelé à la base, terminé en pointes fines, plus serré sur le ventre, plus clair, mais plus long et ébourifTé sur le dessus du cou, où il forme demi-collier; queue non accusée; côtés du cou nus; parties supérieures colorées par mouchetures. Les petits courent à leur sortie de l'œuf; les plumes commen- cent sur le- manteau et aux ailes; la tête et le cou sont les der- nières parties qui conservent leur duvet. Tourne-pierre à collier. — StrepsUas interpres Illig. ex Linn. Bec de l'adulte; 4 doigts; membranes interdigitales nulles; manteau moucheté. Tête, dos, dessus des ailes et des cuisses d'un cendré lavé de fauve, et marqué de mouchetures noires, irrégulières, formant bandes indécises sur le dos, sur les lorums et en arrière des yeux; dessus du cou cendré, avec la base et les pointes du duvet noires ; parties inférieures blanches, assombries sur la poitrine par la base brune du duvet; bec brun; pieds jaune terne. Voisins pa,r leur robe des Poussins de plusieurs Échassiers de petite taille, ils se distinguent de tous par leur bec de Tourne- Pierre, et en outre desŒdicnèmes, Pluviers, Gravelots, Huîtricrs, Sanderlings, par la présence d'un pouce ; des Bécasseaux, Com- battants, Bécassines, par l'absence de flocons dans leur duvet, des Chevaliers, Barges, Vanneaux par l'absence de membrane interdigitale. MONOGRAPHIE DES POUSSINS DES OISEAUX d'euROPE 377 M. Marchand l'a figuré pi. 3 de la Revue de zoologie de 1865 et pi. 23 du Recueil des Poussius. La femelle du Tourne-Pierre pond 3 ou 4 œufs très gros, piri- formes, souvent un peu ventrus, lustrés, unis, à grain fin, à test dur, d'un vert pâle à la transparence. La coquille d'un gris olivâtre, ou roussâtre, est marbrée par éclaboussures de taches brunes de formes variées, souvent plus rares au petit bout, et dans son épaisseur de taches plus petites, d'un gris violacé ; quelques œufs portent au gros bout des points ou des traits isolés, noirs. Ils mesurent 40 à 43'"'^, sur 28 à 30™"'. Genre COURLIS. — Numenius Mœhr. Bec plus court que la tête, grêle, droit, presque cylindrique, un peu comprimé, dur, lisse et obtus à son extrémité ; mandibule supérieure sillonnée sur les trois quarts au moins de sa longueur, dépassant l'inférieure; narines basales, linéaires, percées de part en part; tarses scutellés sur le bas de leur face antérieure de moitié aux trois quarts de leur longueur, réticulés sur les autres parties; pouce surmonté, les trois doigts relativement courts, réunis par deux membranes presque égales. Le bec rappelle celui des Bécasseaux et ne laisse pas soupçon- ner la grande longueur et la forme arquée de celui des adultes. Côtés du cou nus, les autres parties bien vêtues d'un duvet long, épais, très soyeux, barbelé à sa base, pileux à ses extré- mités, accusant médiocrement la queue ; moucheté de brun sur teintes claires aux parties supérieures. Les Poussins courent dès qu'ils sont éclos. Les deux membranes interdigitales presque égales distinguent les Courlis des Barges, des Chevaliers, des Combattants et des Vanneaux, qui n'en ont qu'une, des Bécasses, des Bécassines et des Bécasseaux qui n'en ont pas; la présence du pouce les éloigne des Œdicnèmes, des Pluviers, des Gravelots, des Huîtriers et des Sandcrliugs. Courlis cendré. — Kumenius arquata Lath. ex Linn. Diagn. : Extrémité de la mandibule supérieure renllée et entaillée pour encadrer l'inférieure; devant du tarse réticulé sur 378 .1. VIAN sa moitié supérieure, écussoriné sur l'inférieure ; deux membranes interdigitales; teinte générale rousse. Parties supérieures d'un roux pâle, marqué de taches brunes irrégulières ou longitudinales, la principale sur le vertex en forme de trapèze, dont les angles aigus descendent l'un sur le front, l'autre sur la nuque, une autre diffuse sur les oreilles et un trait sur les commissures ; parties inférieures d'une teinte fauve, presque rousse sur la poitrine et l'abdomen; bec noir, avec la moitié basale de la mandibule inférieure jaune; pieds d'un brun- olivàtre. M. Marchand l'a figuré pi. 11 de la Revue de zoologie de 1867 et pi. 56 du Recueil des Poussins ; mais la coloration indique une maculature par bandes, tandis qu'elle procède par taches irrégu- lières. La femelle du Courlis cendré pond 3 ou 4 œufs très gros, piri- formes, un peu luisants, unis, à pores distincts, à test^dur, olives dans la transparence. Le fond est d'un gris jaunâtre ou d'un olivâtre sombre; les taches répandues sous test, excepté quelques petits points ou traits noirs, sont généralement arrondies, peu étendues, et sui- vant leur profondeur grises ou brunes. Les œufs mesurent 65 à 70""'", sur 46 à 48'»'". Courlis corlieu. — Js umenius phœopus h^ih.. Diagn. : Pas d'échancrure en dessous à l'extrémité de la mandibule supérieure ; devant du tarse écussonné dans toute sa longueur; deux membranes interdigitales; fond de la robe gris. Teinte générale d'un gris blanchâtre, faiblement lavée de roux aux parties supérieures, très pâle sur les côtés de la tête et sur les parties inférieures, presque blanche sur le ventre ; sur le ver- tex calotte noirâtre, de forme triangulaire, descendant en pointe sur la nuque, et reliée au bec par une bande qui traverse le front ; trait noir discontinu sur les lorums, les yeux et les oreilles ; bande sourcilière blanche ; taches longitudinales noires sur le dos et sur les ailes; bec noir, avec la base de la mandibule inférieure jau- nâtre; pieds gris de plomb ; iris brun foncé. Le Corlieu se distingue du Courlis cendré par deux points prin- cipaux bien caractérisés : le gris domine sur le fond de sa robe, et les bords de sa mandibule supérieure sont droits jusqu'à leur extrémité. MONOGRAPHIE DES POUSSINS DES OISEAUX d'EUROPE 379 Dans le Courlis cendré au contraire le roux est la couleur do- minante et la mandibule supérieure est entaillée en dessous un peu avant la pointe, de sorte qu'elle encadre l'extrémité de l'infé- rieure, qui est plus courte ; c'est le bec des Bécasses et des Bé- cassines. La femelle du Corlieu pond 3 ou 4 œufs piriformes, absolument semblables à ceux du Courlis cendré, dont nous avons donné la description, mais notablement plus petits. Ils mesurent seulement 56 à 60'»'^*, sur 42 à 44™"'. Genre TÉRÉKIE. — Terekia Bp. Bec cylindrique, un peu retroussé, renflé vers la pointe ; narines linéaires ; duvet prolongé sur la mandibule supérieure bien plus loin que sur l'inférieure ; jambes nues sur un tiers de leur lon- gueur; tarses et doigts scutellés; pouce long, articulé un peu au- dessus de la plante ; les trois doigts réunis à leur base par une double membrane, plus courte entre le médian et l'interne ; pas de marteau de la délivrance. Duvet pas très long, soyeux et barbelé à la base, filiforme cà l'extrémité, couvrant tout le corps, moucheté en dessus; queue formée par un plumeau de tiges plus longues, crêpées, Térékie cendrée. — Terekia cinerea Bp. ex Guld. Diagu. : Duvet prolongé bien plus loin sur la mandibule supé- rieure que sur l'inférieure; pouce long; les trois doigts réunis par une double membrane. Toutes les parties supérieures d'un gris roussàtre, assombri par des taches, des points et l'extrémité des tiges noires, qui for- ment demi-couronne du bec à la nuque en passant sur les lorums et les yeux et deux bandes longitudinales imparfaites, l'une sur le vertex, l'autre sur les vertèbres dorsales; parties inférieures ^d'un blanc faiblem.ent lavé de roux sur la poitrine ; bec brun, avec la base olive; pieds jaunâtres. Ce Poussin susceptible d'être confondu pour son bec et son du- vet avec les Chevaliers, les Bécasseaux, les Échasses, s'en distin- tingue par la double membrane, qui sépare ses trois doigts; il diffère de l'Avocette, à pouce rudimentaire, par son pouce long. La ponte de la Térékie est de 3 ou 4 œufs assez gros, piriformes, 380 J. VIAN parfois ventrus, un peu lustrés, unis, à grain fin, à test dur, d'un roux olivâtre à la transparence. La coquille d'un gris jaunâtre, porte deux gammes de taches, les unes profondes et rares, d'un gris violacé, les autres superfi- cielles, généralement petites et entremêlées de points, surtout vers le petit bout d'un brun-noir. Ces œufs donnent pour diamètres 35 à 38'"™, sur 26 à 27™™. Genre BÉCASSE. — Scolopax Linn. Front élevé; bec droit, grêle, presque cylindrique, renflé mou et chagriné à son extrémité ; mandibule supérieure vers la pointe creusée en dessus en forme de sillon, entaillée en dessous, pour recevoir l'inférieure, qui est plus courte; pas de marteau de la délivrance; jambes vêtues dans toute leur longueur; doigts longs, grêles, entièrement divisés; pouce long, haut monté, absorbant l'ongle qui est très court. Duvet laineux et barbelé à sa base, terminé en fils aigus, pas très long, mais assez abondant et recouvrant bien la peau. Bécasse ordinaire. — Scolopax rusticola Linn. Jambes vêtues dans toute leur longueur ; ongle du pouce n'excé- dant pas ce doigt; fond delà robe fauve. Robe fauve, pâle sur la gorge, plus foncée sur la poitrine, lar- gement marquée de bandes et de taches d'un marron plus ou moins vif, dont une grande sur la tête, touchant par ses ramifications le bec, la nuque et les yeux, trois bandes longitu- dinales et parallèles sur le dos, une très foncée sur le lorum, et d'autres variables sur les ailes, les cuisses, le bas du cou et les côtés de la tête; bec jaune à la base, d'un noir plombé vers la pointe, pieds jaunes, ongles bruns, iris brun foncé. Les Poussins des Bécasses, coinnie les adultes, se distinguent de tous les Échassiers par l'ongle du pouce très petit, absorbé pour ainsi dire par les muscles de ce doigt et ne le dépassant pas; ils diffèrent en outre des Bécassines par l'absence complète de flocons blancs dans le duvet des parties supérieures, et par la teinte bien plus claire de leur livrée. M. Marchand, pi. 12 de la Revue de zoologie de 1865 et pi. 32 du Recueil des Poussins, a donné une figure, sur laquelle nous re- MONOGRAPHIE DES POUSSINS DES OISEAUX d'EUROPE 381 grettonsde voir remplacé, par un front fuyant, le front proéminent et élevé, qui caractérise la Bécasse à tous les âges. La Bécasse pond 3 ou 4 œufs ovoïdes, généralement ventrus, lustrés, unis, à grain fin, à test mince et dur, d'un roux pâle à la transparence. La coquille d'un roux très pâle ou d'un blanc jaunâtre est mar- quée sous test de petites taches et de points d'un brun-roux, clair- semés plus étendus et plus agglomérés vers le gros bout, et en outre de taches plus profondes et plus rares d'un gris- violacé. Ces œufs donnent 42 à 45'»"!, sur 32 à 34""". Us diffèrent notablement de ceux des Bécassines par leur forme ovoïde et ventrue, leur coquille pâle et lustrée, leur teinte rousse à la transparence, leurs taches plus rares et beaucoup moins foncées; ils se rapprochent de ceux des Ballidés. Genre BÉCASSINE. — GalUnago Leach. Front élevé; bec droit, grêle, presque cylindrique, renflé et mou à son extrémité ; mandibule supérieure entaillée en dessous pour recevoir l'inférieure, qui est plus courte; pas de marteau de la délivrance ; jambes nues sur un tiers à peu près de leur lon- gueur, doigts très longs, grêles, entièrement divisés, le médian plus long que le tarse; pouce long, surmonté, notablement débordé par l'ongle. Côtés du cou nus; les autres parties du corps vêtues d'un duvet laineux et barbelé à sa base, soyeux et filiforme à son extrémité, assez épais pour cacher la peau, semé sur les parties supérieures de l'Oiseau de petits flocons blancs. Ces flocons très caractéristiques, sont formés par l'agglomération vers la pointe des tiges généralement foncées, de petites barbules blanches, qui simulent des flocons de neige, semés sur un sol rembruni. Les jambes en partie nues, l'ongle du pouce saillant et les flo- cons blancs caractérisent les trois Bécassines et ne permettent pas de les confondre avec les Bécasses. Ces flocons ne se repré- sentent que sur les Bécasseaux et les Combattants, distincts des Bécassines par leurs doigts beaucoup plus courts, par leur man- dibule supérieure non entaillée en dessous, et en outre des Bécas- seaux par leur ventre plus ou moins blanc. Les Poussins des trois espèces de Bécassines, très voisins entre eux, ne se distinguent que par une légère différence dans les 382 j. VIAN sinuosités du capistrum, et par l'intensité des teintes de leur robe rousse ; ainsi dans la Bécassine ordinaire, l'angle saillant du duvet s'avance sur la mandibule inférieure au niveau du bout postérieur des narines et excède à peine celui de la mandibule supérieure ; le fond de la robe est d'un roux assez vif, même aux parties inférieures. Dans la Bécassine double l'angle de la mandibule inférieure, très aigu, se prolonge jusqu'à l'extrémité antérieure des narines, et excède celui de la mandibule supérieure de la longueur des narines au moins ; le roux de la robe est lavé de gris. Dans la Bécassine sourde au contraire l'angle de la mandibule inférieure, peu prononcé, rentre sur celui de la supérieure et tous deux restent en arrière des narines ; le noir domine dans la robe plus sombre. Les œufs des trois espèces, gros et piriformes, diffèrent fort peu. Bécassine ordinaire — Gallinago scolopacinus Bp. Diagn. : Angle saillant du duvet prolongé sur la mandibule inférieure jusqu'au niveau des narines; mais excédant à peine celui de la mandibule supérieure ; robe d'un roux vif. Robe d'un roux marron, assez vif sur la face, mais générale- ment rembruni par la base noire du duvet, avec une tache sur le le front, une bande longitudinale sur la tête, un trait sur l'œil, un autre au-dessous, et des marbrures sur le dos, les ailes et les cuisses d'un marron très foncé, le tout rehaussé par des flocons blancs, groupés en couronne autour de la tête et semés irréguliè- rement sur le vertex et les parties supérieures ; bec brun foncé, avec la base de la mandibule inférieure jaunâtre ; pieds bruns, iris noirâtre . Les premières plumes paraissent sur le dos et les ailes et les Poussins emplumés peuvent exécuter de petits vols, avant que la tête ait perdu son duvet. M. Marchand, pi. 2 de la Revue de zoologie de 1864, et pi. 10 du Recueil des Poussins, en a donné une figure, mais sans différencier le bec de celui des Bécasseaux. La Bécassine ordinaire pond 4 ou 5 œufs piriformes, souvent allongés, peu luisants, unis, à grain fin, à test dur, d'un vert très pâle à la transparence. La coquille, d'un gris olivâtre, ou jaunâtre, est marquée de MONOGRAPHIE DES POUSSINS DES OISEAUX D'EUROPE 383 points, de taches variables et quelquefois de traits en zigzag d'un brun plus ou moins noir et de quelques taches plus profondes d'un gris violacé; les taches foncées sont généralement plus nombreuses et plus étendues au gros bout et y forment parfois une sorte de couronne. Ces œufs mesurent 39 à Al^^u sur 26 à 28'"°^. Bécassine double. — Gallinago major Leacli ex Gmel. Diagn. : Angle du duvet de la mandibule inférieure très aigu, prolongé jusqu'à l'extrémité antérieure des narines, et excédant celui de la mandibule supérieure de la longueur des narines au moins ; teinte grise dans la robe. Fond de la robe d'un gris fauve, teinté de roux assez vif aux parties supérieures, un peu rembruni à la poitrine ; sur la tête bande longitudinale noire du bec à la nuque ; sur les côtés bande sourcilière blanche et deux traits noirs, épanouis et réunis sur la région auriculaire, dont l'un traverse le lorum et l'œil, et l'autre forme demi cercle au-dessous ; dos et dessus des ailes absorbés en partie par des taches et des bandes noires, mais rehaussés par un semis de petits flocons blancs ; bec et pieds gris de plomb. M. Marchand l'a figurée pi. 6 de la Revue de zoologie de 1879, et pi. 146 du Recueil des Poussins ; mais les doigts trop courts, et la mandibule supérieure non entaillée en dessous la feraient con- fondre avec un combattant. La couvée de la Bécassine double est de 3 à 4 œufs gros, piri- formes, peu lustrés, unis, à grain fin, à test dur, d'un vert pâle à la transparence. La coquille, d'un gris roussàtre, est semée de points et de ta- ches assez grandes, d'un brun plus ou moins foncé et de taches plus profondes et plus rares d'un gris violacé. Ces œufs mesurent 42 à 45™"», sur 31 à 32'"^, Ils s'éloignent un peu moins des œufs de la Bécasse que ceux des autres Bécassines, mais sont toujours verts à la transparence, comme ceux de leurs congénères. Bécassine sourde. — Gallinago gallinula Bp. ex Linn. Diagn. : Angle du duvet de la mandibule supérieure excédant un peu celui de l'inférieure, mais sans toucher les narines; robe sombre, dans laquelle le noir domine ; ventre gris fauve. 384 J. VIAN Parties supérieures d'un roux châtain, absori)é en partie par des taches, des bandes et des traits noirs, notamment sur le front, le vertex, les lorums et les joues; tête, dos, dessus des ailes et des cuisses semés de petits flocons blancs, formant par agglomération des bandes sur le dos et sous les yeux et présen- tant un aspect demi-deuil ; gorge roux pâle ; poitrine roux rem- bruni ; ventre gris-fauve; bec noirâtre, avec l'extrême pointe rousse; pieds bruns ; iris noirâtre. M. Marchand en a donné une bonne figure pi. 13 de la Revue de zoologie de 1878 et pi. 150 du Recueil des Poussins. La Bécassine sourde pond 4 à 5 œufs gros, piriformes, un peu lustrés, unis, à grain fin, à test dur, olivâtres à la transparence. La coquille, d'un gris fauve ou olivâtre, porte dans sa profon- deur quelques taches violacées et à la surface des taches d'un noir roussâtre, parfois entremêlées de points et souvent agglo- mérées vers le gros bout. Ces œufs donnent pour diamètres 37 à SB"""», sur 26 à 27™"». Genre BÉCASSEAU. — Tringa Linn. Bec à peine aussi long que la tête, droit, en partie cylindrique, mais plus élevé à la base, renflé et un peu déprimé vers l'extré- mité, cannelé sur deux tiers de la longueur de la mandibule supé- rieure; narines basâtes, elliptiques; enfin bec des adultes réduit, jambes nues du quart au tiers de leur étendue; tarses annelés, à peu près de la longueur du doigt médian, doigts grêles, libres , pas très longs; pouce développé, articulé haut. Côtés du cou nus ; toutes les autres parties du corps vêtues d'un duvet assez abondant, soyeux et barbelé à sa base, filiforme à son extrémité, plus long aux parties inférieures qu'à la tête et au dos, plus long, plus décomposé et plus léger sur le dessus du cou; semé sur les parties supérieures de petits flocons blancs, ou d'un fauve pâle ; ce duvet n'accusant pas la queue. Ces flocons, dont nous avons donné la contexture au genre Bé- cassine, sont d'autant plus saillants qu'ils sont fixés sur des tiges foncées ; ils suffiraient pour distinguer les Bécasseaux des Cheva- liers, qui n'en présentent aucun indice. Les Bécassines, à l'exclu- sion des Bécasses, les Combattants et les Bécasseaux sont les seuls Échassiers à notre connaissance dont le duvet présente ces flocons. MONOGRAPHIE DES POUSSLNS DES OISEAUX D'EUROPE 385 Outre plusieurs caractères particuliers les Poussins des Bécas- seaux se distinguent en général de ceux des Combattants, leurs plus proches voisins, des Chevaliers, des Térékies, des Barges et des Échasses par l'absence de membranes interdigitales; des Sanderhngs, des Pluviers, des Gravelots, par la présence d'un pouce bien accentué, et des Bécassines par les doigts beaucoup plus courts et la mandibule supérieure non entaillée en dessous près la pointe. Les petits courent dès le jour de leur naissance. Les œufs des Bécasseaux sont relativement gros, piriformes et tachetés. Bécasseau cingle. — Trhiga cinclus Linn. Diagn. : fond de la robe roux pâle, calotte triangulaire étroite sur le vertex, flocons fauves. Sur le vertex calotte triangulaire, étroite, prolongée par un angle aigu jusqu'au front, marbrée de noir et de roux; côtés de la tête fauves, divisés par deux traits noirs, dont l'un s'étend de la mandibule supérieure aux oreilles, en traversant le lorum et l'œil, et l'autre part de la mandibule inférieure, pour s'épanouir sur la joue ; dessus du cou d'un gris rembruni par la base noire du duvet ; dos, dessus des ailes et des cuisses marbrés de noir sur fond roux, et semés de petits tlocons d'un fauve pâle ; gorge et ventre blancs ; poitrine et abdomen d'un blanc teinté de roux; bec brun ; pieds d'un roux-olivâtre. M. Marchand a publié deux bonnes figures, l'une pi. 5 de la Revue de zoologie de 1879, et pi. 144 du Recueil des Poussins, sous le nom de Pelidna cinlus, l'autre pi. 145 du Recueil, sous le nom de Pelidna torquata, sans affirmer l'existence des deux espèces ; il donne plus de roussàtre au cinclus, plus de cendré et plus de noir au torquata. Nous avons examiné plusieurs sujets de prove- nances diverses reçus sous l'un et sous l'autre nom, nous n'avons trouvé entre eux aucune différence spécifique, mais seulement des variations individuelles dans les nuances, variations que 24 heures produisent souvent sur un même Poussin. La ponte du Bécasseau cincle est de 3 à 5 œufs, assez gros, pi- riformes, lustrés, unis, d'un vert pâle à la transparence. La coquille d'un gris jaunâtre, ou olivâtre, parfois d'un blanc verdâtre est semée de points et de taches généralement petites et multipliées, quelquefois larges et plus agglomérées au gros bout, 25 386 J. VIAN les superficielles d'un roux plus ou moins noir, les profondes cendrées et plus rares. Ces œufs mesurent 33 à 3^'^'^, sur 24 à 25°»"». Bécasseau temmia. — Tringa Temmincki Leisl. Bec très court ; doigt médian un peu plus long que le tarse ; robe chinée sur fond fauve; un seul trait noir sur les côtés de la tête. Large calotte sur le vertex, dos, dessus des ailes et des cuisses marbrés de noir sur teinte fauve, et semés de petits flocons blan- châtres ; lorums noirs ; dessus du cou rembruni par la base noi- râtre du duvet ; front et parties inférieures d'un blanc faiblement lavé de roux, plus pâle sur le ventre ; bec brun, avec la base jau- nâtre; pieds jaune d'ocre. La tête et le dessus du cou sont les parties qui conservent leur duvet le plus longtemps; les pieds deviennent plus foncés lorsque le Poussin prend son développement. La femelle du Bécasseau temmia pond 3 ou 4 œufs assez gros, piriformes, unis, un peu lustrés, à test dur, d'un vert pâle à la transparence. Le fond d'un gris, variant au vert, au jaune, au roux et même au blanc, est marqué de petites taches ponctiformes, générale- ment plus agglomérées au gros bout, d'un roux-noirâtre, et dans sa profondeur de taches violacées, plus rares ; le gros bout porte parfois quelques petits traits ou points noirs. Ces œufs présentent des diamètres de 27 à 29™°», sur 20 à 21"'"'. Rien ne les distingue de ceux du Bécasseau échasses. Bécasseau platyrhynque. — Tringa platyrhynca Temm. Diagn : Duvet coupé en ligne droite sous la mandibule infé- rieure; menton nu; manteau noir sur fond châtain marron; ventre blanc. Côtés du cou nus ; longue calotte ovalaire sur la tête ; dos, croupion, dessus des ailes et des cuisses largement marbrés de noir sur fond châtain, et semés de petits flocons d'un blanc pur; dessus du cou roux, avec quelques petits flocons blancs; tête divisée longitudinalement par cinq bandes d'un marron noir, dont une réunit le bec à la calotte du vertex, deux tra- versent les lorums et les yeux et s'épanouissent sur les MONOGRAPHIE DES POUSSINS DES OISEAUX d'EUROPE 387 oreilles, et deux partent des commissures pour s'élargir en se dégradant sur le bas des joues, ce qui présente sur chaque côté de la tête quatre bandes alternes noires et blanches ; ventre d'un blanc pur ; gorge et devant du cou d'un blanc très faiblement teinté de roux par l'extrémité des tiges; bec jaune dans sa moitié basale, noir au-delà; pieds d'un brun grisâtre. De tous les Bécasseaux le Platyrhynque est celui qui se rappro- che le plus par son manteau des Combattants et surtout des Bé- cassines; mais on le distingue facilement des premiers par l'absence de membrane interdigitale, et des seconds par ses doigts beaucoup plus courts, son menton nu et son ventre blanc ; comme les adultes, mais à un degré moins saillant, il diffère par son menton, nu depuis le haut de la gorge, de tous les autres Bé- casseaux, dont le menton est au contraire absorbé par un angle aigu du duvet. Les œufs du Bécasseau platyrhynque sont gros, piriformes, souvent un peu allongés, unis, peu lustrés, à test dur, d'un roux- olivâtre à la transparence. La coquille, d'un gris verdâtre ou roussâtre, est absorbée en grande partie par des taches petites, multipliées, sous forme de points ou de traits, répandues uniformément, ou plus agglomérées au gros bout, d'un roux-noirâtre et par d'autres taches plus pro- fondes, mais plus rares, d'un gris violacé. Ces œufs mesurent 31 à 33'"'", sur 21 à 23'""'. Ce sont les plus sombres des œufs que donnent les Oiseaux du genre Bécasseau. Genre COMBATTANT. — Machetes G. Guvier. Bec droit, cylindrique, un peu renflé vers l'extrémité, sillonné aux deux tiers, à pointes des deux mandibules légèrement inflé- chies l'une vers l'autre; jambes nues sur un tiers de longueur; tarses longs et doigts scutellés, le médian uni à l'externe à sa base par une membrane ; pouce assez développé, surmonté. Côtés du cou nus, sur les autres parties duvet court, assez épais, barbelé, comme tronqué sur la tète, le manteau et les ailes, où il est semé de petits flocons d'un blanc fauve ; plus long, plus clair et plus filamenteux sur le dessus du cou et sur les parties inférieures. Ces flocons rapprochent les Combattants des 388 J. VIAN Bécasseaux et les éloignent des Chevaliers, qui en sont dé- pourvus. Le Poussin a déjà le bec des adultes et comme eux il relie les Bécasseaux aux Chevaliers ; mais on le distingue facilement des premiers par sa palme entre le doigt médian et l'externe, et des seconds par les flocons de la tête et du dos ; il diffère aussi par cette palmure des Bécasses et des Bécassines, voisines pour la coloration, mais dont les doigts sont entièrement divisés. Combattant variable. — Machetes pugnax G. Cuv. ex Lin. Diagn. : Bec cylindrique, renflé vers son extrémité; doigts médian et externe réunis par une membrane ; parties supérieures teintées de roux et de noir, et semées de flocons blanchâtres. Dessus de la tête d'un roux pâle, coupé longitudinalement par cinq bandes noires, dont les plus latérales incomplètes, qui se réunissent circulairement à la nuque ; deux petits traits de cette couleur derrière chaqae mandibule ; parties supérieures, dessus des ailes et des cuisses rayés confusément de roux et surtout de noir, et semés de petits flocons d'un blanc fauve; côtés delà tête et toutes les parties inférieures d'un roux très pâle, surtout sur l'abdomen ; bec noirâtre ; pieds d'un brun roux. Le premier plumage débute par les rémiges et les scapulaires, et paraît finir par la tête. M. Marchand a donné une bonne figure de ce Poussin pi. il de la Revue de zoologie de 1870, et pi. 100 du Recueil des Poussins, mais elle ne montre pas la membrane interdigitale, qui le distin- gue de ses voisins en coloration. La ponte du Combattant est de 4 à 5 œufs, piriformes, peu lustrés, unis, gresseux, à test assez dur, d'un vert pâle à la trans- parence. La coquille, d'un gris jaune, parfois olivâtre, ou roussâtre, est maculée dans sa profondeur de taches rares et peu visibles, d'un cendré violacé, et à sa superficie de taches d'un brun foncé, généralement grandes, variables de forme et souvent plus agglo- mérées au gros bout. Ces œufs mesurent 42 à 45""", sur 29 à 32"^"'. MONOGRAPHIE DES POUSSINS DES OISEAUX d'EUROPE 389 Genre CHEVALIER. — Totanus Bechst. Bec long, droit, grêle, à peu près cylindrique, mais comprimé dans toute sa longueur, effilé et dur vers la pointe ; sans marteau de la délivrance; narines basâtes, linéaires; enfin bec des adultes en raccourci. Pieds et doigts longs; jambes nues sur deux cin- quièmes environ de leur longueur; tarses annelés ; doigt médian et fexterne unis presque jusqu'à la première articulation par une membrane; pouce développé, articulé haut, ne touchant à terre que par son extrémité. Côtés du cou nus ; toutes les autres parties bien vêtues d'un duvet pas très long, laineux et barbelé vers la base, terminé en soies fines; plus long et plus décomposé sur le dessus du cou, où il forme demi-collier renflé; accusant bien la queue par un plumeau de tiges longues et crêpées. Les Poussins suivent leur mère dès leur naissance. Les becs et les jambes étant relativement peu développés et même souvent imparfaits chez les Poussins des Ëchassiers, les Chevaliers peuvent être facilement confondus pour leur robe avec plusieurs espèces, même éloignées d'eux à l'état adulte. On les distinguera toujours à première vue des Combattants, des Bécas- seaux et des Bécassines à leur duvet dépourvu des flocons blancs, qui caractérisent les espèces de ces trois genres, et en outre des deux derniers et des Bécasses à leur membrane interdigitale. Ils se distinguent des Sanderlings, des Échasses, des Huîtriers, des Pluviers, des Gravelots par la présence d'un pouce, même assez développé, et des Térékies par la présence d'une seule membrane interdigitale. Si les Chevaliers sont faciles à discerner des autres genres, il est beaucoup plus difficile de différencier les espèces entre elles ; la coloration seule donne des éléments. M. Marchand a eu f heu- reuse idée de mettre en parallèle pi. Il de la Revue de zoologie de 1873 et planche 105 du Recueil, le dessus des têtes de cinq Che- valiers : Totanus ochropus, T. calidris, T. glareola, T. macularius et T. hypoleucos; nous regrettons de ne pas y voir figurer les têtes de Totanus griseus et T. fuscus, qui ont aussi leur caractère parti- culier ; toutefois les planches ne pouvant développer simultané- ment le bec et la nuque, ne donnent pas toujours le caractère complet, et il ne faudrait pas s'arrêter d'une façon